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    Coline Berry giflée à son procès en diffamation après l'accusation d'inceste contre Richard Berry

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Saturday, 2 April - 07:32 · 3 minutes

Coline Berry-Rojtman après son audition avec la brigade des mineurs, le 11 février 2021, à Paris (Photo by Thomas SAMSON / AFP)

JUSTICE - “La violence n’a pas sa place dans cette enceinte”, a réagi Me Karine Shebabo, l’avocate de Coline Berry-Rojtman après que sa cliente a été giflée lors de son procès en diffamation, ce vendredi 1er avril.

Le jugement sur la plainte en diffamation déposée par l’ex-épouse de Richard Berry , Jeane Manson, après des accusations d’inceste de la fille aînée du comédien, a été mis en délibéré au 14 avril, après une audience tendue au tribunal d’Aurillac.

Le 14 février 2021, dans un article publié par Le Monde , Coline Berry-Rojtman évoquait des violences sexuelles qu’elle aurait subies alors qu’elle était mineure, en 1984 et 1985, au domicile de son père qui vivait alors avec Jeane Manson, accusée d’avoir participé à ces agressions.

Née en 1976 de l’union entre Richard Berry et l’actrice Catherine Hiegel, elle avait porté plainte pour “viols et agressions sexuelles sur mineur”, déclenchant l’ouverture d’une enquête préliminaire par le parquet de Paris.

Coline Berry-Rojtman maintient ses accusations

Richard Berry, 71 ans, nie en bloc, tout comme l’ancienne chanteuse Jeane Manson qui vit une partie de l’année à Aurillac, où elle a poursuivi son ex-belle fille en diffamation.

“Tout est faux. C’est malheureusement des mensonges et elle a, je pense, terminé par y croire, a dit l’acteur à la barre. C’est désespérant pour un père. Je n’ai aucune attirance pour les enfants. Je suis profondément, franchement, désespéré.”

Déclarant ne pas avoir “voulu porter plainte parce que c’est ma fille”, il a indiqué qu’il avait “tenu à témoigner pour soutenir Jeane Manson”, évoquant une “situation particulière”. “Nous n’avons toujours pas été entendus” dans le cadre de l’enquête préliminaire ouverte auprès du parquet de Paris.

Le procureur n’a pas demandé de condamnation contre Le Monde en estimant que le journal avait agi de bonne foi et s’en est remis au tribunal pour le reste.

En début de matinée, les avocats de la défense avaient plaidé l’impossibilité de juger de la diffamation, alors que les faits dénoncés par Coline Berry-Rojtman font l’objet d’une enquête. Mais le tribunal ne les a pas suivis.

Appelée à la barre, la fille de Richard Berry a répété ses déclarations au Monde au sujet des jeux sexuels qu’aurait menés son père, parfois en présence de Jeane Manson. Elle a aussi évoqué des “baisers sur la bouche avec la langue”: “je n’ai connu que ça”, a-t-elle dit.

Une plainte déposée pour la gifle

“Elle ment [...]. Depuis qu’elle a dix ans, tout le monde l’appelle la mytho”, a répondu à son tour Jeane Manson en qualifiant l’article du Monde de “mensonge tellement ignoble, tellement laid”.

La fin de la très longue audience a été marquée par un incident rare: la compagne actuelle de Richard Berry, Pascale Louage s’est levée de sa place pour aller gifler Coline Berry-Rojtman, selon des témoignages concordants réunis par l’AFP sur place.

“La violence n’a pas sa place dans cette enceinte”, lui a lancé Me Karine Shebabo, l’avocate de Coline, à la sortie de la salle. “Les insultes, c’est de la violence”, a rétorqué Pascale Louage, soutenue par l’acteur.

Me Shebabo a ensuite pris la direction du commissariat d’Aurillac pour déposer plainte. “En vingt ans de barreau, je n’ai jamais vu cela. C’est toute la difficulté des victimes d’incestes à dénoncer les faits: on est obligé de frapper pour les faire taire”, a-t-elle dit avant de partir.

