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    Pêche: Comment le réchauffement climatique plane sur le conflit franco-britannique

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Wednesday, 3 November - 02:05 · 5 minutes

Deux bateaux de pêche français au large du Havre le 8 octobre 2012 

BREXIT - Friture sur la ligne. Après un week-end particulièrement crispé et des menaces de sanctions ou de procédure de contentieux, le ton est redescendu entre Paris et Londres . La France a finalement accepté de repousser d’éventuelles sanctions, les discussions se poursuivant ce mercredi 3 novembre pour tenter de régler le contentieux sur les licences de pêche .

En vertu de l’accord de divorce de Brexit, les pêcheurs européens peuvent continuer à travailler dans certaines eaux britanniques à condition de pouvoir prouver qu’ils y pêchaient auparavant. Mais Français et Britanniques se disputent sur la nature et l’ampleur des justificatifs à fournir.

Si la bisbille a résolument une dimension administrative et politique , Emmanuel Macron se montrant ferme en début de campagne présidentielle et Boris Johnson tentant de mettre en avant les effets positifs du Brexit, elle a aussi évidemment une dimension économique et surtout environnementale.

Les eaux britanniques sont particulièrement poissonneuses, rappelait ainsi à l’AFP, Clara Ulrich, ingénieure halieute et directrice adjointe à la direction scientifique de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer): “Les poissons adultes pondent dans les eaux centrales ou du nord, les oeufs sont transportés plutôt vers le sud de la mer du Nord et s’installent plutôt le long des côtes françaises et jusqu’au Danemark. Quand ils deviennent adultes, ils partent vers les eaux un peu plus profondes, un peu plus froides et un peu plus poissonneuses et oxygénées du nord”. Or ce que cherchent à attraper les pêcheurs ce sont des poissons adultes.

Carte des zones économiques exclusives du Royaume-Uni, de Jersey, Guernesey et des pays voisins, et des zones de pêche autour du Royaume-Uni

L’ensemble du cycle décrit par Clara Ulrich est accentué par le changement climatique qui tend à faire remonter de plus en plus vers le Nord certaines espèces, sans que cela soit lié aux migrations. “On observe que pour certaines espèces la ligne Sud, qui est plutôt traditionnellement située au niveau du golfe de Gascogne ou à l’entrée de la Manche remonte. Ça se voit notamment sur des espèces comme la plie [aussi appelée carrelet, NDLR ], mais un peu moins sur les crustacés”, explique de son côté aux HuffPost , Martial Laurens, cadre de recherche à l’Ifremer.

La plie n’est pas le seul poisson concerné abonde Clara Ulrich, citant la sole ou le cabillaud: “Les espèces de chez nous n’ont pas disparu des eaux européennes, mais on va moins les trouver le long des côtes françaises ou espagnoles, et de plus en plus le long des côtes norvégiennes, ou écossaises. Donc, il y a une espèce de déplacement des zones de forte densité pour les espèces classiques”.

Les poissons de plus en plus au Nord

Dans un avis rendu en mars 2021 sur les préconisations à prendre en matière de pêche durable, le Cese avait auditionné Didier Gascuel, professeur en écologie marine à Agrocampus Ouest à Rennes, contributeur au Conseil International des études de la Mer. Il évoquait la même chose concernant la morue. “Les stocks de Mer du Nord et des mers celtiques (au large ouest de la Bretagne) sont pêchés au sud de ces zones, mais ont tendance à migrer vers le Nord”.

L’avis rappelait également que les chercheurs n’hésitent ainsi plus à parler de “tropicalisation”: “des espèces d’eaux chaudes apparaissent et prolifèrent sous nos latitudes alors que celles d’eaux tempérées ou froides tendent à y disparaître pour migrer plus au nord ou vers les profondeurs”. Et de fait cela se voit sur le marché britannique où l’on voit arriver sur les étals des anchois, un poisson plutôt méditerranéen. Autre exemple parlant, une équipe de scientifiques qui a fait le tour du Royaume-Uni en bateau avant d’arriver à la Cop26 de Glasgow, dans le même navire assure avoir vu des dauphins sur le chemin.

Il arrive aussi que des espèces disparaissent presque. C’est le cas du chinchard, comme l’expliquait à Paris-Normandie , Matthew J. Mc Lean , biologiste intervenant en 2019 sur une mission scientifique de l’Ifremer dans la Manche. “Une espèce commerciale particulièrement inquiétante est le chinchard, dont la population chute en Manche sans réelle augmentation en Mer du Nord. Le changement climatique et les pressions anthropiques comme la pêche sont probablement des déterminants clés”, alertait-il.

