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    Kendji Girac a décroché un premier rôle dans un téléfilm sur TF1

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Thursday, 13 January - 10:35 · 2 minutes

Dans <i>Champion</i>, le nouveau téléfilm de Mona Achache qui sera diffusé sur <i>TF1</i>, on pourra retrouver Kendji Girac dans un rôle de jeune homme illettré, une thématique qui lui tient à cœur.

ILLETRISME - “Ce n’est pas grave de ne pas savoir lire ou écrire”, déclare Kendji Girac dans un interview accordé au Parisien . Pour la première fois de sa carrière, Kendji Girac sera un acteur dans un premier rôle où le personnage a des difficultés pour lire et écrire , un obstacle que le jeune chanteur, découvert dans l’émission The Voice , connaît très bien.

Dans Champion , le nouveau téléfilm de Mona Achache qui sera diffusé sur TF1 , on pourra retrouver Kendji Girac dans un rôle de jeune homme illettré, une thématique qui lui tient à cœur. “J’incarne Zack, un garçon qui a des difficultés à lire et à écrire parce que ses parents l’ont sorti de l’école trop tôt pour le faire travailler depuis son plus jeune âge, déclare le chanteur, toujours accompagné de sa guitare . J’ai accepté de le jouer car c’est loin des précédentes propositions qui étaient plus clichées.”

Et pour cause, il explique que l’histoire de ce jeune homme devenu menuisier un peu trop tôt lui rappelle sa propre enfance. “Je suis allé à l’école, j’étais même un bon élève mais avec les voyages (en tant que gitan), je restais jamais 10 mois dans l’année à l’école, raconte-il. J’ai changé énormément d’établissements et de professeurs.”

Un nouveau défi pour la bonne cause

“Je me prépare depuis des mois en prenant des cours de comédie mais aussi de boxe pour relever ce nouveau challenge que je prends très au sérieux,” raconte le futur comédien. Prêt à tout aujourd’hui, il se souvient de l’époque The Voice où les caméras le mettaient mal à l’aise. “Quand j’ai commencé The Voice (qu’il a gagné en 2014) , j’étais terrorisé, je tremblais littéralement de stress. Et pendant longtemps, j’ai gardé un trac énorme”, déclare-t-il.

Avec le temps, il apprend quand même à se détendre et est prêt à endosser le rôle qu’il a accepté. “L’histoire que je vais raconter autour de l’illettrisme est un sujet très intéressant qui concerne beaucoup de gens”, explique-t-il. En 2021, selon l’ Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI), 2,5 millions souffrent de ne pas savoir maîtriser la lecture ou l’écriture en France.

Pour Kendji Girac, ce rôle est aussi l’occasion de parler de ses propres difficultés avec la lecture. “Quand j’étais plus jeune, je savais lire bien sûr mais pas assez vite pour suivre les paroles sur les prompteurs au rythme de la musique quand je chantais dans des émissions télé. C’était assez gênant pour moi”, raconte-t-il. Avec ce rôle, il souhaite envoyer un message aux jeunes illettrés pour leur dire qu’il faut adresser sans peur ses difficultés.” Beaucoup ont peur de le dire, se cachent et j’aimerais grâce à ce film casser les codes, faire avancer cette cause et que cela ne soit plus un sujet tabou”, conclut-il.

À voir également sur Le HuffPost: Jean-Paul Belmondo, Tanya Roberts, Virgil Abloh, ces stars nous ont quittés en 2021

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    « B. A. BA d’économie », de Gérard Dréan

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Wednesday, 5 January - 03:30 · 2 minutes

Par la rédaction de Contrepoints .

Il arrive souvent que, même sur ce site, des commentaires témoignent d’une certaine ignorance en matière économique.

C’est l’occasion de rappeler l’existence d’un petit livre écrit il y a quelques années par notre contributeur régulier Gérard Dréan dans le but justement de combler cette lacune.

Cet ouvrage de 230 pages vise à présenter les faits fondamentaux de la réalité économique, en se gardant bien d’entrer dans la confrontation des théories et encore plus des idéologies.

Il part de la description des actes économiques élémentaires : l’échange au chapitre 1, son instrument qu’est la monnaie au chapitre 2, la production au chapitre 3 et la finance au chapitre 4. Il en fait la synthèse au chapitre 5 en parlant du marché, dont la fonction est de réunir, de confronter et d’harmoniser l’ensemble des actes économiques. Il parle ensuite du rôle économique de l’État au chapitre 6, et du progrès économique au chapitre 7. Sur ces bases, il aborde enfin le caractère spécifique de la discipline économique au chapitre 8 et résume les grands courants de la pensée économique dans le chapitre 9.

Pour compléter cette présentation, voici quelques extraits des commentaires laissés par les lecteurs sur Amazon, qui distribue ce livre :

« J’ai trouvé là un premier précis atypique d’économie très instructif. L’expérience de la vie courante est utilisée pour faire percevoir les idées simples et essentielles qui sous-tendent la complexité des interactions entre les individus qui bénéficient et contribuent à la société à travers les échanges économiques au mieux de leurs intérêts. Du troc à la mondialisation, les notions de division du travail et échange, de valeur et marché, de prix et de monnaie, de production et d’entreprise ainsi que les institutions liées à une économie libre sont naturellement introduites, expliquées et accessoirement dépouillées d’idées reçues tenaces ou entretenues. Sept chapitres décrivent les forces économiques ; deux chapitres plus généraux mais également pédagogiques mettent en perspective la science économique et son évolution. »

