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    Bretagne: Le conseil régional réclame l'autonomie législative et fiscale

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Saturday, 9 April - 12:21 · 3 minutes

Le 20 février, un drapeau géant de la Bretagne avait été déployé à Nantes à l Le 20 février, un drapeau géant de la Bretagne avait été déployé à Nantes à l'initiative de partisans d'un référendum sur le rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne.

BRETAGNE - Les bretons veulent suivre l’exemple corse. Le conseil régional de Bretagne a voté ce vendredi 8 avril un vœu inédit demandant à l’État l’ouverture de “discussions” en vue d’ une autonomie législative, réglementaire et fiscale de la région.

“Nous sommes conscients du caractère quelque peu sulfureux de la notion d’autonomie dans la grammaire politique française”, a reconnu Aziliz Gouez, en présentant le texte pour le groupe autonomiste “Breizh a-gleiz”. “La Bretagne est prête, mature pour s’engager sur ce chemin de l’autonomie législative, réglementaire et fiscale”, a-t-elle cependant estimé.

Tous les groupes politiques se sont prononcés en faveur de cette autonomie, hormis le Rassemblement national . Le député et conseiller régional LR Marc Le Fur a notamment souligné qu’il existait déjà en Alsace “un autre droit du travail plus protecteur des travailleurs, une autre sécurité sociale plus protectrice”.  “Il y a des législations spécifiques en France (...) Ceci nous ouvre des perspectives”, a-t-il souligné.

“Si nous allons dans ce sens, nous rendrions finalement un grand service à l’État lui-même” qui est “aussi omnipotent qu’impotent”, a ajouté Marc Le Fur, évoquant la “défaillance d’un État qui s’est dispersé”.

Le vice-président du conseil régional Michaël Quernez a dit “oui à ce supplément d’âme qu’est l’autonomie” pour le groupe majoritaire (Alliance progressiste des socialistes et démocrates). “Ce texte donne de la force à la Bretagne”, a abondé le président PS de la région Loïg Chesnais-Girard, en estimant qu’il fallait  “trouver une réponse à cette fatigue démocratique qui est là”.

“La chance que l’on offre à l’État, c’est de prendre nos responsabilités et d’être comptables devant nos concitoyens”, a-t-il assuré.

Définir un modèle d’autonomie pour la Bretagne

Dans ce vœu, la Bretagne demande aux prochains gouvernement et parlement “d’entamer des discussions pour la définition d’un possible modèle d’autonomie pour la Bretagne, incluant une part de pouvoir législatif et réglementaire” mais aussi “une redéfinition des relations budgétaires entre la Région et l’État, dans le but de garantir à la région un panier de ressources fiscales significatif avec pouvoir de taux et de définition de l’assiette”.

Les régions “ont une capacité budgétaire très limitée” et “ne disposent d’aucun pouvoir réglementaire dans leurs propres domaines de compétence”, constate le texte. “Elles se trouvent trop souvent réduites à demander à l’État d’agir pour régler des problèmes qui pourraient relever de leur responsabilité”, ajoute le vœu, estimant que cette situation provoquait “des retards, des crispations, des incompréhensions”.

Le texte réclame aussi une consultation sur la réunification de la Bretagne à cinq départements (incluant d’ailleurs la Loire-Atlantique).

Le vote de ce vœu intervient alors que le gouvernement s’est engagé à ouvrir en Corse un processus de discussions sur un éventuel statut d’autonomie pour l’île. Pour l’heure ces discussions sont toujours en suspend suite à de nouveaux actes de violence qui ont secoué ces derniers jours l’Île de Beauté. Le gouvernement devait rencontrer ce 8 avril les élus corses à Paris, avant son report annoncé par Gérald Darmanin lundi 4 avril.

