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    Ascoval réfléchit à délocaliser pour des hauts-fournaux moins chers et plus polluants (et ça ne passe pas)

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Thursday, 18 November - 09:48 · 5 minutes

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ENTREPRISE - L’aciérie Ascoval de Saint-Saulve (Nord) projette de délocaliser temporairement 40% de sa production sur des sites “plus polluants” en Allemagne à cause des prix de l’énergie , ont indiqué mercredi 17 novembre des syndicats, son propriétaire et Bercy assurant qu’aucune décision n’avait été prise. Mais les possibles conséquences sur l’emploi français, ainsi que le poids écologique de cette annonce ont provoqué la colère de responsables politiques.

Cette annonce a été faite mardi par la direction, selon des représentants de la CGT et de la CFDT, confirmant une information de La Voix du Nord .

“Nous n’avons pris aucune décision”, a cependant déclaré Ute Engel, la porte-parole du groupe sidérurgique allemand Saarstahl, propriétaire d’Ascoval. “Les prix de l’énergie ont explosé” et le groupe étudie “toutes les options temporaires (...) pour limiter les effets négatifs”, a-t-elle ajouté. L’entreprise affirme maintenir sa stratégie de développer la production d’“acier vert” à Ascoval.

Selon un représentant CFDT -qui souhaite rester anonyme- le transfert d’activité doit débuter “fin décembre” et “jusqu’au mois de mars”. Mais “on a connu par le passé des délocalisations temporaires qui sont devenues définitives”, a-t-il ajouté.

“Cette décision survient quatre mois après notre reprise” par le groupe Saarstahl, a rappelé Cyril Morelle, élu CGT, dans un communiqué à l’AFP. Il craint “des semaines de sous-activité et de chômage”.

Moins cher et plus polluant

Tandis qu’Ascoval est équipé de fours électriques, l’acier produit par le groupe en Allemagne utilise des hauts-fourneaux alimentés au charbon.

“Un haut-fourneau a toujours été beaucoup moins cher qu’une aciérie électrique mais avec l’inflation, on est beaucoup moins rentables qu’avant”, explique le représentant CFDT. “La filière électrique se trouve donc mise de coté pour préférer une filière bien plus polluante (...) Une aberration”, déplore Cyril Morelle.

Parmi les premiers à réagi, le député et candidat communiste à la présidentielle Fabien Roussel a dénoncé une “inacceptable décision” de Saarsthal et écrit mercredi au ministre de l’Économie Bruno Le Maire pour lui demander “d’intervenir sans délai”.

“Aucune décision n’a été prise par Saarstahl à ce jour mais nous serons extrêmement vigilants à ce qu’Ascoval soit le moins impacté possible par la conjoncture”, a réagi le ministère de l’Économie, précisant que des discussions étaient en cours avec l’entreprise. “Nous saurons aussi rappeler à Saarstahl les engagements pris dans le cadre de la reprise d’Ascoval et d’Hayange en août dernier. Ces engagements comprennent notamment un volume de commande minimal annuel d’Hayange à Ascoval”, a ajouté Bercy, rappelant avoir mis en place des mesures pour aider les entreprises qui consomment beaucoup d’électricité.

Sur franceinfo ce jeudi 18 novembre, la ministre déléguée à l’IndustrieAgnès Pannier-Runacher a tenté de rassurer sur le maintien de l’emploi salarial sur le territoire, en cas de délocalisation. “Si c’est temporaire, ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle pour l’emploi. Ça veut dire qu’on peut maintenir les effectifs”, a-t-elle assuré. ”Ça peut être aussi du chômage partiel, ou de l’activité partielle ou du ralentissement de cadence.”

“Scandale social et environnemental”

Le rachat par Saarstahl de l’aciérie Ascoval à Liberty Steel, en difficulté, avait été validée par la justice le 2 août. Le conseil régional des Hauts-de-France avait voté l’abandon d’une partie du prêt de 12 millions d’euros accordé à l’aciérie afin de finaliser cette reprise. Mais le montant abandonné doit être décidé le 23 novembre, a indiqué la région.

L’Etat français s’était impliqué pour soutenir Ascoval avant sa reprise, notamment en débloquant un prêt de 20 millions d’euros pour payer les salaires.

Avec 270 salariés, Ascoval produit des “blooms” (barres d’acier) pour Hayange (430 salariés), qui fabrique des rails en acier ensuite destinés aux principaux réseaux ferrés européens, notamment SNCF Réseau et la RATP. Créée en 1975, Ascoval se présente, après 150 millions d’investissements ces dernières années, comme “l’une des aciéries les plus modernes et ‘écologiques’ d’Europe”.

Le possible recours plus massif au charbon a donc provoqué une indignation générale, notamment au regard de la Cop26 et des ses avancées minime s. “C’est absurde (...) de fabriquer de l’acier dans des usines qui polluent plus pour une question ponctuelle de prix d’électricité, alors qu’on a un instrument qui s’appelle Ascoval, qui fonctionne à l’électricité, qui produit de l’acier vert, qui est une pépite au sein du groupe Saarstahl”, a regretté Agnès Pannier-Runacher.

Le député du Nord de la France Insoumise Ugo Bernacilis a lui dénoncé un “un scandale social, environnemental et une claque monumentale donnée au gouvernement français”. “Entre fabriquer de l’acier en émettant PLUS de gaz à effet de serre ou MOINS, il choisit d’en émettre plus parce que c’est moins cher!” s’est aussi indignée Nathalie Arthaud, candidate de Lutte Ouvrière à la présidentielle.

“Il semble impensable que l’on fasse le choix du charbon allemand”, a aussi réagi mercredi soir le cabinet du président de la région, Xavier Bertrand, contacté par l’AFP. Pour le candidat à l’investiture à droite, “il est indispensable que des tarifs préférentiels soient accordés à Ascoval”, a ajouté son cabinet, qui rappelle que cette aciérie “n’est évidemment pas la seule” concernée par la hausse des coûts de l’électricité. “C’est scandaleux et ubuesque”, a abondé sa rivale à la primaire de droite Valérie Pécresse.

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