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    L'économie française a rebondi de 7% en 2021, un bond jamais vu en 52 ans

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Friday, 28 January, 2022 - 08:22 · 2 minutes

CROISSANCE - La croissance du produit intérieur brut (PIB) français a atteint 7% en 2021, un bond jamais vu depuis 52 ans, mais qui intervient après la récession record de 2020 (-8%), selon une première estimation publiée ce vendredi 28 janvier par l’Insee.

Avec un quatrième trimestre 2021 qui a connu une croissance de 0,7%, l’activité “dépasse désormais nettement” en fin d’année son niveau d’avant crise sanitaire, souligne l’Institut national de la statistique.

La performance de l’économie française, qui s’annonce comme une des plus fortes de la zone euro, surpasse la prévision de l’Insee et de la Banque de France, qui tablaient sur une croissance de 6,7% pour l’an dernier.

Pour Bruno Le Maire, ce “rebond spectaculaire” de la croissance en 2021 “ efface la crise économique ”.

Pas un retour totalement à la normale pour l’économie en 2021

Cela provient notamment d’une révision en hausse de 0,1 point de la progression du PIB lors de chacun des trois premiers trimestres de l’année, détaille l’Insee.

Toutefois, sur l’ensemble de l’année 2021 le PIB reste “1,6 % en deçà de son niveau moyen en 2019”, ajoute l’institut, signe que 2021 ne marque pas totalement un retour à la normale pour l’économie, la première partie de l’année ayant encore été marquée par d’importantes restrictions sanitaires liées à l’épidémie de Covid-19.

En 2021, la croissance a été particulièrement portée par la forte progression de la production de biens et services (+7,4%, après -8,5% en 2020), même si la production de biens “reste sensiblement en retrait” par rapport à son niveau moyen de 2019.

La consommation des ménages est remontée en fin d’année

La consommation des ménages, pénalisée au premier semestre par les restrictions sanitaires, n’a renoué avec son niveau d’avant-crise qu’à la toute fin de l’année, et enregistre une hausse de 4,8% sur l’ensemble de 2021 (-7,2% en 2020). Mais sur l’ensemble de 2021, elle reste inférieure à son niveau moyen de 2019.

L’investissement des ménages (immobilier, etc.), des entreprises et des collectivités, en rebond de 11,6%, dépasse, lui, largement son niveau de 2019.

Enfin, le commerce extérieur contribue légèrement positivement à la croissance, même si en moyenne annuelle “les exportations et les importations demeurent en 2021 à un niveau particulièrement dégradé, respectivement inférieures de 8,5% et 5,5% à leur niveau moyen de 2019”.

À voir également sur Le HuffPost: Bruno Le Maire vise le “plein emploi” d’ici à deux ans

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    Le progrès existe, je l’ai rencontré

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Tuesday, 1 June, 2021 - 03:00 · 5 minutes

Par Patrick Aulnas.

L’idéologie écologiste a beaucoup contribué à la morosité ambiante. En remettant en cause les bienfaits du progrès technique, elle parvient à promouvoir une conception quasi-religieuse du devenir historique. Les extrémistes de la décroissance et de la collapsologie (effondrement brutal de notre civilisation) nous prédisent même un retour prochain à la barbarie.

La peur de l’avenir est un des leviers les plus puissants des idéologies et des religions. « Si vous ne croyez pas et n’agissez pas selon mes préceptes, vous irez en enfer. » Cela fonctionne très bien avec les enfants mais aussi avec de nombreux adultes.

C’est tellement confortable ! Il n’est plus nécessaire de chercher, de réfléchir, de tenter difficilement de se former une opinion, bref d’être dans l’incertitude permanente. Il suffit de croire à un corpus idéologique simple pour éviter l’enfer. Selon la doxa écologiste, l’enfer peut désormais apparaître ici-bas, sur notre petite planète, par un effondrement civilisationnel.

Vers une baisse de la population humaine

Pourtant, rien dans l’observation du réel ne permet de corroborer ces prédictions catastrophistes. Certes, nous avons un peu trop bousculé la nature en y puisant énergie et matières premières et en réduisant la biodiversité. Notre croissance démographique incontrôlée depuis trois siècles y est pour beaucoup. En passant de un à environ 10 milliards d’êtres humains entre 1800 et 2000, avec une puissance technologique fortement croissante, il ne pouvait pas en être autrement.

Mais les évolutions observées depuis quelques décennies conduisent à la décroissance démographique et à la croissance économique immatérielle. En ce qui concerne la démographie, le taux de fertilité mondial (ou indice de fécondité) fourni par la Banque mondiale est passé de 5 enfants par femme en 1960 à 2,4 en 2019. Il doit être supérieur à 2,1 pour que la population croisse. Ce sont les pays les plus pauvres, en particulier africains, qui tirent l’indice vers le haut, comme le montre cette carte :

Taux de fertilité (naissances par femme) en 2019. ( Source : Banque mondiale )

Le taux reste très élevé (supérieur à 4) dans certains pays mais chute rapidement. Dans tous les pays développés, il est inférieur à 2,1. Dans ces pays, sans l’apport de l’immigration, la population baisserait déjà. Il n’existe aucun pays où ce taux de fertilité a augmenté depuis 1960. Une transition démographique majeure est donc à l’œuvre, ce qui n’est pas vraiment une surprise. Il n’est même pas concevable que la population humaine puisse continuer à croître comme au cours des deux derniers siècles.

Croissance immatérielle

Le second élément qui permet d’espérer est la croissance économique. Fondamentalement, l’être humain est fait pour créer puisqu’il se caractérise par son intelligence. Il n’a jamais rien fait d’autre et cela avant même l’apparition d’Homo sapiens.

Il serait vraiment surprenant qu’il s’arrête en si bon chemin. Évidemment, créer ne se résume pas à construire des autoroutes, d’immenses bâtiments ou des produits de consommation à caractère matériel. Il en faudra encore à l’avenir, mais le retraitement des matières utilisées et l’inépuisable ingéniosité de l’être humain permettront de faire face. Une économie dite circulaire se met déjà en place.

Le plus important dans les évolutions constatées est le développement de l’immatériel. La part des services dans le PIB des pays développés ne cesse de croître. Elle représente environ 70 % du PIB français actuel contre seulement 17 % pour l’industrie. Cette évolution n’est pas spécifique à la France puisque pour l’ensemble de l’OCDE, les services se situent autour de 70 % du PIB.

Certes, services ne signifie pas immatériel. Le transport, le commerce utilisent des biens matériels. Mais la tendance globale est au développement du capital immatériel. Cette expression recouvre les droits de propriété intellectuelle sur les brevets, marques, dessins, modèles, etc. Selon un rapport de l’OMPI (Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle) de 2017, le capital immatériel représentait 5900 milliards de dollars aux États-Unis et contribuait deux fois plus que le capital matériel à la valeur des biens manufacturés.

La numérisation générale de l’information et l’intelligence artificielle, qui n’en sont qu’à leurs débuts, feront croître encore considérablement l’importance de l’immatériel. Le télétravail , les vidéoconférences ont connu un développement important pendant la pandémie de Covid-19.

Selon les prévisionnistes, après la pandémie les grandes entreprises renonceront à de nombreux déplacements physiques de certains personnels comme les cadres et les dirigeants et introduiront un part variable de télétravail dans tous les cas où ce sera possible. Le transport aérien sera affecté et revoit déjà à la baisse ses prévisions de croissance. Les GAFAM, au contraire, peuvent regarder l’avenir avec optimisme. Toutes les activités tournant autour du Big Data également.

Une première étape a donc été franchie vers l’économie de l’immatériel. Et dans ce domaine, le potentiel de croissance est infini, avec une très faible consommation de matières premières et d’énergie par rapport aux activités industrielles.

Le destin des Hommes

La croissance économique se poursuivra donc, contrairement aux prévisions de nombreux écologistes. Conceptuellement d’ailleurs, cette poursuite de la croissance économique de façon de plus en plus dématérialisée est inéluctable. Il faudrait revenir à une conception antique de l’univers pour qu’il en soit autrement.

Dans l’Antiquité, sciences et techniques étaient considérées comme des arts réservés à l’aristocratie, la production étant une malédiction accablant le bas-peuple et les esclaves. Mais l’une des évolutions majeures de notre Histoire est justement la prise de conscience de notre capacité de changer le monde grâce à notre intelligence, d’agir sur lui en utilisant les ressources que la nature nous offre.

Sciences et techniques sont le vecteur principal du devenir historique. Elles le resteront sur le long terme, quels que soient les épisodes idéologiques ou religieux qui pourraient survenir. Ce ne sont pas les philosophes et les prêtres qui définissent notre avenir mais les scientifiques et les techniciens.

Nous ne nous plierons pas à nouveau au fatalisme de nos ancêtres. Nous resterons des Hommes libres face à l’univers infini, avec notre solitude et toute sa grandeur, car tel est notre destin.

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    L’Allemagne, cette mal-aimée

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Saturday, 29 May, 2021 - 03:35 · 3 minutes

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Par Jean Kircher.

Décidément nous n’en avons pas fini de méconnaître et mal aimer notre grande voisine.

