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    Covid : 4 erreurs de management du gouvernement

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Thursday, 19 August, 2021 - 02:30 · 4 minutes

crise

Par Alain Goetzmann.

Décidément, nos gouvernants n’arrêtent pas de se prendre les pieds dans le tapis à chacune des décisions qu’ils nous imposent dans la mise en œuvre des mesures contre la pandémie.

L’exemple ne vient pas d’en haut

D’abord, étonnons-nous de leur méconnaissance d’une des règles de base de tout bon management : l’exemple. Il ne leur est pas interdit de se souvenir de cet aphorisme du docteur Schweitzer : « L’exemple n’est pas la meilleure façon d’influencer les autres, c’est la seule » .

Or, si nous sommes tous privés de restaurant, parfois de cantine, soumis à l’inconfort du click & collect, les cuisines de l’Élysée, de Matignon, de tous les ministères, de l’Assemblée nationale, du Sénat, des préfectures et bien d’autres encore, restent ouvertes.

On a fermé les librairies et les rayons jouets des grandes surfaces par solidarité avec les boutiques. Qu’attend-on pour faire de même avec les salles à manger officielles par solidarité avec les restaurateurs ? On objectera que la technocrature a besoin de s’alimenter et ne peut être rabaissée au lot commun, mais c’est un mauvais exemple, qui décrédibilise un grand nombre de mesures.

Manque de cohérence

Ensuite, la cohérence des mesures et la répartition des rôles. Alors que la population attend de ses élus l’expression d’une vision globale, puis la mise en œuvre de mesures par les autorités compétentes, notre président s’est progressivement transformé en chef de bureau, déroulant régulièrement des instructions détaillées, dont l’incohérence apparaît ensuite, au moment de leur mise en application, décrédibilisant de plus en plus sa fonction.

« Pas plus de trente personnes à la messe » en est un exemple caricatural. Comment comprendre qu’une telle mesure, de portée générale, ne puisse être modulée en fonction de la taille des lieux de culte ? Une cathédrale peut-elle être traitée de la même façon qu’une chapelle ?

Un autre modèle d’incohérence est le système des attestations écrites que l’on rédige soi-même. Le résultat de ces mesures idiotes est que les Français les plus modérés, ceux qui ne transgressent jamais la loi, le font désormais allègrement.

Nos dirigeants ont oublié cette autre règle du management : il ne faut jamais donner un ordre si on ne dispose pas les moyens de le faire respecter.

Organisation toujours top down

Dans le monde des entreprises, cela fait des années maintenant qu’on recommande des organisations en bottom up et la disparition des modèles top down , devenus archaïques.

Visiblement, l’information n’est pas parvenue à nos hommes politiques. Pourtant, alors que cette année est célébré Charles de Gaulle, ils seraient bien inspirés de relire ses premiers ouvrages, La discorde chez l’ennemi (1924), dans lequel il considère que le succès de l’armée prussienne, en 1870, est dû à une très forte décentralisation des responsabilités et au respect d’un puissant corps de doctrine élaboré par le général en chef Moltke et Le fil de l’épée (1932) qui traite de l’exemplarité dans le commandement et l’animation des hommes.

Méconnaissance des règles de compétitivité

Enfin, la méconnaissance des règles de compétitivité, qui fait de nous le champion du monde de la fiscalité, vient de recevoir une nouvelle démonstration par l’interdiction des remontées mécaniques en stations , alors que la Suisse, notre plus grand concurrent en la matière, et qui s’en sort plutôt mieux face à la pandémie, autorise les siennes et va gagner durablement des parts de marché.

Alors, on nous répond que l’État aide les secteurs sinistrés, ce qui est apparemment vrai, mais comporte de nombreuses zones d’ombre qui elles, ne sont jamais détaillées lors des conférences de presse.

En réalité, les montants colossaux que l’État prétend nous octroyer, alors qu’il s’agit de nos impôts ou de dettes supplémentaires que devront bien payer un jour nos enfants et nos petits-enfants, ne compensent que partiellement les conséquences de ses décisions.

Il n’y a rien à faire. La technocrature française n’écoute rien ni personne hors du sérail et n’apprend rien de ses insuffisances. Sa volonté de tout contrôler, son refus de faire confiance aux citoyens et aux élus de proximité, son interventionnisme jusque dans les moindres détails, vont nous conduire à une crise majeure qui se manifestera au printemps.

Nous avons un président qui se targue de culture philosophique. Peut-on lui suggérer de s’imprégner du rasoir d’Ockham , ce principe qui date du XIVe siècle et qui prône la simplicité, l’économie, la parcimonie et que de facétieux penseurs modernes ont traduit par : « Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ».

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Un article publié initialement le 6 décembre 2020 .

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    La monarchie parlementaire : un régime défenseur des libertés

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Thursday, 20 May, 2021 - 02:45 · 4 minutes

Par Alexandre Massaux.
Un article de l’Iref-Europe

Les monarchies parlementaires, comme certains pays du Commonwealth et scandinaves, dominent les classements des libertés économiques et politiques. L’importance donnée au Parlement tout comme la non-politisation du chef de l’État offrent un cadre institutionnel propice à des décisions libérales.

La mort du prince consort Philip Mountbatten, mari de la reine Elizabeth II, a soulevé des questions relatives au rôle de la monarchie dans nos sociétés modernes. Certains en France vont même jusqu’à considérer ce modèle dépassé et estiment qu’il devrait être aboli en faveur de la république.

Pourtant, cette dernière est-elle nécessairement un meilleur régime ? Les indicateurs et classements évaluant le degré de liberté des pays démontrent le contraire : la monarchie parlementaire se révèle efficace en matière de protection des libertés. Sa structure institutionnelle peut l’expliquer : le pouvoir est paradoxalement moins concentré entre les mains d’une seule personne.

Les monarchies dominent en matière de libertés économiques et civiles

Le Royaume-Uni n’est pas la seule monarchie parlementaire en Occident et dans le monde industrialisé. En Europe continentale, la majorité des pays nordiques sont, encore de nos jours, des monarchies. En Scandinavie, la Norvège, la Suède et le Danemark sont dirigés par des dignitaires royaux. Tout comme au Benelux, la Belgique, les Pays-Bas et le Grand-Duché du Luxembourg.

Même situation en Espagne. Plus loin, plusieurs pays du Commonwealth sont sous l’autorité de la couronne britannique : le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont comme chef d’État Elizabeth II, représentée par des gouverneurs généraux. Et le Japon a gardé son empereur.

Il paraît pertinent d’analyser la performance de ces pays en matière de libertés économiques et politiques. L’Index de l’Heritage Foundation de 2021 offre des informations sur les premières. Le classement du Cato Institute de 2020 et les données de la Freedom House donnent des éléments sur les libertés politiques et civiques. Le tableau ci-dessous met en évidence le rang des monarchies dans les deux premiers classements et leur score attribué par la Freedom House. La République française est utilisée comme pays de comparaison.

Plusieurs observations s’imposent. Les monarchies occupent plus de la moitié des « top 10 » des pays les plus libres et certaines se situent à la première place. En matière économique, à l’exception de l’Espagne, toutes sont classées « libres » ou « majoritairement libres ». Les pays du Commonwealth sont, en moyenne, légèrement plus performants que les monarchies continentales.

Le score plus faible de l’Espagne peut en partie s’expliquer, la monarchie ayant été rétablie à l’initiative du général Franco à la fin de son règne. Elle est donc plus récente et c’est un choix politique. Enfin, la principauté du Liechtenstein est absente de ce tableau car elle ne figure pas dans les classements d’Heritage et du Cato.

Une politique menée par un Parlement plutôt que par un homme providentiel

Dans tous ces pays, le monarque a des pouvoirs très limités, voire symboliques, contrairement aux républiques présidentielles comme la France ou les États-Unis où le président détient pratiquement à lui seul le pouvoir décisionnel.

Aux États-Unis, le Congrès joue un rôle de garde-fou mais en France, le Parlement apparaît de plus en plus comme une chambre d’enregistrement. La discipline de vote au sein de la majorité et en faveur de l’exécutif présidentiel ne favorise pas le débat politique au niveau législatif.

Dans les monarchies, la vraie tête active de l’exécutif est le Premier ministre, qui tire sa légitimité du Parlement. Là où un Président l’obtient de son élection, le Premier ministre voit son sort dépendre du Parlement qui peut le révoquer. De même, il n’est pas lié à la volonté du chef de l’État. C’est l’une des raisons qui permet à ces régimes monarchiques de mieux fonctionner qu’une république.

Dès lors, quelle différence entre une république parlementaire comme l’Allemagne et une monarchie ? Dans certains pays comme le Royaume-Uni, le monarque possède des pouvoirs utilisables en temps de crise. Ainsi la reine d’Angleterre a un droit de veto qu’elle a déjà fait valoir dans le passé .

Certes, les présidents républicains ont également cette capacité. Mais le fait que le monarque ne soit pas désigné directement par une procédure électorale comme en France ou indirectement comme en Allemagne, empêche une décision purement politicienne. Si le rôle réel du monarque est limité, son rôle symbolique est puissant. Le roi réunit le pays sur sa personne. Son pouvoir moral et exceptionnellement juridique offre une limite au pouvoir des autres institutions.

