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    Le procès Depp - Heard n'est qu'un détail dans le mouvement #metoo qui va revenir en force - LIFE

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Tuesday, 7 June - 15:00 · 6 minutes

La justice, la vraie, a tranché. Dans le même sens que les réseaux pour Depp, au terme d’un déballage gênant de détails de la vie privée dans un procès très filmé, commenté, épluché. Au détriment d’une Amber Heard moquée, scrutée, parodiée. C’est la première fois qu’on assiste sur une aussi longue durée, un mois, à un tel déferlement de haine. Avec des hashtags en armes de combat entre les Pro Depp et pro Heard. La justice, la vraie, a tranché. Dans le même sens que les réseaux pour Depp, au terme d’un déballage gênant de détails de la vie privée dans un procès très filmé, commenté, épluché. Au détriment d’une Amber Heard moquée, scrutée, parodiée. C’est la première fois qu’on assiste sur une aussi longue durée, un mois, à un tel déferlement de haine. Avec des hashtags en armes de combat entre les Pro Depp et pro Heard.

METOO - D’un côté la blonde. Perçue comme un peu fake. Apprêtée sobrement pour la circonstance, tirée à quatre épingles, les cheveux savamment lâchés avec classe, ou au contraire retenus en tresse autour de son visage de poupée un peu marqué. La maladroite et mal-aimée Amber Heard . De l’autre: la Star. Chewing-gum en bouche, attitude désinvolte, moqueuse, nonchalante, à de rares occasions émouvante, pas loin de son image dans “Le pirate des Caraïbes”. Celui que tout le monde a vu sur grand écran affublé de son épée, the bad boy roi de l’arnaque, a une image bien sympathique. C’est le flibustier Johnny Depp .

Pourtant, lors d’un précédent procès en 2020 en Angleterre contre le journal The Sun , il perdait en justice. Il l’attaquait le journal en diffamation pour l’avoir qualifié l’acteur de “batteur de femme” suite à de présumées violences conjugales. Dans une quasi-indifférence des réseaux sociaux.

Ce mois-ci, il poursuivait en justice Amber Heard aux États-Unis également pour diffamation en lui demandant 50 millions de dollars. Elle devra en verser théoriquement 10,35 dans les faits, avec un schéma compliqué où elle pourra récupérer 2 millions de dédommagement. Même si les deux sont considérées coupables d’avoir ruiné leur réputation réciproque, Depp remporte l’Award de la meilleure image.

Faut-il sortir d’un couvent et être irréprochable pour être crédible?

La justice des réseaux sociaux: hashtags en armes de combat

La justice, la vraie, a tranché. Dans le même sens que les réseaux pour Depp, au terme d’un déballage gênant de détails de la vie privée dans un procès très filmé, commenté, épluché. Au détriment d’une Amber Heard moquée, scrutée, parodiée. C’est la première fois qu’on assiste sur une aussi longue durée, un mois, à un tel déferlement de haine. Avec des hashtags en armes de combat entre les Pros Depp et pro Heard.

Lors des derniers jours du bras de fer entre les deux figures d’Hollywood, le #justiceforJonnhy aurait totalisé 12 milliards de vues. Celui de Amber Heard beaucoup moins. Sur TikTok, the hashtag #justiceforjohnnydepp a cumulé 7.5 milliards de vues, et #amberheardisaliar 1,2 milliard. Le hashtag consacré à l’actrice #justiceforamberheard , incluant les vidéos, a atteint 26 millions de vues selon le titre américain Insider du 5 mai.

Alors oui. Un homme peut être battu. Une femme se comporter en manipulatrice patentée. Elle peut aussi donner une gifle à son junkie de mari et se prendre une rouste en retour sans pouvoir le prouver devant les tribunaux. Faut-il sortir d’un couvent et être irréprochable pour être crédible? Mais il ne s’agit pas de rejuger l’affaire sur le fond, mais dans sa forme.

Rappelons à l’occasion que les procès seront également filmés bientôt en France. Les audiences de la justice civile, pénale, économique ou administrative pourront être enregistrées ou filmées “pour un motif d’intérêt public d’ordre pédagogique, informatif, culturel ou scientifique”, indiquait le ministère de la Justice fin septembre. Un projet dans les tuyaux. Ce qui arrive aux États-Unis depuis des années va débarquer dans l’Hexagone avec une différence de taille: ils seront retransmis ici après le jugement et pas en live. Pour éviter tout débordement.

Quel impact le verdict d’une telle affaire peut avoir sur la libération de la parole?