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    Autonomie de la Corse: Macron accusé de "céder à la violence"

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Wednesday, 16 March - 11:21 · 4 minutes

POLITIQUE - C’est un changement de ton assez radical. Deux semaines après la violente agression d’Yvan Colonna en prison, Gérald Darmanin est en visite ce mercredi 16 mars dans une Corse en proie à de vives tensions . Il arrive avec une promesse dans sa besace: “l’autonomie”. Le gouvernement y est prêt, assure-t-il dans une interview à Corse Matin , à rebours des choix d’Emmanuel Macron jusqu’ici.

“Voilà, le mot est dit”, ajoute le ministre de l’Intérieur, conscient de lever une forme de tabou sur ce dossier explosif, mais, prévient-il, “il ne peut pas y avoir de dialogue dans la violence. Le retour au calme est une condition sine qua non ”.

Il faut dire que cette nouvelle concession, après la levée du statut de “détenu particulièrement signalé” des derniers membres emprisonnés du commando Erignac, intervient après plusieurs nuits d’émeutes sur l’Île de Beauté. Dans ce contexte, et à moins d’un mois de l’élection présidentielle , il n’en fallait pas plus aux différents prétendants à l’Elysée pour accuser le président-candidat d’impréparation”, au mieux, ou de “clientélisme cynique”, au pire.

On a un président aux abois qui cède à la violence, comme il l'a fait à Notre-Dame-des-Landes." Valérie Pécresse, candidate LR à la présidentielle

Pour Valérie Pécresse, invitée de la matinale de France Inter ce mercredi, le chef de l’Etat “paie cash son mépris des territoires”. “Ça fait des mois, même des années que les régions de France demandent de pouvoir discuter de la différenciation régionale au sein de la République et de pouvoir prendre davantage de compétences”, fait valoir la candidate des Républicains, pour qui le président est “aux abois” et “cède à la violence” sur la Corse “comme il l’a fait à Notre-Dame-des-Landes.”

“Il faut ramener l’ordre avant d’entamer les négociations, sinon l’Etat n’entamera pas les négociations sur le nouveau statut de la Corse en position de force”, estime encore la présidente de région en accusant le gouvernement d’être “prêt à tout céder” face aux émeutes.

A droite comme à gauche, le président de la République est accusé d’agir dans l’urgence, après un quinquennat d’atermoiements sur le dossier. “Les demandes auxquelles semble commencer à répondre le ministre de l’Intérieur sont sur la table depuis des années et des années, par des élus légitimes”, affirme Xavier Bertrand sur LCI, en faisant mine de s’interroger: ”Ça veut dire qu’en France, il faut qu’il y ait des menaces et des violences pour que l’Etat se mette autour d’une table? Ce n’est pas la bonne façon de faire”.

“Il faut un drame, comme d’habitude...”

S’il ne conteste pas la décision sur le fond, Yannick Jadot, qui défend depuis “des mois et des mois l’idée d’une autonomie de plein droit en Corse”, accuse, lui aussi, le gouvernement de ne pas s’être emparé de la question plus tôt.

“Ce qui est terrible, c’est qu’il faut un drame, comme d’habitude avec ce quinquennat, pour commencer à entrevoir des solutions”, regrette-t-il, ce mercredi sur France 2, à l’heure où la violente agression d’Yvan Colonna fait ressurgir les tensions entre l’Etat et les nationalistes, frustrés que leurs victoires dans les urnes n’aient pas fait aboutir leurs revendications sous Emmanuel Macron.

Anne Hidalgo va plus loin et parle d’une “façon de faire extrêmement préoccupante” qui témoigne de la “volonté d’enjamber l’élection présidentielle avec un ministre de l’Intérieur qui nous explique qu’on engage un processus long d’autonomie”.

“Un mot lâché dans cette campagne à moins de quatre semaines du premier tour”, insiste la candidate socialiste sur Europe 1 pour mieux souligner ce calendrier singulier, à l’unisson d’une classe politique encline à parler “autonomie”, mais pas dans ces conditions.

