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    La parité euro-dollar, bonne ou mauvaise nouvelle pour les Français?

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Tuesday, 12 July - 14:14 · 5 minutes

L'euro a perdu 55% de sa valeur face au dollar en près de 14 ans. Et ce n'est pas sans impact sur la vie économique du pays et le pouvoir d'achat des Français (photo d'illustration). L'euro a perdu 55% de sa valeur face au dollar en près de 14 ans. Et ce n'est pas sans impact sur la vie économique du pays et le pouvoir d'achat des Français (photo d'illustration).

MONNAIES - Un euro pour un dollar. C’est la parité, très symbolique, touchée ce mardi 12 juillet sur le marché des devises internationales , où peu avant midi 1 dollar s’échangeait pour 1 euro. Cette égalité de valeur est sans précédent depuis décembre 2002, lorsque les interrogations sur la monnaie unique encore jeune pesaient encore sur son cours.

Depuis l’euro, qui est aujourd’hui la monnaie de 19 pays de l’Union européenne et bientôt 20 avec l’entrée de la Croatie en janvier 2023, s’était fortement apprécié, atteignant un pic en 2008, lors de la crise économique des subprimes. Il y a 14 ans, revendre 1 euro vous permettez de recevoir plus de 1,55 dollar. Un temps qui semble bien lointain, la monnaie européenne ayant perdu près de 55% depuis ses sommets et pas moins de 14% depuis le début de l’année 2022.

Comment expliquer cette chute depuis le début de l’année? D’abord par les craintes de récession en Europe liée aux répercussions de la guerre en Ukraine mais également par l’action de la banque centrale américaine qui a relevé ses taux pour lutter contre la flambée des prix, alors que la Banque centrale européenne (BCE) temporise plus. Mais cette baisse de l’euro, qu’est-ce que ça change concrètement pour les Français? Le HuffPost fait le point.

Un fort impact sur votre pouvoir d’achat

C’est la conséquence la plus marquante et elle touche l’ensemble des Français et un grand nombre d’entreprises. Pétrole, gaz, matières premières échangées et vendues en dollar... En plus d’être une valeur refuge pour les investisseurs, le dollar est également la monnaie d’échange des grands marchés internationaux. Près de la moitié des produits importés dans la zone euro sont ainsi facturés après avoir été payés en billets verts.

Une fois ces produits transformés ou revendus sur le marché européen ou en France, ce taux de change est directement répercuté sur votre facture. La baisse de l’euro renforce donc la hausse des prix de l’essence, du diesel et du fioul sur notre continent. Même effet sur le chocolat, le sucre, le blé ou encore le coton pour ne citer qu’eux. La baisse de l’euro contribue donc à accélérer l’ inflation et à réduire le pouvoir d’achat des ménages européens.

Une bonne nouvelle pour le tourisme en Europe?

La dépréciation de l’euro n’est pas sans impact sur l’un des principaux secteurs de l’économie française: le tourisme . Des restaurants, aux agences de voyages, en passant par les musées et les hôtels, le secteur représentait plus de 8% du PIB et près de 1,3 million de salariés avant la crise du Covid.

Si beaucoup de touristes voyageant en France partagent la même monnaie, l’évolution des cours pourrait en revanche pousser des Américains, où des résidents de pays dont la monnaie est arrimée au dollar comme des Israéliens, des Qataris ou encore des Jordaniens à se rendre ou revenir en Europe pour profiter de cet effet de change favorable.

À l’inverse, voyager en dehors des frontières de la zone euro peut s’avérer de plus en plus onéreux pour les Français qui le peuvent. Plusieurs pays ont cependant vu leur devise encore plus dévisser que l’euro, comme la Turquie ou la Hongrie.

Un effet d’aubaine pour les entreprises?