Telle est la force de la monarchie constitutionnelle : décentraliser la prise de décision avec le Parlement tout en assurant une stabilité de la nation en temps de crise grâce à un dirigeant qui reste au-dessus de la mêlée.

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    La métropolisation de la France, un danger pour la République

    news.movim.eu / LeVentSeLeve · Monday, 10 May, 2021 - 01:10 · 19 minutes

La métropolisation est une tendance lourde de nos sociétés. Né aux États-Unis, ce phénomène de concentration de la production de richesses dans de très grandes agglomérations a gagné la France au cours des dernières décennies et l’a profondément transformée. La métropolisation a conduit à une éviction des classes moyennes et populaires des métropoles, renvoyées dans une France périphérique appauvrie. La crise des Gilets jaunes a mis en lumière les dommages démocratiques de cette partition sociale et territoriale. C’est la thèse de Pierre Vermeren, professeur d’histoire contemporaine à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, qui vient de publier dans la collection Le Débat chez Gallimard L’impasse de la métropolisation . L’historien souligne que la conquête électorale des métropoles par l’écologisme politique paraît relever davantage d’un réflexe de fermeture sur soi que d’une prise en compte du problème posé. 1

La nouvelle économie de services à la française a détruit l’ancien modèle économique. Les chiffres sont spectaculaires. En un demi-siècle, l’emploi industriel a régressé de plus de 40% à 10% de la main-d’œuvre et l’agriculture s’est effondrée de 15% à 2% des emplois. Cette fuite en avant vers l’économie tertiaire et financière touche tout le territoire et toutes les activités. Toutefois, elle est particulièrement marquée dans les métropoles, celles-ci ayant peu à peu répudié leurs activités industrielles, une tendance qui ne faiblit pas. Citons l’arrêt de l’usine AZF à Toulouse en 2001, qui fait suite à la première grande catastrophe industrielle du siècle, ayant tué 31 personnes, blessé 2 500, et fait 2 milliards d’euros de dégâts ; la fermeture de l’usine PSA d’Aulnay-sous-Bois en 2013 et des dernières grandes usines Nexans et SITL à Lyon de 2013 à 2015 ; ou la fermeture de l’usine Ford de Blanquefort-Bordeaux en 2019. Les deux exceptions sont – jusqu’à la Covid – le grand port de Marseille-Méditerranée et les industries aéronautiques à Toulouse et Bordeaux, même si ces dernières sont autant des industries de cadres que de main-d’œuvre.

Une économie de cadres très productive…

Les métropoles sont devenues des bassins d’emplois presque exclusivement tertiaires, avec un très fort taux d’encadrement, ce qui est un paradoxe pour des villes qui furent presque toutes de grandes cités ouvrières : Paris, ancienne capitale industrielle de la France ; Lyon, la ville des soyeux, des canuts et de la chimie ; Lille-Roubaix-Tourcoing, capitales du textile ; Marseille, Bordeaux et Nantes, anciennes capitales portuaires et d’industries navales. Cette page définitivement tournée, les capitaux bancaires et industriels ont été reconvertis dans les activités tertiaires les plus rentables. C’est le rêve de « l’entreprise sans usines », cher à l’ancien PDG d’Alcatel, Serge Tchuruk. Quand il l’énonça en 2000, ce fut un choc : mais sa prédiction, qui était alors le vœu secret de la technostructure française, s’est autoréalisée.

Pour contourner le coût du travail élevé en France, dû aux charges sociales et au haut niveau de contestation sociale, les capitaux ont délaissé la productions des biens matériels au profit des services immatériels. Ce choix ne fut celui ni de l’Allemagne ni celui du Japon, ce qui oblige à y reconnaître un choix délibéré. Les cadres sont apparus comme politiquement plus sûrs que les ouvriers, et leur valeur ajoutée plus performante. Ainsi se sont à la fois multipliés dans les métropoles – prestige et confort obligent – les services aux entreprises et les services à la personne, qu’ils soient marchands ou non marchands. Ainsi, l’hôpital public se développe en même temps que les cliniques privées, et les universités publiques aux côtés de grandes écoles privées. On pourrait rétorquer que l’État a créé et réparti des universités et des hôpitaux sur tout le territoire. Mais les services hospitaliers de pointe sont aussi concentrés dans les CHU, qui accueillent aussi les médecins les mieux rémunérés, les professeurs d’université et les étudiants et diplômés les mieux classés.

Car la métropolisation concentre les emplois privés de cadres dans ces régions urbaines. La fin des usines a entraîné la grande migration des ingénieurs vers les agglomérations. Depuis le tournant du siècle, ce mouvement touche aussi les architectes, les médecins, et les professions libérales en général.

Certes, les services à la personne comme le tourisme ou l’hôtellerie-restauration mêlent des emplois de main-d’œuvre sans qualification, mal rémunérés, et des emplois à haut revenus : mais la particularité des métropoles est qu’elles ont réussi – comme pour la médecine – à capter la plupart des emplois les mieux rémunérés. Dans la fonction publique, le tertiaire de commandement a trouvé refuge dans ces métropoles ; et dans le secteur concurrentiel, le mouvement est encore plus marqué. L’État doit en effet maintenir des emplois de cadres, même en petit nombre, dans tous les départements, que ces emplois soient universitaires, hospitaliers, militaires, judiciaires ou liés au réseau de la préfectorale. Mais la balance n’est pas équilibrée. 85% à 90% des énarques résident à terme en Île-de-France, ce qui reflète la réalité de l’organisation et de la centralisation de l’État. De même, les emplois les mieux rémunérés de la fonction publique territoriale se concentrent dans les capitales régionales, qui sont en majorité des métropoles depuis la réforme de François Hollande. Or la question est plus large.

À Paris, presque la moitié de la population est désormais composée de cadres supérieurs, soit 44% : cette proportion considérable se réduit au fur et à mesure que l’on s’éloigne de Paris et du cœur des métropoles. Elle tombe à 37,5% dans les Hauts-de-Seine (petite couronne), 30% dans les Yvelines (grande couronne) et à moins de 10% dans les départements du Cantal ou de la Lozère, parmi les plus ruraux de France. À s’en tenir aux cadres du secteur public, l’écart serait moins important. Mais, dans le secteur privé, ce serait pire. Car la métropolisation concentre les emplois privés de cadres dans ces régions urbaines. La fin des usines a entraîné la grande migration des ingénieurs vers les agglomérations. Depuis le tournant du siècle, ce mouvement touche aussi les architectes, les médecins, et les professions libérales en général. Cela tient, pour partie, à la féminisation de ces métiers, à leur concentration dans des structures plus larges (cabinets d’avocats ou d’architectes remplacent les indépendants d’autrefois), mais surtout à la concentration des richesses produites dans les métropoles. La richesse attire les cadres car elle peut les rémunérer selon leurs attentes, et ils la font croître en retour.

La puissante catégorie sociale des cadres, passée en soixante ans de 5 % à 15-17% des actifs, ce qui, en 2020, représente 4,7 millions de personnes (famille non comprises), réside aux deux tiers dans les métropoles. Ce fut l’objectif des maires de Nantes, Bordeaux ou Toulouse que d’attirer dans leur ville ces actifs haut de gamme, désireux de quitter Paris et ses nuisances pour s’installer dans une grande ville de province. Non seulement ils démontrent par leur choix l’attractivité de la ville choisie, mais ils renforcent tous les mécanismes ardemment souhaités par les municipalités (montée des prix de l’immobilier, gentrification, élargissement des bases fiscales, image de marque, création de richesses et de nouvelles entreprises, etc.).

Cette dynamique de métropolisation repose principalement sur la mobilité des hauts emplois de services (public ou privé). Elle se traduit par la constitution de milieux sociaux et de vie homogènes, comme l’Ouest parisien, le centre de Bordeaux, le centre et la banlieue ouest de Lyon, les quartiers du centre et sud de Marseille et, de l’autre, par la concentration des administrations et des entreprises à forte valeur ajoutée. CHU, grandes écoles et universités offrent localement des services à la personne (formation, santé, entre autres), tandis que dans les entreprises de services aux entreprises (informatique, communication, publicité, banques, finance, conseil, etc.) accroissent les revenus, les ressources fiscales et les investissements.

En 2019, les douze métropoles françaises produisent plus de la moitié du PIB national, alors qu’elles n’occupent qu’une infime partie du territoire, près de 5% (dont 2,5% pour l’Île-de-France). Elles hébergent les deux tiers des cadres français, ce qui est leur atout maître, dont un tiers en Île-de-France, et le second dans les onze autres (Lyon, Marseille/Aix, Lille, Bordeaux, Toulouse, Nantes, Strasbourg, Rennes, Montpellier, Nice et Grenoble). Certaines, comme Paris et Nice, abritent en outre une grande proportion de cadres retraités, ce qui contribue à l’économie générale du système métropolitain. Il s’ensuit un grand déséquilibre dans la production des richesses, la distribution des activités et des revenus au sein de l’espace national, plaçant les deux tiers des départements français dans une situation de dépendance chronique au sein du grand système national de redistribution, assuré par l’État et les organismes sociaux.

