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    Émile Zola vu par Stellio Lorenzi

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Monday, 24 May, 2021 - 03:25 · 14 minutes

zola

Par Gérard-Michel Thermeau.

Comme toujours avec les éditions des œuvres de notre service public n’espérez pas une restauration. Mais les couleurs un peu passées ne manquent pas totalement de charme pour retracer cette belle époque qui sert de cadre à l’Affaire Dreyfus.

L’Affaire Dreyfus selon Émile Zola

En effet, cette mini-série en quatre parties est centrée sur les dernières années de la vie de Zola et son combat pour l’innocence de Dreyfus. Alors que se profilait l’éventuel abandon du projet de film de Polanski sur l’Affaire, j’avais écrit pour Contrepoints un article sur les différentes adaptations de cet événement majeur sur les grands et petits écrans.

J’avais été relativement vague concernant la mini-série de Stellio Lorenzi ne l’ayant pas revue depuis sa diffusion il y a plus de quarante ans. Entretemps, le film de Polanski a fini par se réaliser et Nathalie MP Meyer en a fait une excellente critique dans ces colonnes. Si Polanski présente l’Affaire du point de vue de Picquart, Lorenzi la raconte vue par Émile Zola.

Revoyant Émile Zola ou la Conscience humaine , j’ai retrouvé les émotions de la première vision. Cette œuvre ambitieuse a bénéficié de moyens relativement importants et d’une distribution éclatante. Jean Topart est magnifique dans le rôle principal mais tous les interprètes seraient à citer. Dominique Davray, pilier du cinéma français, est très émouvante dans le rôle ingrat de l’épouse délaissée.

Parmi la brochette de généraux, on remarque surtout le général Gonse, campé par le trop méconnu Jean Deschamps. Si Picquart a peu de scènes, Pierre Vernier lui donne beaucoup de présence. André Valmy incarne un savoureux Clemenceau qui grommelle devant l’article de Zola : « Lettre au président de la République, cela fait sous-préfecture » avant d’ajouter énergiquement comme titre, J’accuse !

Une œuvre télévisuelle de qualité

La qualité de jeu des acteurs de ce temps fait d’autant plus ressortir la médiocrité actuelle des acteurs français de la télévision de notre époque. Je parle en général, il y a bien encore quelques talents mais ils sont un peu noyés dans la masse. Ici, point de sous-titres nécessaires, vous pouvez comprendre chaque mot prononcé par chacun.

Davantage que le film hollywoodien de ce nom, Lorenzi nous présente la vie privée d’Émile Zola. L’homme y est peint avec ses doutes et ses contradictions. Cet apôtre du peuple ne vit-il pas bourgeoisement entre ses deux ménages, l’officiel et l’autre ?

Touchant, ridicule, partagé entre son désir de respectabilité et ses élans de générosité, Zola est un être humain non une idole statufiée. Il s’agit avant tout d’une évocation des dernières années de la vie de l’écrivain et non d’une description de tous les aspects de l’Affaire.

Une reconstitution de la fin de la vie de Zola

Les deux épisodes centraux sur les quatre volets développent la génèse de J’accuse et le procès en diffamation intentée contre l’écrivain. Disposant d’une durée importante, il peut davantage que les autres versions souligner la bouffonnerie affligeante des figures de l’État-major. La réalité a malheureusement dépassé les fictions les plus extravagantes à l’occasion de ce procès.

La quatrième partie n’a plus la même intensité. Zola ne joue plus qu’un rôle marginal dans l’Affaire, étant longtemps exilé en Angleterre. La mort de l’écrivain est présentée dans l’esprit de la Caméra explore le temps qui s’était souvent penchée sur les morts mystérieuses du passé. La piste de l’assassinat est nettement pointée du doigt.

L’oeuvre s’achève par les obsèques, fidèle reconstitution des funérailles du temps. Des mineurs défilent en scandant « Ger-mi-nal » au son du Chant des cerises. On l’aura compris, le prolétariat est en marche vers un avenir radieux dont Zola aura été l’initiateur.

