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    Le communisme a laissé des traces en France

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Friday, 31 December - 04:30 · 3 minutes

Le parti communiste français (PCF) a été créé en 1920 et a eu un rôle politique important après la Seconde Guerre mondiale. Mais il a perdu ce rôle depuis beaucoup d’années. Certes, en principe, le parti communiste français existe encore, mais on n’en entend jamais parler car il ne joue aucun rôle public important.

Ainsi en 2021 ce parti a perdu sa dernière présidence de conseil départemental. Il dispose encore un nombre limité d’adhérents et son journal, L’Humanité , existe encore (mais est fort rarement évoqué).

On a donc le sentiment que le communisme n’existe plus. Mais s’il n’a plus de rôle politique précis on peut tout de même se demander si le mode de pensée communiste subsiste malgré tout. De ce point de vue on peut donc considérer comme utile de pouvoir définir ce qu’est un mode de pensée communiste.

Le marxisme est toujours là

On peut penser à juste titre que le marxisme est la pensée qui a inspiré les communistes. Le marxisme est opposé au capitalisme car les marxistes considèrent que les entrepreneurs capitalistes exploitent les salariés et qu’ils leur sont nuisibles.

On en tire la conséquence qu’il convient que l’État puisse limiter ou empêcher ce pouvoir de domination arbitraire. Pour cela il conviendrait que l’État impose des règlementations en faveur des salariés ou bien que les entreprises privées soient remplacées par des entreprises publiques.

Ces dernières sont considérées par les communistes comme non critiquables car on suppose que les politiciens agissent en fonction du bien commun et pas pour obtenir des gains individuels (contrairement à ce qui est supposé pour les entrepreneurs capitalistes).

Ceci est absurde car les entreprises capitalistes ne constituent pas des systèmes de domination des entrepreneurs sur les salariés, mais des ensembles de contrats volontaires, en particulier entre entrepreneurs et salariés.

Cependant la liberté des individus dans les décisions concernant les contrats est en grande partie limitée par les actions étatiques. Ainsi la règlementation concernant la durée du travail (par exemple hebdomadaire) constitue une contrainte sur les salariés mais aussi évidemment sur les entrepreneurs.

Méfiance française du capitalisme

Si, contrairement à l’idéologie communiste, la liberté des salariés n’est pas détruite par les entrepreneurs, elle est maintenant détruite par l’État.  Comme on le sait la France constitue l’un des pays du monde où la fiscalité est la plus importante , ainsi que la règlementation. On peut l’interpréter comme la conséquence d’une mentalité hostile à la liberté des entreprises capitalistes, comme cela résulte des conceptions communistes.

Il est par ailleurs caractéristique des mentalités françaises que le capitalisme soit souvent critiqué en France. On prétend que les crises économiques sont dues au capitalisme ou à ce qui est bizarrement désigné par néocapitalisme en France.

Et nombreux sont ceux qui reprochent au capitalisme d’être à l’origine de problèmes économiques, par exemple une faible croissance économique ou un taux de chômage élevé. Mais on peut démontrer qu’en réalité toutes ces difficultés économiques sont dues aux politiques publiques et aux politiques monétaires.

À titre d’exemple de cette situation française dans laquelle beaucoup peuvent être considérés comme communistes en tant que critiques du capitalisme, on peut citer une déclaration récente d’Emmanuel Macron.

En effet en 2019 il a dénoncé devant l’Organisation internationale du travail à Genève les dérives d’un « capitalisme devenu fou » . On peut certes considérer que ces déclarations faites par des politiciens contre le capitalisme français consistent essentiellement pour eux à justifier les politiques économiques publiques.

Mais les critiques du capitalisme sont souvent faites par beaucoup d’autres personnes et c’est pourquoi l’on peut considérer que même s’il n’existe pratiquement plus en tant qu’organisations officielles, le communisme inspire beaucoup les mentalités d’un grand nombre de Français.

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    « Le diable dans la démocratie » de Ryszard Legutko (1)

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Sunday, 29 August, 2021 - 03:00 · 13 minutes

Par Johan Rivalland.

Ryszard Legutko est ancien ministre de l’Éducation de Pologne et député européen. Mais il est surtout l’ancien éditeur de la revue philosophique clandestine Solidarity , éditée du temps de l’URSS.

C’est en observateur avisé qu’il a pu constater avec stupéfaction comment les anciens communistes sont parvenus à beaucoup mieux s’adapter que les dissidents et anticommunistes aux régimes démocratiques libéraux fondés en Europe de l’Est après la Chute du Mur de Berlin en 1989… Avec la complicité passive des institutions privées et publiques de l’Europe de l’Ouest.

Une découverte stupéfiante, malgré la supériorité que conserve cependant à ses yeux la démocratie libérale en tant que telle par rapport aux autres formes de régimes, qui a été surtout l’objet de profondes dérives au cours des dernières décennies. Et c’est en en étudiant de manière approfondie les mécanismes particuliers qu’il met en lumière à travers cet ouvrage les causes et symptômes fondamentaux qui en sont responsables .

« Pour faire court, comme le marxisme d’antan, la démocratie libérale devient une idéologie globalisante qui, derrière le voile de la tolérance, ne tolère pas la moindre opinion contraire », résume John O’Sullivan, éditeur à la National Review et vice-président de Radio Europe/Radio Liberty dans la préface.

Les points communs entre communisme et démocratie libérale

Les similarités entre communisme et démocratie libérale n’ont germé que progressivement dans l’esprit de Ryszard Legutko. Et c’est dès les années 1970, à l’occasion de son premier voyage hors de la Pologne que la relative conciliation et empathie à l’égard du communisme éprouvée en Occident l’a frappé, là où il se serait attendu à une vigoureuse condamnation.

Mais il a fallu attendre 1989 pour qu’il parvienne à prendre réellement conscience que la vague intuition qu’il eut alors était juste : ce sont quelques principes et idéaux communs qui peuvent venir expliquer en bonne partie ce lien de cousinage et la conversion rapide des anciens communistes tandis que les anticommunistes se trouvaient paradoxalement stigmatisés et considérés comme une menace, subissant de violentes attaques.

Le communisme et la démocratie libérale sont apparus comme constituant des entités amalgamant l’ensemble de la société et objurguant leurs partisans à penser, agir, analyser les événements, parler ou rêver de la bonne manière . Les deux régimes disposaient de leurs propres orthodoxies et de leurs modèles de citoyen idéal.

La vision de l’Histoire

La première de ces similarités porte sur la vision du sens de l’Histoire, qui évoluerait forcément vers le progrès.

À l’historicisme marxien – qui ne peut mener qu’à la violence politique selon Karl Popper – répondent comme en échos les idéaux du libéralisme d’une part et de la démocratie d’autre part, selon l’auteur, qui s’envisagent également en tant qu’horizon de progrès dans une perspective historique. Dans les deux cas, selon lui, qui tente de s’opposer d’une manière ou d’une autre à cette vision et à cette évolution jugée inéluctable est apparenté à un ennemi du progrès.

Le parallèle ainsi établi (Ryszard cite des penseurs comme Adam Smith, Emmanuel Kant ou Frédéric Bastiat) me paraît cependant injuste et incorrect.

Injuste dans la mesure où la pensée libérale n’est pas un constructivisme , contrairement au marxisme, et ne procède pas d’une volonté d’imposer les choses de manière autoritaire. Et incorrect dans la mesure où la philosophie libérale ne présente pas du tout la liberté comme une fin en soi , ni la paix perpétuelle (Emmanuel Kant) comme une finalité indépassable ou une sorte de fin de l’histoire mettant un terme définitif aux tyrannies.

