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    Cette éolienne comparée à un sextoy pourrait devenir votre source d'énergie d'appoint

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Monday, 29 March - 14:41 · 2 minutes

INNOVATION - Sur internet, elle est appelée le vibromasseur géant ou encore “skybrator”. Risée du net pour les uns, espoir d’une nouvelle génération d’ éoliennes pour les autres, cette invention de la start-up Vortex Bladeless est devenue virale depuis que quelques lignes lui sont dédiées sur le réseau social Reddit.

L’engin est prometteur. Cette éolienne sans pales a récemment été citée par la compagnie publique d’électricité norvégienne comme étant un des dix projets les plus excitants dans le secteur de l’énergie . Pourtant, ce design novateur pourrait jouer en sa défaveur.

Cette éolienne a une forme légèrement conique, un objet de 3 mètres de haut, qui se dresse au milieu des plaines à vent et... gigote sur lui même à la moindre bourrasque. Présenté ainsi, l’engin n’a pas l’air révolutionnaire. Pour beaucoup d’internautes, il ressemble surtout à un sextoy géant.

Environ 100.000 personnes ont jaugé la pertinence de cet objet sur Reddit, un réseau social où chaque post est plus ou moins visible selon le degré de pertinence attribué par les utilisateurs eux-mêmes. Impossible de rater l’engin sur la plateforme, tellement l’engouement est fort.

Une forme très avantageuse

Au-delà du ridicule, cette forme évocatrice est pourtant très avantageuse. Souvent les oiseaux ne voient pas bien les pales des éoliennes et se tuent en les percutant. Ce prototype est donc plus respectueux des écosystèmes.

Il est aussi présenté par ses inventeurs comme plus facile à fabriquer et à entretenir. “Cet engin n’a pas vocation à remplacer les éoliennes traditionnelles”, a déclaré pour le Guardian David Yáñez, un des fondateurs de la start-up Vortex Bladeless, à l’origine de cet engin. Les deux objets n’ont pas vraiment la même cible.

David Yáñez et ses six employés pensent que cette éolienne compacte peut-être complémentaire à celles de première génération et s’implanter dans des endroits où ces dernières posent trop de problèmes, comme dans les quartiers résidentiels. Ainsi, “Skybrator” deviendrait une petite source d’énergie d’appoint à la manière d’un panneau solaire.

Dans l’état, l’engin peut générer entre 100 et 200 kilowatts, ce qui est assez faible (puisque cela permet d’alimenter un réfrigérateur) mais Vortex Bladeless a singé un partenariat avec la compagnie allemande RWE et espère passe du kilo aux mégawatts prochainement. Cela reste relativement moins rentable qu’une éolienne classique pour la même taille. Le fabricant s’attend à 30% de différence.

Vortex Bladeless n’est pas la seule entreprise à se lancer dans les éoliennes sans pales, de plus en plus de projets trouvent des financements, car cette technologie pourrait fonctionner avec très peu de vent et s’implante

Pour les plus curieux, ou ceux qui se languissent devant cette innovation aux évocations obscènes, une version miniature va bientôt être installée à l’O2 Arena, grande salle de concerts et de sport à Londres.

À voir également sur Le HuffPost: La photo du trou noir M87 est passée en HD et c’est magnifique

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    Danone : le court-termisme comme bouc-émissaire

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Tuesday, 23 March - 03:30 · 9 minutes

court

Par Philippe Silberzahn.

L’éviction du PDG de Danone , Emmanuel Faber, a fait couler beaucoup d’encre et chacun y est allé de son explication.

Ce qu’on a beaucoup entendu est qu’elle marquait le triomphe du court-termisme financier sur la vision de long terme et l’engagement sociétal. L’histoire serait celle d’ un PDG engagé dans une démarche de changement du monde mis à bas par de sinistres financiers qui ne voient pas plus loin que le bout de leur lorgnette financière dans leur recherche effrénée de profit.

Le bien contre le mal. Nous aimons les caricatures en France, mais celle-là a sans doute été poussée un peu loin.

Emmanuel Faber a-t-il été victime du court-termisme financier ? Loin s’en faut et, au-delà du cas Danone , cette notion est un bouc émissaire certes pratique, mais qui masque la vraie question de la gouvernance et de l’innovation.

Cette accusation est aussi vieille que le capitalisme lui-même.

Selon l’argument, les investisseurs financiers n’ont que le profit à court terme comme intérêt. Ils sacrifient donc l’intérêt à long terme de l’entreprise et de ses parties prenantes, au premier rang desquelles ses employés. Ils sont prêts à couper une jambe pour la vendre maintenant plutôt qu’attendre de pouvoir gagner la course. Face aux investisseurs, seuls quelques PDG visionnaires et manageurs courageux résistent pour préserver une action de long terme.

Si c’est bien sûr parfois vrai, ça ne l’est certainement pas dans le cas de Danone. En l’occurrence, les fonds dits activistes présents au conseil d’administration reprochaient au PDG d’avoir procédé à des acquisitions hasardeuses et coûteuses au lieu d’investir dans l’innovation.

Ces fonds sont présents depuis longtemps dans l’entreprise, et ils ne représentent que 3 % du capital, assez pour avoir une influence, pas assez pour faire la pluie et le beau temps. Si les autres actionnaires et membres du conseil n’avaient pas été d’accord avec eux, ils n’auraient rien pu faire.

