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    Avec l'accélération digitale liée à la crise sanitaire, il y a urgence à former les Français pour diminuer l'exclusion numérique

    news.movim.eu / HuffingtonPost · 01:22 · 6 minutes

D’ici 10 ans, 9 emplois sur 10 nécessiteront des compétences numériques et, d’ici 2025, 50% des employés auront besoin d’une requalification à mesure que l’adoption des technologies augmentera . Cela signifie qu’une immense transformation du marché du travail est en cours et qu’il commence déjà à bouleverser les dynamiques d’employabilité. Non seulement les compétences numériques vont devenir encore plus essentielles pour les recruteurs, mais la nécessité de rendre le numérique accessible à tous doit devenir un droit si l’on veut réussir cette transformation sans laisser les publics les plus vulnérables de côté.

Une crise révélatrice de la fracture numérique

Au-delà de ces transformations à venir, la crise du coronavirus nous a fait prendre conscience de la réalité qui se cache derrière la notion de fracture numérique. Le confinement a montré d’une part, les solutions permises par les technologies numériques, mais d’autre part, il a démontré une accélération des fractures sociales et professionnelles.

Pour de nombreuses personnes, en capacité de se servir des outils numériques, les nouvelles technologies ont bien sûr permis de conserver un très grand nombre d’emplois, via le télétravail , mais aussi de rester connectées au reste du monde... alors qu’en parallèle, pour certaines populations plus fragiles, qui sont déjà éloignées du numérique, la fracture s’est aggravée et les difficultés du quotidien se sont renforcées. Que ce soit pour faire ses courses, pour prendre des RDV médicaux et réaliser des téléconsultations médicales, pour les démarches administratives en ligne, pour les cours en distanciel, pour accéder au télétravail ou même, tout simplement, pour appeler ses proches via des appels vidéo... Aux États-Unis, seulement 4% des personnes au niveau bac ou infra bac était capable de travailler à distance au début de la crise.

La pandémie a également cristallisé les inégalités de manière plus pernicieuse. Lors du premier confinement, 53% des salariés disposant du niveau de vie le plus élevé ont eu recours au télétravail, contre seulement 21% pour ceux qui ont le niveau de vie le plus bas . Enfin, les transformations numériques ont été subies bien plus que choisies. Les entreprises ont dû s’adapter et se numériser de manière massive et rapide: on estime ainsi que la crise sanitaire a accéléré la transformation numérique des entreprises d’environ 7 ans .

Indépendants, entrepreneurs, salariés: former d’urgence pour assurer l’employabilité

Avec cette crise, on a donc vu s’accélérer la demande des entreprises pour former leurs salariés. Et ce, pas uniquement pour des emplois dans des secteurs connexes à la tech ou au digital ou pour des postes de cadre. Tous les emplois et tous les secteurs ont été concernés par ces nouveaux outils de gestion qu’on utilise quotidiennement comme:

- un commerce de détail qui a dû rapidement se mettre au click & collect sous peine de fermer,

- une entreprise du BTP qui a maintenant besoin de former ses employés pour remplir les plannings dans les agendas partagés, utiliser une messagerie interne, synchroniser l’état de ses stocks sur les différents chantiers…

- une entreprise de nettoyage de bureau qui utilise une application pour faire badger ses salariés, remonter les problèmes rencontrés, signaler des matériels défectueux à distance et en temps réel…

On estime que la crise sanitaire a accéléré la transformation numérique des entreprises d’environ 7 ans.

Ainsi, l’accélération à tous les niveaux et à tous les postes de la numérisation des entreprises nécessite de former en masse les salariés aux outils numériques sous peine de les marginaliser et les rendre inemployables. Le Forum Économique Mondial envisage notamment que 50% de tous les employés auront besoin d’une requalification d’ici 2025, à mesure que l’adoption des technologies augmentera.

Les compétences numériques ne sont donc plus un atout en plus pour les salariés mais un impératif: 75% des emplois en France et 90% en Europe requièrent désormais la maîtrise des compétences numériques de base. Mais les ressources de formation pour les TPE/PME sont limitées, entraînant une réelle contrainte financière que la plupart ne peuvent se permettre.