L’hécatombe des classes populaires urbaines

La partition territoriale qui sépare aujourd’hui les classes sociales françaises aisées de la majeure partie du peuple n’épuise pas la métropolisation comme prince de réorganisation de la société. Il serait faux et naïf de penser que la bourgeoisie française et les haut des classes moyennes peuvent se passer des classes populaires. Certes, le gros des classes populaires françaises a dû quitter le monde de la production, tant agricole (par excès de modernisation) qu’industrielle (par excès de délocalisation). L’artisanat a été réduit à sa plus simple expression par la standardisation, et l’industrialisation du bâtiment par la mode du jetable et par l’obsolescence programmée. Pourquoi recourir à des réparateurs ou à des couturières quand on jette, et à des peintres quand sa maison est équipée de PVC ?

Mais cela laisse intacts les services à la personne (nettoyage, aide aux enfants ou aux personnes âgées, restauration) et certains services aux entreprises (gardiennage, entretien des locaux et des espaces verts). Dans le grand chambardement territorial traversé par la France des années 1970 aux années 2000, les classes populaires ont quitté l’Île-de-France puis certaines métropoles pour se réinstaller assez loin : dans des zones rurales comme en Bretagne, dans des villes petites et moyennes, mais surtout dans le péri-urbain, à quelques dizaines de kilomètres de la ville-centre. La pavillonisation de l’habitat les a matériellement éloignées des bassins d’emploi des services à la personne ou aux entreprises. Or pour garder un enfant, il faut être disponible dès huit heures du matin ; pour ranger et préparer les restaurants, la fin de soirée est nécessaire ; pour nettoyer l’avenue des Champs-Élysées ou les transports en commun, on doit travailler en pleine nuit. Les employeurs ont besoin d’une main-d’œuvre de proximité et à faibles salaires. Or travailler de nuit à vingt ou quarante kilomètres de chez soi, surtout si l’on doit utiliser sa voiture personnelle – cité pavillonnaire oblige – pour un Smic ou à peine plus, n’a aucun intérêt économique.

Il est souvent dit que « les Français » refusent de faire des métiers dégradants, ce qui rend nécessaire un flux migratoire constant vers les métiers et secteurs « sous tension ». Cette explication, qui fait l’impasse sur la métropolisation, est biaisée : les prix de l’immobilier des métropoles se sont envolés en une génération – à l’inverse de l’Allemagne –, croissant deux à trois fois plus que les salaires versés ; poussées par la désindustrialisation, les classes populaires ont été chassées des villes. Il existe des exceptions, nonobstant le fait que certaines familles ont grimpé dans l’échelle sociale pour s’intégrer aux élites. Mais en général, à cause du chômage, de la transformation de l’environnement – devenu trop cher, ou non conforme aux habitudes antérieures –, ou pour défaut de famille nombreuse, les anciennes classes populaires n’occupent plus les logements sociaux. Beaucoup ont même quitté ceux qu’elles occupaient. En 2020, le parc social d’Île-de-France, de Marseille ou de Toulouse est très largement occupé par des familles d’immigration récente, que celle-ci remonte aux années 1980 ou 2000.

Une fois réalisé leur déménagement hors de la métropole, et réinstallées en pavillon ou dans une petite ville, il n’y a plus de retour possible. Ainsi sont partis les « déplorables », pour pasticher une citation de Hillary Clinton évoquant les électeurs populaires de Trump.

Le centre des métropoles – tantôt livré à la rénovation (quartiers Saint-Michel à Bordeaux, de la Gare de Lyon à Paris), à la construction de quartiers résidentiels (quartiers de la BNF à Paris rive gauche ou des bassins à flots à Bordeaux), de bureaux ou d’activités diverses (Euroméditerranée à Marseille, quartier des gares à Lille) – incite ou contraint les classes populaires subsistantes à quitter leurs quartiers de naissance ou de résidence. Une fois réalisé leur déménagement hors de la métropole, et réinstallées en pavillon ou dans une petite ville, il n’y a plus de retour possible. Ainsi sont partis les « déplorables », pour pasticher une citation de Hillary Clinton évoquant les électeurs populaires de Trump.

De nouvelles populations s’installent dans les quartiers réaménagés, répondant aux souhaits des municipalités des grandes villes. Celles-ci veulent attirer des CSP+, ces cadres pouvant répondre à la hausse des prix de l’immobilier, et dont les modes de vie sont conformes aux nouvelles attentes : la salle de sport remplacera le bistrot, et l’onglerie ou le magasin bio la charcuterie ou la droguerie d’antan. En outre, certaines populations mobiles, comme les touristes ou les étudiants, sont ciblées. Car la gentrification n’est pas subie mais voulue. Nous reviendrons, plus tard, sur cet aspect difficile à aborder : dans une capitale régionale en pleine expansion, soucieuse de son image de marque et désireuse de satisfaire ses nouveaux habitants, pourquoi s’embarrasser de gens à « problèmes » ? Les foyers de handicapés, les maisons de retraite, les hôpitaux, les trop grandes familles, voire les enfants, la pauvreté d’une manière générale sont des problèmes pour les édiles : cela coûte cher et occupe un personnel communal important, cela crée des servitudes, de sorte qu’à l’exclusion des ouvriers et employés indispensables au confort de ses habitants, la grande ville est tentée d’externaliser ces habitants ou ces activités vers la banlieue, voire sa grande banlieue. La nouvelle géographie de la localisation des EHPAD et des nouveaux équipements liés à la mort (arboretum funéraire, centres de crémation, chambres mortuaires, pompes funèbres) dans les métropoles serait très éclairante.

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Le-Debat/L-impasse-de-la-metropolisation

La conséquence de ces transformations réalisées en une ou deux générations est un rapide changement des populations métropolitaines. Dans la capitale girondine, il ne reste pas grand monde des Bordelais d’origine. Depuis l’abandon du port urbain de Bordeaux dans les années 1980 2 , suivi de la rénovation de la ville dans les années 2000, le turnover a été très rapide. La mystérieuse «bourgeoisie bordelaise », réputée distante, s’est considérablement renouvelée : François Mauriac n’y retrouverait pas beaucoup son monde. Aspirées par Paris, par d’autres métropoles ou la mondialisation, les descendants des élites d’autrefois sont souvent partis. Et que dire des classes populaires qui dessinaient l’autre visage de Bordeaux : gouailleur, parlant fort avec l’accent bordelais chantant, mâtiné de termes occitans ou espagnols. Ce petit peuple, qui vivait des activités du port, de l’industrie et du commerce du vin, a quitté la ville. La mairie et la presse locale préfèrent évoquer les « nouveaux Bordelais », cœurs de cible des communicants de la mairie. À Toulouse, La Dépêche du Midi a calculé, il y a quelques années, que sur ses 800 000 habitants les Toulousains d’origine sont moins de 200 000, alors que la ville-centre comptait plus de 400 000 habitants dès 2000.

Les populations des métropoles ont mué. Certes, du fait de son immense territoire – plus de deux fois Paris –, Marseille a conservé ses classes populaires. Mais elles ont changé : les musulmans sont passés de 15 000 en 1954 à 250 000 en 2011, une mutation spectaculaire. En 2011, Lille comptait, d’après sa maire, 35% de Maghrébins, un bond exceptionnel en deux générations. Hormis Marseille et Toulouse, le changement de population des métropoles leur a fait perdre leur accent et leur verve populaires, leur urbanité historique et leur manière spécifique d’être au monde. Un nouvel espace métropolitain national et interconnecté est en marche : il est devenu homogène et interchangeable.

La République en échec

L’impasse démocratique dans laquelle se sont engagées les métropoles a été évoquée au début de cet ouvrage. Elle touche le fondement de la démocratie politique : le scrutin électoral. Non seulement la participation électorale est devenue faible dans les grandes agglomérations, et même de plus en plus faible ; mais cette dégradation de la légitimité des élus, acquise par le suffrage universel, est aggravée tant par l’évolution du pouvoir des maires que par les structures sociologiques de la ville. Si les métropoles votent très peu, ainsi que nous l’avons évoqué, c’est que les segments de la société qui votent le plus (classes moyennes, retraités) ont été chassés de la ville-centre au profit de populations peu ou non votantes (étudiants, immigrés récents – souvent étrangers –, sans parler des touristes).

Évoquons, en outre, la nature du pouvoir municipal. Celui-ci est de moins en moins démocratique. Les élus d’opposition au conseil municipal n’ont en général que le pouvoir de la parole, étant sous-payés et n’étant pas associés aux décisions ; quant à la majorité municipale, elle est presque entièrement soumise aux décisions du maire, le conseil se contentant de voter en bloc les décisions prises au préalable entre le maire, ses services administratifs, son ou ses conseillers politiques, et quelques notables ou hommes d’affaires – des non-élus donc. Ajoutons qu’en dépit de la décentralisation, de nombreux facteurs limitatifs ont contribué à réduire la marge de manœuvre des maires ; il s’agit des communautés d’agglomération, des règlements et des normes, du caractère oligopolistique des fournisseurs aux collectivités – qui constituent un pôle majeur du capitalisme rentier à la française –, du principe de précaution et de la judiciarisation de la vie publique. Toute la chaîne démocratique en est atteinte.