Surfréquentation et quotas

Mais le réchauffement climatique n’est pas le seul enjeu, celui de la surpêche se mêlant aux questions de quotas. Ces derniers sont définis par la Commission européenne qui se base sur les recommandations du Conseil International pour l’Exploration de la Mer (Ciem). “C’est un échange de données entre scientifiques de nombreux pays sur l’état des stocks. Cela existe depuis des dizaines d’années”, précise Martial Laurans, se désolant au passage du tableau parfois noirci qui est fait des relations entre pêcheurs de différents pays. La crainte, c’est qu’en limitant l’accès des eaux britanniques aux navires européens, certains se retrouvent tous une même zone créant de fait un risque de surfréquentation.

Par ailleurs souligne Jean-Luc Hall, directeur général du comité national des pêches maritimes, au Parisien , les eaux britanniques “sont intéressantes parce qu’il y a des espèces sous quota à y pêcher, mais aussi des espèces non soumises à quota et à forte valeur marchande, comme l’encornet et le rouget barbet”.

La logique voudrait que les marins aillent plus loin dans les eaux autorisées, mais cela n’est pas sans conséquence puisque cela entraîne une hausse du budget carburant des navires et une prise de risque plus grande.

À voir également sur Le HuffPost : À Jersey, cet Anglais a tiré le premier face à “l’invasion” des pêcheurs français

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    ‘I wish I’d voted to stay in’: Brixham fishers on the cost of Brexit

    news.movim.eu / TheGuardian · Monday, 1 November - 16:50

Opinions vary in the south Devon town, but some want the UK to get tough on the French

Ian Perkes knows better than most the post-Brexit vision that was sold to the fishing industry by the Vote Leave team and the now prime minister, Boris Johnson.

Looking out over Brixham harbour from his office, the fish merchant recalls meeting Johnson in August 2019, less than six months before the UK ended its membership of the European Union. “He’s telling me we’re going to have to take on extra staff because we’re going to be so busy,” Perkes says. “With all this free trade, they’re going to want our fish.”

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    Pêche: ces sanctions que la France veut appliquer au Royaume-Uni

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Monday, 1 November - 14:58 · 2 minutes

Un bateau de pêche britannique est bloqué au Havre depuis le 28 cotobre 2021, encar le Royaume-Uni refuse d

INTERNATIONAL - La rencontre entre Boris Johnson, chef du gouvernement britannique, et Emmanuel Macron n’aura pas apaisé les tensions dimanche 31 octobre. Le président français a même réitéré ses menaces: si le Royaume-Uni refuse toujours d’accorder toutes les licences demandées par les pêcheurs pour travailler dans ses eaux, Paris sanctionnera Londres à partir du 2 novembre à minuit. Mais en quoi consisteront ces sanctions?

Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal en a précisé les contours mercredi 27 octobre lors du compte-rendu du Conseil des ministres et a rappelé la “fermeté” de la France en la matière (à partir de 28 minutes dans la vidéo ci-dessous).

Ainsi, si le statu quo perdure du côté britannique, la France interdira aux navires de pêche anglais de débarquer leur cargaison de produits de la mer dans les ports français. À cela s’ajoutera la mise en place de contrôles douaniers et sanitaires systématiques de tous les produits arrivés du Royaume-Uni par camion.

Mais ce n’est pas tout. Une deuxième salve de mesures de rétorsion “ayant trait à la fourniture d’électricité sur les îles anglo-normandes” pourrait intervenir. Cela concerne notamment Jersey, dont l’électricité est en grande partie fournie par la France. La menace avait été brandie dès mai dernier , lors de la précédente crise autour des licences de pêche, puis de nouveau au début du mois d’octobre. La date concernant l’application de telles sanctions n’a cependant pas été donnée.

Des menaces “déraisonnables”

La France n’a en tout cas pas attendu la fin de l’expiration de l’ultimatum pour dérouter un chalutier britannique suspecté d’avoir pêché plus de deux tonnes de coquilles Saint-Jacques sans licence dès la semaine dernière. Il était toujours à quai ce lundi 1er novembre.