Un Zola interprété dans une vision marxiste

Cette vision nous renvoie au contexte de réalisation de cette œuvre et aux convictions de son réalisateur. Stellio Lorenzi a été un talentueux artiste de la télévision française. Avec ses complices, Alain Decaux et André Castelot, son nom reste associé à La Caméra explore le temps , excellente émission de vulgarisation historique. Sa passion de l’histoire était aussi indéniable que ses convictions politiques qui étaient communistes. Il s’est inspiré d’un livre d’Armand Lanoux, lui-même communiste, membre de l’association France-URSS. Ancien membre du PPF, l’écrivain était sans doute à même de décrire l’extrême-droite antisémite de la Belle époque. Les deux hommes ayant signé le scénario, il porte l’empreinte de leur engagement.

Et c’est là que le bât blesse ou plutôt que les choses deviennent intéressantes. Lorenzi a voulu faire œuvre militante. Non pas qu’il déforme les faits. Et cette honnêteté intellectuelle va d’ailleurs contre la thèse qu’il développe comme nous le verrons.

Mais sans déformer les faits, il ne retient que ceux qui l’arrangent et qui vont dans le « bon sens », celui de l’histoire évidemment. Le caractère vaguement socialiste des dernières œuvres de Zola, qui sont aussi les moins lues, le sert dans son approche. Jaurès, dans une scène dans un cimetière anglais, place même le Zola dernière période au-dessus de Tolstoï ! « Vous êtes des nôtres » clame à plusieurs reprises le tribun socialiste. Zola, par sa bonté, son amour de la justice et de la vérité ne saurait être que socialiste.

Une série du temps de l’Union de la gauche

L’oeuvre est diffusée en 1978, année d’élections législatives. Un programme commun d’inspiration marxiste avait rapproché les anciens frères ennemis socialistes et communistes. Une union de la gauche était ainsi née en 1972. Qui ne se souvient de François Mitterrand s’exclamant : « La révolution, c’est d’abord une rupture avec l’ordre établi. Celui qui n’accepte pas cette rupture avec l’ordre établi, avec la société capitaliste, celui-là ne peut pas être adhérent du parti socialiste. »

Mais les trop grandes exigences communistes avait rompu l’alliance électorale favorisant la victoire de la droite en 1978. Néanmoins, toute la gauche baigne à cette époque dans une mystique marxiste totalement archaïque. Il faut avoir cela à l’esprit pour bien comprendre l’approche de Lorenzi.

Émile Zola ou la conscience humaine s’ouvre en effet sur une succession de photographies et de caricatures qui débute avec la Commune en 1871. Quel rapport avec l’Affaire Dreyfus ? Mystère. Et avec Zola, dont on se garde bien de rappeler les propos peu amènes sur les communards ? Là aussi, mystère.

Cette succession d’images nous offre une explication marxiste de la fin du XIXe siècle. Elle oppose des bourgeois toujours plus riches, toujours plus gras ou toujours plus exploiteurs à un prolétariat dont on nous fait pressentir la paupérisation. Ce discours vous est familier : des riches toujours plus riches, des pauvres toujours plus pauvres.

Une explication marxiste longuement développée

La conclusion du dernier épisode sera en écho de ce prologue avec Le temps des cerises accompagnant les mineurs, drapeau rouge en tête, défilant devant le tombeau de Zola. Les lendemains qui chantent pointent à l’horizon. Pourtant, quand cette œuvre a été réalisée, les mines du Nord-Pas-de-Calais étaient en train de disparaître. Le monde ouvrier s’effaçait peu à peu avant d’être totalement abandonné par la gauche au profit d’autres minorités.

L’explication marxiste va être développée dans de longs palabres au sein du Parti. L’idéaliste Jean Jaurès s’oppose tantôt à l’opportuniste Alexandre Millerand, tantôt au prêtre de l’orthodoxie marxiste, Jules Guesde. D’ailleurs, le spectateur ne verra que deux forces politiques.

D’un côté les bandes antisémites de Jules Guérin, de l’autre les camarades socialistes. Bref, seuls les extrêmes sont mis en valeur. Mais la haine des uns s’oppose à la générosité des autres. C’est la rhétorique antifasciste avant l’heure. D’un côté les affreux d’extrême droite, de l’autre ceux qui ont le monopole du cœur.

Grand capital et humanité au bagne

Mais le discours est bien confus. Jaurès à la Chambre des députés dénonce une République soumise au grand capital. Guérin dans la rue fustige une France aux mains des Juifs. Et donc ? Où est la différence ? L’anticapitalisme est-il plus noble que l’antisémitisme ? Ne s’agit-il pas de la même vision complotiste, pour utiliser un terme à la mode ?