Par ailleurs, la gestion d’Emmanuel Faber était contestée en interne depuis longtemps, la presse faisant état d’un turnover très élevé et de conditions de travail dégradées, ce que j’ai pu observer de mon côté via des contacts personnels d’anciens de l’entreprise. On s’éloigne donc sérieusement de l’image d’un soldat du bien mort au champ d’honneur, abattu par la finance internationale court termiste, pour se rapprocher de celle d’un PDG médiatique dont tant les choix stratégiques que les méthodes étaient fortement contestés, dans un contexte de dégradation des résultats faute d’innovation. Il y avait vraiment le feu au lac.

L’entreprise privée, prisonnière du court-terme ? Une fiction

L’accusation de court-termisme est devenue une antienne.

Par exemple, Mariana Mazzucato , professeur d’économie de l’innovation et célèbre avocate de l’investissement public dans la recherche, estime que l’incertitude propre à l’innovation rend le secteur privé réticent à investir dans le long terme. Il ne pourrait investir que dans des projets relativement certains, ce qui le condamnerait au court-termisme et à l’innovation incrémentale (la lessive qui lave plus blanc), et lui interdirait l’innovation de rupture et les grands paris technologiques.

Cela paraît logique, sauf que c’est démenti par 200 ans de révolution industrielle. Et également par les chiffres.

Pour ne citer que quelques exemples : Amazon a dépensé 22,6 milliards de dollars en R&D l’année dernière, Volkswagen 14 milliards et Roche 9,8 milliards. Parmi les 2500 plus gros investisseurs mondiaux privés en R&D, on compte 769 entreprises américaines avec un investissement de 313 milliards d’euros et 551 entreprises européennes avec 208 milliards. Beaucoup de ces milliards ne donneront rien, alors comment peut-on continuer à dire que les entreprises privées financiarisées n’investissent pas dans le long terme pour l’innovation ?

Pour ne parler que d’elles, les entreprises américaines sont célèbres pour leur myope obsession des résultats du trimestre prochain. Pourtant l’industrie américaine est l’une des plus innovantes depuis plus d’un siècle. Comment un système qui nous est décrit comme tout entier rongé par le court-termisme financier réussit-il pourtant à rester en tête des classements mondiaux de la performance économique et de l’innovation ?

Il n’y a pas un seul secteur d’avenir – pas un seul – où ne figure au moins une entreprise américaine en position de leadership. Le stade suprême de la financiarisation de l’innovation, le capital risque , est l’un des outils les plus puissants inventés par l’Amérique pour concilier impératif financier et long terme, supportant des pertes durant de nombreuses années pour espérer gagner sur le long terme. Il a investi environ 17 milliards rien qu’en bio-pharma l’année dernière et on lui doit, entre autres, le vaccin Pfizer bioNtech basé sur la technologie à ARN messager à laquelle peu de gens croyaient.

C’est un de ces fameux paris que Mariana Mazzucato juge impossible pour le secteur privé. Dans les années 1980, les junk bonds , universellement décriées comme une dérive financière, servirent à financer la téléphonie mobile américaine.

Le court terme construit le long terme

Mais revenons sur cette question du court terme, parce qu’elle est omniprésente dans le discours actuel.

Comme souvent, le nœud du problème provient des mots que l’on choisit pour le décrire, c’est-à-dire ici court terme et long terme . Cette dichotomie, comme toutes les dichotomies, semble nous forcer à choisir notre camp : le court terme, camp du mal, le long terme, camp du bien.

Or les deux ne s’opposent pas. Pour une raison philosophique évidente, le long terme est le produit de nos actions d’aujourd’hui, il ne peut en être autrement.

L’entrepreneuriat, avec la théorie de l’effectuation , mais aussi la sociologie, avec les travaux de Saul Alinsky et bien d’autres, ont montré comment la clé du long terme est une action de court terme qui s’agrège au cours du temps. Ainsi l’effectuation, en étudiant comment se sont créées les plus grandes entreprises, montre que l’entrepreneur n’a pas besoin d’avoir une vision de long terme pour créer de grandes ruptures. Au contraire, il agit en construisant des petites victoires. Il regarde ce qu’il a sous la main et voit ce qu’il peut faire avec et avec qui il peut avancer. En avançant de petite victoire en petite victoire, il construit un réseau croissant de parties prenantes ; et ainsi petite victoire devient grande.

L’effectuation montre que la vision de long terme n’est pas nécessaire , qu’elle peut même être contre-productive, mais surtout elle montre combien l’action de court terme n’empêche pas la construction du long terme. Au contraire, elle la permet. La grande leçon de l’entrepreneuriat innovant de ces 20 dernières années, mais aussi de la révolution industrielle de ces 200 dernières années, c’est cette réconciliation d’acteurs animés par le court terme qui finissent par changer le monde sur le long terme.

La plupart des grandes entreprises et des grandes révolutions sociales et économiques ont ainsi été construites par des gens qui ne regardaient pas beaucoup plus loin que le bout de leur nez, petite victoire après petite victoire.

À long terme nous sommes tous morts, disait Keynes, signifiant sans doute que la pensée de long terme n’est parfois qu’un artifice commode permettant aux dirigeants de raconter ce qu’ils veulent : le temps que ce long terme arrive, ils seront partis de toute façon. C’est sans doute pour cela qu’ils aiment tant en parler. Le long terme  permet aussi de faire passer de mauvais résultats pour une bonne gestion des horloges. « Mes résultats sont mauvais mais c’est parce que j’investis pour le long terme, il faut être patient. » On nous refait le coup des lendemains qui chantent. La souffrance d’aujourd’hui serait la clé du salut de demain.

Cela étant dit, en pratique, cette réconciliation du court terme et du long terme est difficile pour les entreprises, comme je peux le constater régulièrement.