Pour l’instant, le Royaume-Uni campe sur ses positions. Ce lundi 1er novembre, il a même sommé le gouvernement français de retirer ses menaces de sanctions. “Les Français ont fait des menaces complètement déraisonnables, y compris contre les îles anglo-normandes et notre industrie de la pêche”, a estimé la cheffe de la diplomatie britannique Liz Truss sur Sky News.

Faute de solution “dans les 48 heures”, elle a réitéré la volonté britannique de recours juridique prévu dans le cadre de l’accord commercial post-Brexit pour demander des “mesures compensatoires”. Londres a prévenu s’apprêter à renforcer également les contrôles des bateaux de pêche européens.

Depuis plusieurs mois, le Royaume-Uni et la France s’écharpent sur la question des droits de pêche. En vertu de l’accord de Brexit , les pêcheurs européens peuvent continuer à travailler dans certaines eaux britanniques à condition de pouvoir prouver qu’ils travaillaient là auparavant. Mais Paris et Londres se disputent sur la nature et l’ampleur des justificatifs à fournir. La situation va-t-elle encore s’envenimer? Réponse dans quelques heures.

À voir également sur Le HuffPost: Pêche à Jersey: la France dénonce la décision “inacceptable” du Royaume-Uni

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    Macron pose un ultimatum à Johnson sur la pêche après leur rencontre décevante

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Sunday, 31 October - 19:20 · 3 minutes

Emmanuel Macron et Boris Johnson au G20 à Rome, le 30 octobre 2021. 

INTERNATIONAL - Après des semaines de tension croissante, Emmanuel Macron a proposé ce dimanche 31 octobre à Boris Johnson de travailler à “la désescalade” dans la crise de la pêche entre la France et le Royaume-Uni, qui affirment tous deux être dans leur bon droit dans cette dispute post-Brexit .

“La balle est dans le camp des Britanniques”, a affirmé le président français devant la presse quelques heures après s’être entretenu en tête à tête avec le Premier ministre britannique en marge du sommet du G20 à Rome.

“J’espère qu’il y aura demain une réponse britannique”, a-t-il ajouté. Sinon, a-t-il averti, les premières mesures de rétorsion préparées par la France seront mises en place dès mardi.

Les discussions s’annoncent donc très serrées alors que les deux dirigeants se retrouvent lundi à Glasgow (Royaume-Uni) pour le début de la Cop26 sur le climat.

Johnson reste ferme

De son côté, Boris Johnson est resté ferme et n’a pas confirmé s’être entendu avec Emmanuel Macron sur la voie d’une solution. “Sur le poisson, je dois vous dire que la position n’a pas changé”, a-t-il déclaré lors de sa conférence de presse finale, en soulignant que la discussion avait été “franche”.

Son porte-parole a toutefois précisé: “Si le gouvernement français vient avec des propositions pour atténuer les menaces qu’il a faites, nous les accueillerons favorablement.”

L’accord du Brexit, conclu in extremis fin 2020 entre Londres et Bruxelles, prévoit que les pêcheurs européens puissent continuer à travailler dans certaines eaux britanniques à condition de pouvoir prouver qu’ils y pêchaient auparavant. Mais Français et Britanniques se disputent sur la nature et l’ampleur des justificatifs à fournir.

Pour faire baisser la tension, Emmanuel Macron a proposé que les deux pays s’entendent sur “une méthode” pour que “des mesures pratiques et opérationnelles soient prises le plus vite possible”, selon l’un de ses conseillers. Elles passent, selon lui, par une ”évolution progressive” sur le nombre et la clarification des licences accordées aux pêcheurs français pour frayer dans les eaux britanniques, notamment des îles anglo-normandes. “Une solution” est possible car le différend ne porte que sur “quelques dizaines de bateaux” français, a souligné la présidence française.

Mesures de rétorsions à partir du 2 novembre

Si aucune avancée n’est constatée d’ici mardi, Paris menace d’appliquer l’interdiction aux navires de pêche britanniques de débarquer leur cargaison dans les ports français et le renforcement des contrôles douaniers de camions.

Ces décisions ont été jugées “disproportionnées” par Londres qui, fait rare, a convoqué l’ambassadeur de France et menacé, en représailles, de renforcer le contrôle de navires européens dans ses eaux.

Boris Johnson a déclaré avoir été “perplexe” de lire une lettre du Premier ministre Jean Castex, révélée par Politico, où le chef du gouvernement français estime qu’il est “indispensable de montrer clairement aux opinions publiques européennes que le respect des engagements souscrits n’est pas négociable et qu’il y a davantage de dommages à quitter l’Union européenne qu’à y demeurer”.