Pour les entreprises, l’effet de la baisse de l’euro varie selon la dépendance des entreprises au commerce extérieur et à l’énergie. “Les entreprises qui exportent hors de la zone euro bénéficient de la dépréciation de l’euro, car leurs prix sont plus compétitifs (une fois convertis en dollars), tandis que les entreprises qui importent se retrouvent pénalisées”, résume à l’AFP Philippe Mutricy, directeur des études de la banque publique Bpifrance.

La grande gagnante de la baisse de l’euro est l’industrie manufacturière qui exporte ses produits à l’étranger, notamment l’aéronautique, l’automobile, le luxe ou la chimie. En revanche, pour les entreprises dépendantes des matières premières et de l’énergie et qui exportent peu, comme les artisans locaux, les coûts explosent.

De plus, les grands groupes sont “mieux préparés aux chocs”, car ils bénéficient d’un mécanisme de couverture qui permet d’atténuer la fluctuation des cours de devises, souligne Philippe Mutricy. “Ils achètent des devises à l’avance à un cours intéressant qui protège des variations de cours”.

Un effet sur les taux et les prêts?

La dépréciation de l’euro, en accélérant l’inflation, peut inciter la Banque centrale européenne (BCE) à relever plus vite ses taux directeurs. Elle se prépare d’ailleurs à les remonter en juillet pour la première fois depuis 11 ans, puis possiblement à le faire une seconde fois en septembre.

“On peut dire que la BCE ne devrait pas réagir au renchérissement des matières premières, mais son défi de regagner le contrôle sur l’inflation devient encore plus grand, car le prix des importations augmente à cause de l’augmentation du taux de change”, souligne auprès de l’AFP William De Vijlder, économiste chez BNP-Paribas.

Conséquences: pour les particuliers, les crédits immobiliers ou les prêts à la consommation pourraient, eux aussi, voir leur taux grimper. Les entreprises, elles, devraient se financer à un coût supérieur. C’est d’ailleurs l’objectif de la banque centrale: freiner la consommation pour endiguer l’inflation. Une stratégie qui comporte un risque pour la croissance économique.

À voir également sur Le HuffPost: Le changement de vie, un “phénomène complexe” décortiqué dans le magazine “Les déviations”

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    L'euro à son plus bas face au dollar depuis près de 20 ans

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Wednesday, 6 July - 04:00 · 2 minutes

Cela faisait 20 ans que l'euro n'avait pas été aussi bas face au dollar. (photo d'illustration) Cela faisait 20 ans que l'euro n'avait pas été aussi bas face au dollar. (photo d'illustration)

EURO - Journée historique pour la monnaie européenne. L’ euro a touché mardi 5 juillet son plus bas niveau depuis près de 20 ans face au dollar américain, à 1,0298 dollar pour un euro, emporté par les tensions sur l’énergie en Europe et la force du billet vert.

Vers 11h30, le dollar gagnait 1,12% à 1,0305 dollar pour un euro.

“Les craintes croissantes d’une récession font baisser l’euro, tandis que le dollar s’envole”, commente Fiona Cincotta, analyste de City Index. Les cambistes font le pari que la Fed va continuer à relever ses taux d’intérêt de manière agressive pour maîtriser l’inflation, dit-elle.

“Les données PMI publiées (mardi) en Europe ont mis en évidence le risque de ralentissement de la croissance à la fin du deuxième trimestre”, poursuit-elle.

En outre, la croissance de l’activité économique en zone euro a fortement ralenti en juin dans le secteur privé, au plus bas depuis 16 mois, selon un indice, calculé sur la base de sondages d’entreprises et publié par l’agence S&P Global.

La crise énergétique pèse

En zone euro, “la récession semble inévitable” pour Neil Wilson, analyste pour Markets.com. “L’euro est dans une situation désespérée” et ”à moins que la BCE ne se ressaisisse, la parité pourrait bientôt être atteinte”, dit-il.

La crise énergétique pèse aussi sur la monnaie unique.

“Les fortes hausses des prix du gaz et de l’électricité font courir un risque important que l’économie de l’UE entre en récession plus tôt que prévu”, affirme Trevor Sikorski, analyste chez Energy Aspects, dans un rapport.

