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    Le Festival de Cannes 2022, l'année de tous les changements?

    news.movim.eu / HuffingtonPost · 2 days ago - 05:00 · 7 minutes

Les marches de Cannes seront sous le feu des projecteurs du mardi 17 au samedi 28 mai pour la 75e édition du festival (photo d'illustration du 25 mai 2019) Les marches de Cannes seront sous le feu des projecteurs du mardi 17 au samedi 28 mai pour la 75e édition du festival (photo d'illustration du 25 mai 2019)

CINÉMA - Ce 75e anniversaire sera-t-il à marquer d’une pierre blanche? Le Festival de Cannes s’ouvre ce mardi 17 mai sur la Croisette dans une ambiance balançant entre stars , crème du cinéma d’auteur et échos de la guerre en Ukraine à travers plusieurs films sélectionnés. Mais derrière les 21 films en compétition pour la prestigieuse Palme d’or, plusieurs autres enjeux se jouent cette année.

Pour cette édition 2022, le Festival a bazardé son partenariat historique avec Canal+, chaîne emblématique du cinéma dans les années 1980 et 1990, qui retransmettait notamment les cérémonies d’ouverture et de clôture depuis 28 ans. À la place: un attelage surprenant entre service public (France Télévisions) et Brut, qui doit permettre de s’adresser, notamment, aux jeunes générations.

Ce média vidéo fondé il y a cinq ans (par Renaud Le Van Kim, un ancien de Canal+), tourné vers les formats courts, est présent également en Inde, en Égypte, en Côte d’Ivoire ou au Japon. Il revendique 500 millions de spectateurs dans plus de 100 pays, majoritairement chez les 18-34 ans. Tout un symbole, à l’heure où le cinéma en salles prend un coup de vieux, accéléré par deux ans de crise du Covid, subissant de plein fouet la concurrence des séries et du streaming.

Exit le “festival de boomers”

Et ce n’est pas tout. Dans sa quête éperdue de jeunesse, le Festival de Cannes a aussi scellé un partenariat avec Tiktok. Le réseau social préféré des ados et paradis de la vidéo ultra courte retransmettra chaque jour la montée des marches desquelles les smartphones étaient, ironie, jusqu’ici bannis. Tandis qu’un “jury TikTok”, où siègera Khaby Lame, 100 millions d’abonnés, départagera des vidéos de 30 secondes à 3 minutes pour un prix officiel, remis le vendredi 20 mai des mains du délégué général, Thierry Frémaux.

“C’est clairement un nouveau positionnement pour rajeunir les audiences”, commente pour Le HuffPost Chloé Delaporte, enseignante-chercheuse en socio-économie du cinéma et de l’audiovisuel à l’université Paul-Valéry de Montpellier. “Il s’agit d’abord de rajeunir l’image de marque du festival pour ne pas en faire un événement de boomers”, analyse l’autrice de l’ouvrage La culture de la récompense: compétitions, festivals et prix cinématographiques, mais aussi de rajeunir, par ricochet, “les audiences du cinéma en ramenant les plus vers les salles”.

“A côté d’un Tom Cruise qui va parler aux boomers, il y a à Cannes toute une génération d’acteurs super glamours, hyper suivis sur les réseaux sociaux” et à côté desquels les nouveaux médias ne veulent pas passer, abonde à l’AFP Julien Pillot, enseignant-chercheur en économie à l’Inseec.

Et si Laurent Weil de Canal+ -absent l’an passé à cause d’un souci de santé- va donc laisser sa place aux journalistes Essie Assibu pour Brut et Louise Ekland sur Culturebox au pied des marches, un autre visage emblématique du festival vit là sa dernière édition. Pierre Lescure, président de la grand-messe du cinéma qui attend chaque soir ses célèbres invités en haut du tapis rouge depuis 1994, s’apprête à passer les rênes en juillet.

Un autre mouvement symbolique, car c’est Iris Knobloch, une juriste au profil international et à la longue carrière dans le cinéma, aussi première femme à présider ce festival qui lui succédera pour les trois prochaines éditions. Loin des profils de ses prédécesseurs, Iris Knobloch a fait l’essentiel de sa carrière chez Warner, l’un des principaux studios américains, où elle a notamment préparé le lancement de HBO Max en Europe. Alors forcément, cela augure du changement. Avec sur toutes les lèvres l’idée que les films crées par et diffusés sur des plateformes de streaming puissent (re)faire leur entrée à Cannes.

Place aux plateformes de streaming?

En 2017, Netflix signait une arrivée remarquée en compétition avec Okja de Bong-Joon Ho (Palme d’or deux ans plus tard avec Parasite ) et The Meyerowitz Stories de Noah Baumbach. Mais l’entrée en compétition de films destinés à ne jamais sortir dans les salles obscures avait réveillé toutes les craintes de l’industrie cinématographique française.