“Je ne crois pas que ce soit compatible avec l’esprit ou la lettre” de l’accord de Brexit, a réagi le Britannique.

Le Brexit envenime les relations entre Londres et Paris

La présidence française a de nouveau insisté sur le fait que de telles affaires n’étaient pas des “sujets franco-britanniques” mais des “affaires post-Brexit qui se traitent entre l’UE et le Royaume-Uni”.

Emmanuel Macron a affirmé avoir le soutien de la Commission et des autres pays de l’UE sur ce dossier, même si certains d’entre eux, comme l’Allemagne, ont exprimé leur inquiétude que la crise ne dégénère davantage.

Malgré l’actuel climat de tensions bilatérales, liées essentiellement à la mise en oeuvre du Brexit mais aussi aux traversées illégales de migrants de la Manche et à l’affaire des sous-marins australiens, tant Boris Johnson qu’Emmanuel Macron ont insisté sur l’importance des liens entre leurs deux pays.

Le Royaume-Uni “est un pays que je connais bien et que j’aime comme, je crois, Boris Johnson aime la France”, a souligné le Français.

À voir également sur le HuffPost : Pêche à Jersey: la France dénonce la décision “inacceptable” du Royaume-Uni

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    UK rejects French claim of steps towards agreement over fishing rights row

    news.movim.eu / TheGuardian · Sunday, 31 October - 13:47

No 10 says ‘our stance has not changed’ after French officials state Macron and Johnson found path to de-escalating dispute

A dispute between the UK and France over post-Brexit fishing rights has escalated significantly after a meeting between Boris Johnson and Emmanuel Macron, with Downing Street rejecting a French claim that the two leaders had agreed a path towards resolving the issue.

Johnson and the French president met alone for half an hour on Sunday morning on the fringes of the G20 summit in Rome, where they discussed next week’s Cop26 climate summit, as well as tensions over Northern Ireland and fishing.

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    Pêche dans la Manche: Macron et Johnson s'engagent à une "désescalade"

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Sunday, 31 October - 11:32 · 2 minutes

Macron et Johnson s

POLITIQUE - 30 minutes pour apaiser les (nombreuses) tensions. Le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique Boris Johnson ont décidé ce dimanche 31 octobre de travailler à “des mesures pratiques” dans “les tout prochains jours” pour favoriser “une désescalade” dans le conflit sur la pêche entre la France et le Royaume-Uni , a annoncé l’Elysée.

Il s’agit de faire en sorte que “des mesures pratiques et opérationnelles soient prises le plus vite possible pour éviter une montée de la tension ”, a expliqué la présidence française après un entretien entre les deux dirigeants à Rome . Un point sera fait mardi sur la mise en oeuvre ou non de mesures de rétorsion par Paris, a précisé la même source. Le différend porte sur “quelques dizaines de bateaux”, donc “c’est parfaitement possible” de parvenir à une solution, a-t-elle précisé.

“Un message d’exigence, de sérieux et de respect”

La France reproche au Royaume-Uni d’accorder trop peu de licences post-Brexit à ses pêcheurs dans les eaux britanniques. Elle a promis, faute d’amélioration, d’interdire dès mardi aux navires de pêche britanniques de débarquer leur cargaison dans les ports français et de renforcer les contrôles douaniers de camions.

Loin de s’apaiser avant le G20, la tension est encore montée vendredi avec la menace de Londres de mettre en œuvre des “contrôles rigoureux” sur les bateaux européens frayant dans ses eaux, si Paris met effectivement ses menaces à exécution.

Au cours de la réunion de travail, qui a duré près d’une demi-heure, Emmanuel Macron “a souhaité passer” à Boris Johnson “un message d’exigence, de sérieux et de respect à l’égard d’un grand partenaire de la France”, selon l’Elysée, alors que la partie britannique n’avait pas communiqué sur la rencontre en fin de matinée.

“Nous attendons qu’il (le Royaume-Uni) respecte les règles du jeu et sa signature” de l’accord du Brexit, a ajouté la présidence. “Même si Boris Johnson cherche toujours à faire de cela un sujet franco-britannique, ce sont des affaires post-Brexit qui se traitent entre l’UE et le Royaume-Uni”, selon elle.