Hélas, je ne crois pas en un tel optimisme et irréalisme quant aux mauvais penchants de la nature humaine. Ce qui n’empêche pas de souhaiter ardemment que les principes de liberté puissent être envisagés comme un moyen particulièrement efficace d’atteindre les plus grands desseins humains.

Bien que l’approche de l’auteur soit passionnante, j’éprouve d’autres points de désaccord : les auteurs libéraux ne croient pas en un unilatéralisme de l’histoire, ni en l’espoir que « des dirigeants éclairés ou des élites » seraient susceptibles de nous mener à une société meilleure.

Non seulement ils ne croient pas en une « marche de l’histoire », mais il me semble que la tolérance fait bien partie de l’esprit libéral. En aucun cas des libéraux estimeraient que les pays d’Europe de l’Est sont « en retard », ni ne renient la volonté de certains de défendre par exemple la famille traditionnelle ou d’autres valeurs, le libéralisme consistant justement en la liberté laissée à chacun de vivre selon les principes qui ont sa préférence. Et en aucun cas d’authentiques esprits libéraux ne préconiseront de quelconques interventions législatives de la part d’un État dans l’intention d’imposer certains principes.

Dogme du progrès et despotisme démocratique

Il est à noter cependant que l’auteur distingue bien clairement libéraux, démocrates et démocrates libéraux. Ce qui n’est, en effet, pas la même chose et explique bien des divergences fondamentales. Dans de nombreux domaines évoqués par l’auteur (école, éducation, art, etc.), des libéraux ne renieraient pas les constats d’échec et les perversions engendrées par une certaine démocratie libérale.

En outre, une fois que nous reconnaissons – et les démocrates libéraux le font généralement – que le progrès a été rendu possible par la quête humaine de la créativité, de l’inventivité , du pouvoir de l’imagination et de la liberté de penser – qualités qui ont souvent changé au cours de l’histoire – pourquoi devrions-nous tout d’un coup accepter l’idée complaisante que ces mêmes qualités ne pourraient pas nous mener au-delà de l’horizon démocrate libéral ?

[…]

De nos jours, nous observons chez ceux-là mêmes qui ont si facilement succombé à la tentation totalitaire un rejet furieux de la moindre critique, une acceptation négligente de toutes les tares du système, une manière de réduire les opinions dissidentes au silence, un soutien absolu en faveur du monopole de leur idéologie dans un système politique. Cette idolâtrie de la démocratie libérale fait partie de la même maladie qui contamine facilement les intellectuels et les artistes .

C’est ainsi que les mêmes excès d’enthousiasme et d’adhésion sans modération observables en faveur successivement du communisme, du fascisme, puis du national-socialisme et du socialisme, sont également à l’œuvre lorsqu’il s’agit de la démocratie libérale. Avec la même idée de progrès, de transformation du monde et d’indignation à l’encontre de toute personne pouvant aller à l’encontre de ce processus, vouant les traditions et tout ce qui peut représenter le passé aux gémonies.

Car, plutôt que de s’en tenir au parlementarisme, au système multipartite et à l’État de droit, le système est devenu dogmatique, visant la transformation de la société et de la nature humaine, cherchant à « influencer la vie dans ses moindres aspects ». Ce qui n’est pas sans rappeler les mises en garde prémonitoires d’Alexis de Tocqueville au sujet du despotisme démocratique .

Le système multipartite a perdu graduellement son caractère pluraliste, le parlementarisme est devenu un vecteur de la tyrannie aux mains d’une majorité idéologiquement constituée, et l’état de droit évolue vers l’arbitraire juridique.

Selon Ryszard Legutko, le mal profond provenant surtout de ce qu’aux valeurs anciennes et millénaires, comme la dignité , on a voulu substituer un culte au confort, à l’utilité, au plaisir et à la gratification immédiate. Aboutissant à des formes de vulgarité et de superficialité qui ont grandement réduit les aspirations humaines. L’égalité est devenue la valeur suprême, tandis que des valeurs jugées plus aristocratiques se trouvaient rejetées, le commun et le médiocre remplaçant des aspirations plus hautes, jugées moins attrayantes, ceci faisant partie de ce qui devenait – sans autre forme de débat – un simple « droit ».

La croyance en le caractère inéluctable du progrès de l’histoire provient des Lumières, dont les dogmes sont encore davantage crus par les démocrates libéraux que les socialistes, selon l’auteur.

Le démocrate libéral se sent privilégié et heureux d’être différent des pauvres imbéciles, des bons à rien qui n’ont pas réussi à accepter ce qui est pourtant évident. L’ensemble de ces facteurs pris ensemble le renforcent dans sa croyance que si le monde doit survivre et se développer, il devra aller dans une seule et unique direction – la sienne.

[…]

Comme charmés par de puissants, mais invisibles magiciens politiques, Les Européens de l’Est succombèrent immédiatement à ce qu’ils considéraient comme l’impératif du développement historique de la civilisation occidentale. L’attitude requise d’une nation nouvellement libérée n’était pas là créativité, mais le conformisme.

Une utopie

Ryszard Legutko dresse ensuite un parallèle intéressant entre l’expérience qu’il a connue dans le monde communiste puis, après la chute de celui-ci, dans le monde occidental actuel, pour montrer en quoi les deux systèmes poursuivent de la même manière un idéal qui, dans chacun des deux cas, ne conçoit aucune alternative à son aboutissement. Combinant dans chacun des deux cas langages de la moralité et de la politique.

Il n’existe pas de sujets, même triviaux, que le démocrate libéral pourrait évoquer ou discuter sans mentionner la liberté, la discrimination, l’égalité, les droits de l’Homme, l’émancipation, l’autoritarisme et d’autres notions afférentes. Aucun autre langage n’est utilisé ni accepté.

Comme si la démocratie libérale seule pouvait être la représentante de la liberté. Ce qui est faux, montre l’auteur, qui rappelle comment notre civilisation occidentale s’est fondée de manière concrète , à travers des institutions, des pratiques sociales, des habitudes mentales, entre autres.

Il est difficile d’imaginer la liberté sans la philosophie classique et l’héritage de l’Antiquité, sans la chrétienté et la scolastique, sans les différentes traditions de la philosophie du droit et sans pratiques sociales et politiques, sans le républicanisme ancien et moderne, sans anthropologie puissante et sans une éthique des vertus et des devoirs, sans le conservatisme anglo-saxon et continental et sans d’autres nombreux composants de la civilisation occidentale.

Quant à la démocratie, malgré les défauts qui lui sont inhérents et ont toujours été reconnus par tous les plus grands esprits depuis l’Antiquité, elle continue d’être vénérée au-delà de toute raison, rejetant toute forme de contestation ou même de simple spéculation intellectuelle. Ce qui définit bien l’utopie dans son sens originel.

Le remède à ses faiblesses consisterait à administrer encore plus de démocratie. Mais imagine-t-on affirmer que pour gommer les manquements d’une oligarchie il faudrait encore renforcer l’oligarchie ? demande l’auteur à juste titre. Ou que pour remédier aux défauts d’une tyrannie il conviendrait d’approfondir la tyrannie ? Un raisonnement absurde qui ne tient qu’à cette adulation excessive qui relève bien de l’utopie.

En réalité, nous dit Ryszard Legutko, les penseurs de l’Antiquité avaient déjà déterminé une solution possible aux défauts respectifs des trois grands types de systèmes (monarchie, oligarchie, démocratie) : opérer des combinaisons des trois. Les avantages des uns neutralisant ainsi les désavantages des autres.

