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    La France n’a jamais réellement écouté le Sahel en huit ans d’opérations militaires

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Monday, 20 December - 11:53 · 4 minutes

La présence militaire française au Sahel va être réorganisée courant 2022, avec la fin programmée de Barkhane. (photo d

SAHEL - “Le dialogue est une vertu”, dit-on chez moi au Mali. L’appel au dialogue du sommet Afrique-France organisé en octobre à Montpellier en présence d’ Emmanuel Macron relevait dès lors d’un certain devoir culturel.

Après huit ans d’intervention militaire française dans mon pays, ce fut l’occasion de questionner le rôle et les responsabilités de la France dans les crises que vit le Sahel aujourd’hui. Car entre larmoyer sur les préjugés qu’on a de la relation de l’Afrique avec la France et profiter d’une occasion de porter notre voix et d’exprimer nos pensées sur cette relation, j’ai d’office choisi la seconde option.

Il était temps. En huit ans d’opérations militaires, jamais la France ne s’est réellement mise à l’écoute des populations sahéliennes, de sa jeunesse et de ses sociétés civiles. Le sommet de Montpellier a permis de créer un virage social dans la mesure où il a ouvert une brèche dans cette intervention armée. De débattre d’une vision française qui voit les opérations militaires au Sahel comme une aide, alors qu’il s’agit avant tout de réparer l’erreur française commise en Libye et de ses conséquences au Sahel, avec la forte probabilité d’en commettre une autre.

L’intervention militaire n’a jamais réglé un problème, et le Sahel ne fera pas l’exception. Adam Dicko

Il faut allier solution militaire et développement local, économique et social des zones affectées par l’insécurité. Garantir une gouvernance inclusive, combattre les inégalités et reconstruire un contrat social aujourd’hui brisé. Mais pendant huit ans, des acteurs ont été exclus des grands sommets où l’avenir du Sahel était décidé. Montpellier doit être la base d’une dynamique nouvelle dans laquelle les sociétés civiles et la jeunesse africaine sont considérées comme des interlocuteurs à part entière pour redéfinir notre relation à la France.

Sans nul doute, c’est au Sahel que cette nouvelle dynamique doit se concrétiser. Ces dernières semaines ont été marquées par des tensions grandissantes sur l’action de la France dans la région, avec des convois de Barkhane devenant la cible du mécontentement populaire au Burkina Faso et au Niger. Il y a urgence à amplifier la dynamique lancée à Montpellier en créant les conditions d’un dialogue apaisé sur l’avenir de la politique menée par la France au Sahel.

Je me suis rendu compte ces dernières semaines que nombre de voix de la société civile française partage cette vision et sont frustrées de l’absence de débat public sur les actions menées par leur pays au Sahel depuis bientôt 10 ans. Autant les Sahéliens souffrent de la relation déséquilibrée avec la France, autant les citoyens français aussi encaissent cette coopération qui se joue sur leur dos. Mes dernières expériences m’ont fait croire que les regards sont souvent convergents et le ras-le-bol est des deux côtés.

2022, année à haut risque pour le Sahel

Y aura-t-il un avant/après Montpellier dans la relation de la France avec notre continent? Je l’espère. Ma participation au sommet a été autant critiquée qu’elle a été applaudie, mais l’anticonformisme qui me définit fait que j’agis en fonction de mes propres convictions. Je devais faire entendre la voix de la société civile, c’est ce que je crois avoir fait. Mais Montpellier n’est pas une fin en soi.

Il faut d’abord que les engagements de Montpellier soient traduits en action: dépasser la question de l’aide au développement, aller vers la coopération, oser parler des intérêts et les redéfinir dans un pari gagnant-gagnant. Il faut que le fonds pour la démocratie annoncé par le président Macron soit un fonds co-construit et participatif avec les pays africains, les diasporas et pourquoi pas avec d’autres partenaires dans une approche multilatérale.

Les prochains mois seront cruciaux pour l’avenir de mon pays et du Sahel. L’instabilité progresse et les populations souffrent toujours plus. Le prochain sommet entre l’Union européenne et l’Union africaine qui se tiendra sous présidence française en février prochain, doit être l’occasion de poursuivre ce dialogue avec les sociétés civiles et considérer les acteurs locaux comme des interlocuteurs fiables à même de redéfinir les relations entre nos deux continents sur des valeurs humaines.

L’avenir de Barkhane - dont la restructuration doit s’opérer début 2022 - doit être l’objet d’ un réel débat public , en France comme dans nos pays.
À cet égard les élections françaises en 2022 doivent être l’occasion d’un vigoureux débat démocratique sur les orientations de la politique étrangère française dans la région. Débat qui doit se faire à l’écoute des populations du Sahel, premières touchées par les crises que vivent nos pays.

À voir également sur Le HuffPost: Reportage au Mali auprès des militaires français qui auraient tant aimé une visite d’Emmanuel Macron

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    Du Mali, Sophie Pétronin répond aux polémiques sur son retour sur place

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Thursday, 11 November - 08:04 · 2 minutes

De retour au Mali, Sophie Pétronin s

SAHEL - “Là où je suis, je suis en sécurité: bien gardée, bien protégée, bien nourrie.” Une dizaine de jours après l’annonce de son discret retour au Mali , survenu un an après sa libération au terme de quatre ans de captivité aux mains de jihadistes, Sophie Pétronin a pris la parole pour la première fois. Et elle réagit à la polémique déclenchée par ses actions des derniers mois.

Au micro de BFMTV , la septuagénaire revient notamment sur le fait qu’elle croit en l’islam, une dimension très largement commentée depuis son retour au Mali. “C’est quoi le problème de ma conversion?”, demande-t-elle ce jeudi 11 novembre sur la chaîne d’information.

Et d’expliquer -pour répondre aux rumeurs- qu’elle n’a “jamais été convertie” (dans le cadre de sa détention). Sophie Pétronin raconte ainsi que “depuis la naissance de sa fille” (adoptive, NDLR ) en 2002, elle a commencé à apprendre l’islam et que cela lui a notamment été utile durant sa captivité pour communiquer et se faire respecter de ses geôliers.

Comme l’avait déjà fait son fils, Sébastien Chadaud-Pétronin , la travailleuse humanitaire a par ailleurs assuré qu’elle ne prenait aucun risque sur place depuis son retour au Mali. “Je mange bien, je bois bien, je dors bien. J’ai pas de problème”, a-t-elle poursuivi.

Son fils a quant à lui précisé les déclarations de sa mère, déplorant des “amalgames” inintelligibles pour sa famille. “La situation à Bamako n’est pas celle du nord-Mali”, a-t-il par exemple déclaré pour justifier la décision de sa mère de revenir dans le pays pour être auprès de sa fille adoptive. “Elle est dans un endroit très calme, discret, avec tout un protocole de sécurité”, a ajouté Sébastien Chadaud-Pétronin, en répétant que sa mère vit actuellement “cachée” pour éviter d’être victime d’actes de “malveillance”.