Cette difficulté a pourtant été décrite depuis longtemps sous le nom de dilemme de l’innovateur par le chercheur Clayton Christensen , spécialiste de l’innovation. À la base de toute décision, qu’elle soit de gestion courante ou d’investissement, se trouve la notion d’arbitrage : on investit aujourd’hui pour un résultat demain .

L’investissement, que ce soit du temps passé ou de l’argent dépensé, est certain, puisqu’il est fait aujourd’hui. Le résultat est incertain, puisqu’il n’interviendra que demain. Le décideur est donc confronté à un dilemme dans ses décisions : protéger son activité actuelle, au risque de rater la prochaine innovation, ou miser sur l’innovation au risque de sacrifier son activité actuelle.

Comme sacrifier l’activité actuelle aurait des conséquences immédiates, certaines et massives tandis que sacrifier une innovation n’aura que des conséquences incertaines et lointaines, le manager aura tendance à préférer aujourd’hui à demain . C’est une attitude rationnelle et très humaine, bien décrite en psychologie, et cela n’a pas grand-chose à voir avec la pression court-termiste financière.

Elle est observée dans tous les types d’organisations : petites et grandes, à capitaux publics ou privés, cotées en bourses ou familiales, avec ou sans actionnaires externes, et dans des services publics et les associations.

C’est la même attitude qui me fait manger une glace sachant que je pleurerai demain sur ma balance. Des solutions existent pour échapper au dilemme et innover tout en préservant son activité actuelle.

Les quatre véritables blocages de l’innovation pour le long terme

Ce qui bloque l’innovation et la création d’entreprises performantes sur le long terme n’est pas le court-termisme supposé des investisseurs, même s’il existe bien sûr par ailleurs pour certains d’entre eux.

Ce qui bloque l’innovation c’est :

  1. L’enfermement dans des modèles mentaux obsolètes (le vaccin ARNm ne marchera jamais, Tesla ne marchera jamais, etc.)
  2. La fuite en avant des dirigeants dans une rhétorique idéaliste et visionnaire aux dépens d’un engagement dans l’ici et maintenant de leur organisation.
  3. Le développement actuel d’une préférence des dirigeants pour le signalement vertueux et la soumission au politiquement correct au détriment de ce qui garantit l’avenir durable de leur entreprise.
  4. Le dilemme de l’innovateur, c’est-à-dire la nécessaire défense de l’activité actuelle au détriment d’une activité nouvelle.

Chacun gagnerait à cesser de désigner le court-termisme financier comme un bouc émissaire et à s’atteler à la résolution de ces blocages.

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    e-Cilo in London

    François Brutsch · Tuesday, 23 February - 18:08 edit

Thanks to Swytch Bike (they deliver a great kit: front wheel with electric motor, pedal sensor and removable handlebar battery) and VeloCity, the fantastic mobile bicycle mechanics (I'm an end user, not a geek), my trusty 30yo Swiss Made Cilo is now an e-bike! #innovation

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    Katalin Kariko sauveuse de l’humanité : 5 leçons d’innovation

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Friday, 12 February - 04:35 · 10 minutes

Katalin Kariko

Par Philippe Silberzahn.

Retenez bien ce nom, si vous ne le connaissez pas déjà : Katalin Kariko. De façon sans doute un peu exagérée par des journalistes qui aiment les belles histoires, elle a été qualifiée de « femme qui allait sauver l’humanité » , mais il y a beaucoup de vrai néanmoins.

Katalin Kariko, une histoire peu banale

Chercheuse brillante, elle fuit sa Hongrie natale en 1985 car elle manque de moyens et atterrit aux États-Unis. Aujourd’hui à l’Université de Pennsylvanie, elle est l’inventeur du vaccin à ARN messager (ARNm), celui qui va probablement sauver des millions de vies menacées par la Covid.

C’est une belle histoire comme on aime à les conter, celle de l’inventeur parti de rien, seul contre tous, qui manque de tomber plusieurs fois mais qui se relève et réussit finalement à triompher et connaît enfin la gloire.

Mais plus prosaïquement, c’est aussi une histoire dont nous pouvons tirer des leçons utiles pour l’innovation, et singulièrement pour notre pays, qui en a bien besoin.

Good girls go to heaven ; other girls go wherever they want.

Quelles leçons tirer de l’incroyable aventure de Katalin Kariko ? Bien sûr, celle-ci ne sauve pas l’humanité à elle toute seule. Le vaccin sauve des vies parce que tout un système socio-technico-économique a été mobilisé pour le mettre au point, le financer, le tester, le fabriquer, le distribuer et l’administrer.

Ce système mobilise des centaines de milliers d’acteurs. Il n’empêche, sans sa détermination et sa conviction chevillée au corps que la technologie à base d’ARN messager était prometteuse, nous serions aujourd’hui démunis face à l’épidémie.

J’identifie pour ma part cinq leçons.

Ce n’est pas l’idée qui compte, mais son acceptation

L’important n’est pas d’avoir une bonne idée, mais de faire accepter cette idée. Katalin Kariko a eu très tôt l’intuition que l’ARN messager était une technologie prometteuse, sans forcément savoir où l’appliquer.

Cette idée était minoritaire. À l’époque les chercheurs travaillaient sur les modifications d’ADN, solution que Kariko trouvait compliquée et dangereuse. Son opposition lui vaut d’être quasiment licenciée de l’université de Pennsylvanie.

Heureusement un responsable de la faculté de médecine de la même université la connaît et lui fait confiance ; il lui trouve un poste où elle peut reprendre ses recherches.