Reste l’extrême droite et leur message aux tonalités différentes: “la Corse doit rester française”, martèlent avant tout Marine Le Pen et Eric Zemmour ce mercredi en réaction à l’interview de Gérald Darmanin. “Passer de l’assassinat d’un préfet à la promesse d’autonomie, peut-il exister un message plus catastrophique?”, écrit ainsi la cheffe de file du Rassemblement national sur les réseaux sociaux en ciblant “le clientélisme cynique d’Emmanuel Macron” qui “brise l’intégrité du territoire français”. L’ancien journaliste critique, lui, “une basse manoeuvre électoraliste.”

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    Contre les chutes des personnes âgées, un plan annoncé par le gouvernement

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Monday, 21 February - 15:39 · 3 minutes

Ce que contient le plan antichutes pour les personnes âgées (Image d

SOCIÉTÉ - Premières causes de mort accidentelle chez les plus de 65 ans, les chutes sont également responsables de plus de 100.000 hospitalisations par an dans cette tranche d’âge, indique le ministère chargé de l’Autonomie. Il a présenté, ce lundi 21 février, un plan pour réduire les risques.

“Les personnes âgées et leur entourage ne sont pas forcément conscients des risques”, indique le cabinet de la ministre Brigitte Bourguignon , regrettant un “tabou” autour de la question. “Immense enjeu de santé publique”, d’après la ministre, les chutes tuent “chaque année 10 000 personnes âgées. Soit 3 fois plus que les accidents de la route.”

Le plan, qui vise à réduire de 20% ces accidents d’ici à fin 2024 compte cinq axes. Le premier, “savoir repérer les risques de chutes et alerter” , vise à mieux informer et sensibiliser les professionnels de santé, les personnes âgées, les aidants, les élus et la société civile.

“Plusieurs actions de sensibilisation seront menées, comme la diffusion à tous les acteurs des politiques de l’autonomie de fiches pratiques sur les profils types de chuteurs et les 5 signes “avant-chuteurs” et d’outils de repérage des fragilités”, détaille le ministère.

“Favoriser, le plus longtemps possible, la mobilité des plus de 65 ans”

Le deuxième axe concerne l’aménagement du logement , avec un développement des “dispositifs de repérage des risques du logement, en particulier par des équipes mobiles au domicile”. Le plan antichute prévoit des formations adaptées pour les équipes mobiles de gériatrie, déjà existantes, afin de repérer les risques d’accident aux domiciles des personnes âgées. Aider à l’installation de rampes dans les escaliers ou de barres d’appui dans la salle de bains figurent parmi les solutions évoquées par le ministère.

Le ministère veut ainsi promouvoir les aides techniques via sa future plateforme “Ma prime adapt’”. Le dispositif lancé courant 2022 fusionnera les aides existantes afin de “réduire le reste à charge” des aides à la mobilité.

Pour “favoriser, le plus longtemps possible, la mobilité des plus de 65 ans”, le troisième axe du plan antichutes consiste en “ un accompagnement au bon usage d’aides techniques à la mobilité ”. Les personnes âgées pourront également bénéficier “de modules spécifiques de rééducation post-hospitalisation”. Objectif? Éviter les rechutes.

Présenté avec la ministre délégué chargé des Sports Roxana Maracineanu , le plan s’attache également à promouvoir un maintien de l’activité physique chez les plus de 65 ans. Pour cela un “panier de soins” prévention des chutes sera notamment expérimenté dès 2022, indique le ministère. Il se fera avec “l’intervention coordonnée de 3 professionnels : un intervenant en activité physique adaptée, un diététicien et un ergothérapeute”.

Enfin, le développement de la téléassistance devrait par ailleurs accélérer la vitesse des interventions après accident, en priorité chez les personnes ayant déjà chuté. Le cabinet de la ministre chargée de l’Autonomie estime à “environ 10%” la couverture en téléassistance des personnes âgées (boîtiers d’alarme, bipper, bracelet détecteur de chute, etc.).