Convaincu qu’il réussirait à persuader Netflix de diffuser Okja au cinéma, Thierry Frémaux avait finalement rétropédalé. Et à l’aune de l’édition 2018, le règlement du Festival avait même été modifié: “Dorénavant, tout film qui souhaitera concourir en compétition à Cannes devra préalablement s’engager à être distribué dans les salles françaises.”

Alors que les grands auteurs n’hésitent plus à aller sur les plateformes (Scorsese ou Jane Campion chez Netflix, bientôt Ridley Scott chez Apple...), et que les habitudes des spectateurs évoluent, Thierry Frémaux souhaiterait que cette règle change, mais les exploitants français, au conseil d’administration du festival, s’y opposent.

“Les exploitants français considèrent que les services de streaming représentent un danger. Je l’ai compris”, réagissait le directeur général dans une interview à Variety . “Mais moi, je suis payé par le Festival de Cannes, pas par les exploitants (...) Je fais des propositions et le conseil décide. Jusqu’à maintenant, je n’ai pas réussi à les convaincre. Mais j’espère y arriver un jour”.

Alors que trois films Netflix ( The Power of the dog, La Main de Dieu et The Lost Daughter ) ont triomphé à la dernière Mostra de Venise - le principal concurrent de Cannes - et que les Oscars ont sacré Coda d’Apple en 2022, le Festival de Cannes fait figure de dernier des Mohicans.

“Ils ne peuvent pas tenter de rajeunir leur audience en attirant les jeunes sur Tiktok, mais en continuant de mépriser les plateformes sur lesquelles ils regardent des films. Ce discours-là ne peut plus tenir”, souffle la chercheuse Chloé Delaporte, convaincue que le retour des films de plateformes arrivera pour l’édition 2023. La spécialiste en socio-économie du cinéma imagine bien la création d’une nouvelle sélection pour les films de plateforme, à l’écart de la compétition pour la Palme d’or. De quoi “montrer qu’ils suivent les nouveaux modes de consommation sans complètement les légitimer”.

Où sont les femmes?

Impossible enfin d’évoquer les tournants de cette édition sans évoquer celui, manquant, de la représentation des femmes réalisatrices en compétition. Valeria Bruni-Tedeschi, Claire Denis, Léonor Serraille, Kelly Reichardt et Charlotte Vandermeersch: elles ne sont que 5 réalisatrices en compétition sur 21 films. Et si cette année le Festival atteint ainsi son “record”, il a du mal à tenir sa promesse de parité.

Du côté des autres grands festivals, la question de la parité n’est pas non plus évidente. En septembre, la Mostra de Venise avait sélectionné, en compétition, cinq films de réalisatrices. Sur 21 films. Seule la Berlinale fait mieux: pour son édition en février 2022, sept films sur les 18 en compétition étaient l’œuvre de réalisatrices.

Comme à Cannes avec Julia Ducournau et son gore Titane , ce sont deux femmes - la Française Audrey Diwan et l’Espagnole Carla Simon - qui ont raflé les prestigieux prix de ces festivals l’an passé.

Si cette 75e édition n’est pas dépourvue de réalisatrices, notamment dans les sections parallèles de la Semaine de la critique ou de la Quinzaine des réalisateurs, reste qu’interroger les organisateurs sur le manque des femmes cinéastes à Cannes semble poser problème: le site Deadline rapporte ainsi qu’une réponse de Thierry Frémaux à ce propos a été, parmi d’autres, caviardée d’une interview qu’il leur avait donnée.

En soufflant ses 75 bougies, le Festival de Cannes réussira-t-il à dépoussiérer son image et à renverser certaines habitudes surannées? C’est tout ce qu’on lui souhaite.

A voir également sur Le HuffPost: La bande-annonce des “Crimes du futur” de David Cronenberg, le film choc du festival

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    Dans "Fort Boyard", Clémence Castel de "Koh-Lanta" sera une guerrière mystère

    news.movim.eu / HuffingtonPost · 3 days ago - 10:22 · 1 minute

Clémence Castel de Clémence Castel de "Koh-Lanta" interprètera le personnage d'une mystérieuse guerrière dans l'émission "Fort Boyard".

TÉLÉVISIONS - Un nouveau personnage arrive dans Fort Boyard . Clémence Castel , qui est la seule candidate à avoir remporté deux éditions de Koh-Lanta , va rejoindre le programme selon les informations de Télé-Loisirs . Dans les épisodes qui sont déjà en cours de tournage, elle y incarnera une guerrière mystère.