Plus tard, elle s’associera avec la startup allemande BioNTech pour mettre au point le vaccin. Lorsqu’on parle d’entrepreneuriat, mais aussi de découverte scientifique, qui correspondent aux mêmes logiques, on raisonne souvent en termes d’idées : est-ce que mon idée est bonne ? En pensant qu’il suffit d’avoir une bonne idée pour que tout le monde l’accepte.

C’est une erreur très fréquente, notamment chez ceux qui ont eu une formation scientifique. Ce que cette histoire montre c’est qu’avoir une bonne idée ne suffit pas ; ce qu’il faut c’est convaincre les autres qu’elle vaut la peine d’être poursuivie. Comme disent les Américains : « Salesmanship is part of the game » (la vente fait partie du jeu). Autrement dit, la science, tout comme l’entrepreneuriat, est un exercice social.

La carrière de nombreux innovateurs a été brisée pour avoir ignoré ce précepte fondamental. Katalin Kariko a réussi parce son travail et sa personnalité ont suscité la confiance d’acteurs-clés, et les a amenés à s’engager dans son projet d’une façon ou d’une autre pour le faire avancer.

Offrir des voies multiples de succès

Ce qui a sauvé Katalin Kariko est que face à l’hostilité de ses collègues de l’Université de Pennsylvanie, il s’est trouvé un service dont le responsable croyait en elle et lui a trouvé un job. Un système devient ainsi robuste lorsqu’il offre de multiples portes de sortie ou voies de rattrapage à ceux qui ne cadrent pas avec les croyances du moment.

Ce fut l’une des grandes forces de l’Europe de l’après XVIIe siècle. Quand un homme, philosophe ou scientifique, était persécuté chez un prince, il pouvait toujours partir trouver refuge chez un autre prince. L’Europe a ainsi constitué une grande foire des idées et des croyances, qui fut source d’innovation et de robustesse, en empêchant une croyance dans un domaine de s’imposer totalement.

Tous les grands innovateurs questionnent des modèles mentaux dominants, ces croyances profondes qui sont vues par ceux qui les ont comme des évidences, des vérités ne pouvant être questionnées. Sans voies alternatives d’avancée, les innovateurs sont condamnés à aller attaquer ces modèles frontalement, sans pratiquement aucune chance de succès. Les dindes ne votent pas pour Noël.

Je pense à tous ces innovateurs qui participent aux concours internes de leur entreprise et doivent passer devant un jury de sages, c’est-à-dire de personnes qui doivent leur carrière au système en place, système que les innovateurs viennent questionner.

Avoir conscience de la limite des grands programmes

Cette leçon est directement liée à la leçon précédente.

Il existe un courant important qui prône le développement de grands programmes dits moonshot (viser la Lune), inspiré du fameux programme Apollo de Kennedy.

Ce courant est très prisé en France. Dès que nous connaissons un échec quelque part, il est question de lancer un grand programme. Nous avons donc pu entendre certains évoquer un Airbus du vaccin .

Et pourtant, si la réussite de Katalin Kariko montre une chose c’est qu’elle n’est pas le produit d’un grand moonshot mais d’une détermination individuelle à poursuivre une idée.

Dans son domaine, les grands programmes des années 1990 se basaient sur l’ADN, et c’est sa contestation de ces programmes qui lui a valu ses ennuis. Le principe de ces programmes est d’identifier un problème clair avec une solution tout aussi claire, puis de miser massivement sur sa résolution.

C’est le propre d’une démarche causale : on fixe un objectif, on choisit une solution, puis on mobilise les moyens pour mettre cette solution en œuvre. Cette approche fonctionne relativement bien pour des objectifs simples et surtout dans un environnement stable.

Elle est risquée face aux problèmes complexes dans lesquels les paramètres sont si nombreux qu’on ne sait pas à l’avance d’où la solution peut émerger, en l’occurrence dans des situations de rupture où on avance dans l’inconnu. Le programme Airbus tant vanté a réussi parce qu’il ne consistait qu’en un rattrapage de Boeing. Ce n’était pas facile, loin de là, mais la référence d’un tel programme pour des situations de rupture est contre-indiquée.

Les grands programmes sont également inadaptés lorsqu’on part d’une solution et qu’on cherche un problème. En d’autres termes, lorsque l’objectif n’est pas connu à l’avance, comme ce fut le cas des travaux de Katalin Kariko. Mais au-delà, les grands programmes moonshot ont aussi le défaut de figer a priori à la fois la définition du problème et la solution recherchée, c’est-à-dire de s’enfermer dans un modèle mental figé.

Ils éliminent de facto toute pensée alternative et ignorent que la révolution industrielle a résulté de l’expérimentation et de la démarche entrepreneuriale par petites victoires menées par des individus en marge du système. Autrement dit, les grands programmes pensent « science dirigée » alors que la réussite de l’ARNm traduit une pensée entrepreneuriale.

L’incroyable pouvoir de l’intelligence humaine

Est-il besoin de le préciser, la mise au point et la fabrication du vaccin (en fait de plusieurs vaccins) en un temps record est une prouesse extraordinaire . L’être humain a une incroyable capacité d’innovation pour résoudre les problèmes auxquels il est confronté, même si parfois ceux-ci semblent immenses.

Faisons ici une sorte de pari de Pascal : plutôt que céder au pessimisme, qui ne nous fait rien gagner, parions sur cette capacité en regardant l’avenir comme infiniment ouvert. Il ne s’agit pas d’être naïvement optimiste – les défis sont nombreux et de taille – mais de reconnaître que le pessimisme nous enferme. Parier sur le génie humain et tout faire pour qu’il s’épanouisse est raisonnable.