À voir également sur Le HuffPost: #Metooinceste: elle témoigne après avoir accusé son ancien directeur de centre aéré à Paris

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    Inceste: les pistes de la Civiise pour protéger les enfants des violences sexuelles

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Thursday, 31 March - 05:42 · 4 minutes

Les pistes de la Civiise pour protéger les enfants victimes d

INCESTE - Protéger les enfants dès maintenant: parmi ses propositions publiées ce jeudi 31 mars, la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) préconise notamment que les médecins aient une obligation claire de signaler leurs soupçons et que toutes les victimes aient accès à des soins spécialisés en psychotrauma.

“L’urgence” est de venir en aide aux 160.000 enfants victimes chaque année de violences sexuelles , selon la Ciivise, qui appelle à changer en profondeur le fonctionnement d’institutions pour construire une “culture de la protection”.

Repérage systématique et signalement en cas de soupçons

Créée par le gouvernement, la Ciivise, dont les travaux commencés il y a un an continuent jusqu’en 2023, publie à mi-parcours ses “conclusions intermédiaires”, avec vingt préconisations sur quatre axes: le repérage des enfants victimes, le traitement judiciaire des violences sexuelles, la réparation notamment par le soin et la prévention.

Médecin, enseignant, juge des enfants: tout professionnel en lien avec l’enfant devrait lui poser la question de l’existence de violences sexuelle, sans attendre que l’enfant en parle de lui-même. Et les signaler en cas de soupçon. Les médecins, particulièrement bien placés pour les détecter, ne sont à l’origine que de 5% des signalements, relève le rapport.

“Il faut établir des normes claires pour les médecins: repérage systématique et, si soupçon, obligation de signalement”, explique le coprésident de la Ciivise, le juge des enfants Edouard Durand. Outre le secret médical et la proximité avec la famille, le risque de poursuites disciplinaires “inhibe” les médecins, relève-t-il.

Les médecins poursuivis pour avoir signalé des cas

La pédopsychiatre toulousaine Eugénie Izard a été condamnée en décembre 2020 par le conseil de l’ordre des médecins à une suspension d’activité après avoir signalé des maltraitances sur une enfant . La Ciivise recommande de “suspendre les poursuites disciplinaires à l’encontre des médecins protecteurs”.

Hasard du calendrier, une audience du Conseil d’Etat est prévue jeudi sur cette décision de l’ordre des médecins.

“La loi est imprécise. Signaler est laissé au libre arbitre du médecin. Mais les parents agresseurs portent plainte devant le conseil de l’ordre. Beaucoup de médecins redoublent de prudence et évitent de faire des signalements”, a déclaré le Dr Izard à l’AFP.

Se rendre compte par soi-même de “la peur, le dégoût d’un enfant”

Une fois les violences sexuelles repérées, “la justice doit se mettre à hauteur d’enfant”, selon la Ciivise, qui recommande que les auditions des enfants suivent un protocole spécifique (NICHD) neutre et bienveillant, dans des dispositifs adaptés (Uaped ou salles Mélanie).

Ces auditions, dont l’enregistrement est déjà obligatoire, devraient être systématiquement visionnées par tous les magistrats au cours de la procédure.

“Ils le sont peu car nous, les magistrats, avons la culture du dossier écrit, des retranscriptions d’audition. Or observer la peur, le dégoût, les expressions d’un enfant qui évoque une scène n’a pas le même impact que de les lire”, explique le juge Durand.

Garantir aux victimes des soins spécialisés en psychotrauma

Alors que 70% des plaintes pour violences sexuelles infligées aux enfants sont classées sans suite , la Ciivise souhaite que ces décisions soient “expliquées verbalement à la victime” par le procureur de la République.

La société doit aussi garantir aux victimes des soins spécialisés en psychotrauma. S’ils sont reçus tôt, dans l’année qui suit le traumatisme, ils peuvent éviter l’installation ou l’aggravation d’un psychotraumatisme.

La Ciivise demande que la victime puisse faire appel de la décision pénale sur la culpabilité et la peine . Actuellement, en tant que partie civile, elle ne peut faire appel que sur les dommages et intérêts, pas sur la culpabilité.

“Si le prévenu est relaxé ou condamné à une peine avec sursis, seul le procureur peut actuellement faire appel. La victime ne peut faire appel que sur le montant des indemnités”, explique le juge Durand.

Suspendre l’autorité parentale d’un parent poursuivi pour inceste

La Ciivise réitère deux préconisations déjà faites en octobre: la suspension de plein droit de l’autorité parentale et du droit de visite d’un parent poursuivi pour inceste sur son enfant, et son retrait systématique en cas de condamnation.