Lassés de sa réussite économique nous maintenons ce mythe de l’égalité avec elle et ne cessons de comparer nos performances avec les siennes. Certes nous avons nos joyaux du CAC 40 mais pour le reste nous sommes largués : nos PME sont trop rares à tenir tête aux siennes. Nos balances commerciales, notre déficit, notre PIB en baisse, notre endettement , bref notre niveau de vie est loin derrière l’Allemagne et ça en agace plus d’un.

Culturellement, le mépris est total car nous continuons de croire en notre supériorité et considérons que nous seuls sommes les maîtres de l’écriture à la suite de nos Lumières.

Le mythe de la supériorité française

Les berlinades n’ont aucune chance de rivaliser avec notre festival de Cannes qui promeut des films que personne ne va voir. Les grands écrivains allemands n’ont aucune chance d’être au niveau de nos Montaigne, Voltaire, Rousseau, Molière et autres.

Historiquement, seule la France a une histoire et on ignore complètement les dynasties des Saxe, Bavière, Wurtemberg ou la grande cour d’Autriche. Autrefois nos étudiants allaient volontiers faire quelques détours dans les grandes universités de l’Empire mais aujourd’hui il n’est question que d’aller passer des masters en Angleterre ou au États-Unis.

Et pourtant, l’Allemagne a de quoi rayonner

Bien que la langue allemande soit de loin la langue la plus parlée en Europe, nous continuons de nous gargariser et de caresser l’espoir du français universel. Nous nous sommes arrêtés au français, parlé par toutes les cours d’Europe mais cette nostalgie n’est plus qu’une chimère. Nous avons le deuxième corps diplomatique du monde mais nous ne représentons plus qu’une France en déclin.

Des chroniqueurs comme Éric Zemmour continuent de décrire les routes et les ponts en mauvais état en Allemagne mais c’est bien la preuve qu’il n’y est jamais allé. Toutes les grandes villes allemandes sont contournées et les villes moyennes sont traversées par des tunnels. Ne parlons pas du réseau autoroutier. La France est championne des ronds-points et 36 % de nos routes sont en mauvais état…

Sur le plan sportif et le football en particulier, nous n’avons d’yeux que pour les championnats d’Espagne et d’Angleterre et refusons de voir les 5 étoiles sur les maillots de l’équipe nationale allemande. Nos stars sont Messi, Ronaldo ou Mbappé, jamais Levandoski qui a marqué 41 buts en cette année de championnat.

À partir de 1989 les Allemands ont réussi à intégrer l’Allemagne de l’Est qui était dans un état catastrophique ! Quinze millions d’habitants en plus, des infrastructures complètement délabrées, une mentalité à apprivoiser. Et en France, l’intégration de 12 millions de musulmans a plutôt été ratée !

Un modèle politique différent

Une chancelière humble et pragmatique a réussi pendant 18 ans à mener son pays vers la prospérité sans heurts ni éternelles polémiques, intrigues et complots, le tout sans une armada d’énarques carriéristes et un appareil d’État obèse et inefficace.  L’Allemagne compte trois millions de fonctionnaires pour 85 millions d’habitants alors qu’en France ils sont 6,5 millions pour 65 millions d’habitants !

Nous changeons de Premier ministre tous les deux ans…

Une structure d’État décentralisée partage le pouvoir avec les régions alors que l’État jacobin continue de monopoliser tous les rouages du pouvoir. En Allemagne les contre-pouvoirs permettent à la démocratie de fonctionner normalement.

Non seulement notre modèle social et politique est en déconfiture mais les Français en redemandent : l’État nounou doit s’occuper de tout ! Non seulement nos médias mainstream font tout pour maintenir le couvercle bien fermé sur la cocotte-minute, encourageant ainsi les ultras minoritaires à se rebeller avec grand bruit mais ils contribuent surtout à maintenir le peuple dans l’ignorance de toutes les choses politiques, économiques et démocratiques.

Pendant ce temps la France s’appauvrit et le coq sur son tas de fumier continue de chanter…

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    Moins d’impôts, de lois, de pauvreté : ces pays européens qui ont réussi

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Thursday, 20 May, 2021 - 03:30 · 11 minutes

pauvreté

Par Eben McDonald.
Un article de Mises.org

Les sociaux-démocrates font souvent l’éloge des pays nordiques en tant qu’exemples du succès de l’imposition progressive, des États-providence généreux et des syndicats puissants.

Les partisans du libre échange ont répondu que non seulement ces pays se sont enrichis bien avant que ces politiques soient mises en place , mais qu’ils ont également autant d’agilité réglementaire que les États-Unis, selon les données de la Banque mondiale.

Cependant, nous devrions également tourner nos regards vers les pays qui ont adopté ce que l’on appelle le néo-libéralisme comme moyen de s’enrichir et de réduire la pauvreté. Il s’avère que cette stratégie a fait ses preuves et que certains pays d’Europe ont des niveaux de vie tout aussi élevés, sinon plus, que ceux des pays scandinaves. Nous examinerons ici trois exemples.

Le Luxembourg

Le Forum économique mondial est célèbre pour sa volonté de « remettre à zéro » le capitalisme afin de pouvoir « orienter le marché vers des résultats plus équitables, en tenant compte des risques et des opportunités environnementaux et sociaux et en ne se concentrant pas uniquement sur les profits financiers à court terme ».

Cependant, chaque année, le Forum économique mondial présente l’indice de compétitivité mondiale. Le but est de classer les pays les plus développés économiquement et les plus productifs de la planète en termes d’infrastructures, d’éducation et de santé publique.

Cet indice composite comporte douze indicateurs principaux : les deux plus pertinents pour notre propos sont les premier et septième indicateurs, « institutions » et « efficacité du marché du travail ». Au sein de chaque indicateur, il existe des sections plus petites. Les institutions comprennent des facteurs tels que les « droits de propriété », le « poids de la réglementation gouvernementale » et le « gaspillage des dépenses publiques », tandis que l’efficacité du marché du travail inclut « l’effet de la fiscalité sur les incitations à travailler ».

On peut facilement utiliser les données du Forum économique mondial pour démontrer que les pays les plus prospères du monde sont orientés vers le marché et favorables aux entreprises. Ici, notre exemple est le Luxembourg.

Selon le Pew Research Center, une personne à faible revenu au Luxembourg est plus riche qu’une personne à faible revenu dans n’importe quel autre pays occidental, y compris les pays nordiques.

Le pays peut se vanter d’avoir la deuxième classe moyenne la plus riche au monde et le revenu médian le plus élevé au monde . Malheureusement, le Pew Research Center ne définit pas les limites du percentile de revenu de chaque catégorie. Afin de compléter nos propos, les informations d’Eurostat montrent qu’en 2019, les 10 % les plus pauvres du Luxembourg sont les quatrièmes plus riches d’Europe.

Comment expliquer ce phénomène ? Le gouvernement luxembourgeois consacre-t-il des sommes considérables à l’aide sociale ?

Si les dépenses sociales sont légèrement supérieures à la moyenne de l’OCDE, à 21,6 % du PIB , le Luxembourg reste en dessous de nombre de ses voisins. En fait, les prélèvements fiscaux représentent 33,8 % de l’économie luxembourgeoise, ce qui est très inférieur à la moyenne ; beaucoup considèrent même le Luxembourg comme un paradis fiscal . Grâce à des taux d’imposition favorables sur la propriété, les sociétés et le capital, le Luxembourg se classe cinquième dans l’indice de compétitivité fiscale .

C’est ici que les données du Forum économique mondial prennent sens. Certes, le Luxembourg est mal classé pour la facilité de création d’une entreprise.

Toutefois, il se classe :

  • au neuvième rang pour le poids de la réglementation gouvernementale sur les entreprises, c’est-à-dire le degré de liberté d’une entreprise par rapport à la bureaucratie ;
  • au cinquième rang pour les droits de propriété ;
  • au troisième rang pour la protection de la propriété intellectuelle ;
  • au dixième rang pour les effets de la fiscalité sur les incitations à travailler ;
  • au huitième rang pour les effets de la fiscalité sur les incitations à investir ;
  • au douzième rang pour le total des impôts en pourcentage des bénéfices.

Selon ces critères, le Luxembourg est une véritable économie de marché. Il a une longue histoire d’adhésion à la liberté économique. Entre 1970 et 2001 , il a constamment occupé l’une des dix premières places de l’indice de liberté économique de l’Institut Fraser.

Ludwig von Mises nous a enseigné que la productivité marginale du travail, et donc les salaires, sont déterminés par la facilité avec laquelle les entreprises peuvent investir et accumuler du capital, sans paperasserie, sans fiscalité, sans bureaucratie, sans dette publique et sans inflation. L’environnement favorable aux entreprises au Luxembourg explique pourquoi le pays possède les travailleurs les plus productifs au monde . Par conséquent, selon les normes internationales les pauvres au Luxembourg ont un niveau de vie très élevé.

La Suisse

La Suisse se situe avec le Luxembourg dans le haut du classement des indicateurs du Forum économique mondial.

Elle se classe :

  • au troisième rang pour les droits de propriété ;
  • au douzième rang pour le poids de la réglementation gouvernementale sur les entreprises ;
  • au dixième rang pour les effets de la fiscalité sur les incitations au travail (elle est très bien classée pour le reste des paramètres que j’ai utilisés. Je ne fais pas de sélection de données) ;
  • au quatrième rang, juste devant le Luxembourg, sur l’ indice de compétitivité fiscale .