Questionner les modèles mentaux français

La cinquième leçon est spécifiquement française. Beaucoup a été écrit récemment sur l’échec des entreprises françaises à développer un vaccin. Trop peut-être : un pays ne peut pas tout faire, et tout programme de recherche d’un vaccin ou d’un médicament peut échouer ; ce sont des choses qui arrivent, c’est même le lot des industries pharmaceutiques.

Néanmoins, il ne fait aucun doute que cet échec devrait être l’occasion d’une prise de conscience de notre pays à propos de l’innovation. Comme en juin 1940, nous pouvons nous complaire dans une recherche de fautes passées et de coupables (version Maréchal Pétain), ou nous pouvons au contraire prendre acte de l’échec et regarder vers l’avenir (version de Gaulle) en nous demandant que faire pour que la prochaine Katalin Kariko soit française, ou à tout le moins qu’elle émerge et réussisse en France ? On pourrait intituler ce travail « opération Marie Curie »: qu’est-ce qui fait que nous avons réussi Marie Curie mais pas Katalin Kariko ?

Beaucoup d’observateurs ont proposé des pistes d’explication au premier chef desquelles le fameux principe de précaution . Il est certain que celui-ci nous enferme dans une logique infernale dans laquelle le risque estimé est toujours supérieur au bénéfice possible.

On a évoqué aussi, à juste titre, le salaire misérable des chercheurs en science. Je me souviens d’un ami chasseur de tête, spécialisé dans le débauchage de chercheurs français au profit d’entreprises et d’universités américaines. Il était effaré que ses cibles gagnent moins que son assistante, mais surtout de leur manque criant de moyens financiers et humains et de la stupidité bureaucratique.

Il y a beaucoup d’autres raisons au marasme français, mais derrière tout cela se sont au final des modèles mentaux bien spécifiques, c’est-à-dire des croyances profondes, qu’il faut aujourd’hui questionner : essentiellement notre pessimisme, notre réflexe systématique à voir le mauvais côté d’une innovation, très souvent fantasmé.

J’en fais régulièrement l’expérience.

Lorsque j’évoque les progrès de la robotique, on me répond systématiquement qu’ elle va créer du chômage alors qu’on a depuis longtemps montré le contraire.

Lorsque j’évoque les progrès de la génétique et de la biologie synthétique, on me répond Frankenstein.

Nous sommes prisonniers d’un énorme modèle mental de peur du futur, et d’une nostalgie d’une époque dorée qui n’a jamais existé (on pense ainsi que l’on se nourrissait mieux avant). Plus précisément, le futur nous fait peur, et il nous dégoûte. Il ne nous intéresse pas, ou plus.

Quand j’évoque les incroyables pistes de croissance économique possibles, qui tireront des millions de gens de la pauvreté, on me répond que cela épuise la planète , alors que plus un pays est riche, plus il est écologiste. Il s’agit de changer la façon dont nous voyons l’avenir et dont ceux qui contribuent à le créer sont considérés et reconnus dans la société.

En bref, l’échec face au vaccin devrait être l’occasion d’un sérieux examen de conscience, mais comme l’a montré le traumatisme de 1940, cet examen peut nous conduire dans des directions fort différentes, le repli ou le sursaut. Nous n’avons aucun péché à expier ni traître à démasquer et à punir.

Nous avons à tirer les leçons d’une situation regrettable, et nous convaincre que le futur est à nous si nous savons nous en emparer. Faute de quoi ce sont les autres qui le feront et il nous restera plus qu’à devenir un grand parc de conservation de la vie d’avant.

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    Neutralité du Net : l’Europe doit-elle déréguler en réponse aux États-Unis ?

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Tuesday, 26 January - 03:30 · 6 minutes

neutralité du net

Par Patrick Maillé et Bruno Tuffin 1
Un article de The Conversation

La neutralité du Net est le principe selon lequel les flux de données qui circulent dans les réseaux ne doivent faire l’objet d’aucune différentiation de la part des intermédiaires qu’ils traversent, notamment les opérateurs télécoms comme Orange ou Free. Ce principe est protégé par la loi en Europe depuis 2015.

Il est ainsi interdit à un opérateur de ralentir certains flux par rapport à d’autres ; de même, un opérateur ne peut pas créer de « tarif premium » qui proposerait à un fournisseur de service (de streaming video, par exemple) un meilleur traitement dans le réseau et donc un avantage sur d’autres services comparables.

Parmi les justifications de ce principe, on trouve une volonté d’assurer une certaine équité entre les acteurs économiques qui utilisent Internet, et de permettre à de nouveaux services d’apparaître sans la barrière à l’entrée que constituerait un tarif premium. Des start-up, avec peu de moyens mais des idées innovantes, pourraient ainsi être directement compétitives face aux acteurs établis. Mais que se passe-t-il si la régulation en termes de neutralité du Net diffère d’un pays à l’autre ?

L’innovation est-elle toujours protégée dans les régions qui imposent la neutralité du Net ? La question se pose notamment depuis que la neutralité n’est plus protégée aux États-Unis, une décision effective depuis le 11 juin 2018 . On a alors constaté aux États-Unis que certains opérateurs ralentissaient des services spécifiques gourmands en ressources comme YouTube ou Netflix , de manière perceptible : un débit observé limité à seulement 10 % du débit possible pour certains opérateurs.

Les mesures sont réalisées par des outils comme Wehe , utilisé également par le régulateur français des télécoms (ARCEP) pour surveiller les opérateurs. Produire de telles réductions peut avoir un intérêt pour les opérateurs, la proportion de bande passante utilisée par les grands acteurs étant non négligeable : en France, 55 % du trafic vers les clients des principaux fournisseurs d’accès provient de quatre fournisseurs uniquement – Netflix, Google, Akamai et Facebook .