Le budget alloué au plan n’a toutefois pas été communiqué, mais le cabinet de la ministre assure que “les financements existent déjà”.

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    Entretien aux Jardins de Scoulboch, ferme biologique bretonne

    news.movim.eu / LeVentSeLeve · Sunday, 11 October, 2020 - 11:31 · 10 minutes

Florence et Alexandre se sont installés à Pluvigner en maraîchage bio en 2017. Trois ans après, la ferme de 3 hectares les « Jardins de Scoulboch » fournit 65 paniers hebdomadaire à l’AMAP [1] de Scoulboch, sans mécanisation et en ne cultivant que des semences paysannes. Dans une Bretagne marquée par une agriculture et une pratique de l’élevage intensives, des fermes comme la leur se multiplient. Le mo t qui revient incontestablement le plus souvent dans les témoignages sur place : « autonomie ». Autonomie par le savoir-faire d’abord, puis autonomie vis-à-vis des fournisseurs et des semenciers, vis-à-vis des réseaux de distribution, vis-à-vis de la mécanisation. Mais également une autonomie que l’on transmet consciemment aux autres et à ses enfants pour mettre à l’abri et rendre capable. Entretien réalisé par Morgane Gonon.


Le Vent Se Lève – Pour commencer, comment définiriez-vous votre activité ?

Jardins de Scoulboch Tout simplement, ici c’est une ferme biologique dont l’activité principale est le maraîchage. Notre métier c’est d’être fermier, paysan, de produire des légumes en AMAP. Pour nous il faut s’en tenir à une définition générale, éviter les termes à la mode et un peu englobants comme permaculture. Ce qui compte c’est de rentrer dans le détail de nos pratiques agricoles : respect de la biodiversité via des zones non cultivées, limitation du travail du sol et absence de mécanisation, utilisation uniquement de semences paysannes et d’aucun hybride, etc.

Une distinction que je fais quand même c’est parler de « ferme » plutôt que « d’exploitation agricole ». Le terme d’« exploitation », par rapport à l’imaginaire que ça véhicule, nous semble vraiment loin de ce que l’on fait.

Ferme des « Jardins de Scoulboch »

Pour nous le fonctionnement en AMAP est indispensable, il apporte un revenu fixe, garanti sur l’année.

Ensuite, à côté de l’activité de maraîchage, il y a la vie de la ferme. Pour aménager ce lieu de vie il y a d’autres projets en cours, des constructions que l’on réalise nous-même. Il faut comprendre notre choix pas uniquement comme un projet professionnel mais comme un projet de vie. Cela correspond à nos convictions, notre choix d’autonomie et à l’éducation que l’on veut donner à nos enfants. Ça va bien plus loin qu’une activité professionnelle.

LVSL – Vous évoquez différentes pratiques, pourriez-vous revenir par exemple sur l’utilisation de semences paysannes ? Qu’est ce que ça signifie ?

J. S. – Les semences paysannes sont donc les semences non inscrites au catalogue officiel, un cahier officiel des espèces en quelque sorte. Après la seconde guerre mondiale le GEVES (Groupe d’Etude et de Contrôle des Variétés et des Semences) crée le catalogue officiel des espèces et variétés végétales qui répertorie les semences autorisées à la vente et à la culture. Chaque semence inscrite doit répondre à des conditions techniques de distinction, d’homogénéité et de stabilité mais aussi apporter un progrès agronomique et/ou technologique et/ou environnemental. Les semences paysannes s’opposent également aux variétés hybrides [dîtes variété hybride F1 pour première génération, c’est-à-dire une variété obtenue par le croisement de deux variétés avec des caractères intéressants ]. Les légumes sont plus résistants et le rendement meilleur. C’est très utilisé en agriculture biologique.

Pourquoi éviter les hybrides si ça facilite la production ? D’abord par question d’autonomie vis-à-vis des fournisseurs. C’est central dans l’idée que l’on se fait de notre métier. Les hybrides pour la plupart sont des semences stériles que tu ne peux pas faire germer pour une nouvelle génération. Ces graines coûtent cher et privent le producteur d’autonomie. Mais ça nous impose une contrainte supplémentaire par rapport au bio plus classique sur le rendement.