Les candidats à la quête des boyards devront l’affronter au cours de cinq défis. Si l’identité de la légende de Koh-Lanta est totalement inconnue au début de l’épreuve, le Père Fouras donnera des indices pour aider à découvrir qui est cette mystérieuse guerrière en cas de victoire dans les jeux. Si Clémence Castel est démasquée, les candidats se verront attribuer un bonus pour la suite de l’émission.

D’autres aventuriers de Koh-Lanta ont déjà débarqué sur le fort en tant que candidats depuis le début du tournage de cette nouvelle saison qui a commencé le 7 mai. C’est le cas de Freddy Boucher et Moussa Niangane qui font partie des meilleurs aventuriers de l’histoire de l’émission présentée par Denis Brogniart . Cette 33e saison sera diffusée entre fin juin et début septembre sur France 2.

Elle se fera sans les tigres , animaux emblématiques de l’émission. “Nous avons décidé d’avancer le retrait des tigres dans Fort Boyard dès la saison 2022. Nous sommes très soucieux et attentifs au bien-être des tigres, mais également des autres animaux présents sur le fort. Nous sommes tout aussi attentifs à nos téléspectateurs et nous avons constaté une évolution des mentalités quant à la présence des tigres dans Fort Boyard ”, avait annoncé Adventure Line Productions dans un communiqué de presse le 24 février dernier.

À voir également sur Le HuffPost : En route pour Fort Boyard, Nabilla s’improvise contrôleuse SNCF

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    Marie-Sophie Lacarrau de retour au 13h sur TF1, ce lundi 16 mai

    news.movim.eu / HuffingtonPost · 3 days ago - 09:55 · 2 minutes

Marie-Sophie Lacarrau, ici en février 2021, sur TF1. Marie-Sophie Lacarrau, ici en février 2021, sur TF1.

TÉLÉVISION - L’heure du grand retour au direct a sonné. Ce lundi 16 mai, la présentatrice du 13h de TF1 Marie-Sophie Lacarrau revient à l’antenne après presque cinq mois d’absence à cause d’une infection de l’œil droit .

C’est dans les colonnes du Parisien , jeudi 12 mai, que la journaliste avait livré cette information, interview dans laquelle elle était aussi revenue sur ses mois de convalescence et son retour attendu sur TF1. “J’ai juste envie de retrouver les téléspectateurs, de retrouver le lien que j’avais commencé à créer avec eux. Et qui a été stoppé net”, a-t-elle confié au quotidien.

Concernant son état de santé et ses soucis ophtalmiques, Marie-Sophie Lacarrau, se veut rassurante. “Je vais tellement mieux! Enfin, je regarde devant et plus derrière. Savoir que je reprends l’antenne suffit à mon bonheur. Pendant mes 4 mois et demi d’absence, j’ai attendu de reprendre une vie normale et mon travail.”

De quoi réjouir ses collègues par ailleurs. “Le temps a été long pour nous et pour toi, confie son collègue Gilles Bouleau, dans une vidéo face caméra partagée par la chaîne, ce dimanche 15 mai. [...] Je suis tellement heureux que tu sois là, que tu reviennes pleine d’énergie, pleine d’envie pour mille aventures. Ça va être formidable.”

Avec ou sans lunettes?

Dans son interview pour Le Parisien , la journaliste a évoqué en détails les raisons de cette longue absence, après avoir repris les rênes du 13h début 2021 en remplacement de Jean-Pierre Pernaut . Fin décembre, elle a expliqué ressentir des difficultés avec ses lentilles de contact. Après un premier mauvais diagnostique, le professeur Éric Gabison lui a diagnostiqué “une kératite amibienne”. “C’est une infection de la cornée par des amibes, des parasites présents dans l’eau du robinet”, a-t-elle détaillé.

“La combinaison fatale a été: lentille et eau du robinet [...], cette maladie de l’œil est classée comme rare et sévère. Il y aurait moins de cent cas par an en France, on peut se dire que je n’ai pas eu beaucoup de chance!”, relativise la présentatrice avec humour.

En février, elle avait déjà donné de ses nouvelles en vidéo après “deux mois très compliqués”. Celle qui avoue avoir “beaucoup souffert” s’était alors présentée avec des lunettes teintées pour remercier des nombreux messages de soutien reçus durant ces longs mois.

Après cette expérience, c’est donc sans lentilles de contact qu’elle retrouvera les téléspectateurs de TF1 dès lundi 16 mai. “Les lentilles, c’est terminé. Plus jamais. Je ne veux plus prendre aucun risque. Reste la question des lunettes, moi qui suis myope. Sans, ça voudrait dire sans prompteur, comme Jean-Pierre. J’ai fait des essais. C’est assez confortable. Vous verrez bien lundi”, lâche enfin Marie-Sophie Lacarrau.