“Nos préconisations sont réalistes et réalisables, elles peuvent être mises en œuvre rapidement et améliorer la protection: aller chercher les enfants en danger, lutter contre l’impunité des agresseurs et soigner les victimes”, estime le coprésident de la Ciivise.

En un an de travaux, la Ciivise a reçu 11.400 témoignages. Et 150 personnes ont témoigné lors de six réunions publiques organisées à travers la France.

À voir également sur Le HuffPost: Inceste:“J’ai été agressée de 3 à 9 ans par un multirécidiviste”

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    Victime d'inceste par un multirécidiviste, Angélique veut témoigner pour alerter

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Friday, 18 February - 15:15 · 2 minutes

INCESTE - “C’était mon grand oncle”. Angélique est venue raconter l’inceste qu’elle a subi lors d’une réunion publique organisée par La Commission indépendante sur l’inceste et les Violences Sexuelles faites aux Enfants (Ciivise), ce mercredi 16 février, et à laquelle Le HuffPost s’est rendu.

Dans la grande salle du Palais de la Femme à Paris, ils sont nombreux à s’être réunis pour raconter l’indicible, comme vous pouvez le voir dans notre vidéo ci-dessus. Sous l’œil attentif d’Édouard Durand, juge des enfants et président de la commission, les témoignages s’enchaînent pendant 2h30. “J’ai été abusé sexuellement par mon beau-père et ma mère”, “ma fille de 4 ans m’a parlé de l’inceste qu’elle a subi par son père”, “j’avais honte”. Voilà ce qu’on pouvait entendre. Des mots durs, des mots crus mais une parole libératrice. Et c’est l’objectif premier de la Civiise: “recueillir la parole des personnes ayant été victimes de violences sexuelles dans l’enfance”

“Beaucoup de victimes”

Parmi toutes les personnes venues témoigner lors de cette réunion publique, il y a Angélique. “Pour moi, c’était important de venir parce que je voulais parler d’un problème particulier qui est celui de la récidive des agresseurs”, explique la jeune femme. D’un ton calme, Angélique raconte son histoire, les agressions subies par son grand-oncle de ses 3 à 9 ans , et sa colère lorsqu’elle a appris qu’il était récidiviste. “Ils m’ont expliqué qu’il avait déjà été condamné par le passé et au moment où j’ai entendu ça, je me suis dit dans ce cas-là pourquoi on m’a laissé avec lui?”, s’indigne-t-elle avant d’ajouter: “Un violeur, un agresseur d’enfant, il fait souvent beaucoup beaucoup de victimes

Après Nantes, Avignon, Bordeaux et Lille, cette réunion était la cinquième organisée par la Civiise. La commission a pour mission “d’ accompagner un changement de société, pour permettre à la France de s’engager de manière déterminée pour une protection des mineurs, par l’instauration d’une culture de la prévention et de la protection”.

La Ciivise a été lancée en janvier 2021 par Emmanuel Macron après la publication de La familia grande, de Camille Kouchner , qui accusait son beau-père le politologue Olivier Duhamel de viols sur son frère jumeau.

À voir également sur Le HuffPost: #Metooinceste: elle témoigne après avoir accusé son ancien directeur de centre aéré à Paris

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    Les victimes d'inceste ont transformé la Ciivise en "mouvement social"

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Sunday, 23 January - 06:30 · 5 minutes

Photo taken in Moscow, Russia

INCESTE - Se réapproprier sa douleur et sa parole. Le 23 janvier 2021, Emmanuel Macron annonçait la création d’une commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants . Un an plus tard, la nécessité de la création de cette commission, la Ciivise, ne fait aucun doute face au nombre de témoignages qui afflue et les scandales qui ont éclaté au cours de l’année. Les suites des mouvements #MeTooInceste et #MeTooSport, l’émergence de #MeTooAmnésie en mars ou encore la déflagration du rapport Sauvé sur les agressions dans l’Église en octobre en sont la triste illustration.

Lancée en mars 2021 dans le sillage de la publication du livre de Camille Kouchner , La familia grande , la Ciivise est chargée de disséquer les mécanismes des violences sexuelles pour faire des préconisations de politiques publiques. Censée durer deux ans, la commission a déjà rendu un rapport avec trois recommandations en octobre 2021 et ses recommandations de mi-parcours sont attendues à la mi-mars.