« Exit les explications gonflées avec un vocabulaire barbare, exit l’usage incongru des mathématiques pour pouvoir démontrer des phénomènes typiquement humains indémontrables par un tel procédé, exit cette auto-suffisance des économistes modernes et leur volonté de mettre l’économie à l’égal des sciences dures, on a ici un livre d’économie qui fait comprendre simplement l’économie »

« Gérard Dréan repart des motivations de base qui expliquent l’activité économique, comment celle-ci se développe et comment s’ajustent les offres et les demandes par le jeu des prix (synthèses évolutives des jugements des producteurs et consommateurs). Il ne part pas dans de grandes théories – mais on voit qu’il les connait – , mais plutôt pose les bases à partir desquelles on peut élaborer des théories économiques qui reflètent la réalité et non des abstractions artificielles. »

« Cet ouvrage est remarquable, il s’adresse à tous avec une clarté exceptionnelle. Il devrait figurer impérativement dans tous les programmes scolaires afin que les nouvelles générations disposent de repères et de raisonnements solides. »

Un article initialement publié le 15 août 2020 .

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    La culture en péril : Le dernier livre (7)

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Monday, 3 January - 04:15 · 4 minutes

Le scénario de cette bande dessinée se déroule à Paris en 2040. La pandémie mondiale n’a finalement jamais été endiguée et les variants ont causé d’immenses dommages humains, ce qui a conduit notamment à la fermeture des écoles, ainsi que des librairies et bibliothèques.

Le règne des GAFAM et de la censure

À l’ère du numérique , le savoir est tout entier digitalisé et les enfants apprennent de chez eux via des casques de réalité virtuelle diffusant des neuro-informations. Non seulement les livres papier ont pratiquement entièrement disparu, mais ils sont interdits lorsqu’ils ont échappé à la destruction. En détenir vous expose aux assauts de la police des livres, exactement comme dans Farhenheit 451 , les auteurs de cette BD y faisant d’ailleurs explicitement référence.

Huit ans auparavant, le fondateur de Fatalbook a été élu président des États-Unis, bénéficiant de la connaissance des électeurs grâce à la collecte universelle des données personnelles. Comme tant d’autres au cours de l’Histoire , son administration entend bâtir un nouveau monde expurgé de ce qui est considéré comme immoral, subversif, séparatiste. L’enjeu est le contrôle du savoir, donc du pouvoir. Une Commission de surveillance et de contrôle des publications est ainsi chargée de faire disparaître définitivement la version numérique de romans ou œuvres littéraires non conformes aux bonnes mœurs (de grands fleurons de la littérature bien connus sont ainsi éliminés).

Vieux rêve et instrument de tous les totalitaires également, on propose de simplifier le langage et de le remplacer par un langage unique, universel , compréhensible par tout le monde. Les interactions humaines sont en outre contrôlées, les gens se sont habitués aux couvre-feux systématisés, la surveillance par drones dissuadant les éventuels récalcitrants. En parallèle, on assiste à de mystérieuses disparitions d’enfants…

Les dangers de la remise en cause du passé

Si le sujet de cette BD est intéressant, malgré une fin un peu bâclée et certains stéréotypes éventuellement critiquables, j’en tirerais différentes remarques.

Au-delà des dangers liés au numérique et au contrôle des données et informations, ce qui me préoccuperait davantage que la puissance des GAFAM est le contrôle de la population déjà exercé par la Chine et la recherche probable de son extension à ses sphères d’influence puis au-delà.

Concernant les États-Unis et, par extension, le monde occidental, ce qui me préoccupe également bien davantage dans l’immédiat sont toutes les formes de révision du passé, de déboulonnage des statues, de wokisme, ou de mouvements de déconstructeurs en tous genres qui s’attaquent à nos libertés , sous couvert comme toujours d’agir au nom de la liberté.

Hélas, il est prouvé historiquement que les minorités agissantes et bruyantes ont une fâcheuse tendance à l’emporter trop souvent sur les majorités silencieuses, rendant d’autant plus plausibles tous les scénarios de remise en cause des libertés, d’effacement du passé et des pires plaies humaines que l’on peut considérer.

Que l’on pense aux révolutions , où il est avéré que les enragés commettent les pires horreurs au détriment de toute raison (éventuellement en son nom), faisant subir massacres et destructions à l’immense majorité qui désapprouve mais ne réagit pas ou peu , des mouvements (manipulés) type Gilets jaunes, des mouvements woke qui sévissent actuellement sévèrement dans la société et les universités américaines et de plus en plus ici, le résultat est pratiquement toujours le même : le manque de courage, les errements de la politique politicienne, la gangrène progressive des esprits, le faible esprit de résistance, le panurgisme, l’emportent sur le souci de justice et de vérité , faisant peser de plus en plus de dangers sur nos libertés fondamentales.

Et depuis l’apparition du covid, que dire des renoncements insidieux à certaines de nos libertés, certains gouvernements dits démocratiques manifestant une propension inquiétante à rogner peu à peu et incidemment sur celles-ci sans qu’on s’en alarme (collectivement) outre mesure ?

C’est pourquoi, malgré les petites critiques éventuelles que l’on pourrait exprimer à l’égard de cette bande dessinée, elle n’en demeure pas moins assez juste sur le fond : rien n’est impossible, nos libertés sont constamment menacées, un tel scénario est plus plausible que d’aucuns peuvent l’imaginer. C’est bien là l’intérêt des dystopies.

  • François Durpaire et Brice Bingono, Le dernier livre , Glénat, novembre 2021, 72 pages.

