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    Fin du modèle du pavillon avec jardin: l'écologie ne doit pas oublier le social

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Sunday, 24 October - 01:34 · 5 minutes

Pour une grande partie de la population, en effet, ce type de discours d’adaptation n’est plus audible car, derrière ce discours, elle se dit:

LOGEMENT - La ministre du Logement Emmanuelle Wargon a qualifié les maisons individuelles, en l’occurrence le modèle du pavillon avec jardin , de “non-sens écologique, économique et social” dans une intervention le 14 octobre dernier en clôture de la concertation portant sur le thème “Habiter la ville de demain”, tout en reconnaissant que l’idéal de vie des Français demeure la maison individuelle pour les trois-quarts d’entre eux. Un rapport publié en 2018 par l’agence B&L évolution, intitulé “Comment s’aligner sur une trajectoire compatible avec les 1,5 °C” en 2030, ne disait pas autre chose puisqu’il proposait une “interdiction de construction de nouvelles maisons individuelles, sauf habitat léger” avec l’idée d’“inverser la décohabitation ou la culture du “pavillon individuel pour tous”″.

La question ici n’est pas de savoir si c’est souhaitable ou non, mais d’attirer l’attention sur l’impérative nécessité d’un véritable travail d’acceptabilité sociale à produire en la matière. À défaut d’un tel travail, on risque de tomber dans une version mise à jour du fameux discours sur la nécessaire adaptation que l’on entend depuis les années 1980, mais cette fois liée à la transition écologique , mêlée à des messages culpabilisants, et empreints de mépris social, en rajoutant la maison individuelle à la célèbre phrase de Benjamin Griveaux , alors porte-parole du gouvernement, qui parlait en 2018 “des gars qui fument des clopes et qui roulent au diesel”… pour se rendre dans leur pavillon de banlieue pour regarder les émissions d’Hanouna. Une autre option est de recourir à la “pédagogie des catastrophes” (Denis de Rougemont) ou à l’“heuristique de la peur” (Hans Jonas), ce qui tend à générer des angoisses, mais pas à provoquer des actions dans la plupart des cas.

Le rêve par excellence des Français remis en cause

Pour une grande partie de la population, en effet, ce type de discours d’adaptation n’est plus audible, car, derrière ce discours, elle se dit: “Qu’est-ce que je vais perdre encore?”. Et en l’occurrence, ce qui est remis en cause par Emmanuelle Wargon, c’est tout simplement le rêve par excellence des Français de devenir propriétaire d’une maison individuelle avec jardin, en particulier dans une petite ville. Rêve qui a été d’ailleurs exacerbé par les différents confinements, comme on a pu l’observer avec la forte demande de résidences de ce type depuis cette période. Différentes études réalisées par l’institut de sondage OpinionWay pour SeLoger indiquent ainsi que “plus de la moitié des acquéreurs recherche une maison, tandis que les appartements n’attirent qu’un acquéreur sur quatre”.

Celles et ceux qui défendent la transition écologique considèrent que c’est une nécessité absolue et qu’il suffit, pour que les choses changent, d’informer la population, voire d’éveiller les consciences en lui faisant peur et en mettant en exergue les scénarios du pire si l’on ne fait rien. Malheureusement, on voit bien que cela ne marche pas. Comme le dit le spécialiste de la communication Thierry Libaert , “En matière climatique, la quasi-totalité des commentaires repose sur une croyance centrale: il faut informer les individus de la réalité du dérèglement climatique et de la gravité de ses conséquences. Toutefois, sur ce point majeur, les études s’inscrivent toutes autour de la même conclusion: la connaissance d’une information ne constitue pas le déterminant principal d’une modification des comportements”. Il évoque à ce propos une étude menée en 2008 par l’Université catholique de Louvain qui a montré qu’il n’existait pas de relation entre les informations diffusées en matière de changement climatique et les pratiques de consommation d’énergie. En clair, “Les ménages mieux informés sur les enjeux et facteurs de changement climatique ou sur les énergies renouvelables n’agissent pas de manière plus respectueuse de l’environnement”.

Entreprendre un travail d’acceptabilité de la transition écologique

À l’instar d’un projet d’infrastructure ayant un impact environnemental ou sur la vie de riverains, il paraît donc crucial d’entreprendre un travail d’acceptabilité de la transition écologique, même si l’on considère qu’elle est urgente et vitale, auprès des populations qui sont les plus susceptibles de subir son impact.

L’acceptabilité sociale est, en effet, le “résultat d’un processus par lequel les parties concernées conviennent ensemble des conditions minimales à mettre en place pour qu’un projet, un programme ou une politique s’intègre harmonieusement, à un moment donné, dans son milieu d’accueil” (Julie Caron-Malenfant et Thierry Conraud, Guide pratique de l’acceptabilité sociale: pistes de réflexion et d’action , Éditions DPMR, 2009). Cela vaut bien évidemment aussi pour la transition écologique.