Il y a un risque à la fois de “pénuries d’énergie” et que les ménages, avec un pouvoir d’achat amputé par les tarifs d’énergie, réduisent leur demande, affirme Guillaume Dejean, analyste chez Western Union.

Depuis le début de l’année, le prix du TTF néerlandais, référence du gaz naturel en Europe , a grimpé de près de 150%, atteignant 176,01 euros le mégawattheure mardi.

Avant l’invasion russe de l’Ukraine le 24 février, il évoluait bien en dessous des 100 euros le mégawattheure.

À voir également sur Le HuffPost : À quoi servent les 138€ de redevance télé qu’on paie tous les ans?

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    Le NFT du premier tweet est en vente pour 48 millions, mais les enchères bident

    news.movim.eu / Numerama · Thursday, 14 April - 08:46

Après avoir été acheté 2,9 millions de dollars, le NFT du premier tweet du fondateur de Twitter est remis aux enchères. Problème : personne ne veut l'acheter. L'offre la plus haute ne dépasse pas 2 ethers, soit 5 000 euros. [Lire la suite]

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    20 ans après, les euros sont toujours convertis en francs par la moitié des Français

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Saturday, 1 January, 2022 - 16:30 · 1 minute

Selon un récent sondage, plus d

ÉCONOMIE - C’était il y a 20 ans jour pour jour. Le 1er janvier 2002, l’Union européenne mettait en circulation dans onze États membres une monnaie unique, l’euro . De nouvelles pièces et billets qui ont rapidement été adoptés, sans pour autant chasser le souvenir du franc.

Ainsi, le 17 décembre dernier, le site MoneyVox publiait les résultats d’un sondage YouGov aux résultats éloquents: plus d’un Français sur deux a conservé l’habitude de convertir, au moins occasionnellement, les montants en francs.

Au total, les sondés sont 51% à admettre continuer à faire la conversion: 5% font systématiquement le calcul (rappelons-le, un euros équivaut à 6,55957 francs), 13% le font souvent et 33% le font “parfois”, essentiellement pour des achats importants qu’ils estiment important de comparer avec d’autres dépenses.

Les Français particulièrement attachés au franc

Fort logiquement, le sondage montre une disparité dans ce rapport aux francs en fonction de l’âge des sondés. Ainsi, les plus de 45 ans sont bien plus susceptibles d’effectuer une conversion que les plus jeunes. Près de 60% des plus de 45 ans le font régulièrement quand ce taux s’effondre chez les 18-24 ans. Logique: ils avaient au maximum quatre ans au moment de la disparition du franc.

Autre donnée intéressante dans ce sondage: plus des trois quarts du millier de personnes interrogées estiment que le passage à l’euro a provoqué une augmentation des prix (ce que semble contredire une étude de l’Insee publiée en 2017 ). Ce qui n’empêche pas les sondés de tenir à la monnaie unique, 56% des Français interrogés se disant fermement opposés à une suppression de l’euro.

En 2018, les Français apparaissaient déjà en tête d’ une étude de la Commission européenne sur l’attachement national aux anciennes monnaies. À l’époque, un Français sur 4 environ disait convertir très régulièrement les prix en euros en francs au moment de passer à la caisse.

À voir également sur le HuffPost : Au meeting de Zemmour, on a tenté de parler pouvoir d’achat

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    Une nouvelle pièce de 2 euros en circulation le 1er janvier 2022

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Thursday, 9 December, 2021 - 16:08 · 1 minute

ÉCONOMIE - Changement dans les porte-monnaies. À l’occasion de la présidence française de l’UE, Emmanuel Macron et son secrétaire d’État aux Affaires européennes Clément Beaune ont présenté ce jeudi 9 décembre une nouvelle pièce de deux euros.