À lire aussi :

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    Gaspard Koenig et Nicolas Gardères « Simplifions-nous la vie »

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Sunday, 2 January - 04:15 · 6 minutes

Un constat lucide sur la complexité administrative aux solutions trop lacunaires

On attendait le livre de ces deux auteurs depuis longtemps. Paru le 17 novembre 2021, Simplifions-nous la vie ! offre un juste constat sur les dangers de la complexité normative engendrés par une inflation législative générant un désordre normatif. Si le constat est juste, les solutions proposées, intéressantes cependant, souffrent de certaines lacunes.

Un constat juste : la complexité normative engendre des inégalités et affaiblit la cohérence de l’ordre juridique

Le livre commence fort avec la description de situations abracadabrantesques dignes d’un roman de Kafka.

Dès la page 15, les auteurs rappellent très justement :

« Face à la réglementation qui continue de s’accumuler, les artisans ont le choix entre deux formes de renoncement : le travail non déclaré et l’embauche par des grands groupes chargés de l’administratif ».

Ils montrent bien par la suite que la « complexité favorise le fort et écrase le faible » (page 21) et que, comme déjà évoqué dans divers articles, l’inflation normative amène un déficit d’exécution. De ce fait, « plus personne n’est capable de la respecter » . Page 26, les auteurs décrivent bien la maladie normative qui caractérise notre époque, celle où le zéro hasard est devenu un objectif politique conduisant le législateur à se perdre dans les détails des lois prévoyant un principe général, puis des exceptions, puis des nouvelles dérogations etc. qui nous enferment dans une cage d’acier (page 67).

Les auteurs expliquent ensuite que la complexité administrative voulue par une bureaucratisation omnipotente, centralisée, exclusive et paradoxalement impuissante, conduit à une insécurité normative qui « maintient les citoyens dans un état permanent de tension » (page 53). Dès lors, la simplification devient une question de justice sociale (page 52) qui plus est quand la complexité normative conduit à une myriade de statuts, « générateur de frustration et d’acrimonie » .

Les effets de l’ inflation législative sont bien connus et ce livre permet de les illustrer. Elle a conduit à une instrumentalisation de la loi par le politique, amenant à une dépréciation de sa valeur dans la société. La mise en place au niveau rédactionnel de neutrons législatifs sans aucune charge législative certaine a obstrué et complexifié les textes normatifs, empêchant une bonne assimilation de ces derniers.

La multiplication des textes et leur plus grande complexité ont donc diminué leur assimilation et ont donc conduit à un déficit de leur exécution. Enfin, les lois sont le plus souvent frappées d’obsolescence du fait de leur inapplicabilité. L’activité incessante du législateur génère une baisse de la valeur  accordée à la loi. Aujourd’hui, le droit ne se découvre plus, il est produit d’en haut de manière centralisée.

Portalis disait déjà en 1801 :

« L es lois doivent être préparées avec une sage lenteur. Les États ne meurent pas, et il n’est pas expédient de faire tous les jours de nouvelles lois. »

Pour répondre à cela, les auteurs proposent le Projet Portalis.

Une projet de solution courageux mais lacunaire

Inspiré par l’un des plus grands juristes français de notre histoire, les auteurs tentent à leur manière de faire revivre le goût de la simplicité.

Jean-Étienne Marie Portalis est certainement le juriste qui a le plus marqué sa génération tant son œuvre, le Code civil, est le produit de la civilisation occidentale, reproduit et diffusé au reste du monde. Libéral classique, Portalis exprimait lui aussi le goût pour la simplicité normative. Les auteurs le rappellent très bien.

Se fondant sur son Discours préliminaire du 21 janvier 1801, ils rappellent la méthode Portalis dont l’objectif était clair : « tout simplifier » ; ses principes lumineux : « Les lois sont faites pour les hommes et non les hommes pour les lois » ; son attitude modérée : « Nous nous sommes préservés de la dangereuse ambition de vouloir tout régler et de tout prévoir » ; sa méthode, implacable : « L’office de la loi est de fixer, par des grandes vues, les maximes générales du droit : d’établir des principes féconds en conséquences, et non de descendre dans le détail des questions  qui peuvent naître dans chaque matière » . (page 76)

Le Code civil sera promulgué  le 21 mars 1804, véritable masse de granit du système napoléonien et chef-d’œuvre juridique jamais égalé.

C’est à partir de là que les auteurs dressent en cinq points le projet Portalis :

  1. Réduire les normes à des principes fondamentaux.
  2. Limiter le pouvoir des juges.
  3. Élaborer des contrats-type équilibrés et accessible à tous.
  4. Systématiser l’illustration et les outils de compréhension des normes.
  5. Créer des Maisons des Citoyens.

Sur ces cinq points, les trois derniers sont à développer dans l’immédiat, notamment pour améliorer la compréhension des normes, des lois, de la jurisprudence afin de permettre aux citoyens, aux professionnels de s’approprier les normes applicables à leurs situations.

Les deux premiers points sont ceux qui posent le plus de soucis.

Prenons les deux premiers, le premier étant ici lié au second. Il s’agit de réduire les normes aux principes fondamentaux de chaque matière juridique par la création d’un Code unique, intitulé la Loi et contenant 5000 articles de quelques lignes. Dans le même temps, il s’agit de réduire les pouvoirs du juge grâce aux MARL ou MARD ( article 750-1 du Code de procédure civile ). Et ensuite de limiter leurs pouvoirs aux seuls contrôles restreints de l’erreur manifeste d’appréciation, notion chère aux administrativistes.