Nous aurions alors, par exemple, une représentativité démocratique, mais en même temps des institutions aristocrato-oligarchiques qui préserveraient une forme d’élitisme ainsi qu’un certain type de monarchie garantissant l’efficacité de la gouvernance. Une telle combinaison reposait sur l’habileté des politiciens et sur le caractère d’une société précise et pouvait aboutir à la production d’une grande variété de formes politiques hybrides. Lorsque Cicéron mentionna ce régime mixte, il employa le nom de res publica . Ce fut le début d’une tradition républicaine très importante dans la civilisation occidentale.

[…]

Même le système américain, qui est considéré aujourd’hui comme une incarnation exemplaire de la démocratie représentative, fut échafaudé comme une construction hybride. Certains des Pères fondateurs y voyaient comme un enjeu majeur de la réduction de l’influence du demos afin de garantir à l’élément aristocratique un rôle important, puisqu’il demeurait de sa responsabilité de propager et de défendre les vertus politiques et éthiques. Tocqueville souleva le même problème, qui était pour lui encore plus pressant dans la mesure où il voyait l’émergence de la démocratie comme irrésistible. Dans les temps nouveaux qui venaient, il était de la plus haute importance d’injecter une forme d’esprit aristocratique dans une société plus égalitaire.

[…]

En tout cas, avant qu’il ne disparaisse pour céder la place à l’idolâtrie de la démocratie, le concept de système hybride connu sous le terme de régime mixte avait joué un rôle créatif dans la pensée politique et la pratique, et avait empêché bien des politiciens de sombrer dans l’utopisme.

[…]

Les politiciens sont parfois réticents à utiliser le mot « république » que l’on tend à associer avec une forme d’étatisme répressif. On préfère le terme de « démocratie » qu’on nous a appris à relier avec la liberté, l’ouverture et la diversité. Ces associations sont bien sûr fausses, dans la mesure où une république offre une diversité interne bien supérieure à celle que l’on peut trouver dans la démocratie libérale car elle incorpore des institutions non démocratiques (par exemple d’inspiration monarchique ou aristocratique) tout en complaisant aux sensibilités non démocratiques. La démocratie libérale est plus restrictive, car fortement corrélée à des principes égalitaristes qui sont à tort conçus comme générant de la diversité.

Les démocrates libéraux ont ainsi l’illusion qu’ils contribuent à la diversité là où au contraire ils se comportent de manière monolithique en cherchant à imposer leurs idées au monde, enfermant le monde qui les entoure dans une uniformité de plus en plus rigide et ne souffrant pas la moindre critique.

Fin de ce premier volet. Pour des raisons de longueur (liées à l’importance et à la richesse de cet ouvrage), nous présenterons deux autres volets. Le prochain portera notamment sur les dérives de la démocratie libérale.

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    Cuba : la propagande castriste se fracasse sur la réalité

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Thursday, 22 July, 2021 - 03:30 · 10 minutes

Par Nathalie MP Meyer.

Ségolène Royal est inhabituellement silencieuse.

À ce jour, pas un seul petit tweet sur les manifestations monstres qui ont secoué Cuba comme jamais le dimanche 11 juillet dernier. Elle qui, dépêchée par François Hollande aux obsèques de Fidel Castro en décembre 2016, voyait en ce dernier « un monument de l’histoire » qui avait permis aux Cubains de récupérer « leur territoire, leur vie, leur destin » , n’a-t-elle rien à dire aux manifestants qui sont descendus par milliers dans les rues aux cris de « Liberté ! », « À bas la dictature ! », « Nous n’avons pas peur ! » et « La patrie et la vie ! » par détournement du slogan castriste « La patrie ou la mort » ?

Pour notre gauche française toujours aussi empêtrée dans son surmoi totalitaire, toujours prête à trouver toutes les excuses possibles aux pires dictateurs de la planète pourvu qu’ils soient estampillés « de gauche », malgré les famines, les pénuries, la répression acharnée des libertés, les millions de morts, de déportés et d’emprisonnés qui, de l’URSS à la Chine en passant par l’Afrique, le Cambodge, le Venezuela et Cuba, s’inscrivent systématiquement dans leur sillage révolutionnaire, l’événement est profondément dérangeant. Plutôt se taire. Plutôt faire comme s’il n’existait pas.

Plutôt faire comme si l’actuel homme fort de Cuba, l’apparatchik communiste Miguel Díaz-Canel Bermúdez qui a succédé tout récemment aux frères Castro (photo ci-dessus), n’avait pas purement et simplement ouvert les vannes de la guerre civile en appelant ses partisans à descendre dans la rue pour sauver les fabuleux acquis de la Révolution contre les manifestants relégués au rang de mercenaires des États-Unis, conformément à la rhétorique bien rodée de tous les potentats communistes en proie à la débandade orchestrée par leur propre idéologie :

Estamos convocando a todos los revolucionarios de nuestro país, a todos los comunistas, a que salgan a las calles en cualquiera de los lugares donde se vayan a producir estas provocaciones hoy, desde ahora y en todos estos días. »
Nous appelons tous les révolutionnaires du pays, tous les communistes, à sortir dans les rues où vont se produire ces provocations, dès maintenant et les prochains jours.

Mais de quelle Révolution s’agit-il ? De quel « monument de l’histoire » est-il vraiment question ? Cela vous étonnera peut-être, mais je vais donner la parole à François Hollande. En 2003, bien avant de tomber à son tour dans une admiration lamentablement servile pour El Commandante , il en donnait une description des plus exactes :

La belle révolution de 1959 contre la dictature de Batista, celle qui avait fait lever tant d’espérance au-delà même de l’Amérique latine […] , s’est transformée en cauchemar politique : pouvoir personnel, voire familial, refus d’élections libres, censure, répression policière, enfermement des dissidents, camps de travail, peine de mort, bref, l’arsenal complet d’une dictature.

On ne saurait mieux dire. Mais encore faudrait-il préciser qu’en 1957 et 1958, c’est-à-dire juste avant la prise de pouvoir de Fidel Castro, la situation économique et sociale de Cuba n’était pas l’horreur absolue décrite par la propagande castriste pour donner plus de lustre à ses maigres accomplissements.

D’abord, la presse était libre et abondante. Il existait à l’époque 58 quotidiens et 129 magazines alors que ne subsistent aujourd’hui que les deux organes du Parti communiste cubain, Granma et Juventud Rebelde. Toutes les tentatives de presse indépendante sont impitoyablement réprimées et l’accès à internet est coupé dès que la situation politique devient trop irritante pour l’estomac des dirigeants castristes.

Ensuite, Cuba se situait au quatrième rang d’Amérique latine pour l’espérance de vie, le PIB par habitant et le taux d’alphabétisation (76,4 %), ce qui en faisait un pays très comparable à l’Espagne ou l’Italie de l’époque. De plus, son système de santé – dont la légende d’extrême gauche a fait un laurier castriste – était déjà très développé. L’île avait à l’époque un taux de mortalité infantile de 32 ‰, soit l’équivalent de la France .

Le pays restait profondément inégalitaire, mais dans un contexte de prospérité prometteur, tandis que le communisme 1 et sa collectivisation des terres et des moyens de production ont rapidement et définitivement plongé les Cubains dans un égalitarisme synonyme de pauvreté, pénuries et coupures d’électricité récurrentes.