“Les autorités françaises ont été anxieuses de son retour au Mali, et je suis assez d’accord avec elles”, a-t-il aussi déclaré, toujours sur BFMTV. Une inquiétude “compréhensible” pour le fils de Sophie Pétronin, eut égard au passé d’ex-otage de sa mère. Pour autant, l’homme comprend la décision de sa mère de retourner dans le pays de sa captivité: “Elle a le droit de finir ses jours tranquillement là où elle a envie d’être.”

À voir également sur le HuffPost : De retour au Mali, Sophie Pétronin critiquée par une partie de la classe politique

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    Le fils de Sophie Pétronin défend sa mère après les attaques politiques

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Thursday, 4 November - 17:07 · 4 minutes

Sébastien Chadaud-Pétronin, le fils de l

MALI - “Je pense qu’on est vraiment en train de déraper dans cette histoire...” Alors que la nouvelle du retour de sa mère au Mali, où elle a été captive de jihadistes pendant quatre ans, a été officialisée, le fils de Sophie Pétronin ne goûte guère aux réactions qu’a suscitées l’information , comme il l’a expliqué ce jeudi 4 novembre au micro de BFMTV .

Sébastien Chadaud-Pétronin réagissait notamment aux différentes prises de parole de responsables politiques ayant fait suite à l’avis de recherche diffusé le week-end passé par les autorités maliennes, confirmation du retour (contre l’avis des autorités occidentales) de la septuagénaire dans le pays de sa captivité. “Trahison”, “irresponsabilité”, “bouffonne”, “insulte à notre pays”, “complètement dingue”, “indécent”, sont autant de termes qui ont été employés par la classe politique pour qualifier ce retour.

“On se vante de sa libération, mais on en a honte”, a notamment répondu l’homme ce jeudi sur BFMTV. “On veut faire de l’humanitaire et on a honte de ceux qui veulent aider les autres.”

Un récit parcellaire de la libération

Et de revenir sur un point particulier de la polémique qui est montée ces derniers jours (et qui avait déjà éclaté lorsqu’une partie de la droite et de l’extrême droite avaient entendu l’envie de Sophie Pétronin, immédiatement après sa libération, de retourner au Mali), à savoir que la fin de sa captivité aurait été monnayée contre la libération de 200 jihadistes . Une fausse information, à en croire Sébastien Chadaud-Pétronin (comme l’assurait déjà le Premier ministre Jean Castex à l’époque).

“J’ai longtemps cherché à savoir à qui je devais présenter mes remerciements, ma mère aussi. Mais on n’a jamais su à qui dire merci”, a-t-il expliqué ce jeudi. “On ne sait pas quel est le rôle de la France dans sa libération et le Mali aussi était à la manœuvre.”

D’après lui, l’information de la libération de combattants jihadistes est aujourd’hui relayée de manière uniquement parcellaire: “On ne dit pas qu’il y avait également des négociations pour faire libérer le premier ministre malien (en réalité le principal opposant à l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta, ndlr ) et qu’elle a fait partie d’un paquet.” En effet, l’ancien ministre malien aujourd’hui décédé, Soumaïla Cissé, a bien été libéré en compagnie de Sophie Pétronin en octobre 2020. Ce qui fait dire à son fils que sa “mère n’a pas été échangée contre 200 assoiffés de sang. On veut la faire passer pour la méchante et la responsable de l’histoire.”

En outre, Sébastien Chadaud-Pétronin a tenu à balayer sur BFMTV les critiques selon lesquelles sa mère mettrait en danger les soldats français ou les intérêts de la France. Elle ne prend aucun risque, assure ainsi l’homme. “Elle pourrait être une cible particulière du fait qu’elle a déjà été prise en otage et de ce fait, elle est assignée à résidence. C’est moi qui lui ai proposé ce schéma-là, et il y a quelqu’un auprès d’elle juste pour garantir sa sécurité”, a-t-il précisé.

Le Mali, seule solution pour Sophie Pétronin

Il assure d’ailleurs que les autorités françaises “savent très bien” où Sophie Pétronin se trouve et “dans quelles conditions où elle vit, avec toutes les mesures de sécurité qu’elle prend.” Tant et si bien que pour lui, “faire croire qu’elle est retournée auprès de ses bourreaux dans le nord-Mali, qu’elle met en danger la vie de nos soldats, je pense que ce n’est pas très responsable non plus”.

Et de toute manière, Sébastien Chadaud-Pétronin semble laisser entendre que pour la santé de sa mère, notamment mentale, il n’y avait guère d’autre solution que ce retour au Mali. Après avoir passé quelques mois en Suisse (où l’homme est installé) “elle était très malheureuse”, raconte-t-il. ”Ça a été très difficile de retrouver une joie de vivre, de retrouver le sens de sa vie. Peut-être qu’elle ne se sentait pas chez elle ici en Suisse et qu’elle ne se sentait pas chez elle non plus en France.”

D’après Sébastien Chadaud-Pétronin, sa mère n’avait donc qu’une envie: retrouver le Mali. L’homme résume finalement sa prise de parole: “C’est pour cela que l’on a voulu rétablir la vérité et que l’on va, je l’espère, rapidement retrouver l’anonymat après cette interview.”

À voir également sur le HuffPost : De retour au Mali, Sophie Pétronin critiquée par une partie de la classe politique

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    Sophie Pétronin, ex-otage, de retour au Mali et recherchée par les autorités

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Tuesday, 2 November - 19:33 · 3 minutes

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MALI - Les coulisses d’un retour interdit. Un peu plus d’un an après sa libération -en compagnie d’un opposant et de deux autres captifs occidentaux, et en échange de la libération de 200 jihadistes -, l’ancienne otage d’Aqmi au Mali Sophie Pétronin , 76 ans, fait de nouveau parler d’elle au Sahel.

En cause: une note interne de la gendarmerie malienne publiée le 30 octobre qui demande ”à toutes les unités” de l’appréhender et de la ramener “sous bonne escorte” à Bamako. Le signe donc que la travailleuse humanitaire est retournée dans le pays, et ce en dépit de l’opposition ferme des autorités françaises.

Ce mardi 2 novembre, nos confrères de Libération et de France Inter relatent ainsi comme l’ancienne otage est parvenue à ruser, il y a plus de sept mois, pour retourner au Mali après que la France et la Suisse ont refusé plusieurs demandes de visa de sa part.

Des vacances au Sénégal comme prétexte

Pour rappel, immédiatement après sa libération, en octobre 2020, Sophie Pétronin expliquait déjà à la presse vouloir retourner sur place , notamment pour continuer à s’occuper des enfants en état de sous-nutrition pour lesquels elle avait créé un centre dédié et pour retrouver sa fille adoptive, à laquelle elle avait été arrachée au moment de sa capture par les jihadistes d’Aqmi. À l’époque, elle était rentrée avec son fils Sébastien en Suisse, là où ce dernier est installé.

Mais éloignée de ses protégés, désœuvrée au sortir de quatre ans de captivité, installée dans une Europe transfigurée par rapport à celle qu’elle avait quittée un quart de siècle plus tôt et ne touchant qu’une maigre pension, la tentation du retour s’est rapidement faite trop forte. Ce qu’elle souhaite par dessus tout, c’est “serrer dans ses bras” la petite Zeinabou et “sécher les larmes qui coulent sur ses joues”, confie-t-elle à Mediapart . Au point d’entamer des démarches pour obtenir un visa et repartir au Mali. Sans succès, et ce à plusieurs reprises, jusqu’à pousser la septuagénaire à mettre au point un plan complexe.