L’objectif à terme c’est de prélever directement de nos récoltes afin de les replanter. Pour l’instant nous n’y arrivons pas encore et nous achetons nos graines principalement à un semencier suisse Sativa [ approvisionnement en semences indépendant et sans OGM pour l’agriculture biologique et pour le maraîchage biologique ], ce n’est pas local et nous le regrettons. Mais pour plusieurs raisons – prix, qualité, disponibilité… – aujourd’hui c’est plus facile. On espère être capable de produire bientôt toutes nos semences.

Il faut préciser qu’en tant que professionnel nous n’avions pas le droit de reproduire nos semences et de vendre des plans à partir de nos propres graines. Il y a un changement récent de loi qui ouvre désormais ces possibilités. [ Jusqu’à la publication de la loi du 11 juin 2020 relative à la transparence de l’information sur les produits agricoles et alimentaires seules les semences répertoriées par un catalogue officiel pouvaient être légalement commercialisées. Désormais la vente de semences paysannes à des jardiniers amateurs est officiellement autorisée .]

La vente directe via l’AMAP permet également de communiquer sur ces différences, d’expliquer aux consommateurs. Les labels ne permettent pas de le faire ; le seul label à notre connaissance qui reconnaisse les semences paysannes c’est Nature et Progrès, mais il est très peu donné.

LVSL – Vous commercialisez donc via une AMAP, pourquoi ce choix par rapport aux chaines de distribution en bio ? Est-ce un débouché suffisant ?

J. S. – Les magasins bio ce n’est pas si simple. À notre échelle, les débouchés dépendraient des magasins locaux et des réseaux que l’on construit peu à peu. Il faut une prise de conscience de la part d’acteurs comme les revendeurs bio, ou même les restaurateurs locaux par exemple, pour qu’ils fassent le choix de ne pas négocier le prix avec le producteur. Ça arrive au cas par cas, mais ces magasins doivent dégager une marge et nos coûts de production sont trop élevés pour eux. Pour un kilo de tomates, on estime notre coût de production à environ 4,20 euros, si l’on ajoute la marge du magasin c’est vite hors de prix.

Que les personnes viennent chercher des légumes chez nous c’est très bien, mais ce serait encore mieux qu’elles commencent à les produire.

Nous comprenons évidemment l’exigence de « bio-accessible », et l’intérêt de faire du bio pas cher pour tous. Mais en réalité, le système qui le permet réellement c’est l’AMAP. Pour 15 euros par semaine, ce n’est pas excessif, le consommateur s’y retrouve et les paniers sont généreux (en été, prix réel d’un panier autour de 22 euros). Pour nous c’est indispensable, ça apporte un revenu fixe, garanti sur l’année, et facilite énormément la trésorerie. Ce type de fonctionnement par abonnement, en AMAP, garantit bien plus la survie des petites exploitations comme la nôtre que la distribution en magasins, qu’ils soient bio ou non.

Ferme des « Jardins de Scoulboch »

Nous nous avons de la chance ici, nous sommes même obligés de refuser du monde car notre production a des limites et qu’assurer déjà 65 paniers par semaine ce n’est pas rien. Mais nous sommes conscients que c’est une goutte d’eau. Pour généraliser le fonctionnement en AMAP il faudrait un cheminement préalable des consommateurs : nous avons pris l’habitude d’acheter ce que l’on a envie de manger et non pas de manger ce que l’on a, ce que la nature donne d’une semaine sur l’autre. L’AMAP nous oblige à nous remettre à notre place : dépendant du rythme des cultures.

LVSL – Quelles sont les principales difficultés pour une ferme comme la vôtre ?