Les jeunes également en situation de précarité

Beaucoup pensaient que seuls les séniors étaient concernés par les difficultés avec les usages du numérique: ce n’est pas le cas. En réalité, ce que l’on nomme illectronisme représente différentes catégories de la population et existe sous différentes formes. On peut être à l’aise avec les réseaux sociaux, savoir partager des vidéos sur TikTok ou Instagram, mais ne pas savoir utiliser un outil de traitement de texte, connaître les codes d’un bon CV ou encore envoyer une pièce jointe par email. C’est le cas des jeunes suivis par les missions locales: seuls 50% des usagers possèdent une adresse e-mail à leur inscription, et un tiers avoue avoir besoin d’aide pour maîtriser la recherche d’emploi en ligne, la plupart utilisant principalement Internet pour les loisirs .

Un fossé à combler entre les connectés et les plus vulnérables

Au-delà des jeunes, il est impératif de former aux compétences numériques les publics vulnérables. Notamment ceux éloignés de l’emploi (habitants des quartiers prioritaires de la ville, femmes chômeuses de longue durée, personnes réfugiées…), pour favoriser leur employabilité et leur maintien ou retour dans l’emploi. La révolution en cours, notamment avec le télétravail qui est amené à perdurer, doit impérativement prendre en compte les exclus du numérique.

En parallèle, des grandes entreprises de la Tech et de la Silicon Valley, souvent prescriptrices en matière d’innovation RH, ont amorcé un changement majeur. Google, Facebook et Twitter ont mis en place des organisations de travail à distance à long terme. Avec ces changements, les travailleurs à faibles revenus qui n’ont pas accès au numérique ont encore moins de chance d’intégrer des emplois plus stables et mieux rémunérés.

Identifier, sensibiliser, former et accompagner pour que le numérique soit un facteur d’inclusion socioprofessionnelle

La reprise s’appuiera largement sur des solutions numériques. L’amélioration de l’accès aux appareils et à internet est une partie de la solution, mais ne suffira pas: investir dans la formation facilitera l’inclusion de chacun dans tous les domaines de la société, de l’éducation aux soins de santé, en passant par le monde du travail. Cette crise nous donne l’opportunité de rebâtir un monde plus juste en donnant à chacun les compétences de demain: il est temps d’agir et de ne pas faire rimer digitalisation avec marginalisation.

Créée en 2016, Konexio est une association loi 1901 et un organisme de formation (datadocké et labellisé Grande École du Numérique) ayant pour objectif de lutter contre l’exclusion numérique de personnes défavorisées (notamment les réfugiés, les demandeurs d’asile, les jeunes décrocheurs, les résidents de QPV) et favoriser un monde où chacun.e est inclu.e dans la digitalisation de la société. Sa mission principale est de former les plus vulnérables aux compétences numériques -des plus basiques aux plus avancées- afin de faciliter leur insertion socioprofessionnelle.

À voir également sur Le HuffPost : Harcèlement d’ados nés en 2010: Blanquer a un message pour les collégiens

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    Zhang Zhang: «Où est la justice quand on renvoie des musiciens classiques parce qu’ils ne représentent pas la “diversité” ?»

    eyome · Yesterday - 18:11

Par ailleurs, quand et pourquoi est-il devenu inacceptable que des musiciens d’origine européenne jouent dans des orchestres européens ?

Oulala, pas bien ! Monsieur n’a pas compris !

#France, #Politique, #Fr, #Woke, #CancelCulture, #ItsOkWhenWeDoIt

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    La Russie force Apple et Google à retirer une app électorale qui invite à ne pas soutenir le Kremlin

    news.movim.eu / Numerama · Yesterday - 16:44

app navalny

En Russie, une application mobile a été retirée des boutiques d'Apple (iOS) et Google (Android ) à la demande des autorités. Les deux entreprises disent avoir dû se conformer à la loi, les opposants au pouvoir dénoncent une censure. L'application, liée à Alexeï Navalny, encourageait à voter contre les candidats du Kremlin pour les élections législatives. [Lire la suite]

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    Fdesouche liste les "islamogauchistes", la CNIL ouvre une enquête

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Yesterday - 16:27 · 2 minutes

Commission nationale de l

POLITIQUE - L’affaire agite depuis plusieurs heures le monde politico-médiatique. Ce vendredi 17 septembre, la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (Cnil) a ouvert une enquête après les révélations faites par le journalistes Taha Bouhafs , concernant un recensement de personnalités “islamogauchistes” par le site d’extrême droite Fdesouche.