À la fois dans la “continuité des pièces que nous avons” et dans la “modernité”, elle représentera côté face un “chêne et olivier, forme de paix et de sagesse”, a décrit Clément Beaune. Le côté pile ne change pas, il est commun à tous les autres pays européens. “C’est un symbole qui ne sera pas que commémoratif, la pièce sera mise en circulation”, a-t-il ajouté, et ce à partir du 1er janvier 2022.

“C’est la première fois depuis l’entrée en fonction dans le portefeuille des Français et des Européens des pièces en euro que, en France, nous changeons le dessin de cette pièce”, a également souligné Clément Beaune.

La pièce a été frappée à Pessac, en Gironde, et créée par Joaquim Giménez, le graveur général de la Monnaie de Paris. C’est aussi lui qui avait imaginé l’arbre étoilé de la première pièce de deux euros française.

À noter que les billets européens pourront également changer en 2024 , comme l’a annoncé lundi 6 décembre la Banque centrale européenne. “Après vingt ans, il est temps de revoir l’apparence de nos billets de banque, afin que les Européens de tous âges et de tous horizons puissent s’en sentir plus proches”, a estimé la présidente de l’institution, Christine Largarde. Le design n’est lui pas encore défini.

À voir également sur Le HuffPost: L’Italie émet une pièce de 2€ en hommage aux soignants

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    Les billets d'euros vont se refaire une beauté

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Monday, 6 December, 2021 - 17:04 · 1 minute

Man Holding Euro Banknotes - Cash Money

MONNAIE - Les billets européens vont (une nouvelle fois) changer. La Banque Centrale européenne (BCE) a officialisé ce lundi 6 décembre sa volonté de transformer l ’apparence des coupures à l’horizon 2024. Le 1er janvier 2022 marquera les 20 ans de la monnaie européenne. “Après vingt ans, il est temps de revoir l’apparence de nos billets de banque, afin que les Européens de tous âges et de tous horizons puissent s’en sentir plus proches”, a estimé la présidente de la BCE, Christine Largarde .

Pour y arriver, un long processus sera mis en place: questionner les Européens de tous les États-membres pour faire émerger des thèmes, les faire valider par les instances européennes, avant de réenvoyer la présélection au public pour un dernier vote. Un concours de graphisme sera lancé, et le public choisira le ou les vainqueurs. “La décision finale sera prise par le Conseil des gouverneurs”, précise la BCE.

Quels thèmes pour illustrer l’UE?

Les billets de 5, 10, 20, 50, 100, 200 ou 500 euros “constituent un symbole tangible et visible de notre unité européenne, particulièrement en période de crise”, a fait valoir Christine Lagarde.

Depuis leur mise sur le marché, les billets européens sont illustrés sur le thème ”Époques et styles architecturaux” avec des ponts et autres structures architecturales. Fin 2015, une figure mythologique d’Europa, fille du roi phénicien du royaume de Tyr, a fait son apparition sur les coupures de 20 euros. Mais aucune personnalité européenne n’y a trouvé sa place, pour l’instant.

Cela pourrait bien changer d’ici 2024, rapportent Les Échos. Parmi les thématiques étudiées à Bruxelles figurent celles des grandes figures européennes, ou de monuments emblématiques. “Nous voulons mettre au point des billets en euros auxquels les Européens peuvent s’identifier, et qu’ils seront fiers d’utiliser comme monnaie”, a sobrement déclaré Fabio Panetta, membre du directoire de la BCE.

À voir également sur Le HuffPost: L’adoption du Bitcoin comme monnaie légale au Salvador n’a pas convaincu tout le monde

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    Les Français ne veulent pas la fin des pièces de 1 et 2 centimes

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Saturday, 23 October, 2021 - 18:23 · 2 minutes

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ECONOMIE - Petites, couleur bronze, elles s’entassent dans vos porte-monnaie ou sont collectionnées dans un bocal... Leur utilisation est limitée, mais les Français restent attachés aux pièces de 1 et 2 centimes. C’est ce que montre une étude Ifop pour la Monnaie de Paris: la moitié des Français (51%) souhaitent qu’elles ne disparaissent pas.