Comme le décrivent nos confrères, Sophie Pétronin et son fils sont ainsi partis depuis Genève, au printemps dernier, pour le Sénégal. Un pays qui ne réclame pas de visa et où le duo prétextait partir en vacances. De là a suivi un périple sur la route, en bus et en mototaxi, pour gagner Bamako. Et cela en traversant notamment la frontière entre le Mali et le Sénégal grâce à des douaniers particulièrement coopératifs, comme l’intéressée l’a encore raconté à Mediapart .

Depuis le mois de mars, elle résidait dans la capitale malienne avec la bénédiction d’autorités religieuses. Et donc, jusqu’à l’avis de recherche encore non justifié lancé par la gendarmerie malienne, avec l’assentiment aussi des autorités locales comme françaises, évidemment au courant de sa présence à Bamako. Reste désormais à expliquer -y compris pour les journalistes en contact régulier avec l’humanitaire- le revirement de l’avis de recherche. “Nous avons des préoccupations et des questions à lui poser”, a simplement daigné expliquer à Mediapart le communicant du ministère malien de la Sécurité publique.

À voir également sur le HuffPost : À peine libérée, Sophie Pétronin pense déjà à revenir au Mali

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    "Le Prix du sang" sur France 5 raconte le choc psychologique subi par les militaires français en opérations

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Sunday, 10 October - 00:29 · 4 minutes

TÉLÉVISION - “La mort ça pue”. Ces mots sont ceux de Julien Bry, caporal-chef  du 92ème régiment d’infanterie de l’armée française. Ce soldat s’est battu en Afghanistan et au Mali pour défendre les intérêts de la France. Mais à quel prix? C’est une des questions que pose le documentaire Le Prix du Sang: 20 ans de guerre française , diffusé sur France 5 ce dimanche 10 octobre à 20h55.

La guerre en Afghanistan a éprouvé les troupes armées françaises. Elle a laissé des traces indélébiles dans l’esprit de Julien Bry. Au cours d’un déploiement au Mali, ce dernier est pris d’une vague d’angoisses alors qu’on lui annonce la position d’un suicide bomber sur la route de sa patrouille. Julien Bry est “déconnecté de la réalité”: il fait ce que l’on appelle un choc post-traumatique .

Des soldats abîmés par la guerre en Afghanistan

Le Prix du sang: 20 ans de guerre française aborde la question des conséquences des opérations des armées françaises sur la santé psychique des soldats. Si la question est encore taboue au sein de l’armée, comme le confie la co-réalisatrice Coraline Salvoch, des mesures ont été mises en place pour guider les soldats dans leur reconstruction post-mission. “Il y a eu un vrai changement avec la guerre d’Afghanistan, où on a mis en place un sas de décompression”, raconte au HuffPost Coraline Salvoch. “Il y a un accompagnement des médecins”.

Cependant, la difficulté de la prise en charge réside moins dans les mesures qui sont en place pour guérir les conséquences de la guerre, que dans la capacité pour les soldats, et pour leur hiérarchie, à reconnaître l’existence de ces troubles. “Ce n’est pas évident”, souligne la réalisatrice, “l’armée est un milieu très masculin, où il faut être très fort”, rappelle-t-elle.

Coraline Salvoch avoue avoir connu quelques difficultés lors de son enquête avec Alain Pirot pour recueillir le témoignage de soldats: “Julien Bry ça a été huit mois de négociations pour pouvoir l’interviewer”. En effet, si les militaires sont tenus à un devoir de réserve, la raison du silence tient aussi aux strates hiérarchiques à franchir pour obtenir l’autorisation de questionner un soldat du rang (un soldat non gradé, ndlr). De surcroît, les soldats déployés sur le terrain des opérations ne souhaitent souvent pas revenir sur leur expérience au front, les souvenirs sont trop douloureux à ressasser.

Des souvenirs douloureux qui sont aussi partagés par leurs proches, auxquels le documentaire de ce dimanche consacre une place importante. “Ce sont des victimes collatérales du monde dans lequel on vit”, raconte Coraline Salvoch. Les familles endeuillées se battent, parfois même jusque devant le juge, pour comprendre la guerre, et pourquoi leurs enfants sont morts. Dans son combat en Afghanistan, la France a perdu 90 soldats, dont dix lors de l’embuscade d’Uzbin, la plus lourde perte depuis 38 ans.

Parmi les victimes, Damien Buil, soldat du 8e Régiment de Parachutistes d’Infanterie de Marine de Castres. Son père, accompagné des familles des autres soldats victimes de l’embuscade, a porté plainte contre X pour mise en danger de la vie d’autrui. C’est la première fois en France que l’armée est mise en cause devant le juge.

Une rétrospective importante

Le documentaire retrace les motivations premières de l’envoi de forces armées en Afghanistan et au Sahel, en passant par le témoignage des familles de soldats, des généraux et politiques français. Il questionne aussi les limites matérielles et logistiques de l’armée française. Un rapport du député François Cornu-Gentille révèle notamment que seul un hélicoptère sur trois est en capacité de voler et seul un rafale sur deux est à même de décoller. On apprend qu’il a fallu attendre la démission du Général Pierre de Villiers, chef d’État-major, pour que le gouvernement réapprovisionne le budget de l’armée, réduit chaque fois un peu plus à mesure que les mandats présidentiels se sont succédé.

“Le prix du sang”, c’est la question que pose ce documentaire qui met en perspective la décision politique et militaire avec ses conséquences sur le débat public. “Si notre puissance est déployée partout est-ce que l’on est capable d’encaisser la mort de nos soldats? Et si on ne supporte aucune mort, cela veut dire que notre armée ne peut pas être déployée partout?”, interroge la réalisatrice.

À voir également sur Le HuffPost:  Le film “La Troisième Guerre” regarde ces soldats de l’opération Sentinelle qu’on ne voit plus

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    Qui était le caporal-chef Maxime Blasco, tué au Mali?

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Saturday, 25 September - 12:11 · 3 minutes

Qui était le caporal-chef Maxime Blasco, le soldat mort au Mali?

ARMÉE - “Exceptionnel”, “héros”, “légende”, “admirable”... Depuis l’annonce de la mort du caporal-chef Maxime Blasco , tué par un terroriste au Mali vendredi 24 septembre, les hommages affluent en souvenir de ce militaire de 34 ans qui s’est toujours illustré par sa bravoure.

Maxime Blasco, tireur d’élite originaire de Grenoble , s’est engagé en août 2012 et a passé toute sa carrière au 7e bataillon de chasseurs alpins, indique le ministère des Armées sur son site . Rapidement, il se distingue “par son excellent état d’esprit et ses compétences”.

En 2014, il est déployé en République centrafricaine, au Tchad et au Sénégal dans le cadre des opérations Barkhane et Sangaris. “Il se distingue à chaque reprise dans des actions de combat par sa précision et son sang-froid. Cela lui vaudra d’être décoré de la croix de la Valeur militaire avec étoile de bronze”, précise le communiqué de l’Armée.