Un peu d’histoire :

Arrêté et emprisonné pendant deux ans sous la dictature de Batista, Fidel Castro prend le pouvoir en janvier 1959 suite à une marche de guérilleros menés par Che Guevara sur La Havane. La capitale fait un accueil triomphal au nouveau régime, mais tout va basculer très vite dans le sens d’une dictature soviétophile très éloignée des projets libéraux exprimés avant la prise de pouvoir.

Les partisans de Batista sont fusillés systématiquement, la constitution de 1940 n’est pas restaurée, au profit d’un gouvernement par décrets, et la réforme agraire se transforme en confiscation des terres par l’armée castriste. Peu à peu, tous les démocrates quittent le gouvernement.

La première grande vague d’exils a lieu en 1961. Elle concerne surtout les classes moyennes, mais le monde ouvrier ne sera pas non plus épargné : les syndicats sont marginalisés par noyautage des communistes et Castro parvient à imposer l’interdiction du droit de grève. L’Église catholique avait accueilli avec satisfaction la chute de Batista, mais très vite elle doit se replier sur elle-même car nombre de prêtres sont expulsés, les collèges religieux sont fermés et les revues diocésaines interdites. Le monde artistique sera touché de la même façon.

La thèse de Castro est simple comme le totalitarisme : « Dans la Révolution, tout, en dehors, rien. » La dictature est en place et elle a son Saint-Just en la personne de Che Guevara, être froid et sectaire, convaincu que « la solution des problèmes de ce monde est derrière le rideau de fer. » C’est lui qui met en place dès 1960 le premier camp de travaux forcés et qui aime assister aux exécutions des opposants en fumant un cigare. Guevara sera aussi ministre de l’Économie à laquelle il ne connaît rien. Il finira par ruiner la banque centrale cubaine. Au total, plus de cent mille Cubains ont connu les camps ou les prisons, et de 15 000 à 17 000 personnes ont été fusillées.

Voilà la belle « Révolution » que Miguel Díaz-Canel entend protéger et prolonger.

Quitte à faire porter la faute de l’échec cubain sur l’ennemi extérieur de prédilection de tous les régimes communistes, c’est-à-dire les États-Unis. On se rappellera par exemple que si la RDA s’est vue contrainte de construire un « mur de protection antifasciste » au prétexte de se protéger des agressions de l’Occident, il s’agissait en réalité de mettre un terme à la fuite massive de ses citoyens vers l’Allemagne de Ouest.

De la même façon, il faudrait croire maintenant que tout irait merveilleusement bien à Cuba si l’impérialisme américain n’était pas le moteur contre-révolutionnaire qui pourrit les rues du pays depuis le 11 juillet et s’il n’imposait pas un « bloqueo » (blocus) qui asphyxie complètement l’île depuis bientôt 60 ans :

[Traduction : Les Cubains savent parfaitement que le gouvernement américain est le principal responsable de la situation actuelle à Cuba. #Cuba et ses rues appartiennent aux révolutionnaires.]

[Traduction : Alors que les États-Unis tentent de nous étouffer avec un blocus insensé, le noble travail des brigades médicales « Henry Reeve » a permis de diffuser la solidarité de #Cuba à travers les continents et de sauver des vies. Fin du blocus ! C’est aussi un virus !]

Or il n’y a pas de blocus à Cuba. Il y a un embargo américain qui fait que l’île peut commercer avec tous les pays qu’elle veut sauf avec les États-Unis et dans toutes les monnaies qu’elle veut sauf en dollars américains.

Ce qu’elle ne se prive pas de faire : selon les chiffres de l’Ambassade de France à La Havane, les échanges commerciaux de Cuba avec le reste du monde se sont montés en 2019 à l’équivalent de 12 milliards de dollars (10 milliards d’importations et 2 milliards d’exportations), ses cinq premiers partenaires étant le Venezuela, la Chine, l’Espagne, le Canada et la Russie.

Et encore l’embargo s’est-il fortement allégé depuis le début des années 2000 puisque le commerce des aliments et des médicaments avec Cuba est maintenant autorisé. Il en résulte qu’aujourd’hui, ce que mangent les Cubains provient à 80 % des États-Unis. Un intéressant article du quotidien Libération (cité plus haut sur la situation en 1958) nous indiquait que déjà en 2009, Cuba importait 84 % de ses denrées alimentaires et que les États-Unis étaient devenus le premier fournisseur de nourriture du pays.

Il y a bien asphyxie de l’économie cubaine, mais elle n’est pas à rechercher ailleurs que dans ce que les Cubains eux-mêmes appellent le « blocus interne » , c’est-à-dire l’échec économique, social et bureaucratique qui ponctue dramatiquement toutes les expériences de « socialisme réel » sans exception. Cuba a pu profiter pendant un temps de l’aide de l’URSS devenue Russie, puis de celle du Venezuela, notamment pour les hydrocarbures, mais les mêmes causes produisant les mêmes effets, ces deux pays fondés sur le même régime de collectivisation forcée et de suppression des libertés individuelles n’ont plus été en mesure de compenser la faillite cubaine.

Ils ont néanmoins été parmi les premiers à soutenir Cuba dans la crise récente et à réclamer la fin du « bloqueo » américain, suivis rapidement par la Chine et tous les pays « frères » d’Amérique latine comme la Bolivie et le Mexique. Pas de quoi s’étonner, l’hypocrisie, la brutalité et la désinformation forment la marque systématique et indélébile des régimes politiques déficients. Du reste, les flux migratoires rétablissent clairement la réalité : ce sont bien les Cubains, les Vénézuéliens , les Allemands de l’Est, etc. qui ont cherché ou cherchent encore à quitter massivement leur pays, souvent au péril de leur vie.

Aussi, ne nous y trompons pas. Les manifestants du 11 juillet ne sont pas descendus dans les rues pour demander la fin de l’embargo américain ou la démission de Joe Biden. Ils ont bravé la police du régime pour obtenir la fin de la dictature castriste et accéder à toutes les libertés publiques. C’est bien le communisme et lui seul qui est en cause. Les Cubains, citoyens experts en dictature depuis six décennies, n’en veulent plus.

Sur le web

  1. Source : Le livre noir du communisme , Cuba : l’interminable totalitarisme tropical, par Pascal Fontaine, Éditions Robert Laffont, Collection Bouquins.
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    Cuba accuse Washington d'être derrière les manifestations sur l'île

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Tuesday, 13 July, 2021 - 06:21 · 4 minutes

Photo prise en République Dominicaine, le 12 juillet, lors du manifestation en soutien à celles de Cuba contre le gouvernement

INTERNATIONAL - Le président cubain Miguel Diaz-Canel a rendu responsable lundi 12 juillet le gouvernement américain des manifestations historiques survenues la veille , via sa “politique d’asphyxie économique”, tandis que Washington et l’Union européenne appellent au calme.

À la télévision, le dirigeant communiste a assuré que son gouvernement essaie d’“affronter et de vaincre” les difficultés face aux sanctions américaines, renforcées depuis le mandat du président américain Donald Trump . “Que cherchent-ils? Provoquer des troubles sociaux”, mais aussi “le fameux changement de régime”, a-t-il dénoncé.

Des accusations qualifiées de “grave erreur” par le secrétaire d’État américain Antony Blinken, ce qu’a contesté le chef de la diplomatie cubaine Bruno Rodriguez, fustigeant “le renforcement de la politique de siège économique en pleine pandémie”. Le président américain Joe Biden a lui appelé “le régime cubain à entendre son peuple” et son “appel vibrant à la liberté”, en se gardant de toute “violence” contre les manifestants.

Même ton du côté de l’Union européenne, dont le chef de la diplomatie Josep Borrell a demandé “aux autorités d’autoriser ces manifestations et d’écouter le mécontentement des manifestants”.