Le risque: les femmes victimes pourront être décrédibilisées, à l’image de Heard, cible de nombreuses attaques. Leur parole sera davantage mise en doute.

Avec ce revers qui voient les pros Johnny Depp exploser de joie et ceux de Amber Heard douter de la justice, les féministes s’interrogent et craignent un recul des droits des femmes. Amber Heard est l’objet de “remarques misogynes et de dénigrement qui ont un effet incontestablement désastreux sur l’objectif d’encourager les femmes à porter plainte contre des conjoints, ou tout simplement des personnalités publiques violentes “s’interroge Fatima Benomar sur son Facebook.

Si ce backlash ( contrecoup, répercussion, NDRL ) peut effrayer et faire craindre une mise en veille de la libération de la parole, et surtout de l’écoute, l’expérience #BalanceTonPorc en France montre que le contraire risque de se produire. Dans le procès balancetonporc, quand la première instance a conclu à une diffamation -avant que la cour d’Appel et de cassation ne déboute monsieur Brion qui m’avait attaquée pour avoir donné son nom dans un twitt, alors que je l’accusais de paroles déplacées- les femmes et victimes en général ont cessé de parler. Pour revenir de plus belle quelques semaines après le verdict, après le choc. Sous d’autres formes. Souvent de façon anonyme. Et bien plus violente qu’à découvert.

Les effets des précédentes prises de parole

C’est ainsi qu’est est né par exemple le -#balancetonagency pour dénoncer les abus dans le milieu de la publicité. Celui-ci a débouché sur des mises à pied chez Havas récemment et d’autres sanctions dans des agences moins connues. Mais cela a pris du temps deux ans de déferlement de témoignages. Puis, la fondatrice Anne Boistard, routarde de la pub, a désiré sortir de l’anonymat, après une très longue période d’hésitation. Le site #BalanceTonPorcOfficiel a été débordé de messages de femmes en colère qui cherchaient à défaut de pouvoir porter plainte un autre moyen de dénoncer.

Les affaires PPDA ont culminé aussi alors que #balancetonporc se prenait un revers judiciaire et que Florence Porcel, plaignante contre le célèbre journaliste, voyait sa première plainte classée sans suite. Les autres femmes qui ont eu à subir les avances et plus de PPDA se sont organisées à plusieurs pour peser davantage. Plus de vingt d’entre elles ont décidé de parler.

L’effet déception et colère ont, au lieu d’annihiler la parole, l’a décuplé. Avec ce procès Heard-Depp emblématique outre-Atlantique, les dénonciations risquent de se multiplier. Exactement l’inverse de l’effet escompté. Les femmes que l’on voudrait réduire au silence vont s’exprimer de plus belle.

Après avoir perdu cette manche, Amber Heard vient de l’annoncer: elle va faire appel. Revanche d’une blonde.

À voir également sur Le HuffPost: Les dessins de Johnny Depp à son procès ne sont pas passés inaperçus

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    Le hastag #BalanceTonPorc n'est pas diffamatoire, tranche définitivement la justice

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Wednesday, 11 May - 19:18 · 3 minutes

Le hastag <a class=#BalanceTonPorc n'est pas diffamatoire, tranche définitivement la justice. Pierre Joxe et Eric Brion ont été définitivement déboutés des poursuites contre les femmes qui les accusent respectivement d’agression et de harcèlement sexuels. (Photo de Pierre Joxe en janvier 2010 par REUTERS/Charles Platiau (FRANCE - Tags: POLITICS OBITUARY)" src="https://img.huffingtonpost.com/asset/627c0a661e000050c71b4756.jpeg?cache=Z8zQjrX69y&ops=scalefit_630_noupscale" /> Le hastag #BalanceTonPorc n'est pas diffamatoire, tranche définitivement la justice. Pierre Joxe et Eric Brion ont été définitivement déboutés des poursuites contre les femmes qui les accusent respectivement d’agression et de harcèlement sexuels. (Photo de Pierre Joxe en janvier 2010 par REUTERS/Charles Platiau (FRANCE - Tags: POLITICS OBITUARY)

JUSTICE - La Cour de cassation a rejeté ce mercredi 11 mai les pourvois de l’ex-ministre Pierre Joxe et de l’ancien patron de la chaîne Equidia Eric Brion , définitivement déboutés de leurs poursuites en diffamation contre les deux femmes qui les accusent respectivement d’agression et de harcèlement sexuels.

Dans ces deux affaires emblématiques de la vague #Metoo de dénonciations des violences sexuelles, la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire a estimé que la cour d’appel avait eu raison de considérer que les propos des deux accusatrices reposaient “sur une base factuelle suffisante” pour leur reconnaître “le bénéfice de la bonne foi”.