L’engagement dreyfusard de Jaurès est d’ailleurs tout à son honneur mais on ne peut guère l’attribuer à son appartenance socialiste. C’est plutôt son passé bourgeois qui le rendait sensible à la question des droits de l’individu. Après tout l’antisémite Picquart est bien devenu, lui aussi, un partisan de l’innocence de Dreyfus.

Dans une réunion de camarades, le marxiste Guesde, qui a connu un échec électoral suite à ses sympathies dreyfusardes, martèle le discours de l’orthodoxie. Dreyfus est au bagne ? Mais les enfants qui travaillent dans les usines ne sont-ils pas au bagne ? Les mineurs qui descendent au fond aussi ? L’humanité entière n’est-elle pas au bagne ? Bref, on patauge en pleine langue de bois et en pleine confusion intellectuelle.

Les contradictions dans l’Affaire Dreyfus

Cette façon de raccrocher artificiellement l’Affaire à une question de lutte des classes, d’exploitation capitaliste vire à l’absurde. La victime de la plus retentissante erreur judiciaire de l’histoire de la République était un bourgeois, et même un riche bourgeois. Et ne voit-on pas le banquier Castro (un banquier !) identifier l’écriture d’Estherazy permettant la diffusion publique du nom du véritable traître ?

Il faut sans doute croire que le grand capital n’était pas à l’œuvre au Royaume-Uni et aux États-Unis où l’opinion était convaincue de l’innocence de Dreyfus. Quant aux forces réactionnaires, elles devaient être absentes d’Allemagne et de Russie, autres pays où l’innocence de Dreyfus allait de soi.

Une des ironies de l’Affaire Dreyfus est de voir les antidreyfusards nationalistes animés d’une violente xénophobie soutenir un personnage qu’ils auraient dû vomir selon leurs discours haineux. Estherazy était d’origine étrangère. D’ailleurs, Charles Millot l’interprète avec un accent marqué.

Et ce personnage, qui n’était pas un « vrai Français », selon les critères nationalistes, haïssait la France, méprisait son armée. Nous n’évoquerons pas sa vie privée des moins remarquables. Et pourtant, les nationalistes le portent en triomphe et conspuent Dreyfus ou Picquart, officiers patriotes.

L’aveuglement idéologique

C’est l’aveuglement idéologique qui les amène à faire fi des faits et de la réalité. Sa foi communiste aveugle tout autant Lorenzi. Son engagement dans le communisme l’a rendu aveugle aux centaines, aux milliers, aux dizaines de milliers, aux centaines de milliers de Dreyfus des régimes communistes.

Oh, pour ceux-là, il n’y eut pas d’affaire. On leur a réglé leur affaire. De toutes origines sociales, de tous horizons politiques ou religieux, ils ont été impitoyablement broyés par la machine étatique au nom du collectif, de l’intérêt supérieur. Nul n’a parlé d’eux, nul ne s’est levé pour les défendre.

C’est là la différence avec les pays disposant d’institutions libérales. L’injustice est toujours là, inévitable, mais les moyens de lutter contre l’injustice existent. Sans une presse libre, sans avocats indépendants, sans intellectuels libres de s’exprimer, sans un État de droit, il n’y aurait jamais eu d’Affaire Dreyfus. Dans un pays marxiste, il ne pourrait y avoir d’Affaire Dreyfus. Par définition, l’injustice n’y existe pas. Le mensonge s’y appelle Vérité (Pravda en russe) et la haine, amour.

Le procès Zola et le procès Kravchenko

Le procès Zola aurait pu rappeler quelque chose à Stellio Lorenzi et Armand Lanoux. Moi qui ai mauvais esprit, j’ai aussitôt pensé au procès Kravchenko (1949). Dans les deux cas, il s’agit d’un procès en diffamation. Dans les deux cas, il s’agit d’un individu confronté à un État.

Dans les deux cas, l’individu est considéré comme un traître. Dans les deux cas, le procès fut éminemment politique. Petite différence cependant. Kravchenko avait porté plainte contre le journal communiste Les Lettres françaises qui l’avait traîné dans la boue. Les communistes français l’accusaient d’avoir tout inventé et de n’être pas l’auteur de son autobiographie, sévère charge contre l’URSS.