“Ce que nous voulons par-dessus tout, c’est garantir aux victimes que la réponse qui leur sera donnée soit à la hauteur de ce qu’elles attendent, de ce dont elles ont besoin. C’est une responsabilité très importante”, explique au HuffPost le magistrat Édouard Durand, coprésident de la Ciivise.

9000 témoignages recueillis depuis septembre

En septembre, la Ciivise a lancé ses premiers appels à témoignages . C’est aussi à partir de là que ses membres ont pu mieux se rendre compte de l’ampleur de ce désastreux phénomène en France. Depuis septembre, la Ciivise a collecté plusieurs milliers de témoignages. Sur les 3800 premiers analysés en novembre, 80% concernent l’inceste, 10% des personnes victimes en institutions, les autres dans l’espace public. “Au 21 janvier, ce nombre est passé à 9000”, nous précise Édouard Durand.

Selon cet échantillon restreint et non représentatif, les victimes en institutions avaient en moyenne 10 ans au début des violences. 3 sur 10 les ont subies dans un établissement scolaire, entre 2 et 3 sur 10 en institution religieuse, 2 sur 10 en colonie de vacances. À ce titre, la Ciivise a lancé depuis novembre un appel à témoignage aux victimes au sein d’une institution, comme les écoles, les clubs de sport ou les foyers de l’Aide sociale à l’enfance.

La commission appelle ces victimes à témoigner par le biais de son site (www.ciivise.fr), par courrier, mail (temoignages@ciivise.fr), numéro vert ou dans ses réunions publiques à travers la France.

“Les victimes se sont approprié la Ciivise”

En effet, depuis octobre, la commission organise chaque mois une rencontre dans une ville de France. Nantes a été la première, suivie de Bordeaux, puis Avignon en décembre, Lille en janvier . La prochaine se tiendra à Paris le 16 février. Ces réunions publiques furent une surprise pour les membres de la commission.

C'est un mouvement social, le point de cristallisation de la parole des victimes Edouard Durand, coprésident de la Ciivise au HuffPost

“On se demandait ce que ces rencontres allaient donner. On invite des personnes à venir témoigner de leurs agressions , de leur histoire, on ne savait pas si l’initiative allait avoir un bon accueil”, confie le coprésident de la Ciivise. Mais la réalité a dépassé leurs espérances.

“Beaucoup de personnes viennent à ces rencontres. Et venir c’est quelque chose. Désormais ces moments servent d’espaces de témoignages où se rassemblent des personnes victimes de violences sexuelles et d’incestes dans leur enfance. Ces personnes ont décidé d’en faire quelque chose, un mouvement social, le point de cristallisation de la parole des victimes. C’est le point de rencontre de cette solidarité entre elles”, relate non sans fierté Edouard Durand.

Le syndrome d’aliénation parentale, l’obstacle à la lutte contre l’inceste

Le Coprésident de la commission rappelle toutefois qu’il n’y a “aucune injonction à parler, mais une injonction à la société d’écouter”. Car lorsqu’elles prennent la parole, les victimes parlent pour elle-même, mais aussi pour que d’autres enfants ne subissent plus le même sort. Pourtant, aujourd’hui, 70 % des plaintes pour violences sexuelles concernant des enfants font l’objet d’un classement sans suite, relève la commission, qui tente de comprendre les raisons de ce taux ahurissant.

“Si aujourd’hui on est capables de dires à des adultes qui ont été victimes de violences sexuelles dans leur enfance ‘on te croit, on aurait dû te protéger’, alors on doit pouvoir dire aujourd’hui à un enfant qui en est victime ‘on te croit’ et le protéger”, martèle Edouard Durand.

Il n’y a “aucune injonction à parler, mais une injonction à la société d’écouter” Edouard Durand, coprésident de la Ciivise au HuffPost

Mais si sur le papier ce principe semble limpide, il peut toutefois être confronté à un “concept dangereux, néfaste, coupable et anti-victimaire qui rend impossible le fait d’être un parent protecteur”: le syndrome d’aliénation parentale . Dans son avis rendu en octobre, la Ciivise est revenue sur ce concept non scientifique qui prétend que la mère manipule l’enfant pour qu’il refuse de voir l’autre parent.