Le pays est également connu pour sa discipline budgétaire. En 2001, 85 % des électeurs suisses ont voté en faveur d’un frein à l’endettement qui oblige essentiellement le gouvernement à dépenser en fonction de la croissance des recettes. Depuis l’entrée en vigueur de la loi en 2003, la dette publique de l’économie suisse est passée de 60 % du PIB à 41 % aujourd’hui.

L’accent mis par la Suisse sur la démocratie directe signifie que l’argent du gouvernement doit être dépensé de manière efficace et prudente. Une étude a révélé que la démocratisation directe dans les cantons suisses (l’équivalent des États ou des districts du Congrès) a réduit les dépenses sociales de 19 % en moyenne. Les électeurs suisses ont clairement un niveau de pragmatisme que la plupart des politiciens d’autres pays détesteraient.

Par exemple, lors d’un référendum en 2012, deux tiers des électeurs ont rejeté une proposition visant à étendre le congé annuel obligatoire du pays, ce qui « aurait pu ajouter 6 milliards de francs suisses (5 milliards d’euros, 6,52 milliards de dollars) aux coûts de main-d’œuvre des employeurs, selon l’Union suisse des arts et métiers (USAM), qui représente environ 300 000 entreprises ».

Le prélèvement fiscal global de la Suisse ( 28,5 % du PIB ) est l’un des plus faibles de l’OCDE, et ses dépenses sociales sont de 16,7 % , bien en dessous du niveau de ses partenaires.

Pourtant, loin de ce que le modèle économique socialiste aurait prédit, les 10 % les plus pauvres de Suisse sont les troisièmes plus riches d’Europe .

Tout comme au Luxembourg, la productivité du travail en Suisse est incroyablement forte, la troisième plus élevée au monde . Les impôts et les formalités administratives sont faibles et comme la Suisse est le pays le plus ouvert du monde , les capitaux, les technologies et les investissements étrangers ont facilement accès aux marchés suisses.

Ceci dit, l’économie suisse a stagné ces dernières années. En 2020, le chômage a atteint un niveau record – un insupportable taux de 4,85 % . Cela suggère clairement que des impôts faibles et une réglementation flexible du marché du travail peuvent atténuer l’impact de la récession/stagnation économique.

L’Irlande

L’Irlande n’a pas toujours été une économie de marché enthousiaste. En 1970, en proie à de profonds conflits politiques et religieux, l’Irlande avait une note de 6,55 sur l’indice de liberté économique de l’Institut Fraser , ce qui la plaçait à une quelconque dix-neuvième place. Ainsi, en 1980, le revenu par habitant de l’Irlande était inférieur à celui de tout pays d’Europe occidentale digne de ce nom ; son taux de chômage était supérieur à 12 % ; l’inflation galopait à 20 %.

Cependant, le gouvernement a commencé à faire des réformes : les impôts et les dépenses ont été réduits, et depuis 1980, la note de liberté économique de l’Irlande a augmenté de 22 %.

Aujourd’hui, l’Irlande est célèbre pour son taux d’imposition des sociétés de 12,5 % et son attractivité auprès des entreprises. Les prélèvements fiscaux ne représentent que 22,7 % de l’économie irlandaise, et les dépenses sociales un minuscule 13,4 %. Bien qu’elle se situe en dessous des deux autres pays que nous avons examinés, l’Irlande est dans le haut du panier en termes de protection des droits de propriété, de flexibilité réglementaire et de taux d’imposition sur les bénéfices.

Nombreux sont ceux qui affirment que la prospérité de l’Irlande n’est due qu’aux vastes transferts sociaux de l’Union européenne. Une étude indique toutefois que cette position est erronée.

Elle souligne tout d’abord que ces transferts ont subventionné les entreprises agricoles. S’ils ont augmenté les revenus des communautés rurales, ils ont découragé la migration vers les zones urbaines, où ces personnes auraient inévitablement été plus productives. Les transferts ont donc été un obstacle, et non un atout, pour la croissance économique.

Deuxièmement, l’étude souligne que si les taux de croissance en Irlande ont augmenté, les subventions de l’UE ont en fait diminué : l ‘Irlande a commencé à recevoir des subventions après son adhésion à la communauté européenne en 1973. Les recettes nettes provenant de l’UE représentaient en moyenne 3 % du PIB pendant la période de croissance rapide (1995-2000), mais pendant la période de faible croissance (1973-1986), elles représentaient en moyenne 4 % du PIB. En termes absolus, les recettes nettes étaient à peu près au même niveau en 2001 qu’en 1985. Tout au long des années 1990, les paiements de l’Irlande au budget de l’UE ont augmenté régulièrement, passant de 359 millions d’euros en 1990 à 1527 millions d’euros en 2000. Pourtant, en 2000, les recettes en provenance de l’UE étaient de 2488 millions d’euros, soit moins que le niveau de 2798 millions d’euros de 1991.

Troisièmement, l’étude indique que si les subventions pouvaient expliquer la forte croissance de l’Irlande depuis les années 1990, on pourrait s’attendre à ce que d’autres pays qui reçoivent également des paiements importants de l’UE affichent des niveaux de prospérité similaires.

Or, ce n’est tout simplement pas le cas :

« Les fonds structurels et de cohésion de l’UE représentaient 4 % du PIB grec, 2,3 % du PIB espagnol et 3,8 % du PIB portugais. Aucun de ces pays n’a atteint un taux de croissance proche de celui de l’économie irlandaise. L’Espagne a enregistré une croissance moyenne du PIB de 2,5%, tandis que le Portugal a enregistré une croissance moyenne de 2,6 % et la Grèce une croissance moyenne de seulement 2,2 % entre 1990 et 2000. »

Ainsi, ce sont les marchés libres, et non les investissements de l’UE, qui ont stimulé la prospérité de l’Irlande.

Selon les normes américaines, l’Irlande reste un pays relativement pauvre. Toutefois, depuis la libéralisation économique, le pays a fait d’énormes progrès en matière de réduction de la pauvreté et d’augmentation des revenus grâce à la croissance économique. Par exemple, une étude (p. 34) a révélé que la pauvreté absolue est passée de 50 % en 1993 à 20 % en 2000 (une réduction plus importante que dans tous les pays nordiques).

Réduire le taux de pauvreté de 60% en sept ans seulement est vraiment impressionnant. Selon le Pew Research Center, entre 1990 et 2010, les revenus de la catégorie des bas revenus ont augmenté de 73 % (globalement, le revenu médian a augmenté de 70 %). Les données d’Eurostat le corroborent également, car depuis 2011 seulement, les revenus des 10 % d’Irlandais les plus pauvres ont augmenté d’un tiers.

Conclusion

Les progressistes utilisent les pays nordiques comme des exemples de systèmes socialistes réussis. Bien que ce ne soit tout simplement pas le cas , les partisans du libre échange devraient utiliser ces trois pays – le Luxembourg, la Suisse et l’Irlande – pour montrer que ce ne sont pas nécessairement les dépenses sociales et la redistribution qui élèvent le niveau des plus pauvres. Ce sont plutôt la croissance économique, les gains de productivité, l’esprit d’entreprise et les droits de propriété qui enrichissent les plus pauvres d’entre nous.

Traduction Contrepoints.

Sur le web

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    L’Australie face à la Chine : la montée des tensions

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Monday, 22 March, 2021 - 04:20 · 10 minutes

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Par Emmanuel Véron 1 et Emmanuel Lincot 2 .
Un article de The Conversation

L’Australie et la Chine ont multiplié les accords et les contrats commerciaux diplomatiques et culturels entre le début des années 2000 et le milieu des années 2010, période de la montée en puissance diplomatique et économique de la Chine en Asie-Pacifique.

Pékin a progressivement investi la zone dans les secteurs minier, agricole et gazier, et développé de nouveaux réseaux de diasporas, actifs dans les universités, le commerce et le tourisme.

L’Australie occupe une place toute particulière dans la vision de Pékin : par sa position stratégique dans la zone Asie-Océanie-Pacifique (avec une ouverture sur l’Antarctique), par son appartenance à l’alliance « Five Eyes » (qui regroupe les services de renseignement de l’Australie, du Canada, de la Nouvelle-Zélande, du Royaume-Uni et des États-Unis), par ses richesses minières (fer, charbon, plomb, zinc, cuivre, diamants et uranium), gazières et agricoles, et enfin par l’attrait qu’exercent ses universités renommées.

Économiquement tournée vers l’Asie, notamment la Chine (mais aussi vers le Japon, l’Inde et l’Asean), l’Australie reste toutefois liée aux États-Unis et à l’Occident pour les questions militaires et stratégiques .

Alors que l’Australie comme la Chine ont adhéré au Regional Comprehensive Economic Partnership (RCEP) , vaste accord de libre-échange associant davantage encore Canberra à l’avenir économique de l’Asie, le découplage entre intérêts économiques et stratégiques ne cesse de s’accentuer et la détérioration sensible des relations sino-australiennes apparaît comme le symptôme d’un tournant dans les rapports de force qui s’engagent plus largement entre la Chine et l’Occident.

L’Australie est le seul pays de l’OCDE à avoir connu une croissance positive depuis deux décennies. L’essor économique de l’Asie-Pacifique, tiré par la croissance chinoise et les perspectives de développement commercial, a procuré à l’Australie le sentiment d’une montée en puissance régionale .