Ajoutons qu’en dépit de la décentralisation, de nombreux facteurs limitatifs ont contribué à réduire la marge de manœuvre des maires ; il s’agit des communautés d’agglomération, des règlements et des normes, du caractère oligopolistique des fournisseurs aux collectivités – qui constituent un pôle majeur du capitalisme rentier à la française –, du principe de précaution et de la judiciarisation de la vie publique.

De tout cela résulte une baisse conséquente de la participation au vote, car les électeurs ont compris cette dégradation du pouvoir municipal. De grands « élus » municipaux, parfois présentés en « barons » ou en « princes » régionaux, ne sont élus que par des minorités. Dans les communes de Lille, Bordeaux ou Grenoble, dont la ville-centre est de taille modeste au regard de l’agglomération dans son ensemble, le maire n’est souvent l’élu que d’une infime partie de la population. Alain Juppé a été élu en 2014 par 46 489 électeurs, soit 33,1 % des inscrits de Bordeaux, mais 5,9% de la population de l’agglomération ; le maire de Montpellier, Philippe Saurel, a été élu avec 29 928 voix, soit 20,55% des inscrits, mais 6,64% des habitants de l’agglomération. En 2020, Martine Aubry a été réélue maire de Lille par 15 389 voix, ce qui représente 12,36% des inscrits, mais 1,31% des habitants de Lille Métropole. À de tels niveaux, la distorsion démocratique est presque rédhibitoire, même si tout semble continuer comme avant. Il n’est pas étonnant dans ces conditions que la couleur politique des métropoles puisse changer de manière difficilement prévisible, puisque tout dépend d’une petite cohorte de votants.

Forts de leurs principes démocratiques réaffirmés, les nouveaux maires écologistes de 2020 veulent-ils renouveler les pratiques et l’ancrage de la citoyenneté municipale ? Leurs premiers gestes et déclarations permettent d’en douter. Après Anne Hidalgo en 2019 à Paris, Pierre Hurmic à Bordeaux et Jeanne Barseghian à Strasbourg ont décrété « l’état d’urgence climatique ». Mais sans base juridique, ce projet vise à « défendre une limitation des libertés au nom du changement climatique [ce qui] n’est pas liberticide » (selon l’élue insoumise Manon Aubry) 3 . Libertés d’éclairages, de chauffage, de déplacement, de consommation, etc. seront désormais soumises à des réglementations contingentes spécifiques. Pourtant, si ces nouveaux élus se présentent en apôtres de la « démocratie participative », il y a un fossé avec leurs pratiques concrètes. Ces adeptes du « collectif » gouvernent leur ville et les métropoles entourés de leurs seuls proches : « Pierre Hurmic à Bordeaux, Grégory Doucet à Lyon ou, encore, Jeanne Barseghian à Strasbourg n’ont attribué qu’à des proches les postes de décision stratégiques, notamment les délégations des intercommunalités 4 ». Et la journaliste du Figaro Judith Waintraub d’ajouter : « Pierre Hurmic assume de ne pas partager le pouvoir à Bordeaux ».

Partition des électorats, faible appétence des électeurs, dérive technocratique du pouvoir municipal, dilution du pouvoir et des responsabilités, la liste est longue des maux de la crise de la République municipale qui gouverne les métropoles ; cela est d’autant plus fâcheux que leurs maires sont cités en exemple et érigés en interlocuteurs naturels de l’État. Eu égard à la place conquise par les métropoles dans la production des richesses, dans la reconfiguration de l’espace national et social du pays, il n’est pas abusif de dire que leurs manquements démocratiques sont un grave symptôme de la crise de la République.

Notes :

1: Les lignes suivantes sont issues de son ouvrage.

2 : Pierre Guillaume, « Bordeaux oublie son port », in Guy Saupin, Villes atlantiques dans l’Europe occidentale du Moyen Âge au XXe siècle , Rennes, PUR, 2006, p.419-427.

3 : Judith Weintraube, « Les folies des nouveaux maires écolos : leurs obsessions, leur idéologie, leurs dégâts », Le Figaro, 4 septembre 2020.

4 : J. Waintraub, op. cit. , 4 septembre 2020.

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    Aioz.tube, un YouTube sur blockchain

    news.movim.eu / Korben · Wednesday, 5 May, 2021 - 07:00 · 5 minutes

Logo Aioz.Tube

Avec la démocratisation de la technologie blockchain, il est logique de voir arriver des plateformes qui cherchent à dupliquer une idée qui marche déjà, et de la faire reposer sur cette nouvelle techno. Les plateformes de blogs, les réseaux sociaux, les VPN … tout est en train de passer en mode décentralisé. Aioz.tube « s’attaque » quant à lui aux géants des plateformes vidéos.

Présentation du projet Aioz

Le site Aioz repose sur une blockchain maison ( Aioz Network ) afin de distribuer le contenu vidéo de manière décentralisée. Ce n’est que la première pierre visible du futur écosystème qui comprendra streaming, partage de fichiers, etc.

De manière concrète, Aioz.tube va utiliser des nodes (noeuds) pour stocker, streamer et transférer les données depuis plusieurs points plutôt que depuis un serveur unique. Le service dispose actuellement de quasi 18 000 noeuds et ce nombre augmente chaque heure. Ce qui est plutôt sympa c’est que tout le monde peut devenir un noeud du réseau et donc augmenter la fiabilité de ce dernier, cela en recevant des tokens. Je pourrai éventuellement vous faire un tuto si ça vous intéresse, mais le site propose un exécutable facile à installer (Windows, Linux et MacOS).

Interface du logiciel de node pour Aioz

Le Token $AIOZ

Que vous soyez simple utilisateur ou que vous fassiez tourner un noeud, vous gagnerez des tokens $AIOZ. Chaque vidéo publiée sur la plateforme propose entre 1 et 3 pubs (selon la durée et ce que le créateur de la chaine a décidé si j’ai bien compris), et le gain est alors divisé entre chaque intervenant.

Au fil du temps vous allez donc générer des $AIOZ sur votre wallet. Tokens qu’il sera possible de retirer ou d’utiliser directement sur le site, notamment pour débloquer l’accès à des vidéos premium. Ce qui pourrait être intéressant pour les youtubeurs « aioztubeurs » qui auront une option de monétisation supplémentaire : proposer des vidéos exclus à quelques centimes, que les viewers peuvent acheter sans filer leur propre thune (juste via les gains reçus en regardant d’autres vidéos).

La page d En bas à droite, la zone dédiée aux gains de tokens

À voir si les tokens générés lors du testnet actuel seront conservés lors de la sortie de la version finale, mais à l’heure ou j’écris cet article la valeur du token est de 1.4 €

La plateforme vidéo

Niveau interface c’est assez semblable à du YouTube … si ce dernier avait 80% de fonctionnalités en moins (bouuuh mauvaise langue ^^). Aioz ne supporte pas encore la création de playlists, la mise en favoris, ni même de simplement vous abonner à une chaine ou filtrer le contenu (par date, etc.). Cela dit ça viendra assez vite je pense, j’ai déjà remarqué quelques petites modifs depuis que j’ai commencé à utiliser le site il y a seulement quelques jours.

Screenshot de l

Et puis on ne va pas comparer un service « tout neuf » (le travail ayant commencé il y a 2 ans) à un monstre comme YouTube qui a 15 ans d’expérience et des centaines d’employés. Les grandes rubriques mises en avant sont pour la plupart classiques : cryptomonnaies, musique, film & animation, véhicules, sports, animaux, gaming, politique & co.

The futur

Comme je l’ai dit plus haut, le service « Tube » n’est que la première brique et 2 autres projets sont déjà prévus :

  • Aioz TV : une appli de streaming temps réel, qui permettra de diffuser et monétiser son quotidien
  • Aioz OTT : un service d’abonnement vidéo qui permettra de streamer films et séries

Rien que d’ici fin 2021 de nombreuses choses sont attendues : le support du streaming, le support des smart contracts et des NFTs ainsi qu’un exchange décentralisé. Et l’an prochain c’est du partage décentralisé de fichiers, une API pour applications ou encore un SDK qui sont prévus. Bref c’est du lourd comme disent les gens qui ont pris du poids durant les confinements.

Mon avis

Aioz est toujours en mode Testnet donc pas encore en version finale , il y a toujours des bugs ici et là. Je n’ai par exemple pas encore été capable d’ajouter mes vidéos.

Le token ayant été lancé début avril 2021 il y a eu pas mal de buzz récemment et donc de nombreux nouveaux utilisateurs sont arrivés. Cela se traduit par quelques (gros) ralentissements selon l’heure à laquelle vous utilisez le site. Je pense que cela devrait se calmer au fil du temps avec l’arrivée de nouveaux noeuds dans le réseau donc attendons de voir.

La carte mondiale des noeuds Aioz

Niveau contenu … ça reste léger. Pas en quantité, mais surtout en originalité. Parce qu’on ne va pas se mentir, pour l’instant 80% des vidéos sont des copies de ce qui existe sur YouTube. En même temps c’est normal, je pense que beaucoup de créateurs sont encore en phase de test de la plateforme et/ou ont l’idée de s’en servir en tant que solution de replis en cas de problème.