Le problème ici est que le juge sera forcément enclin, et c’est sa fonction de juge, de créer du droit de manière supplétive bien que les auteurs limitent et canalisent cette fonction par les mécanismes cités ci-dessus.

Mais Portalis ne disait-il pas dans ce même discours préliminaire :

« I l est rare qu’il naisse des contestations sur l’application d’un texte précis. C’est toujours parce que la loi est obscure ou insuffisante, ou même parce qu’elle se tait, qu’il y a matière à litige. Il faut donc que le juge ne s’arrête jamais ».

Il ajoutait :

« Il faut donc laisser alors au juge la faculté de suppléer à la loi par les lumières naturelles de la droiture et du bon sens. Rien ne serait plus puéril que de vouloir prendre des précautions suffisantes pour qu’un juge n’eût jamais qu’un texte précis à appliquer ».

L’article par excellence auquel on pense est l’article 1382 du Code civil sur la responsabilité civile (aujourd’hui 1240), qui est une maxime générale, et que la jurisprudence de la Cour de cassation a interprété, fixé son régime général et qui n’a pas encore puisé toute sa richesse interprétative. Les principes fondamentaux appellent nécessairement une interprétation par le juge et une interprétation par les cours suprêmes, pour la fixer dans un système juridique décentralisé. L’avantage de la jurisprudence c’est qu’elle part d’une situation concrète avant d’être abstraite, elle est donc le résultat de prétentions individuelles.

Au final, ces deux auteurs proposent un bon livre qui doit, pour être plus solide, résoudre la contradiction entre les deux premiers éléments.

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    « Le diable dans la démocratie » de Ryszard Legutko (1)

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Sunday, 29 August - 03:00 · 13 minutes

Par Johan Rivalland.

Ryszard Legutko est ancien ministre de l’Éducation de Pologne et député européen. Mais il est surtout l’ancien éditeur de la revue philosophique clandestine Solidarity , éditée du temps de l’URSS.

C’est en observateur avisé qu’il a pu constater avec stupéfaction comment les anciens communistes sont parvenus à beaucoup mieux s’adapter que les dissidents et anticommunistes aux régimes démocratiques libéraux fondés en Europe de l’Est après la Chute du Mur de Berlin en 1989… Avec la complicité passive des institutions privées et publiques de l’Europe de l’Ouest.

Une découverte stupéfiante, malgré la supériorité que conserve cependant à ses yeux la démocratie libérale en tant que telle par rapport aux autres formes de régimes, qui a été surtout l’objet de profondes dérives au cours des dernières décennies. Et c’est en en étudiant de manière approfondie les mécanismes particuliers qu’il met en lumière à travers cet ouvrage les causes et symptômes fondamentaux qui en sont responsables .

« Pour faire court, comme le marxisme d’antan, la démocratie libérale devient une idéologie globalisante qui, derrière le voile de la tolérance, ne tolère pas la moindre opinion contraire », résume John O’Sullivan, éditeur à la National Review et vice-président de Radio Europe/Radio Liberty dans la préface.

Les points communs entre communisme et démocratie libérale

Les similarités entre communisme et démocratie libérale n’ont germé que progressivement dans l’esprit de Ryszard Legutko. Et c’est dès les années 1970, à l’occasion de son premier voyage hors de la Pologne que la relative conciliation et empathie à l’égard du communisme éprouvée en Occident l’a frappé, là où il se serait attendu à une vigoureuse condamnation.

Mais il a fallu attendre 1989 pour qu’il parvienne à prendre réellement conscience que la vague intuition qu’il eut alors était juste : ce sont quelques principes et idéaux communs qui peuvent venir expliquer en bonne partie ce lien de cousinage et la conversion rapide des anciens communistes tandis que les anticommunistes se trouvaient paradoxalement stigmatisés et considérés comme une menace, subissant de violentes attaques.

Le communisme et la démocratie libérale sont apparus comme constituant des entités amalgamant l’ensemble de la société et objurguant leurs partisans à penser, agir, analyser les événements, parler ou rêver de la bonne manière . Les deux régimes disposaient de leurs propres orthodoxies et de leurs modèles de citoyen idéal.

La vision de l’Histoire

La première de ces similarités porte sur la vision du sens de l’Histoire, qui évoluerait forcément vers le progrès.

À l’historicisme marxien – qui ne peut mener qu’à la violence politique selon Karl Popper – répondent comme en échos les idéaux du libéralisme d’une part et de la démocratie d’autre part, selon l’auteur, qui s’envisagent également en tant qu’horizon de progrès dans une perspective historique. Dans les deux cas, selon lui, qui tente de s’opposer d’une manière ou d’une autre à cette vision et à cette évolution jugée inéluctable est apparenté à un ennemi du progrès.

Le parallèle ainsi établi (Ryszard cite des penseurs comme Adam Smith, Emmanuel Kant ou Frédéric Bastiat) me paraît cependant injuste et incorrect.

Injuste dans la mesure où la pensée libérale n’est pas un constructivisme , contrairement au marxisme, et ne procède pas d’une volonté d’imposer les choses de manière autoritaire. Et incorrect dans la mesure où la philosophie libérale ne présente pas du tout la liberté comme une fin en soi , ni la paix perpétuelle (Emmanuel Kant) comme une finalité indépassable ou une sorte de fin de l’histoire mettant un terme définitif aux tyrannies.