Neutralité du net : vers une autoroute Internet payante ?

La différentiation aux États-Unis n’est pas encore sur un modèle avec « voie rapide » payante, mais les défenseurs de la neutralité arguent que les changements se feront de manière lente et graduelle afin de ne pas provoquer de rejet massif des utilisateurs et associations.

À quoi s’attendre donc, si une partie de l’internet adopte un système avec voie rapide payante (non-neutre) alors que l’autre interdit ce type de discrimination ? Les États-Unis risquent-ils de pénaliser l’innovation avec leur décision de libéraliser les réseaux ? Ou au contraire, favorisent-ils leurs acteurs économiques en compétition avec ceux du reste du monde ?

Sans prétendre résoudre cette question, mais seulement pour illustrer quels phénomènes sont susceptibles de survenir, considérons le scénario de la figure 1, avec deux zones : dans l’une (la neutre) une seule qualité de service est disponible, alors que le trafic peut être traité avec deux qualités différentes dans l’autre zone, la meilleure étant accessible moyennant paiement.

Qualités disponibles dans une zone neutre et une zone non neutre, représentées par l’épaisseur des lignes. Les qualités perçues par les utilisateurs de chaque zone sont représentées pour le cas où A choisit la meilleure qualité dans la zone non neutre alors que B y est traité avec la plus faible qualité. Author provided (No reuse)

Pour simplifier, on suppose qu’il n’y a qu’un opérateur dans chaque zone. Considérons alors deux fournisseurs de service A et B (par exemple, des plates-formes de streaming vidéo) comparables, hébergés dans la zone non neutre et neutre, respectivement. Pour atteindre les utilisateurs situés dans la zone éloignée, les flux doivent alors traverser les deux zones. Dans ce cas, comme qualité perçue par l’utilisateur final on prendra la moins bonne qualité rencontrée par le flux, c’est-à-dire la qualité du goulot d’étranglement.

Dès lors, des questions clé concernant la coexistence de ces deux zones à réglementation différente apparaissent :

  • Comment les flux issus d’Europe seront-ils traités aux États-Unis ? Sans paiement de la part de B à l’opérateur américain, ces flux n’ont pas de raison de bénéficier de la voie rapide, on peut donc supposer qu’ils auront le traitement le moins favorable.
  • Une question directement liée est alors : une zone neutre peut-elle autoriser les services qu’elle héberge à payer dans la zone non neutre ? Cela n’est-il pas contradictoire avec l’idée même de la neutralité, puisqu’on autoriserait alors des entreprises de la zone régulée à payer pour bénéficier d’un meilleur traitement, bien que cela concerne leurs flux en dehors de la zone régulée ?

Si dans un premier temps, la neutralité en Europe interdit aux services hébergés en Europe de payer pour la voie rapide aux États-Unis, alors il semble que les entreprises américaines soient favorisées : dans le scénario de la figure 1, les utilisateurs en Europe perçoivent les deux services avec la même qualité, alors que le service américain a un très net avantage en qualité pour les utilisateurs aux États-Unis.

Les autres cas possibles, selon la qualité choisie par le service A hébergé aux États-Unis et les qualités disponibles dans les deux zones, sont illustrés en table 1. On remarque que même si A choisit la qualité la plus faible, il n’est que légèrement moins bien servi en Europe que son concurrent européen lorsque la qualité « neutre » est meilleure que la voie lente aux États-Unis.

Et si les prédictions optimistes concernant la dérégulation aux États-Unis se vérifient, à savoir, que les deux qualités en zone dérégulée soient meilleures que dans la zone régulée (argument de l’incitation pour les opérateurs à investir dans le réseau car ils seront autorisés à en optimiser les dividendes), alors dans tous les cas les services hébergés en zone non neutre sont favorisés.

Qualités perçues pour chaque service par les utilisateurs selon leur zone géographique, pour différents scénarios (qualités disponibles et choix de la qualité par A, un scénario par ligne). En choisissant la voie rapide, le service hébergé aux États-Unis a toujours un avantage sur celui hébergé en Europe. (Le cas où les deux qualités aux États-Unis seraient inférieures à la qualité de la zone neutre ne semblant pas réaliste, il n’est pas présenté.) Author provided

Ces exemples simples montrent que les décisions régulatoires des États-Unis concernant la neutralité du Net sont susceptibles d’affecter les acteurs économiques de tout l’internet. La réponse du régulateur européen risque donc d’impliquer un arbitrage entre les principes qui justifient la neutralité, et les intérêts des entreprises et des utilisateurs européens.

This article is republished from The Conversation under a Creative Commons license. Read the original article .

The Conversation

  1. Patrick Maillé et Bruno Tuffin sont respectivement professeur, IMT Atlantique à l’Institut Mines-Télécom et directeur de recherche à l’Inria.
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    Apple lance une initiative pour lutter contre le racisme et l’injustice

    news.movim.eu / JournalDuGeek · Wednesday, 13 January - 18:30 · 1 minute

Crédits : Apple

Alors que le CES 2021 bat son plein et nous a déjà réservé quelques surprises, l’annonce d’Apple ce 13 janvier en a étonné plus d’un. L’annonce du géant américain ne concernait pas un nouveau smartphone , comme certains ont pu penser, mais un pas de plus vers une société meilleure et plus juste. Apple a annoncé vouloir concrétiser son désir de combattre le racisme systémique en créant les Initiatives pour l’ É galité Raciale et la Justice (REJI), qui vont notamment financer un centre d’éducation et une nouvelle académie pour développeurs basée à Detroit. Un budget de 100 millions de dollars est alloué à ce projet. Cette initiative de la part d’Apple fait suite aux événements qui ont bouleversé le monde entier l’année dernière, notamment la mort de George Floyd et bien d’autres, qui ont révélé un profond besoin de changement en ce qui concerne le racisme systémique et le manque d’opportunités données aux personnes de couleur.