Arrivé fin 2018 à Cuba, l’internet mobile, qui a permis dimanche la diffusion en direct d’une quarantaine de manifestations anti-gouvernement à travers l’île, restait coupé lundi soir. Les rues de La Havane étaient quant à elles sillonnées par la police et l’armée, ont constaté des journalistes de l’AFP, mais le calme était revenu après les échauffourées de la veille.

Plusieurs dizaines de personnes, dont des journalistes indépendants cubains, ont été arrêtées et leurs proches se pressaient lundi aux abords des postes de police pour avoir des nouvelles.

“À bas le communisme”

En fin de journée, une manifestation d’une centaine de personnes a éclaté dans un quartier de La Havane, la Güinera, aux cris de “À bas le communisme” et “Patrie et vie”, du nom d’une chanson polémique, avant des heurts avec les forces de l’ordre qui ont arrêté au moins cinq personnes, ont constaté des journalistes de l’AFP.

“On sait qu’à Cuba, tout le monde est déchaîné, certains pour le gouvernement et d’autres contre, mais cela ne profite à personne”, regrettait Dolores Gonzalez, femme au foyer de 57 ans habitant dans ce quartier pauvre, en regardant la rue jonchée de verre et de pierres.

Criant “Viva Cuba Libre”, des milliers d’Américains d’origine cubaine sont eux descendus dans les rues de Miami et Washington en soutien aux manifestations historiques contre le régime cubain, dont ils espèrent qu’elles mèneront à sa chute.

Excédés par la crise économique qui a aggravé les pénuries d’aliments et de médicaments et poussé le gouvernement à couper l’électricité plusieurs heures par jour, des milliers de Cubains étaient sortis spontanément dimanche dans les rues de dizaines de villes et villages, aux cris de “Nous avons faim”, “Liberté” et “À bas la dictature”.

Une mobilisation inédite à Cuba, où les seuls rassemblements autorisés sont généralement ceux du Parti communiste (PCC, unique).

C’était “incroyable”, a déclaré à l’AFP Yudeiky Valverde, 39 ans, employée d’une école primaire. “Cela fait des années qu’il ne se passait pas quelque chose comme ça, depuis 1994” lors du “Maleconazo”, quand des habitants avaient défilé sur le Malecon, le boulevard côtier de La Havane, contre la crise économique. Cette manifestation, calmée par l’intervention de Fidel Castro, s’était toutefois limitée à la capitale. Comme en 1994, “les gens sont énervés parce qu’il n’y a pas de nourriture, parce qu’il y a des problèmes”.

Soutien du Venezuela et de la Russie

Pour Uricel Alonso, étudiant en économie de 18 ans, “c’est vrai que les choses sont compliquées dans le pays, on le sait tous, mais ce n’était pas nécessaire de manifester”. “Il faut que ça se calme”, disait-il, satisfait que le président ait comparu à la télévision.

Grand soutien des autorités cubaines depuis l’époque soviétique, la Russie a mis en garde contre toute “ingérence étrangère (...) qui favoriserait la déstabilisation de la situation sur l’île”. Autre allié de poids, le président vénézuélien Nicolas Maduro a apporté son soutien à son homologue Miguel Diaz-Canel, “au peuple” et “au gouvernement révolutionnaire de Cuba”.

Le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador a lui offert d’envoyer de l’aide humanitaire et rejeté toute approche “interventionniste”, tandis que son homologue argentin, Alberto Fernandez, a exigé la levée de l’embargo et rejeté lui aussi une éventuelle intervention. “Tout mon soutien et ma solidarité envers le peuple cubain, qui réclame courageusement la fin d’une dictature cruelle”, a de son côté réagi le président brésilien Jair Bolsonaro.

Le renforcement de l’embargo américain, en vigueur depuis 1962, ainsi que l’absence de touristes due à la pandémie, ont plongé Cuba dans une profonde crise économique et généré un fort malaise social.

Les manifestations sont par ailleurs survenues dans un contexte de forte hausse des cas de coronavirus sur l’île , avec au total 244.914 cas dont 1579 décès, pour 11,2 millions d’habitants. Une situation qui a poussé de nombreux Cubains à utiliser le mot-clé #SOSCuba sur les réseaux sociaux, pour demander qu’une aide humanitaire extérieure soit autorisée par le gouvernement.

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    Grimes a un message pour les communistes (et ça lui ressemble beaucoup)

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Friday, 4 June, 2021 - 09:17 · 2 minutes

La chanteuse Grimes lors de l

INSOLITE - Il faut dire qu’elle pourrait sauver le monde avec des raisonnements pareils. La chanteuse canadienne Grimes s’est exprimée, dans une vidéo TikTok , sur les bienfaits que pouvait avoir l’intelligence artificielle sur une société communiste.

L’artiste, de son vrai nom Claire Boucher, considère que la technologie de l’IA permettra aux êtres humains d’accéder rapidement à un modèle communiste. “J’ai une proposition pour les communistes”, affirme-t-elle dès le début de sa vidéo, “Généralement, la plupart des communistes que je connais ne sont pas de grands adeptes de l’intelligence artificielle. Mais si vous y réfléchissez, l’IA est le chemin le plus rapide pour accéder au communisme”.

En couple depuis 2018 avec le visionnaire Elon Musk , Grimes explique que “si elle est mis en oeuvre correctement, l’intelligence artificielle pourrait résoudre le problème de la faim dans le monde”, avant d’ajouter que l’IA permettrait d’arriver ”à une société dans laquelle personne ne devrait travailler, où tout le monde a une vie confortable”, car selon elle cette technologie pourrait “automatiser tous les domaines de l’agriculture [...] et permettre une véritable égalité” entre les personnes.

@grimes

A.I. Is the fastest path to communism #ai #communism #farming

♬ Vivaldi - Spring - Allegro - Essential Band

Le TikTok, qui a été regardé plus 2 millions de fois, a provoqué une vague de réactions sur Twitter. “Voir Grimes s’intéresser au communisme alors que son mari est l’un des plus grands capitalistes me fait rire”, écrit une internaute. “Le dernier tiktok de Grimes ??Lle culot je vais hurler de rire”, s’étonne un autre. Une autre partie des commentaires portent sur l’ignorance de l’artiste de ce qu’a été le communisme dans le passé. “Grimes ne sait pas ce qu’est le communisme, évidemment”, réagit une utilisatrice de la plateforme.

La chanteuse s’est finalement défendue en répondant à ses followers qu’il ne s’agissait que d’une simple “blague”, ajoutant au passage qu’elle n’était “pas communiste”, mais qu’elle pensait que les “technocrates et communistes pourraient probablement bien s’entendre”.

À voir également sur Le HuffPost: Elon Musk danse objectivement mal, et ses salariés ont adoré

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    Persécution des Ouïghours : le régime chinois est bien communiste

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Monday, 18 January, 2021 - 04:00 · 4 minutes

Par Lionel Chanel.

Les Ouïghours , cette population turcophone et musulmane de la province chinoise du Xinjiang, sont assujettis au pouvoir communiste de Pékin depuis 1950. Les camps de rééducation, lieux d’enfermement et de tortures physique et psychologique, représentent l’aspect le plus répugnant du totalitarisme à l’œuvre en Chine contre cette minorité.

Des témoignages, comme celui de Gulbahar Haitiwaji , une rescapée de ces camps qui vient de sortir un livre sur son expérience de détenue , permettent de se faire une idée de l’enfer que subissent les Ouïghours.