Il est ensuite encore plusieurs fois projeté au Mali dans le cadre de Barkhane et sera décoré trois fois de la croix de la Valeur militaire avec étoile de bronze. Mais c’est surtout lors d’une terrible nuit de juin 2019 que Maxime Blasco s’illustrera.

Rescapé d’un crash en 2019

Dans la nuit du 14 au 15 juin 2019, l’hélicoptère la Gazelle s’envole d’une base militaire au Mali. À son bord, Maxime Blasco, le tireur d’élite, ainsi que deux collègues pilotes. Mais l’appareil est abattu par des djihadistes et s’écrase, en feu.

Cet épisode, le soldat le raconte dans un reportage de France 2 en juillet 2020. “La douleur a envahi mon corps. Je ne me sentais pas prêt à bouger, mais en voyant les flammes, j’ai compris rapidement que si je restais là, c’était fini…”, se souvenait-il, encore surpris d’être vivant.

L’Armée termine l’histoire: “Grièvement blessé, notamment avec de multiples fractures vertébrales, il avait réussi à extraire (ses deux collègues) sur une cinquantaine de mètres avant de les installer ‘de façon un peu artisanale sur les patins’ d’un hélicoptère Tigre” dont l’équipage est venu les sauver de cette zone de combat.

Après son évacuation vers la France, Maxime Blasco est décoré de la croix de la Valeur militaire avec étoile de Vermeil puis de la Médaille Militaire par le président de la République .

Un soldat au parcours “exceptionnel”

C’est pourquoi les éloges sont nombreux au lendemain de l’annonce de sa mort. “Le caporal-chef Maxime Blasco était en quelque sorte une légende”, estime le général Jérôme Pellistrandi, rédacteur en chef de La Revue Défense nationale sur Franceinfo ce samedi 25 septembre.

“Il était titulaire de quatre citations et en était à son quatrième engagement dans Barkhane en trois ans. C’était quelqu’un qui avait un parcours opérationnel exceptionnel”, ajoute le Colonel Pascal Ianni, porte-parole des armées françaises lors d’un point-presse.

La ministre des Armées Florence Parly s’est pour sa part inclinée “avec un profond respect devant la mémoire de ce chasseur alpin aguerri”, ce “soldat d’élite au parcours admirable”.

Maxime Blasco, pacsé et père d’un enfant, devient le 52e Français tués au combat au Sahel depuis 2013 dans les opérations antijihadistes Serval puis Barkhane, auxquels s’ajoutent six morts par accident.

À voir également sur Le HuffPost: Leuk, le premier chien de l’armée française décoré par le Royaume-Uni

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    Anatomie de l'échec des Occidentaux à construire un État afghan: les leçons pour le Sahel

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Wednesday, 25 August - 16:59 · 26 minutes

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Si les talibans ont pu l’emporter aussi aisément, c’est en grande partie parce que les efforts de la communauté internationale visant à créer quasiment de toutes pièces puis à consolider l’État afghan n’ont pas été couronnés de succès. Il y a des raisons objectives à cela. Retour sur vingt ans d’erreurs. Tentons de tirer quelques leçons pour l’avenir, en particulier pour le Sahel

Les néoconservateurs américains étaient farouchement hostiles au “nation building”

Contrairement à ce qu’on lit couramment, les Américains, qui furent de très loin les plus importants pourvoyeurs d’aide en Afghanistan , ne se sont jamais sérieusement intéressés au “nation building”. Les néoconservateurs y étaient même farouchement opposés, comme Donald Rumsfeld l’a exprimé à de multiples reprises . Barack Obama n’y croyait guère non plus; mais à sa prise de pouvoir en 2008, il était de toute façon déjà bien tard pour se lancer dans une telle entreprise, du fait des erreurs accumulées depuis 2002 par l’équipe Bush/Cheney/Rumsfeld, qui était focalisée sur l’Irak.

La première erreur fut bien sûr cette guerre d’Irak qui conduisit à une dispersion des efforts militaires et financiers américains. La deuxième erreur, liée à la première, fut le refus obstiné des Américains de construire une armée afghane à la hauteur des défis sécuritaires pendant les années cruciales de démarrage de l’insurrection, entre 2003 et 2008. Ils l’ont en effet alors délibérément limitée à 30.000 hommes car ni le Pentagone ni l’USAID ne voulaient prendre à leur charge les coûts de fonctionnement correspondants, et les calculs de leurs analystes leur laissaient penser que cet effectif correspondait à ce que le budget afghan pourrait à terme supporter.

La deuxième erreur fut le refus obstiné des Américains de construire une armée afghane à la hauteur des défis sécuritaires pendant les années de démarrage de l’insurrection, entre 2003 et 2008.

Il a fallu les premières grandes offensives d’été des talibans qui ont failli occuper Kandahar en 2008, mais surtout l’arrivée à la même époque du général David Petraeus pour que Washington révise sa position. Constatant la dramatique dégradation de la sécurité, Petraeus, qui venait de rédiger le manuel de contre-insurrection de l’armée américaine , chiffra alors les besoins en police et armée de l’Afghanistan à 600.000 hommes.

Ce chiffre de 600.000 hommes correspondait aux effectifs de l’armée algérienne au plus fort de la guerre civile, en 1997-1998 –sachant que les populations de l’Afghanistan et de l’Algérie étaient à peu près équivalentes. Le coût lié à la formation, l’équipement et l’entretien d’une telle armée afghane fit hurler quelques sénateurs américains et, après de difficiles négociations, l’objectif fut ramené à 350.000. Or en 2009, les effectifs atteignaient péniblement 60.000 hommes –dont à peu près la moitié étaient réellement disponibles compte tenu des absences, des désertions et des besoins de formation. Les Pachtounes, dont les familles étaient menacées par les talibans , n’osaient déjà plus s’engager. L’armée a ainsi été construite sur une base tadjike et non multiethnique, ce qui l’a considérablement fragilisée .

Le temps que les budgets soient négociés et approuvés à Washington, puis les recrutements engagés, vers 2011, soit dix ans après le début de l’intervention américaine, les effectifs des forces de sécurité afghanes s’élevaient à environ 130.000 hommes, dont les meilleurs officiers avaient été formés par les Soviétiques. Il faut en effet noter qu’au cours de leur occupation et avant de se retirer en 1989, ces derniers avaient construit une armée afghane qui s’est révélée capable en 1990-1991 de tailler en pièces les moudjahidines soutenus par le Pakistan et financés par la CIA. Le régime de Najibullah installé par Moscou a ainsi survécu pendant les deux ans où les financements du Kremlin étaient encore disponibles. Il serait sans doute encore en place et l’Afghanistan peut-être en paix si Ronald Reagan avait eu l’intelligence, lorsque Mikhaïl Gorbachev a décidé de jeter l’éponge, de se substituer aux Russes pour financer ce régime laïque qui n’avait rien de communiste.

L’armée a ainsi été construite sur une base tadjike et non multiethnique, ce qui l’a considérablement fragilisée.