Dans ses arrêts, la Cour ajoute que les propos incriminés, qui datent d’octobre 2017, contribuaient bien à “un débat d’intérêt général sur la dénonciation de comportements à connotation sexuelle non consentis de certains hommes vis-à-vis des femmes”.

#BalanceTonPorc, ouverture des vannes

L’affaire impliquant Pierre Joxe a débuté le 18 octobre 2017, trois jours après le lancement de #Metoo, lorsqu’Ariane Fornia, fille d’Eric Besson, ex-ministre de Nicolas Sarkozy, a publié un billet sur internet dans lequel elle affirmait avoir été victime d’agressions sexuelles dans sa jeunesse de la part d’un “ancien ministre de Mitterrand”.

L’autre dossier examiné par la Cour de cassation a éclaté le 13 octobre 2017, quand la journaliste Sandra Muller a lancé le mot-dièse #BalanceTonPorc sur Twitter en appelant les femmes à dénoncer ceux qui les avaient harcelées dans le cadre professionnel.

Dans la foulée, elle avait ouvert le bal, écrivant : “Tu as des gros seins. Tu es mon type de femme. Je vais te faire jouir toute la nuit. Eric Brion ex patron de Equidia #BalanceTonPorc”.

En première instance, le tribunal avait donné raison aux deux plaignants qui s’estimaient diffamés, condamnant leurs accusatrices à des dommages et intérêts . Mais la cour d’appel de Paris avait ensuite infirmé ces jugements, le 31 mars et le 14 avril 2021, estimant que les dénonciations relevaient de la liberté d’expression.

“Tout n’est plus permis [...] sous prétexte qu’on a une situation sociale”

Lors de l’audience à la Cour de cassation, le 5 avril, l’avocate générale s’était prononcée pour la cassation des deux arrêts. Tout en rappelant “l’importance de la liberté fondamentale d’expression”, elle avait appelé à préserver “un équilibre” avec “la protection des droits individuels des citoyens” et à “insister sur la nécessité” de disposer d’”éléments de preuve permettant de caractériser la vraisemblance des faits rapportés” pour bénéficier de l’exception de la “bonne foi”.

“On comprend enfin que la situation en 2022 (...) n’est plus la même, que tout n’est plus permis à l’égard des jeunes femmes sous prétexte qu’on a une situation sociale” et qu’“on doit pouvoir être en mesure de faire valoir sa position”, a réagi auprès de l’AFP Emmanuel Piwnica, avocat d’Ariane Fornia.

“Ce n’est pas satisfaisant du tout”, a commenté au contraire Claire Waquet, avocate de Pierre Joxe. “Il y avait des raisons de considérer” que la conception de la cour d’appel d’une “base factuelle suffisante” était “un peu légère”, a-t-elle estimé, ajoutant qu’elle trouvait “inquiétant pour une accusation grave, niée par l’intéressé, qu’on ne prenne pas en compte que la mémoire peut se recomposer”.

Pour Sandra Muller, “c’est un énorme soulagement”, a indiqué son avocat Cyril Lesourd, qui se réjouit que la Cour de cassation se soit “alignée” sur la “conception souple” de la “base factuelle suffisante” prônée par la Cour européenne des droits de l’homme, “en faisant primer la notion de liberté d’expression”.

Eric Brion “est très déçu”, a réagi son conseil, Nicolas Bénoit, soulignant que “l’avocate générale avait requis de manière assez puissante et argumentée la cassation”.

À voir également sur Le HuffPost: Inceste:“J’ai été agressée de 3 à 9 ans par un multirécidiviste”

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    #Balancetonporc: Je suis fière de la France et de sa justice qui a su se réinventer

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Thursday, 1 April, 2021 - 17:54 · 8 minutes

Des femmes participent à une manifestation d

Le 13 octobre 2017, en pleine libération de la parole aux États-Unis où je réside, j’ai décidé de relater mon expérience de femme sous la forme du hashtag #Balancetonporc . Ce vendredi 13, ruminant cet incident dans un coin de ma mémoire, j’ai livré le nom de la personne qui a reconnu les propos. Je ne le donnerai plus car il ne compte pas. Deux jours plus tard, mon message principal était traduit par Alyssa Milano et devenait le nouveau mouvement #MeToo , après celui lancé en 2007 par l’activiste Tarama Burke.

