close
  • Li chevron_right

    Orwell dans le domaine public: nouvelle traduction chez Agone (et deux autres chez Gallimard)

    pubsub.eckmul.net / linuxfr · Sunday, 17 January, 2021 - 23:47 · 5 minutes

<p>Soixante-dix ans après la mort de l'auteur, les textes de George Orwell (Eric Arthur Blair) tombent, ce janvier 2021, dans le domaine public. Paraît une nouvelle traduction aux éditions Agone (déjà parue en 2019 au Québec aux Éditions de la rue Dorion), ainsi qu'une nouvelle à la pléiade chez Gallimard (fait rarissime, seulement deux ans après leur nouvelle traduction de 2018). Quel intérêt de re-traduire Orwell ? Il se trouve, d'abord, que la traduction originale de 1950 est tronquée et comporte des erreurs.</p> <ul> <li> <a href="https://blog.agone.org/post/2019/03/18/Pourquoi-retraduire-encore-%C2%AB%C2%A01984-%C2%BB">Pourquoi fallait-il retraduire 1984 ?</a> sur le blog des éditions Agone (que je cite principalement. Je cite également la postface du livre.)</li> <li><a href="https://agone.org/litteratures/milleneufcentquatrevingtquatre/">https://agone.org/litteratures/milleneufcentquatrevingtquatre/</a></li> <li> <a href="https://agone.org/auteur/george_orwell">https://agone.org/auteur/george_orwell</a> (9 publications)</li> <li>commander le livre sur <a href="https://www.placedeslibraires.fr/livre/9782748904468-1984-george-orwell/">placedeslibraires</a> ou <a href="https://www.leslibraires.fr/livre/17972215-1984-george-orwell-agone-editeur">leslibraires</a>.</li> </ul> <blockquote> <p>La liberté est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Si cela est accordé, tout le reste suit.</p> </blockquote> <p>On apprend que la traduction que l'on connaît, celle de 1950, celle du livre de poche, est tronquée de 42 phrases et de parties de dialogue. Et qu'elle comporte des erreurs, jamais corrigées au cours des années et des rééditions. Par exemple, il est écrit que le nombre de prolétaires est de 15%, alors qu'il est de 85% dans la version originale. Mieux:</p> <blockquote> <p>On nous parle de « nazis germains » au lieu de nazis allemands (German Nazis) ; quand Winston offre des fleurs à Julia, c’est un « holocauste à l’amour » alors que l’original ne parle que d’« offering to love » ! L’appendice sur la novlangue énonce des règles contradictoires avec celles qu’on trouve dans le roman (par exemple sur la formation des adjectifs), comme si les deux textes n’avaient pas été édités en cohérence l’un avec l’autre. On pourrait multiplier ces exemples.</p> </blockquote> <p>En 2018, Gallimard a sorti une nouvelle traduction, mais les choix sont assez étonnants, et dirons-nous, assez Orwelliens, même si, je cite, «sa qualité littéraire n’est pas à remettre en question». </p> <blockquote> <p>Le récit, au passé, a entièrement été réécrit au présent. La novlangue est devenue le « néoparler », le crime de pensée, le « mentocrime », la police de la pensée, la « mentopolice ». Or ces termes – novlangue, police de la pensée, etc. – sont passés dans le langage courant, ils sont employés quotidiennement par des milliers d’individus pour désigner des réalités sociales orwelliennes dérangeantes qui nous entourent. Plus d’un demi-siècle de commentaires littéraires et politiques se sont appuyés sur la novlangue, qui est devenue un concept à part entière de la pensée politique. Ironiquement, la nouvelle traduction efface le passé, alors même que l’enjeu du roman est de dénoncer une société qui coupe les individus de leur passé pour mieux les asservir.</p> </blockquote> <p>La nouvelle, donc troisième, traduction de Gallimard continue le processus l'orwellisation: Big Brother est traduit "Grand Frère", "novlangue" devien "néoparle" et apparaît "doublepense" (je n'ai pas compris ce qu'il traduit).</p> <blockquote> <p>Il nous a donc semblé nécessaire de publier une traduction à la fois plus proche du texte et fidèle à la manière dont des générations de lecteurs et de lectrices se sont emparées du roman pour critiquer le monde dans lequel ils vivent. Dans cet esprit, j’ai retraduit « la » novlangue au féminin (et non « le » novlangue comme chez Amélie Audiberti [la première traductrice]) pour suivre l’usage populaire du mot en français.</p> </blockquote> <p>Voilà, ce sont surtout ces questions de traduction qui m'ont intéressé, mais la postface d'aujourd'hui et le blog cité abordent d'autres questions, politiques: </p> <ul> <li>«[Cette nouvelle traduction] inclut les deux mises au point dictées par Orwell en 1949 quand, à la sortie du roman, en pleine guerre froide, les commentateurs étasuniens ont voulu le réduire à une dénonciation du stalinisme, voire du socialisme en général. Orwell rectifie la faute de manière très claire: […]»</li> <li>ils situent le livre dans le parcours d'Orwell et dans son époque, «entre sa critique cinglante d’un monde mécanisé, dans Le Quai de Wigan, et son engagement dans la guerre d’Espagne, qui lui fait découvrir l’ampleur du « mensonge organisé » dont sont désormais capables les États modernes»,</li> <li>et enfin ils discutent de «la lente mais sûre appropriation des thèses d’Orwell par la droite».</li> </ul> <p>Enfin, Gallimard c'est un peu LVMH, donc bon…</p> <hr> <p>Petit plaisir à la toute, toute dernière page:</p> <blockquote> <p>Cet ouvrage a été mis en page grâce à des logiciels libres assemblés dans la suite informatique SMAG 0.4.7 sous XeLaTeX.</p> </blockquote> <div><a href="https://linuxfr.org/users/dzecniv/journaux/orwell-dans-le-domaine-public-nouvelle-traduction-chez-agone-et-deux-autres-chez-gallimard.epub">Télécharger ce contenu au format EPUB</a></div> <p> <strong>Commentaires :</strong> <a href="//linuxfr.org/nodes/122986/comments.atom">voir le flux Atom</a> <a href="https://linuxfr.org/users/dzecniv/journaux/orwell-dans-le-domaine-public-nouvelle-traduction-chez-agone-et-deux-autres-chez-gallimard#comments">ouvrir dans le navigateur</a> </p>