Les Américains ont enfin laissé les Nations unies désarmer les chefs de guerre dès 2004, ce qui excluait l’option la plus simple en matière de construction étatique, à savoir une confédération des seigneurs de guerre soucieux de défendre leurs territoires respectifs. Un tel fonctionnement aurait au moins permis, sans grand effort occidental, la formation d’un État de type féodal, laissant au Pakistan le soin de régler l’avenir du pays… option peu glorieuse, mais peu coûteuse.

Ne confondons pas “nation building” et “state building”

La construction d’une nation afghane dont tout le monde semble aujourd’hui parler n’était donc pas à l’agenda américain. Mais en tout état de cause, construire une nation en Afghanistan, qui est un pays exceptionnellement fragmenté au plan ethnique , où les différentes tribus se sont continuellement combattues et qui sortait de plus de vingt ans de guerre civile, ne pouvait être qu’un processus politique qui ne pouvait être sous-traité à des partenaires extérieurs. Ni les États-Unis ni l’URSS ne pouvaient construire une nation afghane. Une telle opération ne pouvait être réalisée que par des dirigeants afghans prêts à dépasser les clivages ethniques et à construire des consensus. Il leur fallait quand même aussi, pour cela, disposer de la force armée pour “convaincre” les dissidents. Or leurs capacités militaires étaient non seulement réduites mais entre les mains des États-Unis.

Les Américains ont laissé les Nations unies désarmer les chefs de guerre, ce qui excluait l’option la plus simple, à savoir une confédération des seigneurs de guerre défendant leurs territoires respectifs.

La construction d’une nation aurait exigé un charisme particulier de la part du chef de l’État, qui aurait dû être porteur d’une vision permettant d’envisager, à terme, la fusion des innombrables fragments d’une société profondément divisée par des années de conflits. Un exemple historique de construction d’une nation dans un pays multiethnique est celui de Julius Nyerere en Tanzanie , qui détruisit sans doute largement l’économie de son pays en le soumettant à un système de type soviétique, mais en fit une nation. Les qualités de Nyerere manquaient manifestement à Hamid Karzaï, qui fut largement un choix opportuniste.

La communauté des donateurs pouvait, au mieux, s’engager dans un processus d’appui à la construction d’un État afghan viable: le “state building”. Mais dans un contexte où le leader américain du camp occidental avait l’œil rivé sur l’horizon irakien et cumulait les erreurs, il était impossible pour les autres donateurs de se lancer sérieusement dans une stratégie cohérente de ce type, pour au moins trois raisons:

(1) Une telle approche demandait de la part des donateurs une capacité de dialogue et de pressions politiques à haut niveau que seuls les Américains étaient capables de conduire;

(2) Le chef de l’État se révélait, dans son mode de gouvernance, un chef tribal essentiellement soucieux d’acheter des loyautés et de jouer du népotisme ambiant; il restait ainsi parfaitement rétif aux réformes qui s’imposaient pour construire un appareil d’État sur une base méritocratique; cet achat de loyautés exigeait comme toujours en ce cas la mise en place de réseaux de corruption. Ces réseaux de corruption ont progressivement conduit à un véritable déchaînement de la corruption qui a décrédibilisé toute la classe politique.

(3) La pagaille entre les donateurs interdisait toute approche coordonnée de leur part sur un tel sujet qui ne figurait pas sur leur écran radar.

À la même époque, on constate d’ailleurs que, en Irak, les erreurs de Washington furent bien pires, car les Américains ont alors délibérément détruit un appareil d’État structuré. Paul Bremer, le proconsul américain de l’Irak en 2003-2004, a systématiquement démoli l’appareil d’État irakien, en licenciant sous prétexte de débaasification , l’armée, la police et l’administration irakiennes, ceci à la grande colère de Colin Powell qui mesura immédiatement le désastre mais ne put s’y opposer. C’est cette destruction de l’appareil baasiste qui a conduit au chaos, à la guerre civile irakienne, à la prise de pouvoir des chiites entraînant l’alignement de l’Irak sur l’Iran et, à terme, à la création de Daech. Il est difficile d’imaginer une politique américaine en Irak susceptible de conduire à un pire fiasco!

En Irak, c'est la destruction de l’appareil d'État baasiste qui a conduit au chaos, à la guerre civile irakienne, à la prise de pouvoir des chiites entraînant l’alignement de l’Irak sur l’Iran et, à terme, à la création de Daech.

Les Américains ont en revanche tenté de construire en Afghanistan une démocratie largement inspirée de leur propre système –ce qui, dans ce pays extrêmement divisé, a ajouté des affrontements électoraux aux clivages ethniques traditionnels. Ce système a en particulier conduit à partir de 2014 –alors que les jeux étaient déjà faits et qu’une victoire sur les talibans était devenue impossible– à une paralysie provoquée par la rivalité entre le Pachtoune Ashraf Ghani et le Tadjik Abdullah Abdullah, chacun titulaire d’environ la moitié des voix correspondant largement à la division ethnique du pays.

Ashraf Ghani –qui lors de mes premiers entretiens avec lui, alors qu’il était ministre des Finances puis recteur de l’université de Kaboul, avait précisément l’ambition et la lucidité nécessaires pour construire un État fonctionnel– parvint au pouvoir en 2014, trop tard pour pouvoir mettre en œuvre sa vision. Il fut absorbé par son conflit avec Abdullah Abdullah, la grave dégradation sécuritaire, les tensions avec les Américains, la crise financière de l’État, la perpétuelle recherche de financements, les conflits incessants entre tribus, les désaccords avec les bailleurs de fonds et, enfin, les élections. La construction de la démocratie à l’américaine a finalement accentué les divisions internes au lieu de les résorber comme espéré. Situation très classique dans un pays multiethnique.

La construction d’un État afghan exigeait celle d’un ensemble d’institutions “modernes”

Les néoconservateurs américains ignoraient que la construction d’un État passait par la mise en place d’un ensemble d’institutions dégagées du népotisme ambiant: une armée multiethnique disposant d’une logistique qui fonctionne et d’une aviation autonome la moins sophistiquée possible pour pouvoir être entretenue par des mécaniciens rapidement formés, une police et une justice non corrompues, une administration centrale et locale reconstruites sur la base du mérite. C’était certes particulièrement difficile à instaurer dans un pays tribal, dans un contexte où le président Karzai refusait le principe méritocratique pour garder le contrôle de la nomination des responsables en fonction de sa stratégie d’alliances mouvantes.

La mise en place d’institutions “modernes” était néanmoins possible, comme l’ont prouvé la création entre 2002 et 2005 de quatre institutions fonctionnant correctement: le ministère des Finances, la Banque centrale, le ministère de la Reconstruction et du Développement Rural (MRRD) et, enfin, les Renseignements militaires. Le MRRD fut même pendant une décennie une institution modèle conçue ex nihilo par une équipe afghane qui a géré avec une remarquable efficacité un programme national de petits travaux ruraux financés par la Banque mondiale et divers donateurs, le “National Solidarity Program” (NSP). Ce programme fut jusque vers 2014 et la réduction des financements extérieurs un modèle du genre, qui a permis de réaliser pour environ 2 milliards de dollars de petits travaux à haute intensité de main-d’œuvre avec un minimum de corruption et de détournements. Une prouesse dans ce pays!