Il convient également, comme le dit très bien Thierry Libaert , d’inscrire les discours sur la transition écologique dans un récit avec “un objectif qui puisse vraiment donner envie”, ce qui est loin d’être évident en ce qui concerne le logement.

Un accompagnement social pour les populations

Enfin, il apparaît indispensable de prévoir un accompagnement social pour les populations les plus impactées et/ou pour celles qui ont le moins les moyens de s’adapter à la nouvelle donne.

Si on ne le fait pas, il paraît assez évident qu’une partie de la population pourrait se braquer comme l’on fait les “Gilets jaunes” en 2018-2019. Avec le risque que la transition écologique ne soit assimilée par une partie notable de la population, notamment les catégories populaires, à des injonctions émanant de catégories favorisées –les “20%” étudiés par Monique Dagnaud et Jean-Laurent Cassely – injonctions qu’elles ne respectent d’ailleurs pas toujours elles-mêmes compte tenu de leur empreinte carbone souvent élevée, en leur confisquant leur rêve de devenir propriétaire d’une petite maison avec jardin alors que ces mêmes catégories vivent dans de grands appartements en centre-ville de grandes agglomérations et ont souvent une résidence secondaire à la campagne.

Il faut faire en sorte que, pour les catégories populaires, le “moins, c’est mieux”, ne soit pas assimilé à une forme de “ descenseur social ” alors que l’accession à la propriété était vue par ces catégories comme un objectif de vie et un symbole d’intégration à la société.

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    La maison individuelle un "non-sens"? Emmanuelle Wargon s'explique après ses propos critiqués

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Friday, 15 October - 19:55 · 3 minutes

Emmanuelle Wargon s

LOGEMENT - Déminer les terrains habitables. Dans la soirée de ce vendredi 15 octobre, la ministre déléguée au logement Emmanuelle Wargon a tenu à faire une “mise au point” face aux critiques virulentes des professionnels du secteur à qui elle a déclaré que la maison individuelle était un “non-sens écologique , économique et social”.

Jeudi 14 octobre, Emmanuelle Wargon a présenté devant les professionnels du logement les conclusions de l’enquête “Habiter la France de demain”, “une démarche ambitieuse initiée en février 2021 visant à dessiner un habitat de demain écologique et désirable” vante le site du ministère. À cette occasion, la ministre s’est montrée critique face au “modèle du pavillon avec jardin (qui) n’est pas soutenable et nous mène à une impasse”, selon des propos rapportés par plusieurs médias.

Pour Emmanuelle Wargon, “ce modèle d’urbanisation qui dépend de la voiture pour les relier” n’est plus en phase avec la réalité: un “non-sens écologique, économique et social” a-t-elle déclaré, attirant les foudres des fédérations.

Dans une tribune dans la presse spécialisée , le président de la Fédération française des Constructeurs de Maisons individuelles (FFC) David Hereng s’est dit “révolté” par des propos “tenus par une élite parisienne dite écologique et pourtant très loin des territoires, des habitants et de leurs préoccupations.” Il a défendu une “culture du logement (...) ancestrale” et “totalement compatible avec un respect de l’environnement et une préservation de la biodiversité.”

Le pôle Habitat de la Fédération française du bâtiment (FFB) a lui “déploré la stigmatisation persistante de l’habitat individuel, à contresens des aspirations des Français” sur Twitter.

Wargon dénonce la “caricature” de ses propos

Face à ce tollé, la ministre a tenu à expliciter ses déclarations, déplorant la “caricature” qui en était faite. “Je le répète très clairement: il n’est pas question d’en finir avec la maison individuelle. Oui, les Français rêvent de la maison individuelle car c’est une promesse de confort, d’espace et de tranquillité. Personne ne veut les en empêcher ni les en dissuader”, a-t-elle assuré sur Twitter.

Elle a cependant insisté sur la nécessité de “repenser nos modèles d’urbanisme” pour répondre aux besoins du quotidien, en matière de proximité avec les services publics, les transports ou les commerces.

L’opération “Habiter la France de demain” visait à “mettre en valeur d’autres modèles d’habitat, plus durables et plus agréables à vivre, qui pour beaucoup existent déjà en France et ont vocation à se développer en complément de l’offre existante, qui bien sûr demeure”, selon un communiqué du ministère publié vendredi soir.

Il affirme que “les maisons individuelles ont toutes leur place dans ces nouveaux modèles”, et que la ministre “continuera pour sa part de défendre tous les modèles d’habitat durables qui, sans s’opposer à la maison individuelle, donnent des perspectives d’avenir pour réconcilier l’impératif écologique et celui de loger les Français là où ils en ont besoin”.

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