Une information rapportée par franceinfo et L’Obs . En début de journée, le navire amiral de la fachosphère a en effet été épinglé par le journaliste, lequel y a découvert un fichier Excel sur lequel figurent des militants, des avocats, des journalistes ou des élus. Leur point commun? Ils sont tous estampillés “islamogauchistes”. Les différentes personnalités y sont classées par métier, et leur orientation politique et leur appartenance religieuse y sont parfois renseignées.

Taha Bouhafs, ex-candidat de la France insoumise aux législatives, a par ailleurs invité les autres personnes figurant dans ce fichier à le rejoindre pour mener “une action pénale collective” avec son avocat. Un appel qui a été entendu. “Merci Taha Bouhafs pour cette nouvelle révélation. Il est évident que je vais m’associer à cette plainte collective contre ce fichage”, a fait savoir Éric Coquerel, député LFI de Seine-Saint Denis, suivi notamment par Régis Juanico , député Génération.s de la Loire.

D’autres personnalités, journalistes, militants ou élus, mentionnés dans cette liste, ont également annoncé leur intention de se joindre à la procédure.

Quelques heures plus tard, Taha Bouhafs a annoncé la découverte d’une deuxième liste, toujours hébergée par Fdesouche. “Le plus grave dans cette affaire, c’est le deuxième fichier qui fiche 797 collectifs d’aide aux migrants avec des infos très précises”, note le journaliste. Alors que l’affaire prenait de l’ampleur sur Twitter, Pierre Sautarel, responsable du site Fdesouche, a minimisé les faits qui lui sont reprochés.

“Euh, c’est juste le listing des signataires de l’appel publié sur Mediapart pour la marche contre l’islamophobie”, a tweeté l’intéressé à propos de la première liste, indiquant dans un second message que l’autre fichier mentionné par le journaliste “vient d’un collectif pro-migrants dans le but de mettre en place une carte interactive des initiatives pro-migrants en France”.

Auprès de franceinfo, le responsable du site juge qu’il n’y a “rien d’immoral à copier-coller” des données publiques. “Ce n’est pas de l’intimidation ou du fichage. L’erreur c’est de l’avoir fait sous forme de tableau”, a-t-il néanmoins concédé. En attendant d’éventuelles suites judiciaires, l’affaire est désormais entre les mains de la Cnil.

À voir également sur Le HuffPost: Marine Le Pen, championne des interdictions, dit défendre “les libertés”

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    Présidentielle: ces ex-ministres PS qui veulent torpiller la candidature d'Hidalgo

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Yesterday - 14:55 · 4 minutes

Entre Stéphane Le Foll et Anne Hidalgo, photographiés ici en septembre 2018 à Paris, le courant ne passe plus.

POLITIQUE - Les éléphants sont lâchés. Le magasin de porcelaine socialiste doit-il s’inquiéter? Depuis quelques semaines, et le décuplement des rumeurs autour d’ Anne Hidalgo , plusieurs personnalités font entendre leurs inquiétudes quant à la ligne politique de la maire de Paris et aux méthodes du parti à la rose.

Un vent de fronde récurrent qui ne retombe pas malgré l’officialisation de la candidature de l’édile de 62 ans à l’élection présidentielle . Pire encore, il s’intensifie, au moins en public. Après Stéphane Le Foll, son principal concurrent pour glaner l’investiture PS en vue de 2022, François Rebsamen, un autre ancien ministre de François Hollande, redouble de critiques à l’égard du duo Faure -Hidalgo.

L’actuel maire de Dijon, dont le passage au Travail en 2014 a été marqué par une série de couacs et de polémiques, accuse le Parti socialiste d’être devenu une formation “sectaire” sous l’impulsion de son premier secrétaire. Il explique, dans un entretien publié jeudi 16 septembre sur le site de Libération , soit deux jours avant l’ouverture du congrès, ne pas être certain de soutenir la maire de la capitale dans son aventure. Autant de réserves partagées également par Julien Dray. L’ancien député socialiste, toujours membre du bureau national, pestait, jeudi dans l’émission “Complément d’enquête”, contre “l’entre soi” de ses nouveaux dirigeants.

Pieds nickelés et “esprits chagrins”

Encartées depuis plusieurs décennies au PS, ces personnalités “historiques” conservent une audience indéniable. Mais est-elle de nature à empêcher la candidature d’Anne Hidalgo de prospérer, alors qu’elle est actuellement entre 7 et 9% dans les sondages? Force est de constater que l’état-major actuel ne se presse pas pour réagir à ces nouvelles bisbilles certes internes, mais étalées sur la place publique. Et ceux qui le font affichent une grande lassitude face à ces péripéties.