J. S. – L’installation est le moment le plus difficile. Il a d’abord fallu trouver où s’installer : nous avons cherché en région parisienne, d’abord parce que l’on en est originaire puis parce que les problèmes d’autonomie alimentaire d’une ville comme Paris nous concernent. On a pensé que ce sentiment était partagé et que l’on serait aidé pour trouver un terrain. Pas du tout. Nous sommes finalement arrivés en Bretagne sans réseau local. L’installation sur les lieux nécessite un gros investissement de départ, financier évidemment mais aussi en temps et en travail. La première année, on s’est contenté de limiter la casse, on était à flux tendu en permanence. Les travaux, les rangements, n’étaient même pas envisageables. On gérait l’urgence de la production. Le quotidien aujourd’hui est allégé grâce à la présence d’autres personnes sur la ferme et à une bonne entraide.

Une autre difficulté c’est l’emprisonnement par et sur la ferme. D’abord dans le travail : il faut assurer la commercialisation, le remplissage des paniers de l’AMAP chaque semaine, sans aucune pause. Tu es soumis au rythme de tes cultures. C’est une autonomie avec de grosses contraintes. Psychologiquement il y a un stress constant, et une solitude : malgré tout tu es seul avec ta ferme et responsable de ta production. Puis autonomie oui, mais avec un crédit sur le dos tout de même.

Les semences paysannes sont avant tout une question d’autonomie vis-à-vis des fournisseurs.

On peut ajouter à cela le manque de reconnaissance en France pour les agriculteurs. Je trouve que le mot « paysan » est généralement péjoratif, encore maintenant ; du moins on s’accordera pour dire qu’il ne suscite pas facilement des vocations.

Il existe heureusement des moyens pour alléger ces difficultés : le woofing, l’entraide, la présence familiale etc. L’AMAP amène aussi une reconnaissance sociale, un contact direct avec les gens. Je ne me sens pas mal vu aujourd’hui en tant que paysan aussi grâce à ça, et ce n’est pas rien.

LVSL – Comment vous voyez le futur de la ferme ?

J. S. – Ce que l’on entend à propos du manque d’eau, du changement climatique, peut nous inquiéter clairement mais nous avons assez confiance en ce que l’on a créé. On réfléchit à des solutions : on va creuser un bassin pour récupérer l’eau de pluie par exemple. Le fait d’être une petite structure fait que l’on s’adapte beaucoup mieux que les gros céréaliers par exemple ; on peut s’adapter aux chaleurs, aux gelées. Nos besoins sont plus petits, par rapport à une grosse exploitation.

Ferme des « Jardins de Scoulboch »

Au contraire même, je dirais que l’on se sent fort d’avoir cette ferme, armé presque. Aujourd’hui je peux promettre à mes enfants une autonomie et un lieu de vie peu importe ce qu’il se passe ; et on va tout faire pour renforcer ça dans les années à venir.

Si je dois me projeter dans cinq ans, la partie maraîchage ne sera pas plus grande, on travaillera peut-être avec plus de fruitiers et de vivace. Mais le projet principal c’est l’autonomie : on développe la partie pépinière pour vendre des plants de nos semences aux particuliers qui veulent commencer un jardin, donner à la population locale ici plus d’autonomie alimentaire. Que les personnes viennent chercher des légumes chez nous c’est très bien mais ce serait encore mieux qu’elles commencent à les produire.

Pour aller plus loin :

Algues vertes, l’histoire interdite par Inès Léraud & Pierre Van Hove. Bande dessinée parue en juin 2019 aux Éditions Delcourt. Elle retrace l’histoire politique de l’élevage porcin en Bretagne. La journaliste Inès Léraud connait depuis la joie des poursuites judiciaires incessantes.
Anaïs s’en va en guerre , Anaïs Kerhoas. Témoignage publié en juin 2020 aux Éditions des Équateurs.
Rural ! par Étienne Bande dessinée parue aux Éditions Delcourt en 2001.

[1] Association pour le maintien d’une agriculture paysanne

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