En plus des camps, les attaques contre la religion musulmane, contre le patrimoine architectural et l’isolement forcé auquel sont forcés les Ouïgours représentent d’autres méthodes de ce qui peut s’apparenter à un nettoyage ethnique. Le système de surveillance repose sur un « quadrillage » ( wange en langue chinoise) qui permet de récolter des informations sur la population par plusieurs canaux : écoutes téléphoniques, interceptions électroniques, perquisitions… Mais également, dans les régions où se manifeste une forte contestation du pouvoir communiste, ce dernier impose le rationnement de l’eau et des taxes supplémentaires.

Le but de Pékin est de réduire à presque rien, sinon d’éliminer totalement, la culture ouïghoure. D’ailleurs le nom même de Xinjiang, « nouvelle frontière » traduit cette volonté de transformer cette région en une province parfaitement chinoise où elle envoie, parfois par wagons entiers, depuis des décennies, des colons chinois pour y faire grossir la population han.

L’Autre, ennemi du régime

La répression de populations pour des motifs ethniques n’est pas une nouveauté dans l’histoire du communisme. De la « décosaquisation » initiée par Lénine en 1919 aux persécutions, par les Khmers rouges, de la minorité musulmane cambodgienne des Chams, en passant, en URSS, par l’extermination des Ukrainiens par la faim (Holodomor) dans les années trente et la déportation des « peuples collaborateurs » durant la Seconde Guerre mondiale, nombreux furent les victimes des bouchers communistes assassinées en raison de leur appartenance à une nation ou une ethnie différente.

Comment une doctrine fondée sur la « lutte des classes » et la « guerre contre la bourgeoisie » a-t-elle pu guider ses répressions et ses meurtres de masse par des impératifs ethniques ? C’est Thierry Wolton qui nous donne la réponse, dans le troisième volume de son Histoire du communisme .

Les pouvoirs communistes, explique-t-il, dans leur désir de bâtir la cité idéale, devaient faire table rase du passé et détruire tout ce qui rattachait les hommes à l’ancien monde.

La culture et la religion, évidemment, faisant partie de ces obstacles à éliminer, il n’est pas étonnant que l’utopie communiste se soit muée en « national-communisme » : la diversité des peuples formait un barrage sur la route menant à l’avenir radieux, il fallait donc l’éliminer. Il écrit :

« Le national-communisme , […] est la seule voie possible que peut emprunter l’idéologie si elle veut trouver une concordance a minima avec la réalité 1 ».

Ce décalage constant entre utopie et réalité trouvait, aux yeux des communistes au pouvoir, un élément d’explication chez l’Autre, considéré comme un ennemi du régime. Ce dernier étant totalitaire, il devait fatalement trouver des boucs-émissaires chez des peuples « étrangers ».

Thierry Wolton écrit :

« Le nationalisme est devenu prépondérant dans les régimes communistes dès que ceux-ci ont été en butte à des difficultés. Tous ont fini par s’y adonner car tous ont connu l’épreuve de vérité, l’inadéquation entre théorie et pratique, quand l’idéologie s’est brisée sur les écueils de la réalité. Le repliement sur soi des régimes totalitaires, qui est une obligation pour s’assurer une totale emprise sur la population, a provoqué un complexe obsidional qui a alimenté cette fuite en avant nationaliste 2 . »

La véritable nature du communisme

L’obsession ethnique, voire raciale, est-elle étrangère aux fondateurs du marxisme ? À lire certains de leurs écrits, non.

La correspondance de Marx et Engels nous fournit des perles que la revue Histoire et Liberté , en 2006, avait mis en lumière 3 .

Marx, ainsi, parlait des Espagnols : « Les Espagnols sont déjà des êtres dégénérés. Mais un Espagnol dégénéré, un Mexicain, voilà l’idéal. »

Commentant un livre de l’anthropologue Pierre Trémaux, Marx dit à Engels que la preuve est faite « que le type nègre n’est qu’un type bien supérieur dégénéré » .

À propos de la nation polonaise, Engels explique à Marx que « tout ce que les Polonais aient jamais fait dans l’histoire, ce sont des sottises » , et la qualifie même de « fainéante » . Il la compare à la Russie qu’il juge supérieure, malgré « toute sa vulgarité et sa malpropreté slave » .

Le traitement inhumain infligé aux Ouïghours reflète la nature véritable du communisme.

  1. Thierry Wolton, Une histoire mondiale du communisme, tome 3, Les victimes, Paris, Grasset, 2015, p. 192.
  2. Ibid., p. 223.
  3. Histoire et liberté , printemps-été 2006. Toutes les citations qui suivent en sont extraites.
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    Pour la Chine, le capitalisme est un outil, rien de plus

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Thursday, 14 January, 2021 - 04:00 · 13 minutes

la Chine

Par Yves Montenay.

La Chine fascine et effraie à la fois. C’est une grande puissance inquiétante, mais aussi un modèle pour certains. Comme toujours, l’histoire éclaire le présent.

Un peu d’histoire pour commencer

Il faut d’abord se souvenir que la Chine sort de plus d’un siècle de soubresauts et d’humiliations puis d’un naufrage presque total sous Mao. Cet empire millénaire qui enseigne à ses enfants une haute image de lui-même cherche à prendre sa revanche. Comme l’Allemagne d’Hitler, la Russie de Poutine et la Turquie d’Erdogan, mais avec le poids de 1,4 milliard d’habitants.

C’est dans ce contexte, pour survivre d’abord, pour prendre sa revanche ensuite que la Chine utilise le capitalisme. Comme un outil, pas par conviction. L’actualité symbolisée par les attaques contre le groupe privé de Jack Ma semble montrer que cet outil peut être jeté maintenant que l’on estime ne plus en avoir besoin.

Commençons par ces humiliations et ce naufrage.

Plus d’un siècle de troubles profonds

La Chine avait été envahie et battue par les Anglais en 1839 lors de la première guerre de l’opium, puis par l’ensemble des Occidentaux, Japonais compris ensuite. Elle était pratiquement devenue une colonie et tous les pays développés qui disposaient de concessions (quartiers sous leur administration)

En 1911, la république chinoise est proclamée après le règne catastrophique de l’impératrice traditionaliste Cixi , au pouvoir de 1860 à 1908 avant de laisser la place à l’empereur-enfant Puyi.

Mais le remplacement de l’empire par la république ne résout rien. C’est le temps de l’anarchie et des seigneurs de la guerre qui règnent sur certaines régions. Un capitalisme spontané se met en place notamment à Shanghai. Après Sun Yat-sen, premier président, arrive Tchang Kaï-chek qui doit faire face à la dissidence communiste menée par Mao et à l’invasion japonaise dès 1934… et je simplifie énormément une période complexe et troublée.

Les Américains vont aider Tchang Kaï-chek à battre les Japonais qui capitulent en 1945. Mais le pays est épuisé et les communistes contrôlent le continent en 1949, tandis que Tchang Kaï-chek et son armée se réfugient à Formose, aujourd’hui Taïwan. L’élite économique de Shanghai se réfugie à Hong Kong, alors colonie britannique libérale et ouverte sur le monde.

La catastrophe communiste

Le régime communiste multiplie les erreurs économiques et les répressions. Il commence par l’exécution de 5 millions de propriétaires terriens, mais au lieu de distribuer les terres aux paysans comme promis, il crée l’équivalent des kolkhozes soviétiques. Le résultat est le même : la famine .

Parallèlement les entreprises privées sont nationalisées.