Une des contributions d’Apple concerne le projet Propel Center, qu’ils financent à hauteur de 25 millions de dollars, en collaboration avec la Southern Company. Le Propel Center sera un centre d’innovation et de développement pour les universités et collèges historiquement noirs (HBCU). Il sera situé sur le campus de l’Université d’Atlanta. Une école de développement Apple Developer Academy sera aussi ouverte aux étudiants de Detroit qui souhaitent apprendre le code et connaître le monde des nouvelles technologies.

Propel Center. Crédits : Apple

Avec ces projets, Apple souhaite s’inscrire dans une démarche qui vise à construire un monde plus juste pour tous. Tim Cook, le dirigeant d’Apple, est très fier d’annoncer ce projet car il estime que c’est de la responsabilité de tous que de construire « un monde plus juste et plus équitable » . Dans ce sens, il affirme que cette initiative « contribue à former la prochaine génération de leaders diversifiés » .

Apple lance une initiative pour lutter contre le racisme et l’injustice

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    Catecair : le masque d’air sans masque

    news.movim.eu / JournalDuGeek · Thursday, 15 October - 15:30 · 1 minute

Le volume d’air où l’homme respire (de 0 à 3 mètres de hauteur) est le lieu où réchauffement, pollution et maladie se mêlent, se combinent et se renforcent. Respirer est désormais plus mortel que le tabagisme. Le coût pour la santé publique est de 150 milliards par an dans l’Union européenne !

Petite boîte légère (170 x 50 x 100mm pour 380g) placée sur la poitrine suspendu par un tour de cou, la Catecair 101 pulse 16m3/heure vers le visage du porteur, un air filtré (filtre ePM1≥80% ISO 16890) et dépollué des particules (PM10), fines (PM2,5) et ultrafines (PM1) (bactéries, pollens, nanoparticules, gaz d’échappement et virus), lui permettant ainsi non seulement de respirer un air propre mais aussi d’être protégé des aérosols de la COVID-19. Le volume d’air pulsé s’établit ainsi à 9 litres / 2sec, soit 20 fois l’air inspiré.

Ce flux d’air propre a plusieurs avantages significatifs : laisser le visage libre (pas de masque), ne pas polluer l’environnement, avoir une efficacité de 99%, créer autour du porteur une bulle d’air protectrice. Le Catecair 101 peut être utilisé aussi bien dans un espace ouvert que fermé. Il se recharge comme un téléphone portable.

La Covid-19 a mis en lumière le fait que là où la pollution est la plus forte, la maladie est la plus mortelle et les cas les plus sévères. A chaque respiration en effet les poumons sont transpercés par les particules ultrafines, ouvrant la voie aux virus. Se protéger des pandémies, c’est d’abord et aussi se protéger des particules.

A noter que la société a développé par ailleurs deux produits complémentaires utiles à réduire la propagation de la pandémie : le Catecair 40 (80m3/heure) pour dépolluer les toilettes publiques (25% de la contamination) et le Catecair 70 (200m3/heure) pour tout espace fermé jusqu’à 100m².

Catecair : le masque d’air sans masque

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    Hitchings et Elion, une nouvelle conception des médicaments -Héros du progrès (33)

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Sunday, 6 September, 2020 - 03:35 · 8 minutes

Hitchings et Elion

Par Alexander Hammond.
Un article de HumanProgress

Voici le trente-troisième épisode d’une série d’articles intitulée « Les Héros du progrès ». Cette rubrique est une courte présentation des héros qui ont apporté une contribution extraordinaire au bien-être de l’humanité.

Nos héros de la semaine sont George Hitchings et Gertrude Elion, les deux scientifiques américains qui ont initié le développement de la conception rationnelle des médicaments.

Jusqu’alors, la méthode classique employée pour les découvrir reposait sur une approche essai-erreur afin de déterminer l’efficacité des différents traitements.

À rebours de ce qui était communément admis, la nouvelle méthode de Hitchings et Elion s’est attachée à étudier les différences entre les cellules humaines et les cellules pathogènes responsables de maladies. À la lumière de ces découvertes, la méthode a permis de développer des médicaments spécifiquement conçus pour s’attaquer aux agents pathogènes dangereux.

La technique de conception rationnelle de Hitchings et Elion a transformé la façon dont les nouveaux médicaments sont créés et a conduit à des nouveaux remèdes pour lutter contre la leucémie, la malaria, la goutte, les rejets d’organes transplantés et la polyarthrite rhumatoïde, pour n’en citer que quelques-uns.

George Hitchings est né le 18 avril 1905 à Hoquiam, dans l’État de Washington. Il n’a que 12 ans, lorsque son père meurt des suites d’une longue maladie ; il indiquera par la suite que ce décès l’a incité à poursuivre une carrière médicale.

Diplômé du lycée Franklin de Seattle en 1923, il s’inscrit la même année à l’université de Washington pour étudier la chimie. Il y obtient son diplôme avec mention en 1927 puis sa maîtrise en 1928. Il part ensuite s’installer à l’université de Harvard comme chargé d’enseignement et reçoit son doctorat de biochimie en 1933.

Au cours de la décennie suivante, il occupe plusieurs postes temporaires dans différentes institutions. Comme il l’a admis par la suite, sa carrière a réellement démarré en 1942 quand il rejoint les Wellcome Research Laboratories (aujourd’hui partie de GlaxoSmithKline) en tant que chef du service de biochimie.