Techniquement et financièrement, rien n’empêchait en 2003-2004, avant la montée en puissance des talibans en 2007-2008, de construire ou reconstruire les institutions régaliennes constituant le cœur d’un appareil d’État moderne, en particulier les ministères de la Défense, de l’Intérieur, de la Justice, de l’Énergie. Mais ces ministères furent octroyés selon la stratégie d’alliances de Karzaï et gérés comme des butins octroyés à des brigands qui y mirent en place leurs réseaux de prédation.

Ces ministères furent octroyés selon la stratégie d’alliances de Karzaï et gérés comme des butins octroyés à des brigands qui y mirent en place leurs réseaux de prédation.

La remise en ordre de cette douzaine d’institutions aurait été envisageable dans l’ambiance d’enthousiasme qui régnait en 2003-2004. Une telle remise en ordre doit en effet commencer par une comparaison entre compétences et profils des titulaires des postes, ce qui permet déjà de découvrir des situations surprenantes et d’effectuer un premier tri… En outre, nombre d’Afghans de la diaspora hautement qualifiés abandonnaient alors leur emploi aux États-Unis ou en Europe pour offrir leurs services à l’équipe en place à Kaboul.

Je travaillais à cette époque comme consultant pour la Banque mondiale et j’en ai alors auditionné une bonne centaine qui, financés par cette institution, furent placés dans ces principaux ministères dans des positions parfois de management. Au bout de quelques mois, la grande majorité revint me voir pour se plaindre du népotisme généralisé et des foyers de prédation qu’étaient malheureusement ces institutions non réformées. Tous pratiquement ont renoncé, découragés. Soit ils étaient de la mauvaise ethnie et ostracisés. Soit leur présence gênait les détournements et le pillage organisé.

L’Afghanistan n’ayant pas de pétrole et ne pouvant budgétairement soutenir seul même une guerre de basse intensité, il aurait aussi fallu que l’aide internationale et, en premier lieu, l’aide américaine accepte de financer à environ 80% le fonctionnement de cette douzaine d’institutions clés une fois remises à niveau ainsi que toutes les dépenses budgétaires afférentes. Le coût n’aurait pas été négligeable. Mais tant d’argent fut plus tard déversé en vain sur ce pauvre pays que les montants correspondants auraient certainement pu être mobilisés.

De plus, outre les fortes réticences politiques locales, il fallait affronter le fonctionnement très particulier de l’aide internationale. Car les donateurs détestent financer les fonctions publiques et, pour certains d’entre eux, comme la Banque mondiale, cela leur est même interdit. Financer l’armée et la police aurait aussi posé des problèmes spécifiques. Mais enfin, avec un peu de volonté on trouve des solutions! Finalement, toutes ces institutions qui constituaient le cœur d’un État moderne sont restées des foyers de blocage et de corruption.

Ne se sont vraiment intéressés au problème du “state building” que les Britanniques, la Banque mondiale et quelques donateurs bilatéraux qui n’ont jamais eu de liberté de manœuvre sur ce sujet à cause du poids américain et de l’impossibilité d’un dialogue sérieux sur ce sujet avec le président Karzaï. C’est toutefois dans ce contexte qu’ont été quand même renforcées progressivement un certain nombre d’institutions étatiques bénéficiant de très importants financements externes. Ce fut le cas du ministère de l’Éducation nationale et du ministère de la Santé, deux domaines où des résultats significatifs ont été enregistrés en partant de situations qui étaient catastrophiques en 2002.

L’aide internationale a contribué à l’affaiblissement de l’appareil d’État résiduel

Bien involontairement, le mode de fonctionnement de l’aide internationale a le plus souvent provoqué un affaiblissement et non un renforcement des institutions étatiques afghanes, déjà bien faibles. Et cela, non pas parce que les équipes techniques des donateurs étaient incompétentes, mais à cause des contraintes qui leur sont imposées par leurs mandants politiques. Les instructions sont en effet de toujours faire au plus vite, d’obtenir rapidement les résultats les plus visibles possibles, et surtout de n’avoir dans ces pays, où la corruption est endémique, aucune perte en ligne dans les circuits financiers, aucun détournement de fonds, aucun cas de corruption.

De telles instructions ne permettent pas de procéder au lent travail peu visible de reconstruction institutionnelle qui est nécessaire à l’obtention de résultats durables. Le refus de toute corruption oblige à recourir au système des projets autonomes très contrôlés. Cela aboutit certes à des résultats rapidement visibles, mais ceux-ci ne sont pas pérennes car conduisant à un désastre institutionnel. Ainsi, des écoles seront construites et inaugurées en fanfare, mais les maîtres ne seront pas là car la programmation des constructions n’a pas été prise en compte par un ministère de l’Éducation dysfonctionnel. Et quand les maîtres arriveront sur le terrain, un tiers d’entre eux seront illettrés, car nommés sur intervention de notables locaux. Et enfin quand arriveront les fins de mois, la paye ne sera pas là…

Dans un tel contexte, l’aide internationale, qui dans ce type de pays craint toujours de voir ses fonds disparaître dans des structures opaques, évite l’administration locale et finance directement “ses” projets. En Afghanistan, on estime que 80% des financements extérieurs échappaient à tout contrôle des responsables afghans et court-circuitaient délibérément le budget et les institutions afghanes. Cette façon de procéder, qui a exaspéré Ashraf Ghani lorsqu’il était ministre des Finances, limitait certes corruption et détournements de fonds, mais en contournant le problème au lieu de le traiter.

Le traiter aurait impliqué des changements dans les équipes dirigeantes d’une douzaine d’institutions clés et le démantèlement des réseaux de corruption alimentant autant de réseaux politico-ethniques. Pour Karzaï, une telle mesure était impensable. Seuls les Américains auraient pu soulever la question. Mais ils avaient d’autres préoccupations. Dans certains cas, comme celui, pourtant crucial, de l’énergie, où le ministre Ismaïl Khan était un grand chef de guerre de la région de Hérat, placé là car Karzaï voulait reprendre le contrôle des douanes à Hérat… les donateurs ont préféré ne pas s’occuper de ce secteur et Kaboul est restée pour cette raison pendant près de dix ans dans le noir. Tous ces mécanismes ont été parfaitement analysés et documentés par Sarah Chayes dans un livre remarquable .

Entre syndrome hollandais et concurrence entre bailleurs, les salaires dérapent

L’injection par la présence militaire et l’aide internationale de montants financiers considérables dans la petite économie afghane a provoqué ce que l’on appelle un “syndrome hollandais” , mécanisme bien connu des pays pétroliers.

Ce phénomène a entraîné une forte inflation et une appréciation de la monnaie qui a entravé l’activité manufacturière locale. La concurrence entre donateurs pour trouver du personnel afghan de qualité a également fait monter les salaires du personnel d’une certaine technicité, parlant anglais et maîtrisant un ordinateur. L’écart entre les salaires versés par les donateurs (dont les ONG) et la fonction publique afghane se situait dès 2004-2005 dans un rapport de 1 à 5, voire de 1 à 10. Cette situation a provoqué un exode de tout le personnel de l’administration ayant un minimum de compétences techniques ou managériales vers les projets financés par les donateurs. J’ai eu un temps comme chauffeur un directeur de l’administration à qui son salaire de fonctionnaire ne permettait plus de payer son loyer.