Avant moi, l’actrice Rose McGowan, la chanteuse Taylor Swift mais aussi des femmes de chambres anonymes dans des hôtels, des professeurs d’Université de New York comme Céleste Kidd, des lobbyistes californiennes comme Adama Iwu décidaient de briser le silence. En France, Flavie Flament, Tristane Banon et d’autres avaient ouvert la porte pour dénoncer l’inacceptable.

Quelques semaines plus tard, j’apprenais que je devais comparaître devant les tribunaux pour avoir raconté mon histoire. Alors que j’avais été récompensée parmi d’autres femmes et hommes en décembre 2017 en tant que personnalité de l’année par le magazine TIME, pour avoir permis de briser ce lourd silence. Puis par le Président de la République Emmanuel Macron le 30 janvier 2018 pour la même raison. En quelques mois je me suis sentie comme une véritable paria.

Il fallait continuer de se battre ou s’écrouler. J’ai choisi la première option.

Alors il fallait continuer de se battre ou s’écrouler. J’ai choisi la première option. Ce combat judiciaire mené depuis 3 ans est le combat de toutes les victimes pour être crues, entendues, respectées. Il a permis de porter sur la place publique le débat sur les mauvais comportements sexuels.

Le 25 septembre 2019, la 17e chambre du tribunal de Paris, dite chambre de la Presse, m’a condamnée en première instance -entre autres- pour avoir “manqué de prudence” dans mon tweet. Pour l’utilisation d’un mot de manière non juridique. Pour ne pas avoir tweeté avec deux avocats à mes côtés et un dictionnaire Dalloz sous le bras. Cela m’a valu d’être condamnée à verser 28.000 euros au plaignant (15.000 de dommages et intérêts, 5.000 pour frais d’avocat et à l’obligation de deux publications judiciaires à hauteur de 4.000 euros). Puis, j’ai fait appel. Cette fois-ci, le plaignant m’a réclamé 240.000 euros. Ce mercredi 31 mars, il a été débouté de toutes ses demandes .

Aujourd’hui, après 8 ans aux États-Unis, au terme d’une procédure exténuante, je suis fière de mon pays d’origine. Soupçonnée de ne pas évoluer, d’être un foyer de résistance à la cause des femmes, de favoriser une culture machiste, la France a prouvé par cette décision qui m’a lavée de tous les chefs d’accusation qu’elle savait changer. La justice est capable d’intégrer des changements sociétaux plutôt que de rester ancrée dans une lecture rigide du droit. Elle a su se réinventer.

Dans les faits, j’ai été attaquée en justice pour un tweet publié un jour sous le coup de la colère, sans esprit de revanche. Il fallait relater cette très mauvaise expérience. Pour dire stop. Selon mon agresseur, il s’agissait uniquement de “drague lourde”. J’ai très mal vécu cette minimisation de l’agression verbale sexiste que j’ai subie. Cette phrase attaque l’intimité. C’est une violence. Une de celle qui vise les organes sexuels. “Tu as des gros seins”. Une poitrine trop généreuse que j’ai plusieurs fois songé à réduire depuis. Que j’ai caché encore plus souvent. “Je vais te faire jouir toute la nuit”. Il appartient à chacun de jauger le niveau de son ressenti.

L’année d’avant, toujours à Cannes, j’avais encaissé un coup de poing par un acteur dans un grand hôtel. Avec des traces de coups, des témoins, j’avais pu déposer une main courante au commissariat. Je me suis sentie libérée. La procédure poursuivait son cours. Ma nouvelle agression, verbale cette fois-ci, n’était pas qualifiable. La loi d’ outrage sexiste créée par l’ancienne secrétaire d’État chargée de l’égalité Marlène Schiappa en 2018 est justement née de ce mouvement de révolte consécutif à mon tweet.

Je déplore que les micros soient grands ouverts aux agresseurs. On les laisse salir et attaquer encore les victimes. Partout: dans la presse, à la radio, à la télévision ou dans les livres.

Je déplore que les micros soient grands ouverts aux agresseurs. On les laisse salir et attaquer encore les victimes. Partout: dans la presse, à la radio, à la télévision ou dans les livres. Ils ont un couloir grand ouvert vers la starisation. Il faut les ignorer et prendre en compte ce que la victime endure, faire appel au sens commun.

Quels sont la réalité et le quotidien des briseuses de silence? Celles qui m’écrivent me racontent les mêmes symptômes: troubles du sommeil, elles dorment peu ou trop. Difficulté à assumer les petits actes de la vie de tous les jours: cuisiner, ranger ou travailler devient insurmontable. Deux d’entre elles, attaquées par la ligue du LOL, m’ont avoué qu’elles partageaient le même chiropracteur à force d’avoir le dos coincé. Problèmes psychologiques, physiques pour d’autres. Somatisation. Dans mon cas, à chaque étape judiciaire un problème physique grave. Normal, l’immunité du corps dégringole à chaque choc.