Aioz n’est d’ailleurs pas le seul projet à tenter de se faire une place sur le créneau de la vidéo décentralisée en ligne, je vous ai déjà présenté D.Tube (il y a plus de 2 ans, si c’est pas être en avance sur son temps ça haha) et je prévois bientôt d’autres articles sur Theta, Gaze & Co.

Free the brevets

Depuis 2018 l’équipe derrière Aioz a déposé plusieurs brevets en développant sa technologie. Et depuis quelques jours ils ont décidé de les abandonner au grand public et de les rendre publics , une manière pour eux de rester au plus proche de l’esprit de transparence des blockchains.

Ils pensent que la compétition saine est une bonne chose pour tirer l’écosystème vers le haut et pour le bien des utilisateurs finaux. De futurs concurrents pourront donc se servir de leurs inventions pour progresser plus vite. Bande d’anarchissssstes ! lol

D’autres ressources :

KorbensBlog-UpgradeYourMind?d=yIl2AUoC8zAKorbensBlog-UpgradeYourMind?i=O3YtyYM8neI:6WdY24XFBKs:D7DqB2pKExkKorbensBlog-UpgradeYourMind?i=O3YtyYM8neI:6WdY24XFBKs:GG6oivYVkFsKorbensBlog-UpgradeYourMind?d=qj6IDK7rITsKorbensBlog-UpgradeYourMind?i=O3YtyYM8neI:6WdY24XFBKs:gIN9vFwOqvQKorbensBlog-UpgradeYourMind?d=7Q72WNTAKBA
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    Après la pandémie, il nous faut un monde plus libre

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Monday, 27 April, 2020 - 03:25 · 5 minutes

libre

Par Bob DiCostanzo.
Un article de The Libertarian Republic

Le coronavirus a pris la vie de plus de 154 000 personnes (au 18 avril, NdlR). C’est profondément triste et grave. J’ai quelquefois l’impression que nous perdons de vue cette tragédie dans le débat sur la « réouverture » du pays.

Mais je sais aussi que la réaction des administrations face à la crise a des conséquences sur la vie et sur la mort. Et nous devons résister énergiquement à toutes les décisions qui produiraient des effets bien pires encore.

Bien que le combat concernant l’avenir du pays ne soit pas au centre des préoccupations de beaucoup d’Américains, les libéraux doivent être prêts à exprimer en quoi une société plus libre est cruciale pour la reprise et en quoi elle est le meilleur moyen de nous préparer à une autre pandémie.

Commençons par la liberté économique

Ce principe a sorti des milliards de personnes de la pauvreté et a créé d’énormes quantités de richesses,  nous permettant de lutter contre le coronavirus mortel.   Élargir la liberté économique n’a jamais été plus important. C’est ce qui accélérera la reprise, mais cela exige d’abattre les barrières – impôts élevés, dépenses faramineuses, fardeaux réglementaires, etc. – qui ont entravé la création de richesses et refusé à tant de monde la chance d’une vie meilleure.

La leçon de la dépression de 1920-1921 est instructive. Si vous n’en avez jamais entendu parler, c’est sans doute parce qu’elle s’est terminée très rapidement. En réaction à un ralentissement économique brutal au début des années 1920, le gouvernement fédéral a coupé dans les dépenses et a laissé le marché fonctionner librement . L’économie a repris rapidement et a ouvert la voie aux « années folles ». Cet exemple qui montre le pouvoir des marchés forme un contraste saisissant avec la Grande Dépression qui a été prolongée par l’intervention de l’administration et n’a pris fin que lorsqu’on a laissé le marché récupérer de la Seconde Guerre mondiale.

Espérons que les officiels apprennent des leçons du passé car dans tout le pays les administrations font face à leurs propres crises économiques et fiscales. Selon le Comité pour un budget fédéral responsable, le déficit du budget fédéral est attendu à 3800 milliards de dollars pour cette année fiscale . Et il va probablement augmenter encore plus lorsque le Congrès aura voté un autre programme de dépenses pour aider les entreprises et les États qui font face au coronavirus. Pour situer les choses, le budget fédéral total pour 2015 était de 3700 milliards.

Si les administrations avaient mieux maîtrisé les dépenses, le secteur public et le secteur privé seraient en meilleure posture pour réagir à la pandémie. Au lieu de ça, le gouvernement fédéral laisse filer des déficits historiques ; la Réserve fédérale a engagé une augmentation jamais vue des prêts ; et les officiels qu’ils soient au niveau de l’État ou au niveau local, supplient pour obtenir des aides.

Cette crise ne devrait pas être utilisée pour promouvoir des administrations irresponsables et consolider des bureaucraties campées sur leurs positions. Les administrations et autres agences indépendantes devraient réagir à ces défis en réduisant leurs dépenses et en restructurant leur fonctionnement pour être plus agiles et en meilleure posture pour affronter les crises futures.

Les officiels fédéraux devraient envisager de réduire leurs dépenses actuelles pour compenser le coût du quatrième programme d’aide Coronavirus qui doit être approuvé par le Congrès dans les prochaines semaines.

La liste de recommandations constituée par Chris Edwards du Cato Institute est un bon point de départ pour chercher la réduction de dépenses. L’administration fédérale devrait aussi attacher des conditions à toute aide fédérale, afin de s’assurer que les organismes étatiques et locaux, ainsi que des organisations indépendantes, utilisent l’argent comme un tremplin pour la reprise plutôt que comme une béquille temporaire qui facilite la prodigalité .

Il nous faut une décentralisation radicale

La réaction en situation d’urgence sanitaire ne devrait pas dépendre d’agences fédérales telles que l’Agence des produits alimentaires et des médicaments ou les Centres de contrôle et de prévention des maladies. Les organisations hiérarchiques écrasent l’innovation, ce qui peut avoir des conséquences mortelles. Alléger ou éliminer les restrictions sur, par exemple, les tests et les vaccins devra être une priorité lorsque la crise sera passée.

Un autre facteur qui entrave la réaction au virus est la dépendance des États et des entreprises vis-à-vis de l’administration fédérale. C’est le produit de notre échec collectif à empêcher la croissance du Léviathan. Washington D.C. a fait croître son pouvoir aux dépens de nous tous, ainsi que des administrations étatiques et locales.   New-York est malheureusement un bon exemple.

D.C. prend régulièrement plus d’argent aux New-Yorkais que ce qu’il restitue à l’État sous forme d’aide fédérale . C’est problématique pour plusieurs raisons, y compris le fait de limiter ce que des États comme celui de New-York peuvent faire en réaction à une pandémie. La décentralisation atténue ce problème en permettant une plus grande proximité des ressources et du pouvoir auprès de la population de chaque État plutôt que de les concentrer à D.C. où ils sont souvent mal utilisés ou détournés.

La décentralisation devrait aussi prendre la forme de l’abrogation de lois et règlements qui restreignent artificiellement la fourniture de services et de personnel médicaux, en laissant les décisions d’allocation de ressources au marché plutôt qu’à des bureaucrates de l’administration ou des intérêts particuliers qui cherchent à se protéger contre la concurrence. Laisser au secteur privé des moyens d’agir est la meilleure manière de sauver des vies.

Le chemin qui nous attend sera difficile. Les libéraux vont devoir se battre plus durement que jamais pour s’assurer que les politiques existant de longue date ou celles adoptées récemment ne deviennent pas notre ordinaire quotidien.

Nos vies et nos libertés en dépendent.

Traduction pour Contrepoints de What should a post-pandemic America look like ?

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    De la décentralisation du net

    pubsub.gugod.fr / atomtest · Sunday, 8 November, 2015 - 23:00 · 6 minutes

Bonjour les gens, J'aimerai revenir sur une notion dont on a beaucoup parlé (au moins ici et là) et dont on parlera beaucoup encore, vu qu'il s'agit d'un pan important de ce pourquoi nous nous battons. J'aimerais clarifier et élargir toutes les très jolies choses que l'on met derrière ce terme, et é...

Bonjour les gens,

J'aimerai revenir sur une notion dont on a beaucoup parlé (au moins ici et ) et dont on parlera beaucoup encore, vu qu'il s'agit d'un pan important de ce pourquoi nous nous battons.

J'aimerais clarifier et élargir toutes les très jolies choses que l'on met derrière ce terme, et éviter qu'il continue de vous faire peur afin que vous puissiez enfin dormir enfin à peu près convenablement.

Ce que l'on vous a déjà dit

Comme a dû vous le dire Motius, le net d'aujourd'hui, ou du moins tel qu'il est en voie de devenir, est méchant. Enfin il n'est pas méchant, mais les gens qui ont la main dessus le sont. Où plutôt, rien ne peut les empêcher de l'être. Pourquoi ? Parce que ces acteurs du net détiennent un quasi-monopole des services qu'ils proposent, et pire encore, ils les accumulent. Désormais, les gens reposent leur entière activité internet sur deux ou trois sociétés, que ce soit pour les mails, les contacts, la communication instantanée, les réseaux sociaux... On a donc très peu de gros centres de services conséquents dans le monde. Mais ça vous le saviez déjà.