La commission explique en effet avoir reçu des “appels à l’aide” de centaines de mères ayant révélé des violences sexuelles commises sur l’enfant par le père. Et a constaté que celles-ci sont souvent suspectées de manipuler leur enfant pour nuire à leur conjoint, le plus souvent dans le contexte d’une séparation.

“Son recours doit être proscrit, insiste le coprésident de la Ciivise. Car c’est une injonction paradoxale qui dit ‘vous devez protéger votre enfant, mais on ne veut rien savoir. Si vous parlez d’inceste, on vous accusera de mentir et on vous le retirera’. En faisant ça, nous courons le risque de passer à côté d’enfants victimes d’abus”.

Pour avancer dans la lutte contre l’inceste, il reste à éliminer les obstacles comme celui-ci, apprendre à écouter, repérer, soutenir et prévenir.

À voir également sur Le HuffPost: #Metooinceste: elle témoigne après avoir accusé son ancien directeur de centre aéré à Paris

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    Comme Camille Kouchner avec "La familia grande", écrire sur son traumatisme peut être vital

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Friday, 7 January - 11:28 · 6 minutes

Le livre

PSYCHO - Une véritable onde de choc. Il y a un an jour pour jour, la juriste Camille Kouchner publiait aux éditions du Seuil un livre intitulé La familia grande , dans lequel elle dévoilait les abus sexuels commis par le politologue Olivier Duhamel à l’encontre de son beau-fils, le frère jumeau de l’écrivaine. De quoi déclencher une véritable onde de choc mais aussi libérer la parole avec le mouvement #MeTooInceste.

Une enquête ouverte par le Parquet de Paris a finalement été classée sans suite pour cause de prescription en juin dernier. Olivier Duhamel, qui a reconnu devant la police les faits d’inceste sur son beau-fils, a lui démissionné de toutes ses fonctions, y compris celles qu’il occupait à Science Po Paris.

Ces actes d’inceste , comme le rapporte la fille de l’ancien ministre des Affaires étrangères, auraient débuté en 1988 alors que le jeune homme n’était âgé que de 13 ans. “Pendant toutes ces années, plus que de me taire, j’ai protégé mon beau-père, expliquait l’universitaire dans un article du Monde . Face à l’alcoolisme de ma mère, il organisait nos vacances, nous emmenait au ciné, m’initiait au droit.”

Après de longues années d’omerta au sein de la famille, Camille Kouchner prend la plume. “J’ai choisi d’écrire car je ne pouvais plus me taire, racontait-elle dans une interview à L’Obs . Il y a un an, j’ai expliqué à mes enfants ce qui s’était passé. J’avais besoin de leur montrer qu’on n’allait pas tous rester emprisonnés dans le silence.”

Et de poursuivre: “Ce livre est né de cette nécessité: témoigner de l’inceste pour montrer que ça dure des années et que c’est très, très difficile de se défaire du silence. Je ne l’ai pas écrit au nom de mon frère, mais des sœurs, des nièces, de toutes les personnes touchées par l’inceste. L’omerta, dans une famille, pèse sur tout le monde.”

Remettre les choses à l’endroit

Même si la romancière n’a pas été victime de ces abus sexuels, son témoignage est légitime. ”Être témoin de violence, ça génère des traumatismes, explique au HuffPost la psychiatre Muriel Salmona . Tout a été détruit autour d’elle. Son enfance a été saccagée par cette histoire. Elle a vécu cette réalité d’une extrême violence.”

Écrire ce livre est un geste d’amour et de solidarité envers son frère, nous dit la chercheuse en psychotraumatologie. C’est aussi une manière pour elle de se reconstruire. “Dans le cadre de la prise en charge d’une personne victime de violence, nous l’incitons à réécrire un peu ce qui s’est passé”, renseigne la spécialiste.

Lors d’une agression, un mécanisme neuro-biologique se produit. Devant notre état de sidération et de stress, une partie du cerveau s’isole du cortex et nous déconnecte de nos perceptions sensorielles et émotionnelles. Ce phénomène de survie porte un nom, c’est ce qu’on appelle la dissociation traumatique. Les souvenirs qu’on en garde nous reviennent par bribes, en morceaux.