En 2017, 30 % des exportations australiennes étaient destinées à la Chine . Le secteur minier et l’industrie extractive, le tourisme (1,4 million de visiteurs annuels) et les échanges universitaires (30 % des étudiants étrangers sont chinois) ont connu un véritable boom entre 2005 et 2015. Depuis 2007, la Chine est le premier partenaire commercial de l’Australie.

De plus, la Chine poursuit une stratégie d’influence et d’implantation sur l’île-continent. Le port de Darwin , dans le nord du pays, est sous pavillon chinois pour une concession de 99 ans. Plusieurs parlementaires australiens sont accusés de corruption au profit de la Chine, ce à quoi s’ajoutent plusieurs procédures en cours de jugement contre des activités d’espionnage de Pékin concernant la vie politique intérieure de l’Australie, des intérêts stratégiques vitaux et des affaires d’intelligence économique.

De nombreuses voix en Australie s’inquiètent de la montée en puissance militaire de la Chine en Asie, alors que les routes maritimes dont dépend le pays sont en partie bornées par les installations chinoises en Asie du Sud-Est, en Océanie et dans l’océan Indien .

Canberra cherche donc à diversifier et à renforcer sa présence en Asie-Pacifique par le développement de partenariats avec le Japon, l’Inde, l’Union européenne, les États-Unis, mais aussi plusieurs États d’Asie du Sud-Est.

Ce revirement stratégique passe par une augmentation de son budget de défense et la modernisation de sa sous-marinade , et par sa présence renforcée dans des architectures stratégiques et de sécurité comme le concept « Indopacifique » .

Dilemme de sécurité et avenir économique de l’Australie en Asie

Depuis la Seconde Guerre mondiale, les gouvernements australiens successifs se sont fidèlement engagés dans toutes les interventions militaires décidées par les États-Unis.

Le positionnement géographique de l’Australie, aux antipodes du monde occidental , la met à proximité immédiate des puissances asiatiques et, d’entre toutes, la Chine, dont les revendications territoriales se font de plus en plus pressantes dans les mers de Chine orientale et méridionale.

Un Livre blanc de la politique étrangère australienne 2017-2027 a été publié en novembre 2017, dans lequel les auteurs montrent que les États-Unis conserveront leur suprématie militaire, mais aussi que la forte dépendance de l’économie australienne envers la Chine s’accroîtra alors que « les intérêts, les valeurs et les systèmes politiques et juridiques sont différents ».

La Chine constitue une forte source d’inquiétude et d’incertitude pour la conduite de la politique étrangère de Canberra. De plus, une nouvelle législation destinée à lutter contre l’ingérence et l’espionnage a été rendue publique en décembre 2017 (notamment pour prévenir et interdire les dons aux partis politiques et la compromission de personnalités politiques).

Enfin, Canberra entend, on l’a dit, jouer un rôle majeur dans le concept « Indo-Pacifique » et opérer un rapprochement stratégique avec le Japon et l’Inde (les deux acteurs majeurs de la zone) et avec l’UE. Le Premier ministre Scott Morrison souhaite renforcer la présence australienne en Océanie (confortant son influence historique) et contrer la poussée économique et diplomatique de Pékin dans la zone (l’Australie et Vanuatu sont en négociation pour un traité de sécurité en lien avec le projet chinois d’implanter une base dans l’archipel océanien).

L’architecture du Quadrilatère de sécurité, The Quad (États-Unis, Japon, Australie et Inde) est, dans ce sens, perçue comme un moyen militaro-stratégique de diluer la présence chinoise dans la zone bi-maritime, comme le rappellent les exercices navals de novembre 2020 dans la région des Malabars afin d’équilibrer par des modes de gouvernance démocratique le régime autoritaire de Pékin.

La signature d’une alliance militaire entre Canberra et Tokyo s’inscrit dans cette logique : il s’agit de diversifier la relation par trop exclusive que chacune de ces alliances entretient avec Washington.

Les récents échanges entre Anthony Blinken et les représentants du Quad montrent que le secrétaire d’État américain accorde une grande importance à cette coopération stratégique. Le dialogue et les partenariats se complètent par une modernisation de la marine australienne en lien direct avec les industries de défense occidentales. La construction de douze sous-marins océaniques (Barracuda) par le groupe français Naval Group , les exercices communs avec les marines française, japonaise, américaine et indienne témoignent des ambitions et des choix stratégiques de Canberra.

La question des droits de l’Homme et la radicalité des positions prises par Pékin ne sont pas étrangères à cette évolution. Ainsi, l’opinion australienne s’est récemment émue de l’arrestation arbitraire de l’une de ses ressortissantes d’origine chinoise, Cheng Lei .

Cette diplomatie des otages de plus en plus ostensiblement pratiquée par les autorités chinoises, notamment à l’encontre de pays européens comme la Suède , a provoqué en Australie une vague de sinophobie, encore accrue par la Covid-19 et par les soupçons d’espionnage pesant sur des étudiants chinois dans ses universités .

Mentionnons également, à cet égard, le cas d’un transfuge des services spéciaux chinois travaillant au sein de la cellule en charge de la répression des adeptes du Falungong dans le monde, ayant fui vers l’Australie et qui aujourd’hui témoigne de son expérience et des méthodes des services du régime, ou encore les intimidations récurrentes à l’endroit d’un chercheur australien de l’ASPI (Australian Strategic Policy Institute) Alex Joske .

S’ajoute le problème que pose la dépendance de l’économie australienne vis-à-vis de la Chine. Les mesures de rétorsion qui ont été prises de part et d’autre sont loin d’apaiser ces tensions.

L’Australie a notamment exclu le géant chinois des télécoms Huawei du déploiement du réseau 5G sur l’immense île-continent et a demandé une enquête indépendante sur l’origine de la Covid-19. Réciproquement, la Chine, premier partenaire commercial de l’Australie, a pris des mesures à l’encontre de Canberra en suspendant les importations d’un grand nombre de produits agricoles .

Même si Scott Morrison a insisté sur le fait que des pays comme l’Australie ne devraient pas être contraints de choisir leur camp entre Washington et Pékin, les faits restent têtus : la Chine est l’un des plus gros clients de l’Australie . En outre, la Chine a la capacité de bloquer l’Australie dans ses approvisionnements en terres rares, si nécessaires au développement de sa très haute technologie ; risque majeur qui incite désormais Canberra à exploiter de nouveaux gisements, en Afrique , notamment.

La fin de l’innocence

Cette crise commerciale sino-australienne est porteuse d’enseignements qui vont bien au-delà des rivages du Pacifique. Ils valent aussi pour les Européens qui pourraient à leur tour, et à leurs dépens, apprendre que commercer avec la Chine n’est pas la même chose que commercer avec le Canada.

La Chine est un pays hors normes et ne distingue en rien la nature économique de ses démarches, lesquelles s’accompagnent d’une visée systématiquement politique. En somme, l’Australie se retrouve à l’avant-garde de défis qui se posent également aux Européens .

Outre la liste des contentieux qui font potentiellement écho à ceux rencontrés par l’Australie, la nature de leurs relations respectives avec la Chine s’avère profondément asymétrique. Par exemple, le secteur des marchés publics de la Chine reste fermé. Les entreprises européennes ne sont toujours pas traitées sur un pied d’égalité dans les appels d’offres publics – un marché qui, en Chine, représente chaque année des centaines de milliards de dollars.

La Chine refuse d’ailleurs de signer l’Accord sur les marchés publics de l’Organisation mondiale du commerce. L’Europe n’a pas non plus réussi à faire accepter à Pékin la création d’un tribunal pour le règlement des litiges entre investisseurs. De plus, les clauses qui égalisent les règles du jeu entre les deux parties ont peu de chance de régler le problème des subventions indirectes, qui sont généralisées en Chine.

Les accords sur les investissements signés à l’arraché entre Bruxelles et Pékin , le 30 décembre 2020, et que le Parlement européen mettra deux années à le ratifier ou non, laissent songeurs quant à la réalité de l’application et des bénéfices envisagés. Ils ne comprennent pas d’engagement important à propos du travail forcé et de la liberté d’association.

Les difficultés auxquelles l’Australie est confrontée face à la Chine nous rappellent avec force que lorsque nous commerçons avec Pékin, nous ne devons pas céder à la naïveté .

L’Australie s’est souvent confrontée à la Chine : en 1989 sur le dossier des droits humains après le massacre de la place Tianan-men , en 2006 sur des aspects sécuritaires liés aux problèmes de libre navigation et de rapprochement avec Taïwan ; et, plus ré-cemment, en 2009, à la suite de la décision des autorités australiennes d’ accorder un vi-sa à la dissidente ouïghoure Rebiya Ka-deer, alors que Kevin Rudd , parfait sinisant, était Premier ministre.

Droit dans ses bottes, il avait déjà su tenir tête à la puissance chinoise par sa liberté de ton. Il faut dire qu’il avait été formé à bonne école, son professeur à Canberra ayant été le sinologue belge Simon Leys

Sur le web The Conversation

  1. Enseignant-chercheur – École navale, Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco).
  2. Spécialiste de l’histoire politique et culturelle de la Chine contemporaine, Institut Catholique de Paris.
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    Corée du Sud : succès économique, naufrage démographique

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Sunday, 21 March, 2021 - 04:35 · 11 minutes

corée du sud

Le développement économique de la Corée du Sud impressionne : comment ce pays, ruiné par la guerre en 1960, est parvenu à un niveau de vie comparable à celui de la France et cinq fois plus élevé que celui du Vietnam ?