À voir également sur Le HuffPost : Mort de Jean-Pierre Pernaut: à quoi ressemblait la télé française lors de son 1er JT

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    "The Voice": Nikos ne présentera pas la demi-finale

    news.movim.eu / HuffingtonPost · 5 days ago - 14:09 · 1 minute

Nikos Aliagas, ici en 2021, ne présentera pas la demi-finale de Nikos Aliagas, ici en 2021, ne présentera pas la demi-finale de "The Voice", car il est souffrant, a annoncé TF1 le 14 mai 2022.

MÉDIAS - Grande absence sur The Voice ce samedi 14 mai. Le présentateur du concours de chant Nikos Aliagas , qui n’avait jamais raté un prime , ne pourra pas animer la demi-finale, a annoncé TF1 dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux .

“Souffrant, Nikos Aliagas ne sera pas présent ce soir sur le plateau de The Voice ” qui reprend en direct après plusieurs semaines d’auditions et de battles , explique sur Twitter le compte de la chaîne. Il devrait cependant être de retour dès la semaine prochaine pour présenter la finale, est-il précisé.

Le communiqué ajoute qu’Alessandra Sublet le remplacera. La jurée de l’émission Mask Singer, aussi diffusée sur TF1, a confirmé l’information sur son compte Twitter: “Je suis là mon loup Nikos Aliagas. À ce soir The Voice.

Un mois après avoir annoncé son intention de mettre fin à sa carrière d’animatrice télé pour se consacrer à la comédie, Alessandra Sublet remet donc le pied à l’étrier. Elle est habituée de ces formats: elle a été à la tête de plusieurs émissions comme Incroyable Talents sur M6, et est connue des Français puisqu’elle apparaît quotidiennement à 21h dans C’est Canteloup sur TF1.

Sur le plateau de TF1, ce sera aussi le grand retour de Florent Pagny en direct. Le chanteur avait annoncé en début d’année être atteint d’un cancer du poumon et a suivi une chimiothérapie. Lors du prime , il va chanter avec ses deux dernières candidates, une première depuis début mars.

À voir également aussi sur le Huffpost: Alexia Laroche-Joubert raconte les débuts de la “Star Academy” sur TF1

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    Netflix vient d’annuler sa meilleure série française : un douloureux symbole

    news.movim.eu / Numerama · 5 days ago - 07:36

La série Drôle s'arrête malheureusement après une seule saison, à cause de chiffres d'audience décevants. Avec elle, disparait définitivement l'illusion des plateformes comme « oasis créatives » espérées par l'industrie de la création française. [Lire la suite]

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    Dans “Un si long silence”, le parcours de Sarah Abitbol, à l'origine du #Metoo dans le sport

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Wednesday, 11 May - 16:00 · 7 minutes

France 2 retrace le parcours de Sarah Abitbol, à l'origine du <a class=#Metoo dans le sport" src="https://img.huffingtonpost.com/asset/627a5d371e000052c71b456b.jpeg?ops=scalefit_630_noupscale" /> France 2 retrace le parcours de Sarah Abitbol, à l'origine du #Metoo dans le sport

METOO - On ne saura jamais jusqu’où la carrière de Sarah Abitbol aurait pu aller, si elle n’avait pas été brisée. Mais une chose est sûre: la plus belle victoire de la championne de patinage artistique, c’est d’avoir réussi à briser le silence. Un acte qui vaut bien une “médaille d’or olympique”, selon ses propres mots.

La patineuse, qui accuse son entraîneur de viol entre ses 15 et 17 ans , a tu son histoire pendant trente ans. Un traumatisme qu’elle a tenté d’enfouir, par honte et paralysie, dans les tréfonds de son cerveau. Mais son corps et son esprit, marqués au fer rouge, finiront par la sortir de son amnésie traumatique .

C’est ce parcours difficile vers la libération de la parole que retrace le documentaire Un si long silence , diffusé sur France 2 mercredi 11 mai dans le cadre d’une soirée spéciale intitulée: “Sport et violences sexuelles: la fin du silence?”.

“Glisser et être libre”

Le film commence alors que Sarah Abitbol est encore enfant. Petite, elle ne tient pas en place. Elle saute, danse, bouge. À trois ans, elle chausse des patins et s’élance sur la glace. Elle n’a pas peur. Elle tombe amoureuse de ce sport, de cette sensation de glisser et “d’être libre”.

Dès l’âge de 5 ans, elle s’entraîne intensément et possède toutes les “qualités” pour devenir une grande patineuse. Elle est soutenue par ses parents et son père, qui la filme avec une caméra VHS depuis les gradins de la patinoire. Elle regarde son idole, la championne olympique allemande Katarina Witt, à la télévision. “Un jour, ce sera toi la championne”, lui dit son père.