Deux crises aggravent la situation :

  • « Le grand bond en avant » de 1958 avec la création de super-kolkhozes sommés d’avoir une production industrielle. C’est un échec, avec 30 millions de personnes mortes de faim.
  • Puis la « révolution culturelle » en 1966, une guerre civile par laquelle Mao reprend le pouvoir qu’il avait perdu à la suite de l’échec du « grand bond en avant ». C’est la casse de ce qui reste de la culture traditionnelle avec la destruction des livres, objets d’art et monuments…

À la mort de Mao en 1976, le pays est plus misérable que jamais, l’enseignement supérieur a été détruit et un grand nombre de cadres tués ou démis.

La Chine actuelle : rattrapage et capitalisme

Deng Xiaoping réforme profondément le pays. Il rétablit d’abord la situation alimentaire en donnant la jouissance, mais non la propriété, de la terre aux paysans. Il ouvre la Chine aux investissements étrangers et autorise un secteur privé national, qui va se développer rapidement, mais en conservant les entreprises publiques.

Ce secteur privé comprendra des PME aux activités artisanales ou très locales, comme partout ailleurs dans le monde, et des sous-traitants ou des associés (parfois obligatoires) des entreprises étrangères. Ces dernières devaient leur transférer leur technologie en contrepartie de l’autorisation d’implantation.

Remarquons que le régime prend soin de répéter que le régime est « le socialisme de marché », et non le libéralisme ou le capitalisme. L’OMC vient d’ailleurs de nier à la Chine la qualification d’économie de marché, car elle fausse la concurrence en privilégiant et subventionnant ses entreprises nationales par rapport aux étrangères. Il ne reste donc que le socialisme !

L’économie chinoise se développe donc, mais en partant de très bas. C’est le rattrapage , comme pour les autres pays de la région. Malgré des taux de croissance très remarqués, le niveau de vie n’est en 2019 que le sixième de celui des États-Unis, avec de très fortes inégalités entre les villes de l’est du pays et les campagnes. Beaucoup de leurs habitants n’y survivent que par les envois des travailleurs migrants qui travaillent en ville mais restent administrativement rattachés à leur village d’origine, et en particulier ne bénéficient pas des droits sociaux des urbains.

En 2010, la Chine devient la seconde puissance économique mondiale et commence à investir à l’étranger . Elle proclame qu’elle sera bientôt la première.

La chine en comparaison avec le Japon et Taïwan

La comparaison entre la Chine et le Japon est parlante. Les deux pays avaient plusieurs siècles de retard sur l’Occident, mais étaient convaincus de leur supériorité sur les barbares que nous étions. Il a fallu la force des armes pour qu’ils acceptent de s’ouvrir, les guerres de l’opium pour la Chine et l’arrivée de la flotte américaine en 1853 pour le Japon. Dans les deux cas il y a ensuite eu de féroces luttes intérieures entre modernistes prenant acte de supériorité occidentale et voulant s’en inspirer, d’une part, et traditionalistes d’autre part.

Les deux pays ont été ensuite la destination de très importants investissements de la part d’entreprises occidentales. Ces dernières ont bénéficié de la relative alphabétisation de la population, contrairement à celle de l’Afrique. Par contre l’ordre public qui a régné à partir de 1868 au Japon a donné de l’avance à ce pays sur la Chine qui est restée presque toujours anarchique jusqu’à la mort de Mao, donc a décollé un siècle plus tard !

Encore une fois, le rattrapage de l’Occident n’est pas du tout un miracle. Ce qui interpelle c’est que peu de pays l’aient réussi. Il s’agit principalement du Japon, de Taïwan , de la Corée du Sud , de Singapour et de feu Hong Kong , tous de civilisation chinoise ou très proches… et qui sont des démocraties… et qui n’ont pas bloqué l’apport libéral, dont le capitalisme…

Je risque une hypothèse : ces pays ont attiré des étrangers non pas seulement par leurs bas salaires comme on dit habituellement, mais par l’ordre public qui y règne bien davantage que dans bien d’autres pays où les salaires sont encore plus bas.

Cet ordre public doit assurer d’abord la sécurité physique, mais aussi la sécurité juridique, et c’est là que le comportement chinois détonne.

Un changement de direction avec Xi

En effet, en Chine, cet ordre juridique est en fait une tolérance très variable dans le temps et selon les entreprises. Et cette tolérance régresse considérablement actuellement.

Alors que pendant longtemps, on espérait que le développement apporterait la démocratisation , cet espoir a été déçu avec l’arrivée au pouvoir du président Xi, puis avec les réformes constitutionnelles qui ont pérennisé ce pouvoir.

Il s’agit aujourd’hui d’un pouvoir personnel, qui se consolide en permanence avec le perfectionnement du contrôle social et le retour du parti dans les entreprises, même étrangères .

Une dernière étape est apparue récemment, avec la répression des témoins du début de la pandémie à Wuhan et avec le blocage des grandes réussites industrielles privées. C’est ce dernier point qui a ému la presse économique qui, jusqu’à présent, accueillait assez passivement les informations sur les multiples répressions.

L’énorme goutte d’eau qui a fait déborder le vase est le blocage, 24 heures avant son lancement, du grand projet d’augmentation de capital lancée en bourse par la société Ant spécialisée dans une sorte de courtage de crédits. Quelques jours plus tard, c’est sa maison-mère, Alibaba , géant mondial des paiements par son application Alipay qui était critiquée.

La presse réalisa alors que le patron de ce groupe, le célébrissime Jack Ma n’avait plus été vu depuis trois mois alors qu’il est en général médiatiquement très actif. Et qu’il s’était fait notamment remarquer par une critique des banques d’État, jugées très passives en matière de crédit… ce qui avait laissé supposer qu’il s’apprêtait à les concurrencer. Or les banques d’État sont non seulement à la fois le symbole et le moyen d’action de l’État communiste, mais de plus sont dirigées par des « princes rouges » politiquement puissants.

La presse se souvint alors d’autres affaires un peu brutales. Il y a quelques années une jeune entrepreneuse s’était fait condamner à mort pour avoir court-circuité les banques en se finançant sur un marché financier de gré à gré. D’autres ont suivi, et aujourd’hui le dernier condamné à mort est Lai Xiaomin , patron de la plus grande société chinoise de gestion d’actifs.

Tout cela a sonné le réveil des grands patrons occidentaux qui continuaient à rêver au « vaste marché chinois » dans lequel il fallait à tout prix s’implanter quel que soit le contexte politique : « les États peuvent se fâcher, mais qu’ils ne bloquent pas les affaires ! À chacun son boulot ».

On trouve un exemple de cette attitude dans la signature fin décembre 2020 du projet d’accord entre l’Union européenne et la Chine, où cette dernière promet d’ouvrir aux entreprises occidentales l’accès de quelques marchés jusqu’à présent réservés aux entreprises chinoises. Ce projet n’enthousiasme pas les politiques au gouvernement français et au Parlement européen.

Tout cela, s’ajoutant à l’apparition du virus, n’est pas bon, et la Chine a lancé une offensive médiatique pour redorer son image.

Une légende dorée et sa critique

Une série de témoignages chinois, mais aussi d’Occidentaux vivant en Chine, décrivent un pays quasi idéal avec une sécurité totale, un régime aux petits soins pour les populations confinées pour cause de virus, comme le dépôt de repas à leur porte par les comités de quartier, ce qui, au passage, rappelle l’encadrement de la population tel que je l’ai connu dans les pays communistes d’Europe. Les témoins évoquent également les équipements collectifs qui illustrent le soin que l’on prend de la population, comme le métro, les aires de jeux pour enfants…

Mais cette légende dorée est accueillie avec un scepticisme croissant.