“Le traumatisme entraîne des atteintes importantes de la mémoire, précise Muriel Salmona. C’est un peu comme si ça faisait exploser l’histoire. Réécrire ce qui s’est passé, c’est mettre des processus secondaires en place et des systèmes de compréhension permettant d’intégrer l’événement traumatique. On remet les choses en ordre, à l’endroit.”

La vérité doit sortir

Lorsqu’elle publie au mois de décembre 2019 son livre Le consentement , dans lequel elle a dénoncé l’emprise psychologique que Gabriel Matzneff avait sur elle enfant, Vanessa Springora explique qu’écrire dessus lui a permis de redevenir le sujet de sa propre histoire. “Une histoire qui m’avait été confisquée depuis trop longtemps”, a-t-elle ajouté.

Écrire ce livre, c’est donner sa version des faits, pas celle qu’il a distillée ici et là dans ses romans. “Pourquoi une adolescente de 14 ans ne pourrait-elle aimer un monsieur de trente-six ans son aîné? Cent fois, j’avais retourné cette question dans mon esprit. Sans voir qu’elle était mal posée, dès le départ. Ce n’est pas mon attirance à moi qu’il fallait interroger, mais la sienne”, écrit-elle.

Et de poursuivre: ”À 14 ans, on n’est pas censée être attendue par un homme de 50 ans à la sortie de son collège. On n’est pas supposée vivre à l’hôtel avec lui ni se retrouver dans son lit, sa verge dans la bouche à l’heure du goûter.” Sa démarche, comme celle de Camille Kouchner, est “essentielle pour reprendre la main et redonner une cohérence à quelque chose qui a été destructeur”, commente Muriel Salmona.

L’histoire de certains membres des Sonderkommandos , des groupes de prisonniers d’Auschwitz chargées de brûler les cadavres qui ont réussi à laisser un témoignage sur des petits bouts de papier des atrocités que les nazis les ont obligés à commettre, soulève une problématique similaire. “Il faut que la vérité des victimes soit présente, sinon c’est le discours des agresseurs qui l’emporte”, constate la psychiatre.

Faire changer la balle de camp

Qu’il soit publié en librairie ou sur les réseaux sociaux ne change rien. Diffuser le récit de son traumatisme permet à la fois de ne pas rester seul, mais aussi de le faire connaître au monde et d’y trouver écho. “J’espère toutefois que mon livre ne raconte pas une histoire particulière: le même silence se construit de mille manières dans beaucoup d’autres familles, explique Camille Kouchner dans les colonnes de L’Obs .

“Je n’étais pas dans le silence parce que j’avais des parents connus, continue-t-elle. J’étais dans le silence à cause de l’inceste. Quant à l’écho public, ce n’est pas ce que je souhaitais, mais il m’a paru nécessaire pour donner de la visibilité aux incestes qu’on cache, qu’on tait…”

Le sujet de l’inceste reste tabou en France. Les enfants mettent en moyenne une dizaine d’années avant de parler des abus dont ils ont été victimes. D’après les chiffres, on dit que 70% d’entre eux parlent, “mais ils ne vont pas être entendus et rien ne va se passer, comme l’a précédemment  indiqué Muriel Salmona au HuffPost . Seuls 12% des enfants vont être réellement protégés.”

Elle ajoute: “Tout est tellement organisé pour que les victimes ne se sentent jamais légitimes de raconter ce qu’il leur est arrivé.” Déni, honte, culpabilité... Camille Kouchner a, elle, décidé d’y mettre un terme. “Bien sûr, j’ai pensé que mon livre pouvait paraître obscène à cause de la notoriété de ma famille. Puis je me suis dit: c’est justement pour ça qu’il faut le faire. Je ne me charge pas d’une responsabilité immense, mais si moi je ne parle pas, on en a encore pour des années.” L’écrire fait changer la balle de camp.

A voir également sur Le HuffPost: #Metooinceste: elle témoigne après avoir accusé son ancien directeur de centre aéré à Paris

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    Avec "Le Loup", Mai Lan brise le tabou de l'inceste dans une chanson pour enfants

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Wednesday, 1 December - 10:16 · 3 minutes

VIOLENCES SEXUELLES - Sans rien dissimuler, la chanson de Mai Lan retranscrit les émotions d’un enfant victime d’inceste ; des émotions qu’elle a elle-même ressenties. Ce mercredi 1er décembre, la chanteuse et dessinatrice présente le nouveau clip de son titre intimiste, “Le Loup”.