Au prix d’efforts immenses en matière d’éducation et de travail acharné, mais aussi, et c’est moins connu, au prix du sacrifice de sa démographie. Une leçon pour l’Europe.

Commençons par un bref rappel historique.

Un portrait rapide de la Corée

Avec environ 51 millions d’habitants, la Corée du Sud est le troisième pays par importance du monde de civilisation chinoise, derrière la Chine et le Japon , et devant Taïwan et Singapour. Néanmoins, comme le Japon, elle cultive sa personnalité propre en réaction à son grand voisin.

Cela s’est traduit par une forte influence bouddhiste et confucéenne. Cette dernière perdure notamment pour ce qui concerne l’autorité des parents et de toute hiérarchie, mais s’est atténuée sur le plan religieux avec l’arrivée des missionnaires européens au XIXe siècle.

Aujourd’hui 3 % de la population est confucianiste, 24 % bouddhiste et 32 % chrétienne, dont 24% de protestants, les autres, soit près de la moitié, se déclarant athées.

Colonie japonaise de 1910 à 1945, la Corée du Sud a également gardé à la fois une influence de ce dernier pays et une hostilité à son égard, d’autant que les immigrés coréens sont mal vus au Japon.

Au début de la guerre froide, la Corée a été divisée entre un nord communiste et un sud « occidental ».

L’invasion par le nord en 1950 a ravagé le sud, la contre-offensive appuyée par les Américains et les troupes de l’ONU ( dont un bataillon français ) a permis de reconquérir le sud et d’entrer profondément dans le nord.

La Chine se sentant alors menacée a envoyé massivement ses troupes, et le front s’est stabilisé au voisinage de la frontière actuelle. Juridiquement les deux Corées sont toujours en guerre.

Totalement détruite matériellement et socialement, la Corée du Sud s’est lancée dans un immense effort d’éducation et de travail, avec dans un premier temps des horaires sans limites et des morts d’épuisement, puis une normalisation encore partielle aujourd’hui.

Le succès très remarqué de la Corée du sud

Le résultat est impressionnant avec un niveau de vie par tête partant de celui des plus pauvres pays d’Afrique vers 1960, pour se rapprocher aujourd’hui de celui de la France  : 39 000 dollars en PPA (parité pouvoir d’achat) par an 2018, contre 46 000 en France, 7500 au Vietnam et 183 en République démocratique du Congo.

Le pays est parmi les tout premiers des derniers classements PISA du niveau d’éducation.

Les jeunes du monde entier connaissent ses jeux vidéo et ses stars sur YouTube ou Twitch.

Les hommes d’affaires et les économistes connaissent ses entreprises performantes qui sont souvent des champions mondiaux : les nombreuses entreprises du groupe Samsung, du groupe Hyundai et Kia, un de ses nombreux constructeurs automobiles.

Enfin les politologues remarquent que ce pays s’est profondément démocratisé et qu’il n’est pas donc pas besoin d’être une dictature pour se développer.

Mais ce développement a un prix élevé. Notamment un vieillissement très rapide, sérieusement analysé et auquel l’État cherche des remèdes.

Un vieillissement rapide

La Corée du Sud est, de tous les pays de l’OCDE, celui qui vieillit le plus rapidement : en 2016, 13% de sa population avait plus de 65 ans, cette proportion sera de 24 % en 2030, et si rien ne change, de 60 % en 2050 !

Le nombre des habitants d’âge actif diminue depuis 2015, et la baisse atteindra 20 % en 2040. Dans ce pays où la pression militaire du Nord est forte, le nombre de jeunes en âge de faire le service militaire recule rapidement.

Les nombreux retraités se sentent délaissés, bien que la société leur manifeste beaucoup de respect. La proportion des plus de 70 ans logeant chez leurs enfants diminue, bien qu’elle soit encore de 25 %.

Un système général de retraite existe seulement depuis 1988, le pays se considérant avant comme trop pauvre.

Il est encore partiel, ne concernant qu’un tiers des plus de 65 ans, et maintenant le vieillissement est tel que les projets d’amélioration semblent trop coûteux.

La chute de la fécondité

Cela provient principalement de la chute de la fécondité, tombée à 1,07 enfant par femme (moyenne 2015–19) après 0,98 en 2008 et accessoirement d’une émigration vers les Amériques.

Cette chute de la fécondité a été amplifiée, comme en Chine , par une politique maladroite de l’État, inquiet de voir une fécondité de six enfants par femme à la sortie de la Seconde Guerre mondiale.

  • En 1973, l’avortement est autorisé.
  • En 1983, le gouvernement commence à suspendre les aides médicales pour les soins maternels aux femmes enceintes de trois enfants ou plus, puis supprime les aides financières pour les parents ayant deux enfants ou plus.
  • Le gouvernement a également poussé la population à n’avoir qu’un seul enfant, via notamment des campagnes de publicités. Il le regrette fortement aujourd’hui.

Des retraites précoces

L’allongement de la durée de vie est bien sûr l’une des deux causes du vieillissement, mais le comportement des entreprises a considérablement aggravé le problème des retraites. En effet elles ont gardé la mauvaise habitude de se séparer de leurs employés autour de 55 ans, âge appliqué aux générations nombreuses du baby-boom.

Ce comportement serait dû au salaire à l’ancienneté qui renchérit le travail des seniors, et surtout à la préférence des entreprises pour les nouvelles générations, « totalement numérisées ».

Ce décalage est aggravé par le fait que le développement coréen s’est fait en très peu de temps, et donc que les relativement anciens sont beaucoup moins diplômés et ont été formés dans des métiers qui ont disparu ou ne recrutent plus, comme les chantiers navals et les aciéries.

Bien sur, les plus âgés reviennent alors sur le marché du travail, mais pas dans leur domaine de compétence et cela reste un gâchis économique.

Le gouvernement a réagi en interdisant depuis 2007 les mises à la retraite avant 60 ans, tandis que le patronat tente de faire adopter un salaire devenant dégressif après un certain âge. Mais il est contraire aux principes confucéens de gagner davantage qu’une personne plus âgée.

Une autre piste serait de compléter la formation des quinquagénaires, notamment aux techniques numériques.

On sait ainsi que les Scandinaves ont beaucoup préparé le recul de l’âge de la retraite (objectif : partir à 67 ans) en faisant évoluer les horaires, la nature des postes et la formation.

L’immigration

C’est une autre piste pour limiter le vieillissement. Mais cette immigration est très faible tant en stock qu’en flux pour des raisons nationalistes, religieuses et linguistiques : le voisin le plus peuplé et encore jeune est l’Indonésie musulmane.

L’idéal serait de recevoir des Coréens du Nord, mais l’émigration leur est interdite et les rares qui réussissent à fuir ont du mal à s’adapter à la vie capitaliste.

On note tout de même une importation de « fiancées » venant de pays plus pauvres comme la Chine ou le Vietnam, pour environ 6 % des mariages.

Rappelons que, comme d’autres pays asiatiques, la Corée du Sud a souffert de l’avortement sélectif des filles, ce qui complique les mariages une génération plus tard. Le gouvernement coréen a combattu avec succès ce comportement, mais le creux correspondant dans la pyramide des âges va se faire sentir pendant près de deux décennies.

Le travail des femmes

S’il ne freine pas le vieillissement, le travail des femmes peut du moins en atténuer les effets économiques. Mais c’est un casse-tête car il pèse sur le taux de fécondité.

Si les femmes de 20 ans ont un taux d’activité supérieur aux hommes, ce taux s’effondre vers la trentaine, pour remonter vers 45 ans mais bien entendu à des conditions de rémunération et de responsabilité inférieures, non seulement aux hommes qui n’ont pas connu d’interruption, mais souvent par rapport à leur travail précédent.

Par ailleurs les hommes attendent de leur femme le même comportement que celui qu’avait leur mère. Ils ont donc une génération de retard par rapport à l’évolution du pays.

Enfin, ils travaillent beaucoup et, comme au Japon, prolongent leur journée de travail avec les collègues. Tout cela les empêche de partager la charge des enfants avec leurs femmes. Le résultat est que les femmes font la grève des enfants, voire ne se marient plus.

Tout le monde est conscient du problème et souhaite davantage d’enfants. Les sondages donnent des vœux de 2 à 3. Mais comment faire pour que les femmes aient le nombre d’enfants rêvé ?

L’État pousse à la limitation des horaires de travail et favorise le congé parental des pères, mais ces deux points sont socialement mal vus par les anciens. Un début d’allocations familiales est lancé, en argent, ou en nature sous forme d’heures de crèche gratuites.

Mais un autre problème complique le redressement de la fécondité

La course à l’éducation

Comme dans d’autres pays à élite en principe méritocratique (cf. les mandarins chinois ou vietnamiens de jadis), l’éducation a toujours été valorisée, et lorsqu’elle s’est massifiée avec le développement, la concurrence entre enfants est devenue terrible, et les parents leur paient souvent une deuxième scolarité journalière privée.

Le résultat est ambivalent :

d’une part la Corée vient en tête des classements mondiaux de connaissances de la part des élèves, très loin devant la France et même devant la Finlande qui faisait naguère jeu égal, mais qui a des méthodes totalement opposées avec autonomie des élèves et ambiance détendue, moins de discipline, de concurrence entre élèves et surtout des horaires totaux très inférieurs,

d’autre part la déception est souvent forte à la sortie du système scolaire, puisque cet immense effort ne donne pas pour autant à tout le monde des places dans l’élite.