J’ai perdu une partie de ma santé physique et de ma force, ces trois dernières années, entre les campagnes de désinformation, les attaques, les pressions et les menaces à mon égard, inhérentes à cette procédure bâillon. Pression judiciaire et assèchement financier: une méthode classique pour faire taire les paroles qui se libèrent. Mais je suis restée debout.

Contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire, il n’existe pas de vraies ou de fausses victimes. Subir un écart de langage, une attaque sexiste, une agression sexuelle tient du même ressort: le non-respect de la condition féminine. Passer la limite du non-consentement n’est pas acceptable. Il sert un seul but: celui de faire disparaître la femme, de l’invisibiliser.

La façon dont il m’a été intenté en a fait le procès de la honte.

#Balancetonporc a été une caisse de résonance car toutes les femmes du monde ont entendu ces mots impropres, à caractère sexuel et pornographique. Toutes celles qui ont repris ce hashtag et m’ont écrit -près d’un million de réponses- se sont senties insultées. Hommes ivres ou pas, années 90 ou années 2020, toutes ont déjà connu ces situations. Cette violence culturelle a été tolérée, acceptée, intégrée. Les #Balancetonporc et #MeToo ont créé du lien entre les victimes, leur ont permis de dialoguer, de se soutenir, et de s’interroger sur des paroles et des comportements inadmissibles, ancrés dans de mauvaises habitudes séculaires. Il a aussi ouvert un chemin vers une meilleure écoute.

Enfin, une dernière petite musique a été jouée par les détracteurs ces dernières années. La justice est-elle remplacée par Twitter? Peut-on condamner une personne dénoncée sur les réseaux sociaux sans passer par la case justice? On voudrait les opposer, pourtant les tribunaux populaires et judiciaires ont toujours coexisté. Il s’agit de débats d’idées. Ils sont essentiels au fonctionnement d’une bonne démocratie. Au départ les livres, puis la presse, la radio, la télévision et enfin internet. Le 7ème pouvoir est nécessaire et sain: il contribue à un équilibre. Il change les codes et la loi.

Si la délation est méprisable, la dénonciation est utile.

Les réseaux sociaux ont offert aux victimes un espace de réconfort, d’échange là où leur parole n’a pas été écoutée. Les nouvelles technologies font partie de notre paysage. Aucun retour en arrière n’est possible. Si les tuyaux ont évolué, le message prime. Avec une limite soulignée par la cour d’Appel: que les femmes dont la parole a été libérée “ne dénoncent pas des hommes inconsidérément sur les réseaux sociaux en proférant des accusations mensongères à leur égard”. D’ailleurs, sur le nombre de noms dévoilés, combien l’ont été à mauvais escient ou par esprit de vengeance? Ces “silence breakers”, elles aussi, ont poussé un cri de colère. Ni plus ni moins.

Depuis #BalanceTonPorc et #MeToo, le nombre de plaintes a augmenté de plus de 20% à Paris, à New York ou ailleurs dans le monde. Partout, jaillit le même désir de dire, de se libérer. Ce qui m’est arrivé n’est pas une exception. Ce combat judiciaire pénible a pris plus de 3 ans de ma vie. C’est celui de beaucoup d’autres qu’il est urgent de croire, entendre et respecter. Ce hashtag a créé du lien entre les victimes, leur a permis de dialoguer, de se soutenir, de s’interroger, et de ne plus avoir peur de dénoncer. Car si la délation est méprisable, la dénonciation est utile.

La façon dont il m’a été intenté en a fait le procès de la honte. Pour supporter l’insupportable, il faut se transformer en “warrior”, en survivante. À toute grande cause collective une équipe exceptionnelle. C’ est aussi le combat de mes avocats, Maître Szpiner, Maître Dousselin, Maître Baroin, Maître Coiffier, qui ont travaillé sans relâche pour ce résultat inouï. Je suis soulagée qu’il se termine pour l’instant en “happy end”.

Des plus hautes instances de l’État, aux associations de féministes, en passant par des philosophes, intellectuels et des membres de la société civile, de très nombreuses personnalités ont accordé leur soutien à ce mouvement, soulignant toute la nécessité d’alerter et d’agir contre ce type d’agressions. Continuons ensemble!

À voir également sur Le HuffPost : Écarter les candidats auteurs de violences sexuelles? La base, pour ces manifestantes