Deux mois plus tôt, en septembre, elle avait déjà fait couler beaucoup d’encre avec le lancement de son projet de prévention contre l’inceste. Mai Lan Chapiron , 39 ans, y rassemblait un livre-album, une chanson et une vidéo pédagogique. “Je pense qu’il faut informer les enfants directement. Je veux m’adresser à eux avec un langage qu’ils peuvent comprendre, qui ne mâche pas ses mots et qui ne passe pas par un imaginaire”, explique-t-elle, contactée par Le HuffPost .

“Un état de rien”

Dans le clip mis en ligne ce mercredi, on découvre Miette, une petite fille de 7 ans. Habillée d’une robe rose, elle flotte, comme en apesanteur dans l’espace. Autour d’elle, les objets de son quotidien (doudou, photo de famille) volent en éclats. On comprend mieux d’où vient son prénom. “Ce que je voulais exprimer dans ce clip, c’est le rien. L’enfant est dans une incompréhension qui ne bouge pas. Il n’y a pas de réponse à ses questions et il est sidéré parce qu’il est confronté à une situation impossible”, explique Mai Lan Chapiron.

Confrontée à elle-même à l’inceste dans son enfance, la chanteuse déclare avoir été dans le même état que Miette pendant très longtemps. Elle a mis des années à rassembler ses idées et à essayer de comprendre ce qui lui était arrivé.

L’histoire de Miette, c’est un peu l’histoire de Mai Lan. À 7 ans, elle subit de son grand-père maternel une agression sexuelle . “Cette chanson s’est écrite toute seule dans mon inconscient”. C’est en 2013 qu’elle décide de la retranscrire sur le papier. Elle s’appelait alors “ How ” (“comment”, en anglais).

“Comment?”

How ” était une chanson composée exclusivement de questions. “Comment est-ce que je peux sortir? Comment veux-tu que je me sente en sécurité avec toi? Comment est-ce que je pourrais t’aimer?”, se rappelle la chanteuse. À ce moment-là, elle croyait alors parler de l’histoire d’une femme battue , d’une personne qui ne se sent pas en sécurité dans sa propre maison. “Des années après l’avoir écrite, pendant ma thérapie , ou plutôt mon analyse, ça m’a paru évident que cette chanson parlait de ce qui m’était arrivé”, explique-t-elle. Le son du “ How” en anglais lui est alors apparu comme le cri du loup. Et les enfants ont peur du loup. “Bah fallait pas venir trop près de moi, maintenant je ne sais plus très bien qui tu es. Sous cet œil doux, je sais que le loup n’est plus dans la forêt”, chante-t-elle d’ailleurs dans ce nouveau clip.

Elle pense alors à une image d’elle-même, enfermée avec le prédateur. Elle décide d’en parler, de démêler ce qui prend corps dans sa tête. “J’ai compris qu’en parler, c’était plus guérissant qu’autre chose alors qu’avant, on a l’impression que ça va nous détruire, nous et les autres. Longtemps, j’ai cru gérer la situation”, avance-t-elle. Aujourd’hui, son outil de prévention destiné lui a permis de panser les dernières blessures et de retirer entièrement le masque.

Dans le clip, on voit Miette et sa vie partir en mille morceaux comme la relation qu’elle entretient avec son agresseur. Pour Mai Lan Chapiron, l’enfant met du temps à réaliser que la relation avec l’agresseur est problématique. Il préfère aimer, faire confiance et se sentir en sécurité. “Trahir un enfant, c’est la trahison suprême, parce que l’enfant est tout entier et pas dans la méfiance. Avec l’inceste, tout ce monde de confiance, d’insouciance s’effrite”, conclut la chanteuse.

Avec ce titre, nul doute que la chanteuse s’inscrit dans le sillon du mouvement #MeTooInceste qui, depuis la sortie du livre de Camille Kouchner, La Familia Grande (dans lequel l’autrice raconte les violences sexuelles de son beau-père, Olivier Duhamel à l’égard de son frère), ne cesse de prendre de l’ampleur.

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    Premier bilan pour la commission "inceste" après l'appel à témoignages

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Wednesday, 17 November, 2021 - 11:19 · 2 minutes

90% des victimes d

VIOLENCES SEXUELLES - Il est l’heure du premier bilan pour la Ciivise. La commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants révèle ce mercredi 17 novembre qu’elle a déjà recueilli plusieurs milliers de témoignages de victimes depuis le lancement de son appel en septembre.