Deux ans plus tard, il cherche à embaucher un assistant de recherches et c’est ici que Gertrude Elion fait son entrée dans notre récit.

Gertrude Elion est née le 23 janvier 1918 à New York. Élève brillante, elle obtient son diplôme de fin d’études secondaires à seulement 15 ans. Elle s’inscrit au Hunter College grâce à une bourse d’études complète.

Elle a 15 ans, lorsque son grand-père décède d’un cancer. Tout comme pour Hitchings, c’est la mort d’un être cher qui l’a amenée à se dévouer toute sa vie durant pour la médecine.

Après avoir été diplômée en chimie au Hunter College en 1937, elle se heurte à ce qu’elle a appelé un « mur de briques », une exclusion. La crise de 1929 a rendu difficile d’obtenir un travail, et plus encore pour les femmes qui en cherchaient un dans le domaine scientifique.

Elle se rend compte que pendant les années 1930, peu d’employeurs la prenaient au sérieux. Lors d’entretiens d’embauche à des postes pour lesquels elle était qualifiée, ses interlocuteurs disaient souvent qu’elle serait une « distraction » dans un labo rempli d’hommes.

Après avoir été rejetée par de nombreux employeurs et programmes d’études supérieures, elle accepte un poste non rémunéré d’assistante de laboratoire auprès d’un chimiste. En 1939, elle s’inscrit à un programme de maîtrise de chimie à l’université de New York. Pendant ces études, elle travaille comme professeur de lycée et obtient sa maîtrise universitaire ès sciences en 1941.

Au début des années 1940, beaucoup d’hommes étant sous les drapeaux, de nouvelles opportunités apparaissent pour les femmes dans le domaine scientifique. Elle obtient un emploi de chimiste analyste dans une entreprise alimentaire, et finit par s’ennuiyer dans son travail. À la suite d’un passage de six mois dans un laboratoire dirigé par Johnson et Johnson, elle est embauchée par Hitchings comme assistante de recherche en 1944.

Hitchings était convaincue qu’il devait y avoir une façon plus rationnelle de concevoir des médicaments que par la méthode classique de tâtonnements. Le duo développe une méthode qui s’efforce de déterminer les différences biochimiques et métaboliques entre des cellules humaines et les agents pathogènes à l’origine des maladies.

Hitchings et Elion ont pu ensuite développer des composés chimiques spécifiques capables de tuer ou d’inhiber la reproduction des agents pathogènes sans que cela soit nocif pour les cellules humaines saines.

Grâce à leur méthode, ils ont réussi à concevoir des médicaments traitant différentes pathologies telles que la leucémie, la goutte, la malaria, la méningite et l’herpès viral. Partout dans le monde, des chercheurs ont copié leur approche de la conception des médicaments, créant en quelques années des traitements anti-viraux de l’herpès labial, de la varicelle et du zona. Et ils ont enfin développé l’azidothymidine (AZT) — le premier médicament disponible contre le HIV/SIDA.

Plus tard, Elion écrira : «  Quand on a commencé à voir le résultat de nos efforts sous forme de nouveaux remèdes qui correspondaient à de vrais besoins médicaux et bénéficiaient aux patients de façon tangible, nous avons ressenti de manière incommensurable que nous étions récompensés » .

Par la suite, Elion enseignera à l’université de Duke et à l’Université de Caroline du Nord, à Chapel Hill. En 1967, quand Hitchings deviendra vice-président en charge de la recherche à Burroughs-Wellcome, elle lui succèdera à son précédent poste.

En 1976, Hitchings est nommé chercheur émérite à Burroughs-Wellcome. Il a aussi été professeur adjoint à l’université de Duke de 1970 à 1985. Elion a officiellement pris sa retraite en 1983, mais tout comme Hitchings, elle a continué à travailler au laboratoire à temps partiel en tant que chercheur émérite.

Tout au long de leur vie, Hitchings et Elion ont reçu des dizaines de récompenses et de distinctions. Plus particulièrement, ils ont reçu le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1988, prix qu’ils ont partagé avec Sir James Black, un pharmacologue écossais. En 1974, Hitchings devient membre de la medicinal Chemistry Hall of Fame et membre étranger de la Royal Society.

En 1991, Elion reçoit la National Medal of Science des mains du Président George H. W. Bush. La même année, elle devient la première femme intronisée au National Inventors Hall of Fame pour ses travaux déterminants dans le développement d’un médicament, la 6-mercaptopurine, qui a offert un nouvel espoir dans la lutte contre la leucémie.

Comme Hitchings, elle est aussi devenue membre étranger de la Royal Society en 1995. Bien qu’elle n’ait jamais eu de doctorat officiel, l’université polytechnique de New York et celle de Harvard lui en ont décerné un prix honorifique, respectivement en 1989 et 1998.

Hitchings meurt à 92 ans en 1998. Elion le suit l’année suivante à 81 ans.

Les travaux de Elion et Hitchings ont fondamentalement transformé la méthode classique « essai-erreur » de création de médicaments. Leur approche rationnelle a servi à créer des dizaines de traitements pour toute une série de maladies mortelles. Elle a déjà sauvé ou prolongé des millions de vies — un nombre qui ne fera qu’augmenter à mesure que de nouveaux médicaments seront développés.

Pour cette raison, Hitchings et Elion sont nos trente-troisièmes héros du progrès.

Les Héros du progrès, c’est aussi :

Traduction pour Contrepoints par Joel Sagnes de Heroes of Progress, Pt. 33: Hitchings and Elion