Au lieu d’être ainsi renforcées par l’aide internationale, les principales institutions étatiques ont été vidées de leurs rares compétences techniques pour être remplacées par des projets d’une durée limitée financés par les bailleurs. Une fois le projet exécuté, l’équipe projet était dispersée. Les programmes de formation, qui furent très nombreux, permettaient au personnel des administrations qui avait bénéficié de cette formation de fuir vers les projets. Cette mécanique infernale interdisait toute efficacité institutionnelle à la formation. En 2013, lors de ma dernière mission sur ces questions de renforcement de capacités, il y avait infiniment plus de personnel “professionnel” afghan dans des structures de projets que dans les institutions nationales. Dans ce contexte, rares furent les renforcements de capacité au niveau institutionnel.

Ces renforcements institutionnels tentés par des donateurs désespérés portaient en général sur l’injection de cadres qualifiés provenant souvent de la diaspora dans des fonctions spécifiques comme les directions administratives et financières, ceci pour tenter de sortir de l’opacité généralisée. Les cadres recrutés à cet effet exigeaient compte tenu de leurs charges familiales à l’étranger le paiement de sursalaires qui représentaient évidemment un multiple des salaires de leurs collègues de la fonction publique. Or la durée limitée des projets correspondants laissait rapidement à la charge de l’État afghan des coûts salariaux qu’il ne pouvait supporter, alors que les différences salariales provoquaient des tensions ingérables au sein des institutions concernées. En général le personnel de la diaspora restait peu de temps, découragé par l’ambiance de corruption, l’absence de systèmes d’informations fiables, les dénonciations calomnieuses, etc.

La corruption, qui a affecté tout le fonctionnement de l’appareil d’État, a joué un rôle non négligeable dans la désaffection de la population vis-à-vis du régime. Elle a crédibilisé la propagande des talibans.

Ces sursalaires exigeaient pour être octroyés une revue des compétences des cadres et du personnel destiné à en profiter, en particulier des cadres provenant de ces administrations dont les compétences étaient très variables. Le président Karzaï, irrité par les réclamations des cadres non sélectionnés, a décidé un jour de généraliser ces sursalaires à l’ensemble de la fonction publique, ce qui était budgétairement délirant et, en outre, détruisait l’approche des donateurs fondée sur le principe du mérite. Ce problème salarial a dangereusement accru la dépendance du pays vis-à-vis de l’aide internationale et contribué à créer infiniment plus de pagaille que de capacités institutionnelles.

Finalement, les donateurs ont fini par intégrer dans des projets spécifiques de nombreux “morceaux d’institutions”, y compris certains ministres et leur cabinet politique. Cette formule permettait surtout au personnel ainsi intégré dans des projets de bénéficier des sursalaires correspondants… Ce système, qui était au total d’une extrême fragilité, ne pouvait fonctionner que tant que l’aide internationale pouvait financer. Dès la réduction de cette aide, très sensible à partir de 2013-2014, cette mécanique s’est grippée.

Le caractère dysfonctionnel de l’ensemble de cet appareil d’État afghan et non seulement de l’armée a ainsi beaucoup joué dans l’effondrement final de ce régime. Le “système Karzaï”, qui impliquait ainsi des “achats” de loyauté, reposait in fine sur une corruption qui a pris une dimension exceptionnelle, favorisée par le trafic de l’opium .

Cette corruption, qui a affecté tout le fonctionnement de l’appareil d’État, a joué un rôle non négligeable dans la désaffection générale de la population vis-à-vis du régime. Elle a considérablement fragilisé l’État afghan tel qu’il s’est construit plutôt mal que bien depuis 2002, crédibilisant la propagande des talibans et facilitant leur enracinement dans la population rurale. Il est à cet égard remarquable de noter le parallèle avec la fin du régime sud-vietnamien, lui aussi décrédibilisé et rongé par la corruption.

Quelles leçons pour les bailleurs internationaux?

Ayant assisté comme le monde entier à l’effondrement du château de cartes que constituait l’appareil d’État afghan, je suis bien sûr effondré, mais non surpris.

L’une des leçons qu’il est possible de tirer de ces multiples expériences est tout d’abord qu’il faut, comme le fit le MRRD dont j’ai suivi attentivement la mise en place, engager les processus de restructuration institutionnelle en s’attaquant à la totalité d’une institution et en commençant par sa direction. Cette démarche implique la sélection de dirigeants ayant à la fois un certain charisme et des capacités managériales. On pouvait parfaitement en trouver une douzaine en Afghanistan en 2002.

Une telle restructuration doit être conduite indépendamment par chaque équipe de direction à son rythme. Elle implique que l’on trouve des solutions pour le personnel “irrécupérable”: mises à la retraite, packages de départ, voire postes d’ambassadeurs pour dirigeants qu’il faut écarter… Elle suppose évidemment que l’on sorte radicalement du système dans lequel on affectait chaque ministère ou chaque institution publique comme la société d’énergie ou la police à un chef de guerre ou à un allié politique qui allait conduire une politique de recrutement sur base ethnique et mettre en place un réseau de corruption pour son profit ou celui de sa tribu d’origine.

Bush/Cheney/Rumsfeld ont cru que le problème afghan était simplement militaire et pouvait se régler rapidement.

Cela dit, malgré ses multiples défauts, ce système dénoncé par Ashraf Ghani lui-même lorsqu’il était professeur dans un ouvrage bien connu des spécialistes pouvait se corriger progressivement. En tout cas, cette fin chaotique pouvait certainement être évitée. Mais le “deal” de Donald Trump, négocié directement avec les talibans, était absolument inepte. Comment négocier son départ en commençant par fixer sa date de départ ? C’est entamer une négociation en mettant toutes ses cartes sur la table. On peut tout au plus négocier sa reddition, c’est-à-dire rien du tout.

La méthode de Joe Biden, consistant à décider d’abandonner un jour un peuple parce qu’on a changé de politique, est également inacceptable. D’autres sorties moins lamentables étaient possibles pour les Américains. Même les Soviétiques, qui ont quitté l’Afghanistan en bon ordre, en furent capables.

Au total, la responsabilité des néoconservateurs et, en particulier, du trio Bush/Cheney/Rumsfeld dans ce désastre est immense. Ils ont cru que le problème afghan était simplement militaire et pouvait se régler rapidement. C’était une double erreur rendue plus inadmissible par leur refus d’écouter les multiples experts américains, parfois d’origine afghane, qui connaissaient parfaitement le pays et sa complexité.

Si la responsabilité de Trump dans cette déroute complète est considérable, celle de Biden l’est aussi. Mais celle de la communauté des donateurs, à laquelle j’ai consacré l’essentiel de ma vie professionnelle, n’est pas non plus négligeable.