Hélas, je ne crois pas en un tel optimisme et irréalisme quant aux mauvais penchants de la nature humaine. Ce qui n’empêche pas de souhaiter ardemment que les principes de liberté puissent être envisagés comme un moyen particulièrement efficace d’atteindre les plus grands desseins humains.

Bien que l’approche de l’auteur soit passionnante, j’éprouve d’autres points de désaccord : les auteurs libéraux ne croient pas en un unilatéralisme de l’histoire, ni en l’espoir que « des dirigeants éclairés ou des élites » seraient susceptibles de nous mener à une société meilleure.

Non seulement ils ne croient pas en une « marche de l’histoire », mais il me semble que la tolérance fait bien partie de l’esprit libéral. En aucun cas des libéraux estimeraient que les pays d’Europe de l’Est sont « en retard », ni ne renient la volonté de certains de défendre par exemple la famille traditionnelle ou d’autres valeurs, le libéralisme consistant justement en la liberté laissée à chacun de vivre selon les principes qui ont sa préférence. Et en aucun cas d’authentiques esprits libéraux ne préconiseront de quelconques interventions législatives de la part d’un État dans l’intention d’imposer certains principes.

Dogme du progrès et despotisme démocratique

Il est à noter cependant que l’auteur distingue bien clairement libéraux, démocrates et démocrates libéraux. Ce qui n’est, en effet, pas la même chose et explique bien des divergences fondamentales. Dans de nombreux domaines évoqués par l’auteur (école, éducation, art, etc.), des libéraux ne renieraient pas les constats d’échec et les perversions engendrées par une certaine démocratie libérale.

En outre, une fois que nous reconnaissons – et les démocrates libéraux le font généralement – que le progrès a été rendu possible par la quête humaine de la créativité, de l’inventivité , du pouvoir de l’imagination et de la liberté de penser – qualités qui ont souvent changé au cours de l’histoire – pourquoi devrions-nous tout d’un coup accepter l’idée complaisante que ces mêmes qualités ne pourraient pas nous mener au-delà de l’horizon démocrate libéral ?

[…]

De nos jours, nous observons chez ceux-là mêmes qui ont si facilement succombé à la tentation totalitaire un rejet furieux de la moindre critique, une acceptation négligente de toutes les tares du système, une manière de réduire les opinions dissidentes au silence, un soutien absolu en faveur du monopole de leur idéologie dans un système politique. Cette idolâtrie de la démocratie libérale fait partie de la même maladie qui contamine facilement les intellectuels et les artistes .

C’est ainsi que les mêmes excès d’enthousiasme et d’adhésion sans modération observables en faveur successivement du communisme, du fascisme, puis du national-socialisme et du socialisme, sont également à l’œuvre lorsqu’il s’agit de la démocratie libérale. Avec la même idée de progrès, de transformation du monde et d’indignation à l’encontre de toute personne pouvant aller à l’encontre de ce processus, vouant les traditions et tout ce qui peut représenter le passé aux gémonies.

Car, plutôt que de s’en tenir au parlementarisme, au système multipartite et à l’État de droit, le système est devenu dogmatique, visant la transformation de la société et de la nature humaine, cherchant à « influencer la vie dans ses moindres aspects ». Ce qui n’est pas sans rappeler les mises en garde prémonitoires d’Alexis de Tocqueville au sujet du despotisme démocratique .

Le système multipartite a perdu graduellement son caractère pluraliste, le parlementarisme est devenu un vecteur de la tyrannie aux mains d’une majorité idéologiquement constituée, et l’état de droit évolue vers l’arbitraire juridique.

Selon Ryszard Legutko, le mal profond provenant surtout de ce qu’aux valeurs anciennes et millénaires, comme la dignité , on a voulu substituer un culte au confort, à l’utilité, au plaisir et à la gratification immédiate. Aboutissant à des formes de vulgarité et de superficialité qui ont grandement réduit les aspirations humaines. L’égalité est devenue la valeur suprême, tandis que des valeurs jugées plus aristocratiques se trouvaient rejetées, le commun et le médiocre remplaçant des aspirations plus hautes, jugées moins attrayantes, ceci faisant partie de ce qui devenait – sans autre forme de débat – un simple « droit ».

La croyance en le caractère inéluctable du progrès de l’histoire provient des Lumières, dont les dogmes sont encore davantage crus par les démocrates libéraux que les socialistes, selon l’auteur.

Le démocrate libéral se sent privilégié et heureux d’être différent des pauvres imbéciles, des bons à rien qui n’ont pas réussi à accepter ce qui est pourtant évident. L’ensemble de ces facteurs pris ensemble le renforcent dans sa croyance que si le monde doit survivre et se développer, il devra aller dans une seule et unique direction – la sienne.

[…]

Comme charmés par de puissants, mais invisibles magiciens politiques, Les Européens de l’Est succombèrent immédiatement à ce qu’ils considéraient comme l’impératif du développement historique de la civilisation occidentale. L’attitude requise d’une nation nouvellement libérée n’était pas là créativité, mais le conformisme.

Une utopie

Ryszard Legutko dresse ensuite un parallèle intéressant entre l’expérience qu’il a connue dans le monde communiste puis, après la chute de celui-ci, dans le monde occidental actuel, pour montrer en quoi les deux systèmes poursuivent de la même manière un idéal qui, dans chacun des deux cas, ne conçoit aucune alternative à son aboutissement. Combinant dans chacun des deux cas langages de la moralité et de la politique.

Il n’existe pas de sujets, même triviaux, que le démocrate libéral pourrait évoquer ou discuter sans mentionner la liberté, la discrimination, l’égalité, les droits de l’Homme, l’émancipation, l’autoritarisme et d’autres notions afférentes. Aucun autre langage n’est utilisé ni accepté.