“Ce n’est pas possible”, tranche, par exemple, Sébastien Vincini, un des secrétaires nationaux du PS qui proposait à Rebsamen de rejoindre la majorité présidentielle dans un tweet ironique, jeudi. “Il ne peut pas féliciter Macron pour son action et dire qu’on est les pires pieds nickelés de la gauche dans la même interview. Ce n’est pas tenable”, estime l’élu local qui évoque “quelques esprits chagrins.”

“Il fait quoi? Il cherche quoi? Il veut une sortie?”, s’agace-t-il encore, avant d’ajouter: “on dit que la faiblesse de la gauche c’est son éparpillement. La faiblesse des socialistes a toujours été leur division”. Comprendre: rien de foncièrement nouveau sous le soleil du parti à la rose.

Plus concrètement, Sébastien Vincini estime que ces aigreurs sont marginales aujourd’hui au sein de sa formation... et que le soutien à Anne Hidalgo ne souffre d’aucune contestation. Ou presque. ”Le choix a été tranché par les militants”, avance-t-il, en référence à la réélection d’Olivier Faure à la tête du PS, jeudi. Le député avait effectivement écrit noir sur blanc préférer la maire de Paris en vue de 2022 dans sa motion finalement plébiscitée.

De quoi tarir les critiques? Sans doute pas. François Rebsamen a remis une pièce dans la machine, ce vendredi, en accusant la direction du PS d’avoir “censuré l’envoi à tous les élus socialistes et républicains” de sa lettre de démission du FNESR, sorte de “maison” commune des responsables encartés au Parti socialiste. “La réalité, c’est qu’il n’allait pas conserver son poste”, répond, au passage, Vincini à ce sujet, comme pour mieux critiquer le calcul politique de son collègue. Ambiance.

Au-delà des ces échanges d’amabilités, la question de savoir si le débat d’idées, réclamé par certains -le maire de Dijon en tête-, entre Stéphane Le Foll et Anne Hidalgo aura réellement lieu reste posée.

Stéphane Le Foll veut un débat télévisé

Pour obtenir l’investiture socialiste, la maire de Paris, qui ne sera pas à Villeurbanne ce week-end, doit en tout cas passer par un vote interne des militants, après le congrès rhodanien, pour se départager d’éventuels concurrents.

Les modalités de ce vote ne sont pas encore connues et Stéphane Le Foll a posé ses exigences. Dans un courrier adressé à Olivier Faure et dévoilé ce vendredi par Le JDD , le maire du Mans demande une désignation par les sympathisants et un débat télévisé avec Anne Hidalgo.

En attendant, l’édile, déjà lancée dans sa campagne, a conclu, selon Le Monde , un pacte de non-agression avec Arnaud Montebourg, l’ancien ministre de François Hollande, également candidat à l’Élysée. Elle aurait sans doute bien fait d’en passer un avec ses propres collègues du PS.

À voir également sur Le HuffPost: Pour 2022, plus question de se ranger derrière Mélenchon pour ces communistes

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    Darmanin veut dissoudre une maison d'édition "légitimant le jihad"

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Yesterday - 14:36 · 2 minutes

Darmanin veut dissoudre une maison d

POLITIQUE - Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a lancé la procédure de dissolution de “Nawa”, une maison d’édition basée en Ariège, en raison notamment de la diffusion de “plusieurs ouvrages légitimant le jihad”, a indiqué ce vendredi 17 septembre à l’AFP l’entourage du ministre.

“Sa ligne éditoriale est clairement anti-universaliste et en contestation directe des valeurs occidentales. Elle a diffusé plusieurs ouvrages légitimant le jihad”, a précisé l’entourage du ministre. Ses dirigeants sont “en lien avec la sphère jihadiste”, selon l’entourage.

L’association, dont le nom complet est “Nawa Centre d’études orientales et de traduction” est une “maison d’édition associative”, a-t-on détaillé de même source. Elle avait été déclarée en sous-préfecture de Pamiers en 2008.