En marge du G20, Boris Johnson s’était plaint samedi auprès de la cheffe de l’exécutif européen Ursula von der Leyen des menaces “complètement injustifiées” de Paris, et avait indiqué que Londres envisageait “activement” pour la première fois un outil de règlement des conflits prévu dans les accords post-Brexit avec l’UE.

À voir également sur le HuffPost : Pêche à Jersey: la France dénonce la décision “inacceptable” du Royaume-Uni

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    Pêche, sous-marin, immigration: entre Londres et Paris, pourquoi les tensions se multiplient

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Saturday, 30 October - 13:55 · 4 minutes

Boris Johnson et Emmanuel Macron au G7, le 11 juin 2021.

INTERNATIONAL - Que se passe-t-il entre la France et le Royaume-Uni? Ces dernières semaines, les tensions se sont exacerbées sur plusieurs sujets entre les deux pays: la gestion délicate des traversées de migrants, le traité des sous-marins entre Londres, Washington et Canberra (le dossier “Aukus”), le protocole nord-irlandais et les droits de pêche dans le cadre du Brexit ...

Pourquoi autant de frictions? “Il fallait s’attendre à ce que le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne provoque des tensions”, explique Antoine Aurélien, professeur de droit et directeur de l’Observatoire du Brexit , interrogé par Le Huffpost . “L’impact du Brexit n’est pas observable qu’au Royaume-Uni, insiste-t-il. Au-delà de l’Union européenne, ce sont des relations étroites depuis des siècles qui sont touchées.”

Toutefois, ces contentieux -hormis le traité “surprise” annulant le contrat franco-australien colossal sans que Paris soit prévenu- sont en réalité sous-jacents depuis de nombreux mois, rappelle Aurélien Antoine. La question de la pêche avait presque fait craindre une bataille navale entre les deux pays en mai, les traversées de migrants ne sont malheureusement pas une nouveauté, et le Brexit est entré en vigueur il y a 18 mois. “Mais là, tout s’agrège”, explique-t-il. Et en raison d’un agenda bien chargé, surtout du côté français, tout sujet devient politique.

Royaume-Uni et France montrent les muscles

C’est notamment le cas de la pêche, de nouveau au cœur des préoccupations ces derniers jours. Alors que ce secteur représente 0,1% du PIB pour les deux pays, la question des licences accordées aux pêcheurs français, pas assez nombreuses, estime Paris, est devenue un sujet hautement sensible dans lequel France et Royaume-Uni jouent la surenchère à coup de menaces et de mesures de restrictions. “Les Etats veulent montrer leurs muscles, leur souveraineté, notamment en matière de politique économique. La France veut s’affirmer sur la scène européenne et Boris Johnson (le Premier ministre britannique, ndlr) veut donner des preuves tangibles des avantages du Brexit”, explique le professeur de droit.

La France veut s’affirmer sur la scène européenne et Boris Johnson veut donner des preuves avantages des bienfaits du Brexit Aurélien Antoine, directeur de l'Observatoire du Brexit

D’après le ministre britannique de l’Environnement George Eustice, Emmanuel Macron veut aussi jouer sa réélection en gagnant cette bataille de la pêche. Un point de vue partagé par Aurélien Antoine: “On ne peut pas dire que c’est le principal sujet politique, mais la France veut se montrer stricte, parfois à l’excès.” La menace de renforcer des contrôles et d’interdire aux bateaux britanniques de débarquer dans les ports français à partir du 2 novembre a d’ailleurs été qualifiée de disproportionnée de l’autre côté de la Manche. Mais à quelques mois des élections, le spécialiste estime que “l’exécutif veut aussi se positionner en tant qu’allié du monde agricole.”

Autre échéance de taille qui explique la fermeté du ton côté tricolore: la présidence du Conseil de l’Union européenne à partir de janvier 2022. “Emmanuel Macron veut en faire un moyen de relancer l’UE”, ajoute Aurélien Antoine, et mettre un accent sur la défense, mise à mal par le traité Aukus.

Des tensions qui dépassent les deux pays

Cependant, juge-t-il, les tensions actuelles dépassent les deux pays. “Il n’est pas seulement question de relations bilatérales. Le Brexit est un sujet européen, les sanctions ne pourront venir que de l’Europe, la question migratoire a toujours été un problème. Et le traité Aukus montre que les problématiques géopolitiques se déplacent vers la zone indo-pacifique”, une zone où l’influence se joue entre les Etats-Unis et la Chine, avec l’Europe restant au second plan. Une place qu’Emmanuel Macron veut changer: “Sous la Présidence française du Conseil de l’Union européenne, nous agirons pour renforcer les liens entre Union européenne et Asie du Sud-Est”, a-t-il déclaré au G20 ce samedi 30 octobre.