Comme si la démocratie libérale seule pouvait être la représentante de la liberté. Ce qui est faux, montre l’auteur, qui rappelle comment notre civilisation occidentale s’est fondée de manière concrète , à travers des institutions, des pratiques sociales, des habitudes mentales, entre autres.

Il est difficile d’imaginer la liberté sans la philosophie classique et l’héritage de l’Antiquité, sans la chrétienté et la scolastique, sans les différentes traditions de la philosophie du droit et sans pratiques sociales et politiques, sans le républicanisme ancien et moderne, sans anthropologie puissante et sans une éthique des vertus et des devoirs, sans le conservatisme anglo-saxon et continental et sans d’autres nombreux composants de la civilisation occidentale.

Quant à la démocratie, malgré les défauts qui lui sont inhérents et ont toujours été reconnus par tous les plus grands esprits depuis l’Antiquité, elle continue d’être vénérée au-delà de toute raison, rejetant toute forme de contestation ou même de simple spéculation intellectuelle. Ce qui définit bien l’utopie dans son sens originel.

Le remède à ses faiblesses consisterait à administrer encore plus de démocratie. Mais imagine-t-on affirmer que pour gommer les manquements d’une oligarchie il faudrait encore renforcer l’oligarchie ? demande l’auteur à juste titre. Ou que pour remédier aux défauts d’une tyrannie il conviendrait d’approfondir la tyrannie ? Un raisonnement absurde qui ne tient qu’à cette adulation excessive qui relève bien de l’utopie.

En réalité, nous dit Ryszard Legutko, les penseurs de l’Antiquité avaient déjà déterminé une solution possible aux défauts respectifs des trois grands types de systèmes (monarchie, oligarchie, démocratie) : opérer des combinaisons des trois. Les avantages des uns neutralisant ainsi les désavantages des autres.

Nous aurions alors, par exemple, une représentativité démocratique, mais en même temps des institutions aristocrato-oligarchiques qui préserveraient une forme d’élitisme ainsi qu’un certain type de monarchie garantissant l’efficacité de la gouvernance. Une telle combinaison reposait sur l’habileté des politiciens et sur le caractère d’une société précise et pouvait aboutir à la production d’une grande variété de formes politiques hybrides. Lorsque Cicéron mentionna ce régime mixte, il employa le nom de res publica . Ce fut le début d’une tradition républicaine très importante dans la civilisation occidentale.

[…]

Même le système américain, qui est considéré aujourd’hui comme une incarnation exemplaire de la démocratie représentative, fut échafaudé comme une construction hybride. Certains des Pères fondateurs y voyaient comme un enjeu majeur de la réduction de l’influence du demos afin de garantir à l’élément aristocratique un rôle important, puisqu’il demeurait de sa responsabilité de propager et de défendre les vertus politiques et éthiques. Tocqueville souleva le même problème, qui était pour lui encore plus pressant dans la mesure où il voyait l’émergence de la démocratie comme irrésistible. Dans les temps nouveaux qui venaient, il était de la plus haute importance d’injecter une forme d’esprit aristocratique dans une société plus égalitaire.

[…]

En tout cas, avant qu’il ne disparaisse pour céder la place à l’idolâtrie de la démocratie, le concept de système hybride connu sous le terme de régime mixte avait joué un rôle créatif dans la pensée politique et la pratique, et avait empêché bien des politiciens de sombrer dans l’utopisme.

[…]

Les politiciens sont parfois réticents à utiliser le mot « république » que l’on tend à associer avec une forme d’étatisme répressif. On préfère le terme de « démocratie » qu’on nous a appris à relier avec la liberté, l’ouverture et la diversité. Ces associations sont bien sûr fausses, dans la mesure où une république offre une diversité interne bien supérieure à celle que l’on peut trouver dans la démocratie libérale car elle incorpore des institutions non démocratiques (par exemple d’inspiration monarchique ou aristocratique) tout en complaisant aux sensibilités non démocratiques. La démocratie libérale est plus restrictive, car fortement corrélée à des principes égalitaristes qui sont à tort conçus comme générant de la diversité.

Les démocrates libéraux ont ainsi l’illusion qu’ils contribuent à la diversité là où au contraire ils se comportent de manière monolithique en cherchant à imposer leurs idées au monde, enfermant le monde qui les entoure dans une uniformité de plus en plus rigide et ne souffrant pas la moindre critique.

Fin de ce premier volet. Pour des raisons de longueur (liées à l’importance et à la richesse de cet ouvrage), nous présenterons deux autres volets. Le prochain portera notamment sur les dérives de la démocratie libérale.

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    « Intellectuels et Race » de Thomas Sowell

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Sunday, 22 August - 02:45 · 5 minutes

intellectuels et race

Par Francis Richard.

Thomas Sowell 1 définit les deux termes du titre de son livre, qui, comme l’écrit Laurent Obertone dans sa préface, sent bon la mort sociale :

La race […] constitue un concept social avec une base biologique.

Les intellectuels sont des gens exerçant une profession particulière : à savoir, des gens dont le travail débute et prend fin avec des idées.

Une des caractéristiques des intellectuels est qu’ils ne paient aucun prix pour avoir tort, quel qu’il soit et quelles que soient les conséquences catastrophiques pour des millions d’autres gens.