Une maison d’édition “bien connue des services de renseignement”

Elle se présente sur son site internet comme une maison d’édition ayant “la volonté de valoriser les sciences humaines et politiques issues de l’héritage musulman” et de contribuer “au renouveau de ces disciplines via l’étude du monde occidental ou occidentologie, l’histoire des idées et des doctrines politiques contemporaines”. Selon le Journal officiel, elle est dirigée par Abû Soleiman Al-Kaabi et Aïssam Aït Yahya, qui ont publié plusieurs ouvrages.

Une mesure de gel des avoirs visant l’association et ses dirigeants a par ailleurs été prise jeudi, selon l’arrêté paru au Journal officiel.

“C’est une maison d’édition bien connue des services de renseignement français, fait remarquer le sociologue Samir Amghar. Je m’interroge sur le timing politique. Pourquoi avoir attendu 5 ans?”

“Des experts considèrent que Nawa a joué un rôle dans le processus de radicalisation de certains jeunes, que cette association défend un jihad de la pensée, un islam ultra-orthodoxe”.

La maison d’édition est souvent associée à la mouvance salafiste, un avis que ne partage pas le chercheur de l’Université libre de Bruxelles.

Créée avant les attentats des années 2010, Nawa se signale par “des propos d’ordre contestataire, elle défend une certaine lecture de la société française, avec une posture post-colonialiste”, souligne M. Amghar.

À voir également sur Le HuffPost: Sandrine Rousseau répond à Gérald Darmanin après sa menace de divulguer des échanges privés

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    Le contrat annulé des sous-marins à l'Australie doit nous servir d'électrochoc

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Yesterday - 14:04 · 6 minutes

Le nouveau sous-marin nucléaire d

Le poignard s’est donc abattu, selon le mot du ministre des Affaires étrangères. Jean-Yves Le Drian , bien placé il est vrai pour filer la métaphore, lui qui, ministre de la Défense de François Hollande, avait négocié ce qu’il était convenu d’appeler “le contrat du siècle” .

Douze sous-marins, dérivés des Barracuda français, devaient équiper la marine australienne. Douze sous-marins, conçus en Normandie, à Cherbourg, le cœur battant de la dissuasion sous-marine, mais produits en Australie, ce qui était l’une des exigences du gouvernement de Canberra.

Douze sous-marins, appelés Shortfin Barracuda à Cherbourg, classe Attack à Adélaïde, qui finalement, ne navigueront jamais sous la surface du Pacifique. Scott Morrison, premier ministre d’Australie, ayant préféré conclure un accord stratégique avec Joe Biden et Boris Johnson dont la première traduction sera la fourniture de sous-marins à propulsion nucléaire.

Sans même évoquer l’étrangeté qui consiste à doter de sous-marins nucléaires la marine d’un pays qui a toujours farouchement refusé cette énergie sur son sol, sans avoir la mesquinerie de rappeler à nos partenaires australiens l’engagement de la France, jusqu’au plus haut niveau de l’État, à leur fournir une capacité en pleine souveraineté -ce que les sous-marins d’origine américaine ou britannique, tout nucléaires qu’ils puissent être, ne seront évidemment pas, ne serait-ce que pour des questions liées au combustible- il convient de tirer les enseignements du choix australien.

Au plan industriel tout d’abord, rappelons que Naval Group, à l’époque DCN, a déjà connu une désillusion au pays des kangourous: à l’aube du mandat de Nicolas Sarkozy, l’offre française pour des porte-hélicoptères amphibies s’était inclinée devant la proposition espagnole, pourtant plus chère et moins intéressante pour l’industrie australienne. M’étant rendu à Cherbourg en juillet 2021, j’ai pu me rendre compte personnellement à quel point Naval Group s’est investi dans le programme de futur sous-marin australien. La déception n’en est que plus grande.

L’analyse des menaces faite par l’Australie pourrait être partagée par d’autres et devrait nous encourager à envisager une refonte du dispositif militaire français, notamment naval, dans l’immensité Indo-pacifique.