Les suicides sont la première cause de mortalité entre 20 et 30 ans, et sont partiellement liés à cette tension, au poids des horaires et à la déception qui suit.

Le gouvernement, qui avait longtemps encouragé cette « fièvre de l’éducation », a donc changé d’attitude, et met maintenant l’accent sur des formations plus courtes, moins prestigieuses mais professionnellement plus efficaces.

Démographiquement, nous avons là une des raisons de la faible fécondité, car pour les enfants nés jusqu’à ces dernières années, et encore pour une partie importante de ceux naissant actuellement, ce système éducatif implique des frais importants et un engagement psychologique fort des parents.

D’où la limitation fréquente à un enfant par foyer donc bien en deçà du nombre souhaité.

Le gouvernement est bien conscient du problème. Dans un premier temps il se livre à un grand effort d’information, et pense visiblement que si les résultats ne suivent pas, cela aura préparé le terrain à des mesures plus contraignantes.

Un avertissement pour la France et l’Union européenne

La Corée fait ainsi face à un vieillissement rapide et considérable qui lui posera des problèmes terribles à l’avenir.

Même si leurs dirigeants réussissaient à rétablir la fécondité du pays dans quelques années, les enfants qui ne sont pas nés depuis 50 ans sont définitivement « perdus ».

La Corée devrait donc être, comme le Japon , un avertissement pour l’Union européenne qui est elle aussi confrontée au vieillissement.

La France est atteinte, mais nos voisins encore plus.

Ils nous demanderont donc de nous plier à la solidarité européenne et de les aider à financer leurs retraites, au détriment des nôtres.

Ils nous demanderont notamment de renoncer au luxe de partir à 62 ans en moyenne, alors qu’ils passent eux à 67 ans, et de leur donner les cinq ans économisés.

Et il nous sera difficile de refuser après avoir fait pression pour bénéficier d’un financement européen des difficultés dues à la pandémie !

Et cela alors que nos privilégiés de la SNCF et de la RATP ont fait, il y a un an, une longue grève pour continuer à partir à 55 ou 57 ans.

Ou alors il faudra que toute l’Europe ouvre largement ses bras à l’immigration de nos voisins du sud et de l’est et se prépare à un immense problème d’intégration…

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    Et si nous avions 10 % de démocratie en moins ?

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Thursday, 18 March, 2021 - 03:40 · 14 minutes

démocratie

Par Le Minarchiste.

Dans ma revue de l’excellent livre Democracy for Realists , j’expliquais que les attentes envers la démocratie sont beaucoup trop élevées. Le système implique que les électeurs aient des opinions sur les divers enjeux politiques, qu’ils fassent de leur mieux pour se renseigner sur ces enjeux et sur les orientations des partis politiques et qu’ils votent pour celui qui les représentera le mieux de façon à ce que leurs avis influencent la société.

Il n’en est rien. Les individus sont mal renseignés, soutiennent des politiques qui vont à l’encontre de leurs intérêts et votent souvent pour le parti dont l’orientation est contraire à leurs convictions.

Le problème n’est pas juste que les électeurs sont irrationnels, mais aussi qu’ils sont passablement ignorants et fondent leurs convictions politiques sur des anecdotes, des idées reçues et surtout sur la vision inculquée par le parti qu’ils supportent, plus souvent identitaire que rationnelle.

De nombreuses études ont démontré que la plupart des résidents de pays démocratiques ont peu d’intérêt pour la politique et ne suivent pas les affaires publiques autrement que par le survol des grands titres. Ils ne connaissent pas les détails même des débats les plus intenses et importants du moment. Ils ne comprennent pas vraiment les positions des partis politiques sur les principaux enjeux et ils votent souvent pour ceux qui ont des positions différentes des leurs sur ces enjeux.

Dans le livre 10 % Less Democracy , l’économiste Garett Jones aborde le problème sous un autre angle.

L’idée centrale du livre est que dans la plupart des pays développés, la démocratie est allée trop loin. Il défend l’opinion que les politiciens élus et les citoyens qui votent pour eux devraient être tenus un peu plus éloignés des leviers du pouvoir en faveur de technocrates de carrière. Autrement dit, Jones préfère des bureaucrates indépendants et non-élus et souhaite que soit rallongé le mandat des élus.

La démocratie favorise-t-elle la croissance économique ?

La démocratie est tout de même un système précieux. Les pays les plus démocratiques n’ont jamais connu de famines et n’ont jamais assassiné en masse leurs propres citoyens. Certains pensent que la démocratie favorise la croissance économique, simplement en observant que les pays les plus démocratiques sont actuellement plus riches que les autres.

Cependant, il faut noter que les pays deviennent généralement plus démocratiques après avoir suffisamment fait croître leur économie pour qu’émerge une classe moyenne qui en vient à s’organiser politiquement. Il semble donc que ce n’est pas la démocratie qui rend certains pays plus riches, mais bien la création de richesse qui rend certains pays plus démocratiques. Ce phénomène est évoqué par le sociologue Seymour Martin Lipset en 1959.

Par ailleurs, lorsqu’un pays devient démocratique, sa croissance économique n’est pas plus rapide, ni plus lente qu’auparavant. L’accession à la démocratie ne semble pas avoir d’impact sur la croissance économique.

Une étude de l’économiste d’Harvard Robert Barro a démontré que l’impact de la démocratie sur la croissance économique serait comme un U inversé : lorsque le niveau de démocratie d’un pays augmente, la croissance en bénéficie, mais au-delà d’un certain point, les bienfaits diminuent rapidement et deviennent même négatifs. L’étude de Barro publiée en 1996 démontre que le point optimal de démocratie est en fait assez faible, c’est-à-dire qu’il faut peu de démocratie pour maximiser la croissance économique.

Favoriser les électeurs éduqués

Pour qu’une démocratie fonctionne bien, il faut que les électeurs soient bien informés. Par contre, le vote de ces derniers a le même poids que celui des électeurs les moins informés. Jones souhaiterait faire pencher un petit peu plus la balance du côté des électeurs mieux informés.

Dans les pays riches, les individus les mieux éduqués votent déjà en plus grande proportion que les autres. Jones souhaiterait accentuer un peu ce phénomène.

En 1912, la Constitution italienne imposait un âge minimal de 30 ans aux citoyens illettrés pour qu’ils aient le droit de vote. Six ans plus tard, en 1918, cet âge fut réduit à 21 ans. En 1922, le pays a élu le pire Premier ministre de son histoire, Benito Mussolini.

L’autre moyen de donner davantage de poids aux élites dans la gestion du gouvernement est d’avoir une chambre haute au Parlement qui approuve les lois. La House of Lords au Royaume-Uni et le Sénat au Canada permettent d’attribuer davantage de pouvoir et une influence concrète sur le gouvernement à une certaine élite non élue. Selon Jones, ce concept devrait être renforcé.

En Irlande, 10 % des sièges de la chambre haute sont élus par des diplômés des meilleures universités du pays. Ce serait un bon moyen de s’assurer que des personnes plus éduquées puissent exercer une certaine influence sur le gouvernement.

La banque centrale : une institution non-démocratique

Jones fait remarquer que dans certains pays, le dirigeant de la banque centrale conserve une certaine indépendance du gouvernement, alors que dans d’autres pays l’influence du gouvernement sur la politique monétaire est prépondérante.

On peut être en désaccord avec la manière d’opérer de la Federal Reserve ou de la Banque centrale européenne, mais il n’en demeure pas moins que l’inflation a été historiquement beaucoup plus faible dans les pays où la banque centrale est plus indépendante du gouvernement, que dans ceux où le gouvernement a le contrôle de la planche à billets.

En 1989, selon une étude d’Alesina & Summers la Reserve Bank of New Zealand avait la banque centrale la moins indépendante de tous les pays développés. Suite à des réformes majeures, l’indépendance de cette banque centrale a fortement augmenté. Dès 1991, le taux d’inflation en Nouvelle Zélande a chuté, passant de plus de 10 % entre 1970 et 1980, à environ 2 % depuis. Le taux d’inflation y est demeuré faible pendant des décennies, quel que soit le parti politique au pouvoir. En général, les données indiquent que lorsque l’indépendance d’une banque centrale augmente, le taux d’inflation diminue. Les variations du PIB et du taux de chômage deviennent plus stables et la croissance est en général un peu plus rapide.

Jones en conclut que la structure plutôt anti-démocratique de certaines banques centrales favorise de meilleures politiques économiques.

Le libre-échange : populisme contre rationalité

Jones explique que l’une des politiques économiques faisant le plus consensus auprès de tous les économistes est que le libre-échange est positif pour la société . Plus une nation libéralise son commerce international, plus elle favorise son enrichissement.

Pourtant, il semblerait que les politiciens ont plutôt tendance à s’opposer aux politiques de libre-échange lorsque les élections approchent. Car malgré ses innombrables bienfaits pour l’humanité, le libre-échange est parfois peu populaire auprès des groupes d’intérêt qui ont le plus de place sur l’échiquier politique.