Elle gagne toutes les compétitions départementales et régionales. Quand elle a 12 ans, la famille déménage à Paris pour lui permettre d’intégrer un club prestigieux. “Une Sarah, il y en a une tous les 30 ans. Si elle veut réussir, il faut qu’elle parte”, dit-on à ses parents. Le club des Français Volants la repère. Et plus particulièrement Gilles Beyer, le coach des athlètes de haut niveau.

Le rêve qui s’écroule

Sarah Abitbol intègre le club situé au Palais Omnisports de Bercy, à Paris, en 1987. La famille s’organise et fait des sacrifices pour lui permettre de réaliser son rêve. Un rêve qui durera deux ans, durant lesquels Sarah Abitbol s’entraîne dur, aux côtés d’un jeune entraîneur, Jean-Christophe Simond.

Elle atteint très vite le “double axel” et gagne ses premières compétitions à Paris. Aux championnats de France espoirs, à 14 ans, elle gagne la médaille de bronze. Après cette victoire, son rêve s’écroule: son entraîneur est obligé de quitter son poste pour partir entraîner des débutants.

Gilles Beyer, l’entraîneur star, propose alors de reprendre l’entraînement de Sarah Abitbol. Ses parents acceptent. “C’est le boss, tout le monde lui fait confiance et l’écoute, je le vénérais”, se souvient sa mère. C’est le début du cauchemar pour la jeune fille.

C’est lors d’un stage d’été intensif à Bercy que les sévices commencent. Sarah Abitbol a 15 ans. Elle raconte qu’elle sera violée par son entraîneur pendant deux ans. “Tout cela est un secret, cela doit rester entre nous, Sarah”, lui glisse-t-il. Elle se tait. ”À aucun moment, je n’ai l’idée et l’envie d’en parler”, se souvient-elle trente ans plus tard, par “honte”.

Pour crier son désespoir, elle choisit de patiner, à la fin de cet été, seule sur la glace, sur le titre “Sacrifice” d’Elton John. “Même si personne ne comprenait, moi je comprenais”, se rappelle-t-elle.

Le corps qui lâche

Sur la glace, son corps commence à donner des signes de détresse. Elle tombe beaucoup, “perd sa technique, tape du pied, ce n’est plus Sarah”, note sa mère. Mais sa famille ne s’inquiète pas pour autant. Ses parents sont même honorés que Gilles Beyer la garde plus tard le soir, pour “l’entraîner”.

Elle raconte qu’il la viole systématiquement et la dépose ensuite chez elle, “comme si de rien n’était.” Pour la jeune fille, c’est “impensable” d’en parler. Elle ne progresse plus, n’a plus l’âme de patiner. “Il y a quelque chose de cassé dans mon corps et dans mon âme, que personne ne détecte”, se souvient-elle.

La rencontre du patineur Stéphane Bernadis, lorsqu’elle a 17 ans, sera une bouée de sauvetage, du moins temporaire. Elle intègre alors l’entraînement des couples, que ne supervise pas Gilles Beyer. Elle se sent protégée par ce duo, qui naît sur la glace et deviendra aussi un couple dans la vie privée. Ses deux années de calvaires sont “oubliées” par son cerveau.

Une courte parenthèse

Sur la glace, elle fait à nouveau des étincelles. Le couple sera dix fois champion de France, vice-champion d’Europe et médaille de bronze aux Championnats du monde. Dans les années 1990, la glace et les paillettes font rêver la France entière et les compétitions sont diffusées en prime time sur les chaînes nationales.

Une semaine avant les Jeux olympiques de Salt Lake City, en 2002, Sarah Abitbol se blesse durant l’entraînement. Une rupture au tendon d’Achille les contraint à déclarer forfait pour les Jeux olympiques. Si le couple redevient champion d’Europe la même année, ce drame signale la fin de ce que Sarah Abitbol peut endurer.

“Je m’aperçois qu’il y a quelque chose brisé, que cette espèce de flamme qui l’animait tout le temps n’est plus présente”, se souvient son premier entraîneur Jean-Christophe Simond, revenu à ses côtés. Sarah Abitbol décidera, après dix ans de carrière aux côtés de Stéphane Bernadis, d’arrêter la compétition. Ce sera aussi la fin de leur couple dans l’intimité.

La fin de l’amnésie traumatique

Le couple devient la vedette du show sur glace “ Holiday on Ice” . Mais elle ne va pas bien, est sous antidépresseurs, a perdu beaucoup de poids. Son corps n’y arrive plus. Et comme elle n’a aucun souvenir des viols et agressions sexuelles qu’elle a subis, elle ne comprend pas ce qui lui arrive.

Il faudra attendre des années pour que ses souvenirs remontent par flashs. Tout revient d’un coup. Elle raconte tout à ses parents, mais ne se sent pas capable, n’est pas prête à porter plainte. Elle en parle aux responsables de la fédération de patinage, dont elle n’obtient pas de soutien.