Nous avons vu que le niveau de vie moyenn était médiocre et très inégal entre les groupes sociaux, ce qui veut dire que ceux en dessous de la moyenne sont encore très bas.

Et la campagne de promotion de la Chine à l’international a des résultats inégaux. Les sondages tout autour de la planète montrent que l’image du pays s’est fortement dégradée.

Prenons l’exemple de l’Afrique.

La coopération entre la Chine et l’Afrique tourne à l’aigre

La Chine a décidé d’intensifier sa coopération sanitaire avec l’Afrique. Après l’envoi de vaccins insuffisamment testés selon les normes occidentales, elle entreprend la construction d’un immeuble de 40 000 m² destiné à être le siège de l’organisation panafricaine de contrôle et de prévention des maladies. Les mauvaises langues disent que, comme le précédent immeuble offert par la Chine pour le siège de l’Union africaine, cet immeuble est truffé de caméras et de micros.

Mais surtout sa construction n’a pas attendu son autorisation par l’Union africaine, alors que d’autres pays sont en compétition pour ce siège. Le Maroc a notamment l’appui des États-Unis et de la France. Bref, la Chine s’impose, ce qui n’est pas toujours bien vu, mais de là à refuser une aide…

On sent également un désenchantement des pays « bénéficiaires » des « routes de la soie », cette pluie d’investissements en infrastructures promises par la Chine. On note des surcoûts vertigineux laissant supposer une importante corruption des gouvernements locaux et de responsables chinois, on voit avec inquiétude arriver le remboursement des dettes et la saisie en cas de défaut des infrastructures ou des mines.

Mais si les peuples grognent, les gouvernants semblent apprécier les coups de main discrets que les Occidentaux ne peuvent plus donner, sauf à se faire condamner en France aux États-Unis et probablement ailleurs pour « corruption à l’étranger ».

Conclusion : « plus riche que Xi, tu meurs »

Tout cela est très loin du capitalisme libéral qui a développé l’Occident, puis les pays l’ayant imité. Ce ne devrait pas être une surprise, car le régime n’a jamais renié le communisme. Rappelons qu’en langage marxiste le socialisme est le stade qui précède communisme et son « avenir radieux » et que l’engrenage de l’histoire est irréversible.

S’il a évoqué « le socialisme de marché », le gouvernement chinois n’a pas renié son objectif. Le marché était un moyen de réparer les dégâts du maoïsme. Xi s’estime maintenant assez fort pour abandonner ce moyen qui n’avait jamais été mis complètement place, comme vient de le constater l’OMC . L’heure de la revanche a sonné, mais c’est proclamé tellement fort que cela indispose le reste du monde.

Et puis, jeter « l’outil capitaliste », n’est-ce pas scier la branche sur laquelle on est assis ? Ce sont des capitalistes chinois qui financent et font tourner matériellement le reste de l’économie !

Enfin, un régime, ce n’est pas une abstraction désincarnée. Il y a des hommes qui veulent le pouvoir, puis qui veulent le conserver. Ces hommes n’ont rien de libéraux ni économiquement, ni politiquement, ni socialement. Il faut les révérer sinon on risque sa carrière et peut-être sa vie. En France on dit « la parole est d’argent mais le silence est d’or » . En Chine on n’évoque même plus la parole, et on se borne à dire « le silence est un ami qui ne trahit pas » . Jack Ma semble l’avoir oublié.

Et peut-être a-t-il commis une autre maladresse, être plus riche en argent ou en influence, que le chef ! C’est impardonnable ! Fouquet défiant involontairement Louis XIV et bien d’autres l’ont appris à leur dépens.

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    Le parti communiste français fête ses 100 ans

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Monday, 28 December, 2020 - 04:30 · 3 minutes

parti communiste

Par Nicolas Lecaussin.
Un article de l’Iref-Europe

Le 29 décembre prochain, le Parti communiste français fêtera ses 100 ans. Difficile à croire, mais il existe encore un Parti communiste en France, une organisation politique qui a énormément perdu de son électorat mais qui garde intact son dogmatisme idéologique .

Pire, malgré son nanisme politique, il réussit encore à influencer les débats d’idées , à déteindre sur d’autres partis gauchisants et écologistes.

Aujourd’hui, en France, fin 2020, le secrétaire du parti, Fabien Roussel, n’a pas le moindre scrupule pour « célébrer la riche histoire » de son parti « avec les yeux braqués sur le présent et vers l’avenir » . Pour lui, « En 2020 comme il y a cent ans, le communisme, c’est la jeunesse du monde. Et face au vieux système capitaliste, nous avons besoin d’idées radicalement nouvelles. »

Le système politique qui a fait le plus de morts dans l’histoire de l’humanité est fêté en France comme n’importe quelle autre doctrine et rares sont les voix qui s’élèvent contre cette sinistre mascarade alors qu’on pleure encore les victimes d’avant la chute du mur de Berlin et qu’il existe encore dans le monde des dictatures communistes qui tuent.

Cet événement reflète lui aussi, comme bien d’autres avant lui, selon les mots d’Alain Besançon, une « amnésie » du communisme qui s’oppose à l’ « hypermnésie » du fascisme et du nazisme. Aujourd’hui, c’est devenu même une fierté de se dire communiste ! Ce qui est très grave en revanche, c’est de dire à quelqu’un qu’il est noir ou de mettre en doute le réchauffement climatique…

Combien de fois faut-il donc rappeler qu’il s’agit d’une idéologie criminelle au même titre que le nazisme avec lequel il s’est allié ? Dans Le Pacte des diables , essai qui vient de paraître, l’historien Roger Moorhouse raconte la réaction du PCF à la directive de Staline en août 1939 et « l’extraordinaire discipline, véritablement unique dans l’histoire de l’humanité » du PCF qui devint le parti allié d’Hitler dans la lutte contre « l’impérialisme bourgeoise français et britannique ».

Même en mai 1940, lorsque les chars allemands avaient déjà envahi la France, le PCF continuait à critiquer le capitalisme et l’impérialisme de Londres.

Aucun autre parti n’a probablement été autant inféodé à une puissance étrangère, la dictature soviétique en l’occurrence, que le PCF. Pendant des décennies, il a obéi au doigt et à l’œil aux directives de Moscou, a approuvé les pires crimes commis au nom du communisme, les a niés lorsque la vérité a éclaté et n’a jamais voulu tirer la leçon de l’échec de cette idéologie qui a laissé, partout où elle a été au pouvoir, des montagnes de cadavres et des économies en faillite.

Faut-il aussi rappeler que ce parti – français – a organisé et participé à des actions terroristes et de sabotage en France après la fin de la Deuxième Guerre mondiale sur ordre de Moscou et qu’il a été financé par l’URSS jusqu’en 1990 ?

Ce parti qui fête ses cent ans dans quelques jours a réussi, avec l’aide du reste de la gauche française, à s’acquitter lui-même sans jamais tirer les leçons du passé. Cette « grande parade » , comme l’a très bien nommée Jean-François Revel, a réussi alors qu’on savait ce qui se passait dans les pays communistes.

L’ouverture des archives après 1990 n’a pas poussé, non plus, les idéologues communistes à un semblant de mea culpa ; rappelons que même le Parti communiste italien, aussi dogmatique que son homologue français, s’est dissous et a changé de nom.

Le cadavre du communisme bouge encore et cette « passion française » comme l’a nommée l’historien Marc Lazar, continue à faire des émules un peu partout, à gauche, parmi les jeunes, chez les intellectuels. Ce n’est pas une passion française, c’est une honte française.

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