La décentralisation, au sens strict du terme, c'est la tendance à délaisser les centres des services au profit d'une répartition de la charge sur l'ensemble des utilisateurs de ce service. Cela passe par des protocoles spéciaux d'un type que l'on nomme pour l'occasion pair à pair, bien connu sous son nom anglais peer-to-peer. Mais ça, vous le saviez aussi.

L'intérêt du pair à pair, c'est que les utilisateurs du service ne sont plus dépendants de l'énorme araignée de la toile dans laquelle ils sont tenus prisonniers, mais de porter eux même les données ou de servir de point d'accès pour d'autres utilisateurs de ce même service. Donc plus il y a d'utilisateurs, plus le service est efficace, à l'opposé d'un service centralisé traditionnel (même si souvent les centres en question déploient des moyens colossaux et peuvent ainsi traiter beaucoup, beaucoup, mais genre vraiment beaucoup de demandes). De même, la censure d'un tel service est très difficile, car l'information est en elle-même insaisissable. Pour arrêter le service, il faut faire tomber un à un tous les pairs du service, et Dieu sait que parfois ça fait beaucoup. Ainsi il est impossible d'enrayer le téléchargement illégal du dernier Twilight en pair à pair, les autorités se réduisant à établir une liste des utilisateur du service afin de faire tomber le glaive impitoyable de la justice et de les châtier à grand coups de pied là ou je pense.

Rappelons que ces protocoles pair à pair ne sont pas illégaux, ce sont certains usages qui en sont fait qui le sont. On ne va pas interdire la gravité parce que la chute inattendue d'un rhinocéros du haut d'un immeuble sur la tête est potentiellement néfaste pour la santé du propriétaire de ladite tête (et pour le rhinocéros par la même occasion).

Un rhinocéros

Principal responsable de l'interdiction totale de la gravité (décret de 2035).

Tout cela vous le saviez. En tout cas vous devriez le savoir. Bon de toute façon, maintenant vous le savez.

Mais...

Je pense que je dois partager mon ressenti sur cette philosophie de la décentralisation.

L’inconvénient du pair à pair, c'est que trop peu de protocoles l'utilisent, ce qui le réduit aujourd'hui à un usage très marginal, dont celui qui n'est pas apprécié par ces respectables personnes chez Hadopi. On a bien quelques tentatives de démocratisation de services tout public en pair à pair, mais ils ont pour le moins beaucoup de mal à percer. Cela soulève également le problème de la standardisation, qui pourrait faire l'objet d'une autre tribune.

D'autre part, cela induit une conception totalement différente des principes des internets que l'on croyais acquis, dont le sacrosaint concept d'architecture client-serveur. En pair à pair, ça change du tout au tout, car il n'y a alors que des utilisateurs qui jouent les deux rôles à la fois, dans une sorte d'orgie de l'information.

Alors que faire ? Doit-on se plier à la dictature des grands de ce monde qui abusent de nos données et dont nous sommes la matière première ? N'ayez crainte, nous sommes les Gentils du Net, et même si le moment venait un jour de rendre les armes et de courber l'échine devant le totalitarisme des sociétés gangster cannibales et sans pitié d'un monde impitoyable, dénué de liberté et d'utilité par le fait, ce jour n'est pas arrivé !

À mon sens, la solution idéale dans l'état actuel des choses, quitte à adopter la décentralisation totale plus tard, passe par un élargissement du sens de cette décentralisation. Plutôt que de renoncer aux centres de services, créons-en énormément ! Je m'explique : je pense qu'il est louable que créer les propres services que nous utilisons. C'est le principe de l'auto-hébergement : on n'est jamais mieux servi que par soi-même. Et cela a l'avantage de pouvoir facilement éditer un contenu que vous mettez à disposition, puisque tous les accès dépendent de vous.

Cette structure n'est pas sans rappeler les premier jours des internets, à l'époque ou vous aviez une multitude de concurrents valables pour un même service. D'ailleurs, énormément de services vieux comme le net ont été conçu pour être compatibles entre différents centres. Les mails en sont un très bon exemple. Du coup, vous pouvez créer votre propre service mail, et pour le coup aller envoyer paitre Gmail, créer votre propre messagerie XMPP et envoyer valser Skype/Facebook...

Tant que les services sont conçus pour que les centres se comprennent, on participe alors à la fédéralisation des services, qui est une forme plus progressiste de la décentralisation.

Le fait de s'auto-héberger est également un très bon moyen / le meilleur moyen / le seul moyen de se familiariser avec les techniques d'administration système. Car en vérité je vous le dit, à Hashtagueule, on encourage les gens à s'instruire, tant sur le point de vue de l'actualité que sur celui du savoir-faire, je pense que vous l'aurez compris. Et bien sûr, bien que vous puissiez trouver des masses de tutoriels sur la plupart de ces services sur le web, on vous en concoctera quelques-uns, avec nos astuces personnelles, c'est ça la valeur ajoutée Hashtagueule.

Je pensais que ce petit billet était utile afin de proposer une solution de plus à notre combat quotidien.

Un jour peut-être, le monde sera prêt à passer en pair à pair total. En attendant, soyez votre propre centre de services.

Et restez gentils.

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    De la décentralisation du net

    pubsub.gugod.fr / hashtagueule · Sunday, 8 November, 2015 - 23:00 · 6 minutes

Bonjour les gens, J'aimerai revenir sur une notion dont on a beaucoup parlé (au moins ici et là) et dont on parlera beaucoup encore, vu qu'il s'agit d'un pan important de ce pourquoi nous nous battons. J'aimerais clarifier et élargir toutes les très jolies choses que l'on met derrière ce terme, et é...

Bonjour les gens,

J'aimerai revenir sur une notion dont on a beaucoup parlé (au moins ici et ) et dont on parlera beaucoup encore, vu qu'il s'agit d'un pan important de ce pourquoi nous nous battons.

J'aimerais clarifier et élargir toutes les très jolies choses que l'on met derrière ce terme, et éviter qu'il continue de vous faire peur afin que vous puissiez enfin dormir enfin à peu près convenablement.

Ce que l'on vous a déjà dit

Comme a dû vous le dire Motius, le net d'aujourd'hui, ou du moins tel qu'il est en voie de devenir, est méchant. Enfin il n'est pas méchant, mais les gens qui ont la main dessus le sont. Où plutôt, rien ne peut les empêcher de l'être. Pourquoi ? Parce que ces acteurs du net détiennent un quasi-monopole des services qu'ils proposent, et pire encore, ils les accumulent. Désormais, les gens reposent leur entière activité internet sur deux ou trois sociétés, que ce soit pour les mails, les contacts, la communication instantanée, les réseaux sociaux... On a donc très peu de gros centres de services conséquents dans le monde. Mais ça vous le saviez déjà.

La décentralisation, au sens strict du terme, c'est la tendance à délaisser les centres des services au profit d'une répartition de la charge sur l'ensemble des utilisateurs de ce service. Cela passe par des protocoles spéciaux d'un type que l'on nomme pour l'occasion pair à pair, bien connu sous son nom anglais peer-to-peer. Mais ça, vous le saviez aussi.

L'intérêt du pair à pair, c'est que les utilisateurs du service ne sont plus dépendants de l'énorme araignée de la toile dans laquelle ils sont tenus prisonniers, mais de porter eux même les données ou de servir de point d'accès pour d'autres utilisateurs de ce même service. Donc plus il y a d'utilisateurs, plus le service est efficace, à l'opposé d'un service centralisé traditionnel (même si souvent les centres en question déploient des moyens colossaux et peuvent ainsi traiter beaucoup, beaucoup, mais genre vraiment beaucoup de demandes). De même, la censure d'un tel service est très difficile, car l'information est en elle-même insaisissable. Pour arrêter le service, il faut faire tomber un à un tous les pairs du service, et Dieu sait que parfois ça fait beaucoup. Ainsi il est impossible d'enrayer le téléchargement illégal du dernier Twilight en pair à pair, les autorités se réduisant à établir une liste des utilisateur du service afin de faire tomber le glaive impitoyable de la justice et de les châtier à grand coups de pied là ou je pense.

Rappelons que ces protocoles pair à pair ne sont pas illégaux, ce sont certains usages qui en sont fait qui le sont. On ne va pas interdire la gravité parce que la chute inattendue d'un rhinocéros du haut d'un immeuble sur la tête est potentiellement néfaste pour la santé du propriétaire de ladite tête (et pour le rhinocéros par la même occasion).

Un rhinocéros

Principal responsable de l'interdiction totale de la gravité (décret de 2035).

Tout cela vous le saviez. En tout cas vous devriez le savoir. Bon de toute façon, maintenant vous le savez.

Mais...

Je pense que je dois partager mon ressenti sur cette philosophie de la décentralisation.

L’inconvénient du pair à pair, c'est que trop peu de protocoles l'utilisent, ce qui le réduit aujourd'hui à un usage très marginal, dont celui qui n'est pas apprécié par ces respectables personnes chez Hadopi. On a bien quelques tentatives de démocratisation de services tout public en pair à pair, mais ils ont pour le moins beaucoup de mal à percer. Cela soulève également le problème de la standardisation, qui pourrait faire l'objet d'une autre tribune.