En 2014, l’économiste Paola Conconi de l’Université Libre de Bruxelles a démontré que lorsque les sénateurs américains sont dans leur cycle électoral, à savoir les deux dernières années de leur mandat de 6 ans, ils sont 10 % moins enclins à voter en faveur d’un accord de libre-échange.

Par exemple, sur un accord de libre échnage, la sénatrice Hillary Clinton a voté quatre fois en sa faveur durant les quatre premières années de son mandat ; et elle s’y est opposée deux fois durant les deux dernières années de son mandat.

En fait, Conconi démontre qu’en période électorale les sénateurs se comportent comme les représentants du congrès, qui eux font face aux élections tous les deux ans (sauf s’ils occupent un bastion de leur parti).

Finalement, Conconi démontre que durant la dernière année de leur mandat les présidents américains sont davantage incités à entrer en conflit avec leurs partenaires commerciaux et à déposer des recours auprès de l’OMC.

Conconi en conclut que les élections rendent les politiciens américains plus protectionnistes. D’ailleurs, une étude du FMI menée par Stephanie Rickard (London School of Economics) et Teri Caraway (Université du Minnesota) démontre que ce phénomène s’observe partout à travers le monde.

Jones en conclut que les élections devraient être moins fréquentes et les mandats des politiciens plus longs, ce qui permettrait de favoriser l’adoption de politiques moins populaires mais plus efficaces.

Les juges nommés ou élus ?

Dans plusieurs pays, le système de justice est complètement indépendant de la politique et des électeurs. Aux États-Unis, certains juges sont élus alors que d’autres sont nommés.

Un bon moyen d’évaluer la qualité des juges est de compter le nombre de fois que leurs jugements sont cités, ceux de meilleure qualité ayant tendance à l’être davantage car ils présentent un argumentaire solide permettant d’établir un principe judiciaire. Les juges préfèrent aussi citer ceux qui ont moins de chance d’être renversés par des tribunaux supérieurs.

Des études ont démontré qu’aux États-Unis, les décisions des juges nommés sont bien plus souvent citées que celles des juges élus en raison de leur meilleure qualité. Ce phénomène est aussi clairement observable pour les États disposant des deux types de juges. Les juges nommés sont moins populistes et de ce fait plus justes.

D’autres exemples convaincants…

En Californie, certaines villes nomment leur trésorier alors que d’autres le font élire. Une étude a démontré que les villes disposant d’un trésorier nommé paient un taux d’intérêt sur leur dette moins élevé que celles dont le trésorier est élu (environ 0,5 %). Cet écart reflète que les créanciers estiment moins bien gérées les villes dont le trésorier est élu. Elles présentent donc un risque plus élevé, ce qui coûte cher en intérêts aux contribuables.

Ce n’est pas tout. Des chercheurs ont étudié 43 villes qui ont tenu un referendum pour modifier le mode de sélection de leur trésorier, en le faisant nommer plutôt qu’élire. Les villes qui ont voté en faveur d’un trésorier nommé ont par la suite bénéficié d’une diminution de 0,7 % du coût d’emprunt comparativement aux autres.

Même son de cloche du côté des régulateurs de services d’électricité. Dans les États où les régulateurs sont élus par la population, les tarifs sont plus faibles. Par contre, les compagnies de services publics y ont une moins bonne cote de crédit et paient un taux d’intérêt plus élevé sur leurs emprunts (0,25 %) ; les pannes de courant y sont plus fréquentes par défaut d’investissements dans le réseau, lequel devient moins fiable.

La démocratie à Singapour

Selon Jones, Singapour compte la même population que le Danemark (un pays souvent cité en exemple), mais un revenu par habitant 80 % plus élevé et une espérance de vie moyenne de 2,5 années supplémentaires. En 1960, Singapour était encore très pauvre, mais a par la suite grandement bénéficié des réformes libérales de Lee Kuan Yew.

Selon Lee Kuan Yew , la qualité des électeurs fait la qualité des gouvernements qu’ils élisent.

Elected governments are only as good as the people who choose them

Il pensait qu’avec un suffrage universel incontrôlé, les élections deviendraient un concours de personnalités basé sur des performances télévisuelles, comme c’est le cas en Occident. Selon lui, les politiciens aux meilleurs discours et les plus télégéniques ne sont pas nécessairement les meilleurs pour bien gérer un gouvernement.

Des élections en bonne et due forme se tiennent à Singapour, mais le pays est mené par un seul parti depuis des décennies : le People’s Action Party (PAP). Le gouvernement use de poursuites judiciaires en diffamation pour bloquer l’opposition. Des autorisations sont obligatoires pour les rassemblements publics. En revanche, Singapour a évité la répression brutale et violente que l’on observe dans plusieurs pays.

Le gouvernement accorde beaucoup de poids à la classe moyenne en lui donnant accès à des forums de discussions avec les élus. Comme elle se sent écoutée et considérée, elle n’est pas tentée de réformer le système.

Ainsi, avec une opposition circonscrite dans un cadre restreint, le PAP détient 82 des 101 sièges au Parlement. Selon Jones, Singapour a moitié moins de démocratie que les pays Occidentaux, ce qui est peut-être un peu trop extrême.

Cependant, ce pays présente deux atouts importants lui permettant de bien fonctionner : des citoyens parmi les plus éduqués au monde et un système judiciaire considéré comme très indépendant par des organismes tels que le World Justice Project et la Banque Mondiale (Rule of Law Index).

Donc Jones ne recommande pas un système comme Singapour du fait de son déficit de démocratie. Il préconise seulement un petit pas dans cette direction afin d’atteindre le seuil de 10% de démocratie en moins.

Des fonctionnaires de carrière

Aux États-Unis, un nouveau président élu doit nommer et faire approuver par le Congrès 1200 postes à la direction d’importantes agences gouvernementales avec des dizaines de milliers d’employés, des dizaines de milliards de dollars de budget et des responsabilités de la plus haute importance ; comme par exemple la gestion de l’arsenal nucléaire américain, de l’infrastructure servant aux prévisions météorologiques, incluant les alertes de tornades.

Environ 4000 postes sont nommés par l’administration au pouvoir ! Aucune chance pour que ces personnes disposent des connaissances suffisantes pour effectuer un bon travail dès le début de leur contrat.

Dans The Fifth Risk , de Michael Lewis, un haut fonctionnaire du gouvernement américain explique que lorsque l’un de ces fonctionnaires a accumulé suffisamment d’expérience et de connaissances pour bien comprendre l’agence gouvernementale qui l’emploie, il est temps pour lui de partir car un nouveau président élu le remplacera par son propre candidat.

Quand le sénateur républicains Rick Perry a été nommé à la tête du Département de l’Énergie, il n’avait aucune idée des missions de cette agence et avait même déjà déclaré vouloir la supprimer. Il a par la suite reconnu avoir regretté cette affirmation.

Comme le démontrent les exemples des juges, des trésoriers et des régulateurs de services publics, la grande majorité de ces postes devraient plutôt être assurés par des professionnels permanents et compétents plutôt que par des amis du parti au pouvoir qui ne sont là que pour quatre ans.

Au Québec, durant la pandémie de Covid-19, la situation aurait probablement été bien mieux gérée si la direction de la santé publique composée de fonctionnaires permanents, et aidée par des épidémiologistes professionnels, avait eu davantage de pouvoir que le ministre de la Santé et le Premier ministre constamment soumis à des préoccupations et pressions électorales, au détriment de la santé publique.

Conclusion : et si nous avions 10 % de démocratie en moins ?

L’aristocratie peut dériver en oligarchie, la monarchie peut devenir tyrannique et la démocratie peut céder à un populisme extrême. La démocratie est certes le moins pire de ces trois systèmes, mais jusqu’à quel point ?

Une nation pourrait en principe être démocratique, tout en étant hautement corrompue ou discriminante envers les minorités. C’est pourquoi il doit exister des limites et des institutions : Constitution et Charte des droits, Cour suprême indépendante.

Le livre de Garrett Jones fournit des pistes intéressantes et réalisables visant l’amélioration du système :

  1. Des élus aux mandats plus longs, soit 5 ans et plus, plutôt que 2 ou 4 ans.
  2. Des fonctionnaires professionnels permanents et nommés.
  3. Des électeurs éduqués, via un droit de vote à 30 pour ceux n’ayant pas terminé l’école secondaire.
  4. Des sénateurs ayant davantage de poids (Chambre haute ou Chambre des Lords) et diplômés des meilleures universités.

Ces réformes ne transformeraient pas les États-Unis ou le Canada en États non-démocratiques. Elles ne feraient que réduire le niveau de démocratie d’environ 10 %…

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    Les banques centrales défient Einstein

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Thursday, 11 February, 2021 - 03:40 · 9 minutes

banques centrales

Par Simone Wapler.

Les banques centrales manipulent les taux d’intérêt à la baisse et, pire encore, les forcent en territoire négatif. Ce faisant, elles vont à l’encontre d’un grand principe qui a prévalu durant cinq millénaires : la capitalisation par les intérêts composés, instrument de développement de l’épargne et donc du développement économique.

Albert Einstein aurait conclu que « les intérêts composés sont la plus grande force de l’univers » après avoir étudié la Summa de arithmetica, geometria, de proportioni et de proportionalita du mathématicien Luca Pacioli . Ce document de 1494, écrit par un moine franciscain, est un traité de 600 pages qui rassemblait la somme des connaissances mathématiques de l’époque, mais aussi des éléments de comptabilité en partie double et une table des monnaies, poids et mesures italiens.