En 2020, elle trouve au plus profond d’elle-même le courage de briser la glace et de se livrer sur les agressions qu’elle a subies dans l’ouvrage Un si long silence (Plon), co-écrit avec la journaliste Emmanuelle Anizon. C’est le témoignage de Flavie Flament, violée à 13 ans, qui l’a poussée à parler.

Lors de son enquête, la journaliste découvre que Sarah Abitbol n’est pas un cas isolé. Malgré les bruits qui courent, les voix des victimes sont étouffées, bâillonnées par un système qui se protège. C’est le règne de l’omerta. Le témoignage de Sarah Abitbol sera un cataclysme.

Les autres témoignages de victimes ne tardent pas à affluer . D’autres entraîneurs font l’objet d’enquêtes. Même s’il y a souvent prescription, Sarah Abitbol a ouvert la voie vers la libération de la parole.

Un si long silence , un film d’Emmanuelle Anizon et Rémy Burkel, est diffusé ce mercredi 11 mai 2022 sur France 2, à 21h10.

À voir également sur Le HuffPost : “Combien vaut une petite fille”, le témoignage poignant de Simone Biles au Congrès dans l’affaire Nassar

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    Affaire PPDA: pourquoi la plainte en diffamation a renforcé la parole de ses accusatrices

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Wednesday, 11 May - 14:48 · 6 minutes

La Une de Paris-Match sur PPDA, accusé de viols et d'agressions sexuelles, est injuste pour les La Une de Paris-Match sur PPDA, accusé de viols et d'agressions sexuelles, est injuste pour les "dizaines de femmes [qui] passent devant" pour Cécile Delarue.

JUSTICE - La peine encourue pour dénonciation calomnieuse est de cinq ans d’emprisonnement et de 45.000 euros d’amende, dit l’article 226-10 du code pénal. Ce que ne dit pas la bible des juristes en revanche c’est que des plaintes en diffamation peuvent aussi générer des élans puissants. C’est peu ou prou le cas dans ce qu’il convient d’appeler désormais l’affaire PPDA.

Alors que Patrick Poivre d’Arvor continue de démentir les accusations d’agressions sexuelles et de viol qui le visent depuis la première plainte déposée par Florence Porcel en février 2021, ce mardi 10 mai, 20 femmes ont témoigné en direct sur le plateau de Mediapart face aux journalistes Valentine Oberti et Mathieu Magnaudeix.

> Le point sur les plaintes et enquêtes visant PPDA

L’image de ces 20 femmes, dont deux ont parlé le dos tourné à la caméra par peur des représailles, marque une nouvelle étape après plus d’un an de révélations via des portraits puissants dans Libération ou d’annonce de nouvelles plaintes contre le journaliste. Mais depuis quelques semaines, la donne a changé avec la plainte en diffamation de PPDA contre 16 des femmes qui l’accusent.

Le journaliste a également été invité à s’exprimer par le quotidien, mais a décliné et continue de nier. Pour le moment une première enquête concernant une bonne partie des plaintes a été classée sans suite pour prescription ou manque de preuve. Néanmoins une autre information judiciaire est en cours suite à une nouvelle plainte déposée par Florence Porcel.

La plainte en diffamation, un électrochoc

De son côté, contrairement à sa première plainte pour dénonciation calomnieuse qui a été déboutée, cette fois, PPDA s’est constitué partie civile contre celles qui, estime-t-il, nourrissent une “amertume qui les conduit à commettre, par vengeance tardive, le délit de dénonciation calomnieuse”.

De quoi déclencher un électrochoc chez ses accusatrices ainsi que l’a confié Valentine Oberti au HuffPost : “Cela faisait déjà un moment que nous dialoguons avec elles pour une émission. Et cette plainte a déclenché chez elles l’envie de prendre la parole”.

Et c’est justement ce qu’ont pointé du doigt en plateau aussi bien la journaliste Hélène Devynck sur le plateau de Mediapart , qui a évoqué “la violence de PPDA qui fait qu’on est obligé de le faire [ndlr: de parler]”, que Margot Cauquil-Gleizes, enseignante, qui témoignait, elle pour la première fois.

“C’est la première fois que je témoigne publiquement en réponse au dépôt de plainte de monsieur Poivre d’Arvor pour dénonciation calomnieuse. Être ici, aujourd’hui, à visage découvert, c’est une façon de lui dire que je n’ai pas peur et que je maintiens mon témoignage, à savoir qu’il m’a violée quand j’étais mineure, j’avais 17 ans, et qu’il m’a agressée sexuellement dans son bureau à l’âge de 24 ans”, a-t-elle expliqué en début d’émission.