(les hommes politiques partagent ce privilège…)

Dans ce livre, donc, l’auteur parle des idées qu’ont émises les intellectuels, l’intelligentsia, au cours du XXe siècle, au sujet de la race, plus précisément aux États-Unis où elle est née.

L’ÈRE PROGRESSISTE

Au début du siècle passé, ces intellectuels, qui n’étaient ni des incultes, ni des excentriques , promouvaient le déterminisme génétique pour expliquer les disparités entre les groupes raciaux et étaient adeptes de l’ eugénisme .

Pour affirmer une telle chose, ces progressistes se basaient sur des données empiriques telles que taux de criminalité, taux de maladies, résultats aux tests d’intelligence et performances scolaires .

Seulement, ces intellectuels eurent tendance à ignorer le vieil avertissement venu des statisticiens que corrélation n’est pas causalité .

Seulement, ces intellectuels ne tinrent pas compte des nombreuses raisons historiques, géographiques et démographiques, qui font que des groupes diffèrent les uns des autres dans leurs compétences, expériences, cultures et valeurs .

Thomas Sowell a donc beau jeu, par exemple, de montrer, faits à l’appui, que ce que nous savons , concernant race et intelligence, est un petit îlot de savoir dans un vaste océan d’inconnu.

L’ÈRE LIBERAL

Si l’hérédité était l’orthodoxie régnante de l’ère progressiste, l’environnement devint l’orthodoxie régnante de l’ère liberal .

Cette ère commence surtout au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Par environnement, il faut entendre l’environnement extérieur contemporain plutôt que l’environnement culturel interne des minorités elles-mêmes :

Si les minorités étaient considérées comme le problème avant, la majorité était considérée comme le problème désormais.

Aux États-Unis, la discrimination que la majorité blanche exercerait sur les minorités, notamment la minorité noire, expliquerait les résultats économiques et autres de celles-ci.

Ces idéologies de la doléance et de la victimisation proviennent des médias, des institutions éducatives et d’autres institutions imprégnées de la vision de l’intelligentsia.

Seulement l’intelligentsia ne voit pas que les résultats économiques et autres de la minorité noire n’ont pas de rapport avec l’évolution du degré de racisme dans la société américaine.

Ces résultats ont, au contraire, par exemple, un rapport avec l’évolution dans le temps du salaire minimum, institué pas le Fair Labor Standards A ct 1 , qui a un impact vérifiable sur le taux de participation et de chômage de la force de travail noire .

L’ÈRE MULTICULTURELLE

Thomas Sowell voit dans cette nouvelle ère de la fin du siècle précédent une extension de la précédente parce que l’adoption des lois et politiques des droits civiques n’a pas permis les avancées économiques et sociales escomptées.

L’intelligentsia réfute sans arguments, sinon d’autorité, que les cultures particulières des minorités puissent être accusées des disparités de revenus, d’éducation, de taux de criminalité ni de désintégration familiale.

Ce faisant, elle incite ceux qui composent celles-ci, plutôt que de changer, c’est-à-dire de chercher à s’améliorer, à se figer là où le hasard de la naissance les a mis et à mettre en cause le système externe plutôt que leur culture interne.

Ce n’est pas propre à la minorité noire des États-Unis. Thomas Sowell donne l’exemple des Blancs de classes inférieures en Grande-Bretagne qui sont poussés par l’intelligentsia à cultiver l’envie et le ressentiment :

Lorsqu’une race de gens ayant produit Shakespeare et Sir Isaac Newton produit désormais un grand nombre de jeunes gens qui sont fonctionnellement analphabètes et incapables d’arithmétique simple, est-il besoin d’invoquer les gènes ou la discrimination pour expliquer cette dégénérescence ?

L’ÉTAT-PROVIDENCE ET L’INDUSTRIE RACIALE

Ce qui a intensifié ces types de comportement , c’est l’État-providence :

Une fois mis en place, l’État-providence peut subventionner des comportements contre-productifs, qu’il excuse ou encourage, mais qui seraient impossibles à voir perdurer sans l’argent des contribuables.

Ce qui n’a rien arrangé, c’est l’ industrie raciale , avec sa justice sociale (et l’ excuse préconçue ) , sa discrimination positive (et ses effets négatifs) et son dogme de l’ effet disparate de certaines normes (sur le taux de réussite de différents groupes) :

La question des races est plus qu’une catégorie biologique ou une catégorie sociale. Elle est devenue une industrie, avec sa propre infrastructure, ses secteurs, ses incitations et ses ambitions.

L’ÉGALITÉ

Parmi les idées en vogue chez l’intelligentsia, il y a enfin le concept d’égalité , avec ses multiples significations, qui peut être une source fertile de danger pour les individus, les races et les sociétés entières :

L’égalité de traitement par la loi, par exemple, est très différente de l’égalité des résultats économiques, et l’égalité des potentialités est très différente de l’égalité des capacités développées.

Or ce ne sont pas les moyens préconisés par l’intelligentsia qui ont permis, permettent et permettront l’ascension de groupes, de l’extrême pauvreté à la richesse, mais des moyens banals et souvent ardus :

Les réalisations méritées, qu’elles soient modestes ou spectaculaires, apportent un respect de soi, ainsi que le respect des autres, que l’on peut rarement obtenir en jouant même avec succès un rôle de parasite au nom d’une égalité factice.