Cet ouvrage de vulgarisation donnait aussi de magistrales recettes financières telles que la règle de 72, une façon rapide de mesurer l’effet des intérêts composés :

« Si vous voulez savoir, pour un taux d’intérêt annuel fixé en pourcentage, dans combien d’années vous reviendra le double du capital initial, alors gardez à l’esprit le chiffre 72 et divisez-le par le taux d’intérêt, ce qui vous donne en combien d’années il sera doublé. Exemple : quand l’intérêt est de 6 pour 100 par an, j’affirme qu’en divisant 72 par 6, il vient 12 donc le capital sera doublé en 12 années. »

  • Douze ans de rémunération à 6 % suffisent pour doubler un capital.
  • Dix-huit ans de rémunération à 4 % suffisent pour doubler un capital.
  • L’éternité ne suffira pas à 0 %.

La capitalisation, un cercle vertueux

La boutade d’Einstein résumait la puissance de ce que nous appelions encore récemment la capitalisation.

Il s’agit d’ un cycle vertueux qui récompense l’épargne : celui qui renonce à une dépense immédiate, s’il met son argent à disposition de quelqu’un d’autre, est gratifié d’un taux d’intérêt lui permettant de retrouver par la suite plus que son capital initial. Durant sa durée d’indisponibilité, son épargne est utilisée par des entrepreneurs afin de développer une offre de produits ou services qui, sans ce financement, ne pourrait pas voir le jour aussi vite.

Il existe évidemment un risque, celui de la faillite de l’entrepreneur et donc de ne pas revoir son épargne. Le taux d’intérêt récompense donc à la fois le sacrifice que représente la durée d’indisponibilité et le risque pris.

En forçant les taux d’intérêt à la baisse, les banques centrales punissent les épargnants . Elles faussent aussi les deux plus importants indicateurs économiques qui sont :

  • L’abondance ou au contraire la rareté de l’épargne. Plus il y a d’épargne disponible, plus il y a d’argent à prêter, plus les taux d’intérêt vont baisser. Inversement, moins il y a d’épargne, plus les taux d’intérêt vont monter.
  • Le coût du risque pour une entreprise donnée. Par exemple, dans un environnement économique où le taux moyen à 10 ans est de 5 %, une entreprise qui se lance dans une aventure risquée empruntera à 10 % tandis qu’une entreprise solide dégageant de solides bénéfices empruntera à 3 %.

La plus grande force de l’univers au service des retraites

Si en France la retraite par répartition prévaut, dans la plupart des pays les systèmes de retraite s’appuient surtout sur la capitalisation . Lorsqu’elle existe, la répartition ne fait qu’assurer un minimum vieillesse, juste de quoi survivre.

C’est un choix rationnel car « À prestation égale, la capitalisation permet au futur retraité de cotiser moins qu’en répartition pure puisque les versements produiront des intérêts. » comme l’explique l’institut Molinari dans son étude publiée en partenariat avec Contrepoints .

Lorsqu’il arrête de travailler, le retraité consomme un capital qu’il a accumulé et qui s’est accru par l’effet des intérêts composés durant sa vie active. Le nombre important d’adhérents aux fonds de pension permet de diversifier les investissements et de lisser les risques.

Au contraire, dans un système de retraite par répartition comme en France, le retraité ponctionne les actifs. En pratique, la répartition dépend d’un « taux d’intérêt biologique » équivalent au taux de croissance de la population.

Un tel système de retraite par répartition est adapté aux pays dotés d’une population en croissance et/ou aux pays dont l’économie a été ruinée. Notons au passage que c’était le cas de la France après la Seconde Guerre mondiale. Cependant, dès que ceux dont l’épargne a été détruite ou ceux qui n’ont pas eu le temps de la constituer ont disparu, le système par capitalisation est évidemment préférable.

Car pour le cotisant, les performances d’un système de retraite par répartition sont toujours inférieures à celle d’un système de retraite par capitalisation, justement en raison de la magie des intérêts composés. Que les fonds de retraite par capitalisation soient privés ou publics ne changent rien à la donne. De surcroît, les pays pratiquant la retraite par capitalisation profitent d’une masse d’épargne qui vient irriguer les besoins d’investissement de l’économie, ce dont se privent les pays pratiquant le système par répartition.

La politique monétaire actuelle, conduite depuis plus de dix ans par la banque centrale européenne, tue les systèmes de retraite par capitalisation aussi sûrement qu’une démographie déclinante tue les systèmes de retraite par répartition.

La plus grande force de l’univers au service de la croissance économique

Du temps de la finance de grand-papa, les banques et les fonds d’investissement assuraient un service dit d’intermédiation de l’épargne. Ils agrégeaient de multiples petits dépôts d’épargnants qu’ils rémunéraient d’intérêts et prêtaient – à des taux d’intérêt supérieurs – à des investisseurs-entrepreneurs qui avaient besoin de beaucoup de capital.

La différence entre les taux servis par la banques aux épargnants et les taux demandés par la banque à ses emprunteurs s’appelait la marge de transformation. Elle permettait à la banque de mettre des bénéfices en réserves, ce qui venait augmenter ses fonds propres, nécessaires pour couvrir la casse si un emprunteur venait à défaillir.

L’épargnant profitait ainsi de la plus grande force de l’univers pour faire grossir son pécule. Il engrangeait sa récompense pour accepter l’immobilisation de son argent. Les banques mesuraient soigneusement leurs risques et engrangeait des bénéfices sur les risques pris. Les entrepreneurs trouvaient des financements.

Bien sûr, la finance de grand-papa n’était pas le pays des bisounours. Des entrepreneurs pouvaient entraîner des banques dans leur faillite. Des épargnants pouvaient voir une partie de leur pécule s’évaporer. Mais dans le pire des cas, c’était l’épargne déjà existante qui était détruite. C’est-à-dire une partie du passé.

Au temps de la finance de grand-papa, les gens parlaient de capacité d’épargne et non pas de capacité d’endettement.

Jusqu’à l’arrivée de la finance moderne, la plus grande force de l’univers était naturellement à l’œuvre. En dehors des périodes de guerre et de destruction, le développement économique s’appuyait sur cette force ainsi que sur la démographie.

La force destructrice des banques centrales

Le système monétaire et bancaire moderne n’est plus adossé à l’épargne mais à la dette et surtout à la dette publique garantie par un État au travers de sa capacité à lever l’impôt, autrement dit à prendre de force à ses administrés.

Dans la finance moderne, on ne parle plus de capacité d’épargne, on parle de capacité d’endettement. On ne dit plus que « les dépôts font les crédits » , on dit que « les crédits font les dépôts ».

Dans la finance moderne, les banques prêtent de l’argent qui n’existe pas encore. Les banques commerciales achètent ce privilège auprès d’une banque centrale en empruntant l’argent du futur au taux directeur arbitrairement fixé par cette dernière.

Que se passe-t-il si les banques ont trop prêté et que de nombreux emprunteurs ne peuvent rembourser parce que les bénéfices escomptés ne sont pas là ?

Selon les cas la banque centrale :

  • permet aux emprunteurs (banquiers ou grandes entreprises) d’emprunter encore moins cher et de rééchelonner leurs prêts,
  • rachète les créances pourries des banques,
  • paye les banques pour prêter l’argent qu’elle crée.

Quant aux États, ils empruntent toujours plus (l’argent du futur qui sera pris aux contribuables) et dépensent prétendument pour améliorer l’économie au gré des lubies des fonctionnaires et des politiques électoralistes. Les talents entrepreneuriaux de la bureaucratie et des politiciens étant toutefois modérés (pour ne pas dire nuls), l’argent du futur est abondamment gaspillé.

Que se passe-t-il de nos jours lorsque les États risquent de se trouver confrontés à une crise de leurs finances publiques ? La banque centrale achète leurs émissions de dettes pour masquer la déconfiture.

État, banque centrale et banques commerciales constituent la triade maléfique du capitalisme de connivence . Cet état de fait est parfois qualifié de néolibéralisme ou d’ultralibéralisme par ceux qui n’ont aucune culture économique et financière. Il n’y a rien de libéral au monopole étatique ou supra-étatique de la monnaie, de la création monétaire et au contrôle des taux d’intérêt.

La dernière innovation dans les cartons des banques centrales consiste désormais à éliminer les banques commerciales grâce à la « monnaie banque centrale digitale ». L’euro numérique devrait ainsi voir le jour dans cinq ans, selon les vœux de Christine Lagarde.

La création monétaire sera donc centralisée et bureaucratisée, distribuée en direct par la banque centrale, les banques commerciales devenant dès lors inutiles. Votre compte de dépôt sera entre les mains d’une banque centrale en état de monopole européen et au pouvoir discrétionnaire. Il s’agit d’une étape de plus dans la centralisation de ce qui n’est qu’une escroquerie.

Mais on ne défie pas impunément la plus grande force de l’univers. On ne défie pas non plus le principe de base de l’économie qui veut qu’on échange quelque chose contre autre chose et non pas contre du vent. Or, la monnaie ou le crédit créés à partir de rien ne sont que du vent.

Cette ultime escroquerie se terminera donc évidemment par une monstrueuse crise monétaire généralisée. Et si vous croyez que l’État vous en protégera , vous faites fausse route, il est au contraire complice.