Il devrait être établi une bonne fois pour toutes qu’on ne peut manifestement pas remettre sur pied un pays en crise grave avec des dizaines de bailleurs de fonds refusant toute coordination significative, initiant des centaines de projets éphémères, sans compter 2000 ONG et leur milliers de petits projets! Les donateurs doivent impérativement accepter, dans ces pays en crise ou en conflit, au minimum deux révisions radicales de leurs méthodes d’intervention:

En premier , reconnaître comme une priorité l’appui à la construction d’un appareil d’État moderne en portant leurs efforts tout particulièrement sur les questions régaliennes, y compris la réforme de la justice et des services de sécurité. Ils ont encore pour principe de ne pas s’intéresser à ces secteurs dits de “souveraineté”. C’est une grave erreur encore répétée au Mali actuellement.

En second , l’exemple afghan, mais il s’est malheureusement répété au Mali, montre que la coordination des donateurs, qui devrait être centralisée à un niveau très élevé (premier ministre de préférence), n’est pas ou est mal assurée par le gouvernement bénéficiaire. Des dizaines de bailleurs traitent dans le plus grand désordre avec une bonne douzaine d’institutions locales. Il est ainsi caractéristique que le FMI traite avec le ministère des Finances, la Banque mondiale avec le ministère du Plan et nombre de bailleurs avec les ministères où ils ont trouvé des correspondants… La coordination, qui est alors déléguée aux donateurs, repose sur des consultations entre ces derniers. Mais cela ne fonctionne pas et ne permet pas de mettre de l’ordre dans la pagaille des projets tous azimuts qui fréquemment oublient l’essentiel.

La méthode Biden, consistant à décider d’abandonner un jour un peuple parce qu’on a changé de politique, est inacceptable. D’autres sorties moins lamentables étaient possibles. Même les Soviétiques, qui ont quitté l’Afghanistan en bon ordre, en furent capables.

En Afghanistan, le montant des ressources affectées de 2002 à 2007 au développement rural ne dépassait par 4% du montant total de l’aide affectée au pays. Il est par ailleurs notable de remarquer que la table ronde de 2015 consacrée au Mali affectait également moins de 4% à ce secteur alors que dans chacun de ces deux pays l’activité rurale est fondamentale. La mauvaise coordination entre donateurs justifierait la mise en commun de l’essentiel de leurs ressources dans un ou plusieurs fonds fiduciaires qui devraient être gérés de manière rationnelle, comme des budgets d’investissement cohérents. C’est, à mon expérience, la seule façon efficace permettant de coordonner leur action dans ce type de situation.

Pauvre Afghanistan coincé entre les talibans et la “communauté internationale”!

Espérons, sans trop y croire, que ces erreurs ne se reproduisent plus au Sahel…

Cette tribune a été initialement publiée sur le site de The Conversation .

The Conversation

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    Défilé du 14-Juillet: la force Takuba à l'honneur

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Wednesday, 14 July, 2021 - 08:26 · 4 minutes

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14-JUILLET - Une coalition européenne initiée par la France pour partager le fardeau au Sahel : Paris place de grands espoirs dans le groupement de forces spéciales Takuba, qui devra faire ses preuves pour conserver le soutien politique des pays partenaires .

Quelque 80 militaires d’élite français, suédois, estoniens, tchèques, italiens, belges, portugais et hollandais de cette nouvelle Task Force ouvriront le défilé du 14-Juillet sur les Champs Elysées ce mercredi, à l’occasion de la fête nationale.

Contre-terrorisme et appui aux armées locales

Le président Emmanuel Macron, qui vient d’annoncer une réduction progressive des effectifs militaires français au Sahel après huit ans de présence ininterrompue, compte sur Takuba pour jouer un rôle central dans le futur dispositif.

Concrètement, la France va renoncer à essayer de sécuriser de vastes zones où les Etats n’arrivent pas à reprendre pied. Les missions seront désormais axées sur le contre-terrorisme, ainsi que sur l’appui aux armées locales pour les aider à monter en puissance et s’autonomiser, via les troupes européennes de Takuba.

“Il y aura une place majeure de Takuba dans les prochains mois et années” dans le cadre de la transformation de l’opération française Barkhane, qui compte aujourd’hui plus de 5.000 hommes, commentait récemment la ministre française des armées, Florence Parly. Mais elle ajoutait: “Takuba n’a pas vocation à se battre à la place des Maliens”.

Leur mission: accompagner de petites unités maliennes équipées de pick-ups et de motos, pour les aider à s’aguerrir et reconquérir des pans de territoire semi-désertiques, délaissés depuis longtemps par l’Etat malien.

“On va se concentrer non pas sur la destruction de l’ennemi mais sur la construction de l’ami”, explique à l’AFP le lieutenant-colonel François, qui a commandé la TF Takuba au Mali de janvier à avril.

Takuba rassemble 600 hommes à Gao et Menaka, dont une moitié de Français  ― issus des forces spéciales mais aussi des forces conventionnelles ―, ainsi que des Estoniens, des Tchèques, des Italiens et des Suédois.

Le Danemark a promis une centaine d’hommes, la Roumanie une cinquantaine et d’autres nations, comme la Grèce, la Hongrie ou la Serbie, ont exprimé leur intérêt.

Cours de français

Convaincre les partenaires de déployer des troupes au Sahel ne s’est pas fait sans mal. Les interventions armées sont politiquement sensibles dans la plupart des pays européens, qui ont besoin du feu vert de leur Parlement pour s’engager.

Paris ne cache donc pas sa satisfaction d’être parvenu à amorcer une mutualisation de l’effort, alors qu’Emmanuel Macron a fait de l’Europe de la défense un des chevaux de bataille de son quinquennat.

“Très peu de pays dans le monde ont la capacité de monter une coalition”, fait valoir l’état-major français.

Pour ce qui est de faire fonctionner ce patchwork de nationalités, “l’interopérabilité des forces spéciales européennes fonctionne très bien, nous partageons les normes OTAN, et en Irak comme en Afghanistan on travaillait déjà ensemble”, assure le lieutenant-colonel François, en précisant que tous les nouveaux venus “ont pris des cours de français”.

Avec ce nouveau dispositif sonne l’heure de vérité pour les armées locales, qui vont se retrouver en première ligne de l’effort sécuritaire dans la région dite des trois frontières, aux confins du Mali, du Niger et du Burkina Faso, réputée servir de sanctuaire aux groupes jihadistes.

Le périmètre d’action de Takuba, pour l’heure circonscrit à cette zone, pourrait même être étendu plus à l’ouest, vers le Gourma malien, dans la boucle du fleuve Niger.

Reste à voir si l’appui apporté par Takuba parviendra à faire durablement monter en gamme les forces armées d’un des pays les plus pauvres du monde, après de longues années d’efforts de formation prodigués avec des résultats très mitigés par la mission européenne EUTM.

“Les forces maliennes n’ont pas beaucoup de moyens mais l’ennemi est à la portée de leurs capacités. L’adversaire a recours au minage, aux roquettes, mais une fois au contact, ça ne marche plus”, fait valoir l’ancien commandant de Takuba.

Le défi n’en est pas moins de taille et les attentes élevées, dans des pays européens ayant engagé leur crédit politique dans ce conflit qui s’éternise et a coûté la vie à 50 Français.

“Quand on va avoir un Européen au tapis, ça va être la douche froide”, redoute un observateur.

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