Intellectuels et Race, Thomas Sowell, 184 pages, Éditions Résurgence (traduit de l’anglais par Stéphane Geyres , Daivy Merlijs et Pascal Boutingorry )

Sur le web

  1. Thomas Sowell, économiste né en 1930 en Caroline du Nord, est noir. Ou Afro-américain, comme on dit au pays de Malcolm X. Il dispose ainsi d’une sorte de pass sanitaire, pour aller au fond d’un sujet dont nul académicien blanc ne pourrait même esquisser les contours de manière honnête, sans y perdre carrière et réputation. (Préface de Laurent Obertone)
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    « Le national-capitalisme autoritaire : une menace pour la démocratie » de Pierre-Yves Hénin et Ahmet Insel

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Wednesday, 18 August - 03:00 · 4 minutes

Par Johan Rivalland.

Pierre-Yves Hénin et Ahmat Insel étudient dans cet essai la montée en puissance des pouvoirs autoritaires ayant opté pour l’efficacité économique du capitalisme. On pense bien évidemment à la Chine , mais aussi à la Russie, la Turquie, ou encore certains pays d’Europe centrale. La part dans le PIB mondial des États autoritaires étant passée d’après Roberto Foa, relèvent les auteurs, de 12 % à 33 % entre 1990 et 2018.

Un cadre de référence qui s’étend

Distinct du capitalisme autoritaire , selon eux, le national-capitalisme autoritaire va plus loin en ce sens qu’il n’est pas essentiellement un phénomène post-communiste, comme certains le pensent. Le capitalisme autoritaire se caractérisant avant tout par un illibéralisme déniant certains droits individuels fondamentaux , politiques et économiques à travers cette intervention de l’État. Distinct également du capitalisme d’État , en ce sens qu’il n’est pas le simple fruit d’un interventionnisme d’État, ou le freinage du mouvement de libéralisation de l’économie comme dans le cas chinois, ni une simple prééminence de la part publique du capital des entreprises, voire l’émergence d’un É tat prédateur .

Il s’agit avant tout de « l’engagement par l’État d’un processus de légitimation idéologique visant à accréditer un socle de valeurs dans l’opinion », fondé sur la référence nationale, qui se veut protectrice et rassurante. Dans la plupart des cas, opposé aux valeurs universalistes .

Dans l’imaginaire social-historique que cherchent à façonner les NaCA [Nationaux-Capitalistes] , la référence nationale renvoie souvent à un projet de refondation de la civilisation et à la promesse de renouer avec une grandeur perdue, parant ainsi les politiques adoptées d’un caractère indigène, authentique. C’est ce que l’on observe actuellement dans des pays aussi variés que la Hongrie, l’Inde, la Turquie, la Malaisie et, bien entendu, la Chine.

Une dissociation nette entre capitalisme, liberté et démocratie

Capitalisme et liberté se trouvent ainsi dissociés, de même que la démocratie , qui ne constitue nullement un cadre de référence. Les modalités de contrôle politique sur les entreprises sont variées, ayant en commun de se substituer dans nombre de cas à la propriété du capital par l’État. Les auteurs en apportent un certain nombre d’illustrations. Elles combinent une très forte personnalisation du pouvoir, le clientélisme et des pratiques prédatrices avec des institutions légales bureaucratiques. Mais aussi de fortes références à des valeurs culturelles ou traditions historiques propres au pays ou à la civilisation considérés.

Sur le plan de la mondialisation – et ce, à la suite de l’épisode Covid – la montée des protectionnismes défensifs va induire non pas la fin de ce processus de mondialisation, mais une stratégie de construction d’avantages concurrentiels plus ciblés. Non plus sur le modèle ricardien mais sous forme, pour ces pays – outre des politiques de taux de change réel sous-évalué – d’avantages concurrentiels institutionnels (subventions, charge d’intérêts moindre, charge fiscale inférieure, mesures non tarifaires avantageant les producteurs nationaux, mécanismes de contrôle social comme un syndicat unique ou majoritaire inféodé au pouvoir par exemple afin de mieux contrôler les salaires et bénéficier d’une main-d’œuvre disciplinée, etc.).

Mécanismes face auxquels l’OMC se montre bien impuissante, révélant la faiblesse de cette institution surtout depuis que la Chine y est entrée en 2001, celle-ci se posant depuis en contemptrice du modèle de capitalisme libéral et promotrice des régimes autoritaires et nationalistes.

Ce qui a pour effet d’encourager les accords bilatéraux plutôt que multilatéraux, mettant en avant de nouvelles formes de capitalisme autoritaire fondées sur des stratégies étatiques de type mercantiliste et de mesures de sanctions, sans oublier le rôle non négligeable des fonds souverains et les fortes collusions entre capital privé et pouvoir politique. Une rivalité entre deux modèles qui confine à l’affrontement.

Une nouvelle guerre froide ?

Selon les auteurs, le néolibéralisme et l’individualisme constitueraient des causes essentielles expliquant les dérives du modèle occidental et sa contestation. Tandis que, malgré leurs vulnérabilités, les NaCA usent de stratégies d’influence, de manœuvres géopolitiques, ou dans le cas de la Chine de son statut de superpuissance, pour tenter d’imposer leur modèle. Mais pour combien de temps ?

Car lorsque viennent les moments d’essoufflement économique du système, corruption et répression ne risquent-elles pas à plus long terme de se heurter au besoin irrépressible de libertés individuelles ? À moins que le renforcement du contrôle social et une dérive totalitaire ne viennent contrecarrer toute tentation de réaction et entraînent une nouvelle guerre froide, cette fois entre les États-Unis et la Chine…

Pierre-Yves Hénin et Ahmet Insel, Le national-capitalisme autoritaire : une menace pour la démocratie , Bleu Autour, avril 2021, 112 pages.