D'autre part, cela induit une conception totalement différente des principes des internets que l'on croyais acquis, dont le sacrosaint concept d'architecture client-serveur. En pair à pair, ça change du tout au tout, car il n'y a alors que des utilisateurs qui jouent les deux rôles à la fois, dans une sorte d'orgie de l'information.

Alors que faire ? Doit-on se plier à la dictature des grands de ce monde qui abusent de nos données et dont nous sommes la matière première ? N'ayez crainte, nous sommes les Gentils du Net, et même si le moment venait un jour de rendre les armes et de courber l'échine devant le totalitarisme des sociétés gangster cannibales et sans pitié d'un monde impitoyable, dénué de liberté et d'utilité par le fait, ce jour n'est pas arrivé !

À mon sens, la solution idéale dans l'état actuel des choses, quitte à adopter la décentralisation totale plus tard, passe par un élargissement du sens de cette décentralisation. Plutôt que de renoncer aux centres de services, créons-en énormément ! Je m'explique : je pense qu'il est louable que créer les propres services que nous utilisons. C'est le principe de l'auto-hébergement : on n'est jamais mieux servi que par soi-même. Et cela a l'avantage de pouvoir facilement éditer un contenu que vous mettez à disposition, puisque tous les accès dépendent de vous.

Cette structure n'est pas sans rappeler les premier jours des internets, à l'époque ou vous aviez une multitude de concurrents valables pour un même service. D'ailleurs, énormément de services vieux comme le net ont été conçu pour être compatibles entre différents centres. Les mails en sont un très bon exemple. Du coup, vous pouvez créer votre propre service mail, et pour le coup aller envoyer paitre Gmail, créer votre propre messagerie XMPP et envoyer valser Skype/Facebook...

Tant que les services sont conçus pour que les centres se comprennent, on participe alors à la fédéralisation des services, qui est une forme plus progressiste de la décentralisation.

Le fait de s'auto-héberger est également un très bon moyen / le meilleur moyen / le seul moyen de se familiariser avec les techniques d'administration système. Car en vérité je vous le dit, à Hashtagueule, on encourage les gens à s'instruire, tant sur le point de vue de l'actualité que sur celui du savoir-faire, je pense que vous l'aurez compris. Et bien sûr, bien que vous puissiez trouver des masses de tutoriels sur la plupart de ces services sur le web, on vous en concoctera quelques-uns, avec nos astuces personnelles, c'est ça la valeur ajoutée Hashtagueule.

Je pensais que ce petit billet était utile afin de proposer une solution de plus à notre combat quotidien.

Un jour peut-être, le monde sera prêt à passer en pair à pair total. En attendant, soyez votre propre centre de services.

Et restez gentils.

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    Le droit, la justice et internet.

    pubsub.gugod.fr / atomtest · Saturday, 19 September, 2015 - 22:00 · 12 minutes

Bonjour à tous ! L'épée contre le bouclier symbolise un éternel équilibre dans une guerre, mais à la fin, qui gagne ? Aujourd'hui je vous propose d'aller jeter un coup d'œil du côté d'un de nos outils favoris : l'internet, ses monts et merveilles, et le reste... La plupart d'entre vous êtes familier...

Bonjour à tous !

L'épée contre le bouclier symbolise un éternel équilibre dans une guerre, mais à la fin, qui gagne ? Aujourd'hui je vous propose d'aller jeter un coup d'œil du côté d'un de nos outils favoris : l'internet, ses monts et merveilles, et le reste...

La plupart d'entre vous êtes familiers des concepts que je vais décrire dans cette première partie, mais elle me semble essentielle afin que l'on parte d'une base commune.

Quelques définitions...

Je vais essayer d'être suffisamment clair pour qu'il vous soit inutile de suivre les liens indiqués dans l'article, cependant je les inclus à toutes fins utiles.

Internet : Il s'agit d'un réseau physique reliant des machines. En gros des tuyaux transportant de l'information, normalement sans en modifier le contenu (donnée). Schématiquement, il n'existe que deux objets sur internet :

  • des ordinateurs ;
  • des "câbles" (fibre optique, réseau cuivre, antennes 3G, 4G, ...).

Internet est en fait un réseau de réseaux : chaque opérateur internet (FAI) construit son bout de réseau, qu'il interconnecte ensuite aux autres (il y a pas mal de questions de taille d'opérateur, de gros sous, d'organisation des réseaux, mais on va faire simple). L'étymologie du mot internet décrit cela : il s'agit d'une interconnexion (inter) de réseaux (network).

Cela dit, dans tout cet article, une représentation schématique à peu près équivalente d'internet sera utilisée (vous pouvez cliquer pour afficher les images taille réelle dans un nouvel onglet) :

schema_internet

Représentation d'un réseau physique de machines. Schéma simplifié d'internet. CC-BY-SA

Web : réseau virtuel de machines. Ce réseau utilise l'infrastructure qu'est l'internet. Il est constitué de deux types d'objets :

  • les machines client-web. Celles-ci peuvent demander du contenu (via le protocole HTTP) ;
  • les machines serveur-web. Celles-ci proposent du contenu.

Il est tout à fait possible pour une machine d'être à la fois client-web et serveur-web. Le web peut être vu comme une sous-partie d'internet, tous les ordinateurs connectés pouvant théoriquement proposer et demander du contenu. Le web est un réseau virtuel.

Protocole : manière qu'ont plusieurs ordinateurs de communiquer. HTTP est un protocole du Web. De manière non-exhaustive, les protocoles incluent HTTP/HTTPS, FTP, BitTorrent, SSH...

Serveur : une machine qui propose du contenu ou service. Exemples, un serveur web propose des pages web (via le protocole HTTP/HTTPS), alors qu'un serveur proxy effectue des requêtes à votre place de telle sorte qu'il semble que c'est lui et non pas vous qui a effectué la recherche.

Client : une machine qui demande du contenu ou service. La majorité des internautes ne sont que clients.

Donnée : de l'information. (Volontairement court : une méta-donnée est de la donnée, et peut très bien être considérée comme de la donnée pure, selon le contexte).

Méta-donnée : de l'information à propos d'une information ou personne, objet... Exemple : les métadonnées d'une image sont :

  • la date ;
  • l'heure ;
  • le type d'appareil photo ;
  • la géolocalisation (éventuellement).

Ce concept est complexe. En effet si une image passe sur internet, les métadonnées des paquets IP sont les adresses IP source et destination (etc.), et les métadonnées de la photo sont des données sur internet.

Chiffrement : Le fait de transformer une donnée numérique à l'aide d'algorithmes mathématiques afin de la rendre indéchiffrable pour quiconque en dehors de la personne à qui la donnée est destinée.

Déchiffrement : le fait d'obtenir les données en clair à partir du flux chiffré.

Décryptage : opération qui consiste à essayer de casser le chiffrement protégeant de la donnée.

Empreinte (hash) : suite de caractère identifiant de manière unique de la donnée à l'aide d'un algorithme. Les algorithmes utilisés actuellement sont : MD5 (vraiment obsolète, et déconseillé), SHA-1 (en voie d'obsolescence depuis 2015, le plus utilisé), SHA-2 (assez peu utilisé), ou SHA-3 (usage vraiment marginal).

Signature : le fait d'authentifier les données. Cette opération se fait en deux temps : le serveur réalise une empreinte des données, puis il signe l'empreinte. Vérifier l'intégrité des données consiste à effectuer l'empreinte et vérifier la signature.

Comment les mathématiques contournent le droit.

Comme d'habitude, je vais essayer de présenter les faits le plus objectivement possible (ce qui sera assez facile, étant donné qu'il s'agit d'abord d'un sujet technique) puis émettre une opinion - bien personnelle, comme toujours - que je vous encourage à critiquer dans les commentaires.

Le fil de cet article sera le suivant :

  • tout d'abord, je vais présenter les principes du réseau d'anonymisation (ici tor que la majorité d'entre vous connaît) ;
  • puis les principes mathématiques des techniques de chiffrement puissant de nos communications (PFS, OTR, GPG/OpenPGP/PGP...) ;
  • et enfin les principes mathématiques pour rendre improuvable l'existence d'une donnée (utilisés par TrueCrypt, CypherShed, VeraCrypt).

(En fait l'idée de nouvelles possibilités à l'aide des mathématiques n'est pas nouvelle :  le principe du VPN ou du chiffrement permet de s'abstraire du risque d'un réseau non sécurisé en soi...)

Du réseau d'anonymisation

Un petit schéma aidera à mettre les idées au clair, mais pas si vite ! Rien ne vaut un petit parallèle avec ce que vous connaissez déjà...

Lorsque vous chargez une page web en HTTP (flux non-chiffré, non-signé) il se passe ça :

http

Trafic HTTP (Web). Requête, réponse. CC-BY-SA.

La suite d’événement est :

  • le client parle au serveur (connexion) ;
  • le serveur dit "je parle HTTP" ;
  • le client demande la page web identifiée de manière unique par une URL ;
  • le serveur répond :
    • "200 OK", s'il l'a, puis la transmet ;
    • "404 Error", s'il ne l'a pas (la très fameuse "Erreur 404" que tout le monde connaît, et facile à obtenir, il suffit de demander une page qui n'existe pas à un serveur).