Au total, la Ciivise a reçu 1200 courriers ou emails, 1200 appels sur sa plateforme téléphonique (0.805.802.804 pour la métropole et 0.800.100.811 depuis l’outre-mer), et 3800 questionnaires ont été remplis sur son site Internet. “Il se peut que des personnes aient à la fois écrit, appelé, et répondu à des questionnaires”, reconnaît-elle toutefois dans Le Monde .

D’après les premières analyses, les victimes qui ont témoigné sont dans 90% des cas des femmes et la grande majorité d’entre elles l’ont été au sein de leur famille (80%). La plupart avaient également déjà parlé de ce qu’elles avaient subi (90%) mais 7 sur 10 l’ont fait seulement plus de 10 ans après les faits.

Un tiers des victimes a fait une tentative de suicide

Or, “plus le temps passe entre l’agression et la révélation, plus les symptômes physiques ou psychiques associés à ce traumatisme vont s’aggraver”, explique à 20minutes la docteure en psychologie clinique Karen Sadlier.

Résultat: les impacts sur la santé mentale sont importants puisqu’un tiers des victimes révèle avoir fait une tentative de suicide. La même proportion déclare n’avoir eu aucune vie sexuelle après leur agression. 1 femme sur 3 déclare aussi avoir des problèmes gynécologiques et 1 sur 5 déclare un dérèglement de son cycle menstruel ou une absence de règles.

Ce premier bilan doit permettre d’améliorer la prise en charge des victimes, indique dans Le Monde Alice Debauche, sociologue à l’université de Strasbourg et membre de la commission. Car, “plus on est en capacité d’identifier des conséquences spécifiques des violences sexuelles vécues dans l’enfance, plus on va pouvoir fournir aux professionnels, notamment de santé, des grilles d’analyse et des signaux d’alerte.”

Un travail indispensable, alors que 160.000 enfants seraient victimes de violences sexuelles chaque année.

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    Sciences Po: Mathias Vicherat pressenti pour devenir le nouveau directeur

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Tuesday, 9 November, 2021 - 16:16 · 2 minutes

Mathieu Vicherat, ici en 2016, est en passe de devenir le directeur de Sciences po Paris.

SCIENCES PO - Mathias Vicherat est bien parti pour devenir le directeur de Sciences Po Paris . Le haut fonctionnaire de 43 ans, ancien directeur général adjoint en charge de la communication de la SNCF puis secrétaire général de Danone depuis 2018, est arrivé en tête des votes du conseil de l’IEP ce mardi 9 novembre, assurent Les Echos ainsi que plusieurs journalistes.

Sa nomination doit être confirmée par le conseil d’administration de la FNSP (fondation nationale des sciences politiques) mercredi 10 novembre. En cas d’accord, les conseils transmettront le 10 novembre leur proposition à la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Frédérique Vidal .

Il a été choisi dans les trois dernières candidatures retenues parmi 23 candidats. Il était face à Christine Musselin, 63 ans, sociologue et enseignante à Sciences Po, et Olivier Faron, 61 ans, historien et administrateur général du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM).

Mathias Vicherat, ancien élève de l’école et de l’ENA (promotion Sanghor, la même qu’Emmanuel Macron), a notamment été directeur de cabinet du maire de Paris, Bertrand Delanoë, puis d’Anne Hidalgo avant de rejoindre le secteur privé.

“L’ami du président”

Il n’a en revanche aucune expérience dans le domaine de l’enseignement supérieur. De quoi prêter le flanc aux critiques selon le journaliste de Marianne, Laurent Valdiguié, qui se fait l’écho d’un ”éminent” professeur de l’école qui aurait ainsi déclaré: “Toute la procédure a été truquée sans vergogne pour qu’à la fin il ne reste que la candidature de Mathias Vicherat, l’ami du président, sans aucune expérience universitaire. Ils ont méthodiquement écarté toutes les candidatures sérieuses.”

L’an dernier, Sciences Po a été ébranlée après qu’Olivier Duhamel, le président de la FNSP, a démissionné après avoir été accusé d’inceste sur son beau-fils. Le directeur de Sciences Po Frédéric Mion , a également quitté ses fonctions en février.

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