Au plan politique, ensuite. Jean-Yves Le Drian et Florence Parly ont raison: la décision australienne constitue une fêlure dans la nécessaire confiance entre alliés, d’autant plus qu’il ne s’agissait plus d’une compétition commerciale mais bien d’un accord signé de part et d’autre au plus haut niveau. Quelles que soient les compensations -et il est nécessaire qu’il y en ait- que pourra obtenir Naval Group, c’est bien la question du respect de la parole donnée entre alliés qui se pose. Parole donnée par le gouvernement australien, qui a engagé sa signature. Parole donnée aussi par le gouvernement américain, dont il faut se souvenir qu’il avait accepté ce contrat, d’autant plus que le système de combat des futurs Shortfin Barracuda devait être fourni par une entreprise... américaine. Une discussion semble s’imposer avec l’administration Biden , accueillie avec soulagement par la plupart des gouvernements de la Vieille Europe, et qui pourtant vient, en quelques semaines, de priver la France de deux marchés d’armement importants, en Suisse et maintenant en Australie, de promouvoir une OTAN tournée vers la Chine possiblement au détriment de sa vocation historique de protection du vieux continent, tout en mettant l’ensemble des Européens, y compris le fidèle supplétif britannique, devant le fait accompli en Afghanistan…

Ces épisodes, dont la survenue n’aurait guère étonné de la part de l’administration Trump, éclairent d’un jour nouveau celle du fin connaisseur des relations internationales qu’est Joe Biden et illustrent, hélas au dépens de nos industries, la justesse du raisonnement d’ Emmanuel Macron appelant à plus d’autonomie stratégique aussi bien au niveau national qu’européen.

Au plan stratégique et militaire, enfin. La France est une nation de l’espace Indo-pacifique. Elle est même la seule de l’Union européenne à l’être, nos partenaires britanniques désormais “brexités” ne l’étant que par intermittence.

“La politique de la France ne se fait pas à la corbeille” disait le président de Gaulle. La perte, si douloureuse soit-elle, d’un contrat commercial, ne saurait bouleverser la stratégie de la République française vers l’espace qui sera demain probablement le cœur stratégique mondial et au sein duquel la France possède des territoires et s’est engagée vis-à-vis d’autres partenaires, comme l’Inde, l’Indonésie, la Malaisie ou les Philippines.

Or, l’analyse des menaces faite par l’Australie pourrait être partagée par d’autres. Ceci devrait nous encourager à envisager une refonte du dispositif militaire français, notamment naval, dans l’immensité Indo-pacifique. Aujourd’hui composé de quelques patrouilleurs et frégates de surveillance, par nature faiblement armés, d’hélicoptères et de seulement cinq avions de surveillance maritime, tous d’un âge élevé, est-il vraiment adapté à la montée des menaces telle que ressentie par nos partenaires? À l’évidence la réponse est non, et ce ne sont pas les déploiements, rares, de sous-marins, telle la mission ”Émeraude” ou de chasseurs Rafale en Nouvelle-Calédonie qui changeront en profondeur la perception de nos partenaires.

La Loi de Programmation Militaire telle que définie par cette majorité offre aux armées une remontée en puissance comparée aux précédents quinquennats. Cet effort doit évidemment être poursuivi et c’est d’ailleurs le sens du projet de budget pour 2022.

Néanmoins, la question de l’évolution du format de la Marine, et au-delà, des armées, pour répondre aux enjeux de l’Indo-pacifique se pose. Une évolution centrée notamment sur les capacités de projection, maritimes et aériennes, l’aviation navale et les forces sous-marines, serait en particulier souhaitable. Le format actuel de notre Marine, pensé sur la base d’un cercle concentrique de 4000 km de rayon dont le centre est la métropole, ne permet pas le déploiement permanent ni d’un sous-marin ni d’un groupe aéronaval ou amphibie dans la région, atout qui serait pourtant très utile à la posture politique et diplomatique de la France.

Naval Group est l’un des piliers de la dissuasion et de l’autonomie stratégique de la France: soutenir cette entreprise relève de l’évidence. En cohérence avec l’évolution du contexte stratégique, la construction d’un septième sous-marin Barracuda doit être envisagée, comme pourrait l’être la conversion de deux sous-marins lanceurs d’engins de classe Triomphant en sous-marins lanceurs de missiles de croisière, de nature à répondre à l’avènement de la haute intensité tout en offrant un atout supplémentaire au président de la République, un tel sous-marin étant un adjuvant particulièrement puissant à l’autonomie stratégique européenne -à l’instar des Ohio américains dont le président Biden ne méconnaît guère le poids diplomatique et militaire.

Cette déconvenue australienne, si douloureuse puisse-t-elle être, peut constituer l’électrochoc qui ouvrira la voie à une véritable autonomie stratégique, politique, militaire, industrielle, pour notre pays et l’Union européenne. Faisons de ce poignard australien, aujourd’hui planté dans notre dos, la dague que nous tiendrons à la main.

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