Une envie de prendre la parole et de réagir, comme l’avait déjà provoqué en novembre 2021 l’interview donnée par PPDA sur le plateau de Quotidien. À l’époque, seule Florence Porcel avait encore parlé à visage découvert, mais déjà la rumeur d’autres récits à venir prenait de l’ampleur.

Des dénégations du journaliste face à Yann Barthès est ensuite née l’association MeTooMédias qui lutte contre les violences dans les médias. Ce soir-là sur TMC, “le mode de défense choisi par le journaliste a choqué beaucoup de femmes, dont de nombreuses victimes de ses agissements”, relate le site de l’association qui précise qu’après cette interview, 22 femmes sont allées parler à la justice.

Rendez-vous au tribunal

Mais la portée de l’affaire PPDA ne se mesure pas seulement en écho médiatique. En portant plainte pour diffamation, il réunit ces femmes sur le plateau de Mediapart, mais aussi de fait bientôt au tribunal. Un rendez-vous judiciaire donc, qui ne sera pas sans risque.

“Merci Patrick de nous offrir sur un plateau le procès qu’on n’avait pas le droit d’avoir pour cause de prescription. Il se tire une balle dans le pied”, a ainsi salué dans Le Parisien , la journaliste Emmanuelle Dancourt, qui a porté plainte en 2021 contre le journaliste pour une agression sexuelle dont elle aurait été victime en 2008. “Avec un peu de chance ce procès aura lieu, et vous nous verrez les 16 victimes bras dessus bras dessous arriver au tribunal très très déterminées. Enfin on va pouvoir lui parler les yeux dans les yeux, s’il ose venir”, ajoutait-elle.

De quoi faire écho à l’analyse de cette psychiatre spécialisée dans les violences sexistes et sexuelles interrogée par Madmoizelle. Elle rappelait notamment que les groupes de parole des victimes de violences sexuelles sont “un véritable cocon de force construit par et pour les victimes, une nouvelle arme d’auto-défense redoutée par les auteurs de violence, qui souhaitent par-dessus tout isoler leurs victimes”.

Le précédent Baupin

Si la plainte en diffamation dans des affaires de violences sexuelles est aussi tancée comme une méthode de “silenciation” des victimes, le passage par le tribunal peut parfois inverser la charge. C’est ce qu’a illustré l’affaire Denis Baupin. En 2016, huit femmes, dont Sandrine Rousseau , accusent l’élu EELV de harcèlement sexuel, voire d’agression sexuelle. D’autres témoignages affluent, une enquête est ouverte par le parquet de Paris, mais finalement classée sans suite pour prescription. Le procureur reconnaît néanmoins que certains”faits dénoncés (...) sont pour certains d’entre eux susceptibles d’être qualifiés pénalement”.

Denis Baupin décide alors de porter plainte en diffamation. Un procès au terme duquel il sera lui-même finalement condamné à des dommages et intérêts pour “abus de constitution de partie civile”. Au cours des semaines d’audiences, et au fur et à mesure que les accusatrices racontaient à la barre les violences sexuelles, la charge s’est inversée. Le procès pour diffamation est devenu celui de l a parole libérée.

Plus récemment encore, Pierre Joxe a vu son pourvoi en cassation débouté alors qu’il contestait une décision de la cour d’appel de Paris. Cette dernière avait choisi d’infirmer la condamnation en diffamation d’Anne Fornia qui accusait l’ancien ministre d’agression sexuelle. Idem pour le pourvoi en cassation de Patrick Brion que Sandra Muller accusait de harcèlement sexuel au lancement du hashtag “balance ton porc”.

Pour PPDA, à ce procès en diffamation contre ses accusatrices, s’ajoute celui contre Le Parisien qui aura lieu en 2023 selon Mediapart, une autre instruction en cours contre Libération . Surtout, contrairement à l’affaire Baupin, tous les faits dont est accusé le journaliste ne sont pas prescrits et plusieurs procédures sont encore en cours.

À voir également sur Le HuffPost: Ces vidéos TikTok pour la sécurité des femmes montrent qu’il y a encore beaucoup à faire

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    Affaire PPDA: comment Mediapart a convaincu les victimes présumées de témoigner

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Tuesday, 10 May - 13:01 · 4 minutes

La journaliste Valentine Oberti a travaillé avec Marie Turchi et Mathieu Magnaudeix pour organiser cette émission spéciale. La journaliste Valentine Oberti a travaillé avec Marie Turchi et Mathieu Magnaudeix pour organiser cette émission spéciale.