Outre ces considérations mondiales, le conflit autour de la pêche demeure bien réel et mine les relations franco-britanniques. Après les menaces de sanctions, la convocation de l’ambassadrice de France par le ministère des Affaires étrangères britannique, de nouvelles menaces, puis Emmanuel Macron qui remet en cause la “crédibilité” de Londres dans une interview au Financial Times , une rupture est-elle à craindre? “Non, ce serait exagéré”, estime Aurélien Antoine.

D’ailleurs, le chef du gouvernement britannique n’a-t-il pas encore assuré vendredi 29 octobre: “La France est l’un de nos meilleurs, de nos plus vieux, de nos plus proches alliés, amis, partenaires” et “les liens qui nous unissent, qui nous lient, sont bien plus forts que les turbulences actuelles dans notre relation”? Toujours est-il qu’Emmanuel Macron et Boris Johnson doivent se rencontrer ce week-end en marge de la Cop26 pour évoquer les fritures sur la ligne. Et pour peut-être enterrer les hameçons de la discorde?

À voir également sur le HuffPost : Pêche à Jersey: la France dénonce la décision “inacceptable” du Royaume-Uni

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    Brexit/pêche: Londres juge les mesures de rétorsion françaises "décevantes" et "disproportionnées"

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Wednesday, 27 October - 21:36 · 2 minutes

La place du Parlement, à Londres, le 24 octobre 2021.

PÊCHE - Le gouvernement britannique a jugé ce mercredi 27 octobre “décevantes” et “disproportionnées” les mesures de rétorsion prises à son encontre par la France dans le cadre du conflit qui les oppose sur le nombre de licences accordées aux pêcheurs français après le Brexit dans les îles anglo-normandes.

“Les menaces de la France sont décevantes et disproportionnées, et ne correspondent pas à qu’on pourrait attendre d’un allié et partenaire proche”, a déclaré un porte-parole du gouvernement.

Elles “ne semblent pas être compatibles avec l’accord de commerce et de coopération ainsi qu’avec le droit international au sens large”, a-t-il poursuivi, ajoutant que si ces menaces étaient “appliquées, elles feraient l’objet d’une réponse appropriée et calibrée”.

À l’issue du Conseil des ministres ce mercredi, le porte-parole du gouvernement français, Gabriel Attal , a annoncé que si aucun progrès n’était fait d’ici début novembre, Paris avait décidé de “l’interdiction de débarquement de produits de la mer” britanniques en France et de la mise en place à partir de mardi de “contrôles douaniers et sanitaires systématiques sur les produits (britanniques) débarqués”.

Il a aussi évoqué une riposte graduelle, avec une possible “deuxième série de mesures”, “avec notamment des mesures énergétiques qui ont trait à la fourniture d’électricité pour les îles anglo-normandes”.

“C’est très décevant”

“C’est très décevant que la France ait jugé nécessaire de proférer des menaces tard dans la soirée à l’encontre du secteur de la pêche britannique et, semble-t-il, des commerçants en général”, a estimé sur Twitter le secrétaire d’État britannique chargé du Brexit, David Frost.

“Comme nous n’avons reçu aucune communication officielle du gouvernement français à ce sujet, nous chercherons à obtenir d’urgence des éclaircissements sur leurs plans”, a-t-il déclaré, disant “examiner les mesures à prendre à la lumière de ces informations”.

Parmi les sujets de friction post-Brexit entre Paris et Londres, celui de la pêche reste explosif, bien que ne concernant qu’un nombre relativement réduit d’acteurs.

L’accord post-Brexit, conclu in extremis fin 2020 entre Londres et Bruxelles, prévoit que les pêcheurs européens puissent continuer à travailler dans certaines eaux britanniques à condition de pouvoir prouver qu’ils y pêchaient auparavant. Mais Français et Britanniques se disputent sur la nature et l’ampleur des justificatifs à fournir.

Dans les zones de pêche encore disputées, Londres et Jersey ont accordé un peu plus de 210 licences définitives, et Paris en réclame encore 244.

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