Mais l’accusateur se retrouve accusé. Les communistes soutenus par l’URSS mobilisent le ban et l’arrière-ban de leurs sympathisants pour discréditer le transfuge.

Dans le procès Zola, les militaires défilent à la barre défendant l’honneur de l’armée. De même dans le procès Kravchenko, voit-on défiler hommes politiques et intellectuels assurant que le marxisme léninisme est au-dessus de tout soupçon. On y verra d’ailleurs un général soviétique bardé de décorations qui vaut bien les Boisdeffre et Mercier de l’Affaire.

Quand la haine et la calomnie changent de camp

Kravchenko devenu l’accusé est décrit comme un traître à la solde des services secrets américains. On se gausse de l’existence des prétendus camps soviétiques. On invoque les ombres de Déat, Doriot, Franco pour mieux fustiger le fascisme supposé de l’ennemi de classe. Le livre de Kravchenko respire l’esprit de Vichy affirme l’écrivain Vercors.

Comme la veuve du dirigeant communiste allemand Neuman doit témoigner, on transforme ce communiste antinazi en trostskyste pro-hitlérien. « Tout anticommuniste est un antifrançais » selon Wurmser. Hé oui, la gauche marxiste a eu elle aussi ses Léon Daudet et ses Maurice Barrès.

L’avocat pouvait évoquer à bon droit « les forces de la haine, de la méchanceté et de la calomnie ». Mais ces forces n’étaient plus du côté de l’extrême droite comme à l’époque de l’Affaire Dreyfus mais du côté du PCF et des compagnons de route.

Ce petit détour m’a paru nécessaire. L’Affaire Dreyfus n’est donc pas symptomatique d’une société dominée par le grand Capital. Elle illustre combien on sacrifie facilement un simple individu au nom de l’intérêt supérieur. Et les responsables de l’injustice commise n’étaient pas des capitalistes mais des militaires et des politiques. C’est la machine étatique qui a tenté de broyer Dreyfus et ceux qui se sont dressés pour le défendre.

Justice, vérité et liberté

Et que nous montre d’ailleurs, malgré lui, le téléfilm de Lorenzi ? Un tribun socialiste, un écrivain à succès vieillissant, un jeune poète symboliste juif, un avocat passionné, un banquier scrupuleux, un sénateur protestant, un officier antisémite vont se retrouver dreyfusards.

Ces individus de tous bords, de toute origine, de tout milieu, de tout âge, que tout paraît séparer, se réunissent autour d’une même cause. Ils ne s’apprécient d’ailleurs pas toujours et ne sont pas nécessairement sympathiques. Ils ne se seraient sans doute  jamais rencontrés. Ce sont des hommes de bonne volonté que rapprochent l’honnêteté et la rigueur morale. Nous sommes bien loin du matérialisme historique, de la lutte des classes, de l’avenir radieux du prolétariat invoqués par Lorenzi.

Certes, il est question de justice. Mais pas de justice sociale. Dreyfus n’est pas victime de l’injustice sociale. Il est question de vérité. Non pas une vérité de classe mais la vérité sans épithète. La veulerie d’un Millerand n’illustre pas la trahison d’un socialiste opportuniste, mais une politique constante des gouvernements visant à étouffer les vérités dérangeantes. Il est question enfin et surtout de liberté. La liberté n’est pas l’apanage d’un parti, d’une idéologie, d’un drapeau. Elle est le bien commun de tous les êtres humains.

  • Émile Zola ou la conscience humaine de Stellio Lorenzi, édition Élephant Films, 4 DVD, 2021

#Toulouse : #Manifestation contre la #précarité et l’abrogation de la réforme de l’assurance #chômage

Appel unitaire ( #Solidaires, #CNT, #DAL, #SudPoleEmploi, #SudCulture, #CIP…) : http://www.cnt-f.org/cnt31/spip.php?article1228
Samedi 5 décembre : 14 h Saint-Cyprien

La manif est déclarée et (pour l’instant) autorisée.

Alors qu’il est annoncé entre 800 000 et 1 million de chômeurs-euses supplémentaires d’ici décembre 2020, le gouvernement persiste à appliquer sa politique de réduction des droits des chômeurs-euses.