De même, demander une page web en HTTPS, ça se représente comme ça :

https

Trafic HTTPS (Web). Requête, réponse. CC-BY-SA.

La suite d’événement est presque identique :

  • le client parle au serveur (connexion) ;
  • le serveur dit "Je parle HTTPS" ;
  • le client demande en HTTPS l'URL ;
  • le serveur répond :
    • "200 OK", s'il l'a, puis l'envoie
    • "404 Error", sinon.

Deux différence entre HTTP et HTTPS, avec HTTPS :

  • le trafic est chiffré (impossible de lire) ;
  • le trafic est signé (impossible d'altérer le contenu, s'il était modifié, le client jetterait les paquets IP et les redemanderait).

Eh bien utiliser tor, ça ressemble à ça (décrit ici par le projet tor) :

tor0

Trafic tor. CC-BY-SA.

C'est-à-dire que tor fonctionne comme s'il y avait au minimum (parce qu'il peut y avoir plusieurs nœuds milieu en théorie) trois proxy (ou intermédiaires) entre nous et le serveur que l'on interroge.

Tor est ainsi un réseau virtuel de machines serveur appelées "nœud". Il y a trois type de nœuds :

  • entrant ;
  • milieu ;
  • sortant.

Le trafic ressemble donc à ceci :

tor01

Apparence du trafic avec tor. CC-BY-SA.

Une représentation complète de l'internet avec du trafic tor serait :

tor](https://hashtagueule.fr/assets/2015/09/tor.png)

Trafic tor sur internet. CC-BY-SA.

Utiliser le réseau tor permet donc un anonymat de très grande qualité, en effet :

  • le FAI qui relie l'abonné ne voit que du trafic, qu'il peut identifier comme étant du trafic tor, même en HTTP ;
  • le serveur ne sait pas qui a demandé sa page ou son service ;
  • le nœud d'entrée ne connait que l'utilisateur, pas le contenu (même en HTTP) ;
  • le relais milieu ne connaît que ses voisins (ou les relais milieu...) ;
  • le nœud sortie connaît le nœud milieu et le serveur interrogé, et voit :
    • soit du trafic HTTPS indéchiffrable ;
    • soit le trafic HTTP demandé, en clair.

Ainsi l'utilisation de tor, par le grand anonymat qu'il permet, empêche de relier un utilisateur au trafic qu'il a demandé.

L'utilisation de tor fait donc disparaître les informations liées à une connection : les métadonnées.

Une communication irrémédiablement chiffrée

Une communication chiffrée, une clef de chiffrement. Une idée gargantuesque consiste à enregistrer, au niveau d'un État, tout le trafic chiffré qui passe, et de l'analyser après, avec plusieurs idées derrière la tête :

  • on trouvera peut-être des failles dans les protocoles de chiffrement actuels ;
  • les utilisateurs perdront/divulgueront peut-être leur clef ;
  • dans le cas d'une enquête légale, on demandera les clefs de chiffrement.

Eh bien les beaux jours des clefs perdues sont terminés (ou presque). En effet, dans un échange de clefs de type Diffie-Hellman :

  • même si l'on perd les clefs ayant servit à un échange chiffré ;
  • même si tout le trafic chiffré a été enregistré,

la conversation ne sera pas déchiffrable. Expliquons le procédé.

Il s'agit d'un échange de clefs de chiffrement au travers d'un réseau non sécurisé (internet) sans divulgation d'information. Pour le décrire, je vais procéder comme Wikipédia, à l'aide de couleurs :

  • Alice possède une couleur secrète A, et tire au hasard une couleur A' ;
  • Bob possède une couleur secrète B, et tire au hasard une couleur secrète B',

puis :

  • Alice mélange A et A', qui donne A'' ;
  • Bob mélange B et B' qui donne B'',

puis

  • Alice envoie A'' sur le réseau ;
  • Bob envoie B'' sur le réseau,

ces couleurs peuvent être "entendues" (par un tiers espionnant) sur le réseau, si le réseau est enregistré, puis :

  • Alice mélange B'' avec A'', et obtient C = (A + A' + B + B')
  • Bob mélange A'' avec B'', et obtient (A + A' + B + B') = C !

Ainsi :

  • Alice et Bob ont réussi à créer un couleur C inconnue pour le réseau ;
  • De plus, cette couleur est temporaire : Alice et Bob ont tiré pour cette communication A' et B' ;
  • En enfin, cerise sur le gâteau, on ne peut pas déchiffrer la conversation sans avoir à la fois A' et B', qui sont supprimées par Alice et Bob, puisqu'il s'agit de clefs temporaires. Même si l'on obtenais B' de Bob, il manquerait toujours A'.

En conclusion, Alice et Bob ont un moyen de communiquer qui empêche le déchiffrement a posteriori. Au niveau du réseau, la reconstitution de l'échange est devenue impossible.

Cette fonctionnalité s'appelle PFS (Perfect Forward Secrecy : confidentialité persistante) pour le web, OTR (Off-The-Record Messaging : messagerie confidentielle) pour la messagerie instantanée (utilisant par exemple le protocole XMPP).

Ici, ce sont les données de la conversation qui disparaissent.

Information, existes-tu ?

Un autre recours de l'enquête est la perquisition : physiquement aller voir l'information. Dernière déception pour les tenants du contrôle, ça n'est plus possible. Un mécanisme appelé "déni-plausible" consiste à pouvoir cacher si bien une donnée qu'il devient impossible de faire la preuve de son existence. Plongée dans les profondeurs du mystère...

Ces technologies sont très fortement associées à des logiciels, et à une actualité liée (probablement) à la NSA, mais à hashtagueule on a prévu de rester, donc on va faire court, quitte à revenir là-dessus sur une prochaine news. Je parlerai indifféremment de TrueCrypt (et ses descendants VeraCrypt, CypherShed, et j'en passe) comme synonyme du déni-plausible pour la clarté de l'article, mais ces logiciels permettent bien plus.

Rien ne vaut un exemple : TrueCrypt permet de créer des volumes chiffrés, ainsi :

  • Ève crée un volume A de 100 Go de données personnelles, chiffré avec une clef α ;
  • elle crée un sous-volume E de 100 Mo de données très confidentielles, chiffrées avec une clef ε.

Si quelqu'un accède à cet ordinateur, il verra le volume A chiffré, et ne pourra pas accéder aux données. Si ce quelqu'un est la justice, elle peut l'obliger légalement (même article que plus haut) à lui donner accès à ses clefs de chiffrement. Il lui suffit de ne donner que la clef α à la justice, et elle ne verra que le volume A de 100 Go (moins 100 Mo). Le sous-volume chiffré sera toujours inaccessible, et qui plus est, il ressemblera toujours à des données aléatoires, comme avant le déchiffrement de A. (Les données de E ne sont pas protégées contre la destruction, mais c'est une autre affaire).

Ainsi, l'existence de données dans E n'est pas prouvable, et il est même plausible qu'il n'y ai rien à cet endroit. C'est comme cela que l'on peut cacher des données.

En conclusion

Vous m'avez probablement vu arriver avec mes gros sabots, mais je vais quand même récapituler :

  • on peut stocker une information sans qu'elle ne soit jamais accessible que par son propriétaire (3ème paragraphe) ;
  • il est possible pour deux personnes de communiquer sans que leur trafic ne soit jamais déchiffrable (décryptable, c'est une autre affaire) (2ème paragraphe) ;
  • il est possible pour deux ordinateurs de communiquer sans qu'aucun acteur du réseau ne le sache (1er paragraphe).

La totalité de la conversation a donc disparu des radars : les métadonnées de la conversation, le contenu de la conversation, et la copie locale sauvegardée.

Tout ceci est possible, là, maintenant, avec des logiciels open-source (ou libres) dont le code source (c'est-à-dire l'application logicielle de la formule mathématique, avant d'être traduite en langage ordinateur) est disponible au téléchargement (vous utilisez peut-être de la PFS avec hashtagueule.fr sans le savoir).

La conclusion (personnelle, vous le rappelez-vous ?), c’est qu’on ne peut gagner le volet numérique de la guerre contre le terrorisme par les seules voies législatives ("When you have a hammer, everything looks like a nail" ;-) ).

Encore un dernier exemple (fictif celui-là) pour illustrer le pire des cas : un groupe terroriste qui est la tête-pensante, cherchant à radicaliser des jeunes, en vue d'en faire des terroristes. Son outil numérique ultime consiste à faire une solution logicielle reprenant les trois concepts, de faire le tout de manière décentralisée, et d'automatiser le processus de distribution.

Les derniers points que j'ai survolé :

  • le côté open-source donne l'assurance du code qui est exécuté ;
  • le côté décentralisé délivre de la nécessité d'un tiers (pour les mails, le chat...)

La vraie conclusion est qu'il ne faut pas faire de bêtises en matière de numérique, parce que tout ce que j'ai écrit n'est qu'une compilation d'informations publiquement disponibles sur internet, et maintes fois redondées.

N'hésitez pas à commenter et donner votre avis dans la section commentaires !

Motius