MÉDIAS - Elles ne se connaissent pas, sont issues de milieux sociaux différents et se retrouvent pour la première fois sur un plateau pour prendre publiquement la parole. 20 femmes ont accepté de témoigner - dont 18 à visage découvert- afin de dénoncer des faits de harcèlement, agressions sexuelles ou de viols qu’aurait commis l’ex-vedette du 20h de TF1, Patrick Poivre d’Arvor.

Ces victimes présumées témoignent sur la chaîne Youtube de Mediapart ce mardi à 19h dans une émission spéciale de près de 2h30. La journaliste Valentine Oberti a travaillé avec Marie Turchi, Mathieu Magnaudeix pour organiser cette émission. Elle en raconte au HuffPost les coulisses.

Le HuffPost: Pourquoi ces 20 femmes ont décidé de témoigner à visage découvert maintenant?

Ce qui a déclenché l’idée de cette émission, c’est l’annonce de la plainte en dénonciation calomnieuse de Patrick Poivre d’Arvor contre 16 femmes, qui est intervenue au moment de la diffusion du Complément d’Enquête de France 2 (“PPDA, la chute d’un intouchable”, diffusé le 28 avril dernier, NDLR).

On a repris contact avec certaines d’entre elles à ce moment-là. Cela faisait déjà un moment que nous dialoguons avec elles pour une émission. Et cette plainte a déclenché chez elles l’envie de prendre la parole. Comme l’interview de PPDA à Quotidien le 3 mars 2021 avait déclenché l’envie de sortir de l’anonymat pour lui répondre dans Libération , en novembre dernier.

Comment avez-vous convaincu ces femmes de témoigner à visage découvert?

Dans le groupe, certaines coordonnent les discussions avec les journalistes. Nous nous sommes adressés d’abord à elles puis nous avons appelé chacune des femmes pour les pré-interviewer, comme nous le ferions pour n’importe quelle émission. Trois journalistes, Marie Turchi, Mathieu Magnaudeix et moi-même, ont été mobilisés pendant environ 15 jours pour organiser l’émission.

Si ces femmes ont accepté de témoigner, c’est aussi parce que le travail de Mediapart sur les violences sexistes et sexuelles depuis de nombreuses années plaide en notre faveur et installe un climat de confiance. Quand on se dit victime de violences sexuelles et qu’on vient à Mediapart on sait qu’on échappera aux stéréotypes sur le sujet, aux propos sur la culture du viol et on aura en face des journalistes qui sont habitués à traiter ces sujets. Ce qui n’empêche évidemment pas de faire un travail contradictoire et journalistique en rappelant systématiquement la version de PPDA.

Racontez-nous comment s’est déroulé le tournage de cette émission?

Nous avons enregistré l’émission dans nos bureaux à Paris le lundi 9 mai dans les conditions du direct. Avant le tournage il y avait un niveau d’anxiété très différent entre ces femmes. Certaines sont journalistes et ont déjà parlé, d’autres non.

L’émission dure plus de deux heures, il a fallu faire quelques pauses techniques car ça n’a pas été simple pour ces femmes de parler. Certaines sont submergées par l’émotion au moment de raconter ce qui leur est arrivé. Mais il y avait chez elles une détermination à parler. Aucune ne regrette d’être venue et toutes étaient déterminées à participer à l’émission pour afficher leur “force collective”.

Ces témoignages ont déjà été recueillis par la justice. Pourquoi est-ce important qu’ils soient publics?

Il y a plusieurs enquêtes judiciaires en cours, mais une grande partie des faits sont prescrits et témoigner publiquement pour faire entendre leur vérité, c’est la seule chose qui leur reste.

C’est aussi la dureté de cette situation de violences sexuelles, ou c’est toujours aux victimes présumées qu’on en demande plus. Quand on ne parle pas, ça ne va pas. Quand on parle, on se fait traiter de menteuse. Quand on parle publiquement, c’est parce qu’on est en manque de notoriété.

Le tournage de l'émission spéciale avec les victimes présumées de PPDA, dans les locaux de Mediapart le 9 mai à Paris. Le tournage de l'émission spéciale avec les victimes présumées de PPDA, dans les locaux de Mediapart le 9 mai à Paris.

Comment a réagi le “clan PPDA” à l’annonce du tournage de cette émission?

Nous avons formulé une proposition d’entretien à PPDA, dans les mêmes conditions que pour ces femmes, enregistré en plateau. Ce qu’il a décliné. Nous avons eu quelques échanges nourris avec son avocat, ce qui nous a permis de répondre à quelques questions pour préciser sa version et donner quelques détails sur sa plainte en dénonciation calomnieuse mais ça s’est arrêté là.

Notre émission a été construite de manière contradictoire, avec les propos qu’il a tenus dans l’unique interview accordée à Quotidien en mars 2021. Nous citons les propos car Quotidien ne nous a pas permis de diffuser ces images que nous souhaitions pourtant acheter pour l’émission.

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