Nous exigeons immédiatement :

- L’abrogation de la réforme de l’ #AssuranceChômage.
- Une nouvelle convention indemnisant 100 % des chômeur∙es et précaires.
- Gestion directe de la S#écuritéSociale par les travailleur-euses, assurance chômage comprise.
- Un financement de l’assurance chômage à 100% par la cotisation sociale, car l’état se sert de son financement par l’impôt pour en prendre le contrôle et imposer ses réformes.
- L’arrêt des contrôles et le redéploiement des effectifs vers l’indemnisation et l’accompagnement.


#Lutte #Politique #social #syndicalisme #HauteGaronne #actu #actualité #crise #capitalisme #anticapitalisme #entraide #solidarité #licenciement #économie #syndicat #manif
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    Bilan du Covid : l’Homme, un « virus pour la planète » ?

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Saturday, 23 May, 2020 - 03:35 · 6 minutes

Homme

Par Benoît Rittaud.

Vous pensez bêtement que le principal virus dont il y aurait lieu de parler aujourd’hui est le SARS-CoV-2 et sa maladie associée qu’est le covid-19 ? Alors vous n’êtes sûrement pas digne de devenir anthropologue au Collège de France.

Philippe Descola, lui, sait remettre les pendules à l’heure : « Nous sommes devenus des virus pour la planète » , explique-t-il dans Le Monde .

L’une des facultés les plus étonnantes du discours écologiste contemporain est de savoir tout recycler à son profit sans la moindre retenue.

C’est ainsi qu’à la lecture de cette interview on apprend que le mode de vie capitaliste serait bien plus responsable de la pandémie que les pratiques ancestrales qui ont pourtant conduit à l’émergence du virus et de sa transmission à l’Homme dans un marché traditionnel de Wuhan.

L’on découvre aussi tout le bien qu’il faudrait penser d’un monde dans lequel on « ne sépare plus de manière radicale les humains et les non-humains » (sans que soit précisé le statut du pangolin).

Ce n’est pas tant le contenu de l’interview qui pose problème, car celui-ci est tout aussi convenu que les autres sur le sujet. C’est plutôt que nul événement, si considérable soit-il, ne semble capable de faire opérer un retour au réel à certaines de nos élites intellectuelles.

En l’occurrence, le panorama global est pourtant clair : le covid-19 a montré une fois de plus que la nature n’est pas notre amie — ce que savent depuis longtemps les agriculteurs et plus généralement tous ceux qui voient plus loin que la mythologie néo-Rousseauiste urbaine. Nous devons batailler ferme chaque jour en tant qu’espèce pour garantir notre survie et notre confort.

L’épisode montre aussi que nos systèmes de santé et de production stratégique étaient insuffisamment préparés à faire face, et que si nous avons eu la grande chance de pouvoir compter sur un personnel hospitalier au dévouement héroïque, une fois de plus s’est révélée une grave fracture entre le terrain et les hautes sphères décisionnelles. Voilà le réel, dans toute sa banalité.

Parmi les poncifs de l’interview qu’il serait trop long de démonter en entier il y a l’inévitable couplet contre la mondialisation et sa « règle du profit le plus rapide possible » , paraît-il en lien direct avec la rapidité inédite (du moins supposée telle) de la propagation du virus.

Un argument à moitié faux et à moitié trompeur typique de ces discours qui font flèche de tout bois d’autant plus facilement qu’ils ne sont pas questionnés. La complaisance du journaliste va jusqu’à dire que son interviewé du jour serait à l’origine d’un « tournant anthropologique » , comme quoi l’esprit de cour n’est pas mort.

D’abord, la rapidité de la diffusion de la maladie est en trompe-l’œil, car elle tient pour une bonne part à notre capacité, elle véritablement inédite dans l’Histoire, à identifier en quelques semaines un virus nouveau et à comptabiliser en temps réel le nombre de malades de par le monde.

Il y a deux siècles, les symptômes banals du covid (fièvre, toux, fatigue…) aussi bien que sa prévalence limitée (au plus quelques pourcents) n’auraient peut-être pas même permis de l’identifier comme maladie nouvelle.

Ses victimes auraient été noyées dans le bruit de la mortalité générale alors bien plus considérable, et il n’est pas évident que quiconque se serait seulement posé la question d’une éventuelle surmortalité des plus âgés — lesquels étaient de toute façon bien moins nombreux qu’aujourd’hui, et d’ailleurs même pas comptabilisés, le recensement de la population d’un pays étant alors hors de portée technique et économique.

Si cette pandémie est considérée comme majeure, c’est de façon relative à notre situation présente, qui fait de nous une espèce si puissante que nous pouvons nous focaliser sur un mal qui, par le passé, aurait été à peine remarqué. Un membre du Collège de France devrait savoir éviter ce piège, qui n’est pas sans rappeler celui de la pollution : si tant de particules nous effraient, c’est avant tout parce que nous sommes capables de les détecter.

Alors que s’ils étaient disponibles, les indices de pollution urbaine des époques passées feraient dresser les cheveux sur la tête de n’importe quel écologiste. Voilà un beau sujet pour un anthropologue que cette profonde relativité de la peur.

L’argument de la rapidité est également trompeur en ce que même si, en effet, la mondialisation a permis au virus d’aller plus vite, c’est aussi cette même mondialisation qui nous a donné des armes bien plus considérables pour le combattre : séquençage de son génome en à peine quelques semaines, résultats des tests de médicaments en temps réel, échanges instantanés d’informations…

De nos jours, lorsqu’un président de la République décide d’un confinement général, l’ensemble de la population est informé en quelques heures, alors qu’il aurait fallu des semaines par le passé. Tout cela grâce à quoi ? Tiens donc : grâce à nos smartphones et nos moyens de communication, ces mêmes outils si volontiers présentés comme symboles de notre « décadence ».

Il y a, certes, des arguments que la crise du covid donne contre certains aspects de la mondialisation, notamment géostratégiques. Par exemple, nous devons nous demander sérieusement à qui nous sommes prêts à confier la fabrication de nos médicaments. Toutefois, sur ce sujet l’idéologie écologiste devrait faire profil bas, tant nos normes environnementales toujours plus exigeantes ont été l’un des grands moteurs des délocalisations industrielles qui ont frappé notre pays.

On attendrait d’un anthropologue qu’il nous parle de l’évolution à prévoir de notre regard collectif sur la santé, ou bien des risques d’un hygiénisme potentiellement liberticide, ou encore de ce qu’implique la distanciation sociale dans les rapports interpersonnels. Car, oui, là-dessus l’anthropologie a beaucoup à nous apprendre. Sur les vieilles lunes de l’impôt écologique, beaucoup moins.

L’utopie est étanche même aux tsunamis
Le réel ne lui est qu’une donnée seconde.
Comme à Nostradamus, tout l’avenir du monde
Dans ses moindres détails lui a été transmis.

Pour la secte du jour l’humain est l’ennemi.
Les prêtres de Gaïa, la planète féconde,
Font de l’Homme un coupable de chaque seconde.
Sans le poids du concret tout envol est permis.

Le paganisme ancien, après sa longue éclipse,
Revient auréolé de son apocalypse.
Ses dévots sont partout, tout de morgue vêtus.

Les ramasseurs d’idées ont embrassé leur cause.
Inquiétons-nous d’un temps qui maintenant propose
Que la haine de soi soit appelée vertu.

Sur le web

Face à l’État et au capital, notre lutte n’est pas confinée !

Communiqué unitaire (Secours Rouge Toulouse, UD CNT 31, Groupe Libertad – Fédération Anarchiste, Union Antifasciste Toulousaine, Association Eunomia, Union Communiste Libertaire – Toulouse)

https://iaata.info/Face-a-l-Etat-et-au-capital-notre-lutte-n-est-pas-confinee-4170.html

Plus que jamais, nous devons préparer et organiser la riposte !

#CNT #CNT31 #UCL #FA #UAT #SecoursRouge #Eunomia #Riposte #Anticapitalisme #Coronavirus #covid #Lutte

Combien de mort-e-s faudra-t-il ?

Airbus est fermé en Espagne, au Royaume-Uni, au Canada, et maintenant en Allemagne et aux Etats-Unis… En France par contre la reprise y suit son cours, les boîtes d"intérim recrute.

Nos vies pas leurs profits : fermetures des entreprises non-essentielles avec maintien des salaires.

https://www.journal-aviation.com/actualites/44107-airbus-suspend-la-production-d-a220-et-a320-aux-etats-unis

#CNT #CNT31 #syndicalisme #coronavirus #grève #anticapitalisme #ActionDirect #internationalisme #covid #NosViePasLeursProfits #Airbus #LutteDesClasses