Certes, les utilisateurs réguliers de la petite monnaie se disent en majorité défavorables à leur suppression (54%), mais même les personnes plus habituées aux moyens de paiement dématérialisés aiment relativement leurs petites pièces puisque 42% ne veulent pas les voire disparaître.

Parmi les raisons principales, la crainte de la hausse des prix. En effet, les consommateurs estiment que leur disparition entraînerait un arrondissement des prix à la hausse, et donc une perte de pouvoir d’achat. Autres arguments mis en avant: cela pénaliserait les plus pauvres, limiterait les dons de petites sommes comme dans le cadre de l’opération pièces jaunes ou encore annoncerait, à terme, la suppression du reste des pièces et du paiement en espèces.

La monnaie, “vecteur de lien social”

“La liberté de choix entre les moyens de paiement demeure, plus que jamais, un pilier de la confiance dans la monnaie. L’étude montre aussi que la monnaie fiduciaire est perçue non seulement comme pratique et facile à utiliser, mais comme vecteur de lien social”, analyse pour BFMTV Marc Schwartz, Président-Directeur Général de la Monnaie de Paris.

Ils sont toutefois 60% des sondés à jugés que la fin des pièces de 1 et 2 centimes serait plus écologique.

L’avis des Français entre en contradiction avec les résultats de la consultation publique de la Commission européenne pour laquelle 17.000 personnes issues de 19 États de l’Union se sont exprimées. Résultat publiés en mai 2021: 7 personnes sur 10 jugent qu’ils faut les supprimer... Mais l’UE planche depuis de nombreuses années sur le sujet, la disparition de ces pièces n’est donc pas encore actée.

Concernant le paiement en espèces plus largement, il est aussi plébiscité par les Français. C’est d’ailleurs le moyen de paiement qui suscite le plus de confiance. 91% des consommateurs utilisent, plus ou moins régulièrement, des billets et des pièces pour leurs achats.

* Étude quantitative réalisée en avril 2021 selon le mode de recueil online via des sollicitations les 24 et 31 mars 2021, auprès d’un échantillon de 1001 individus âgés de 18 ans et plus, représentatif de la population nationale.

À voir également sur Le HuffPost : L’adoption du Bitcoin comme monnaie légale au Salvador n’a pas convaincu tout le monde

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    Le Bitcoin, l’aberration monétaire rêvée par les libertariens

    news.movim.eu / LeVentSeLeve · Tuesday, 22 June, 2021 - 10:33 · 13 minutes

Après une décennie de développement en raison de l’intérêt des investisseurs, le Bitcoin est désormais à la croisée des chemins. Malgré un cours qui s’est effondré de plus de 50% depuis avril, le Salvador vient de le reconnaître comme monnaie légale. Mais au-delà de leur volatilité alimentée par la spéculation, ces nouvelles monnaies sont-elles capables de révolutionner nos échanges, comme l’affirment leurs promoteurs ? Rien n’est moins sûr. Non seulement les crypto-actifs sont incapables d’assurer les fonctions essentielles de la monnaie, mais en plus, leur développement est une catastrophe écologique.

Au beau milieu de la crise financière de 2008, un mystérieux individu – ou plusieurs ? -, connu sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto, théorise le concept de crypto-monnaie, avant de créer la première d’entre elles : le Bitcoin. L’objectif de ces nouvelles monnaies ? Assurer des échanges monétaires virtuels totalement inviolables, tout en outrepassant les banques centrales et autres intermédiaires, c’est-à-dire notamment les banques privées. Pour remplacer les registres de comptes tenus par ces institutions, les crypto-monnaies se fondent sur une infrastructure technologique : la blockchain. Concrètement, lorsqu’un échange est réalisé, tous les ordinateurs du réseau sont mobilisés pour vérifier la transaction, c’est-à-dire principalement s’assurer que le même montant est bien déduit d’un portefeuille et ajouté à un autre. Pour s’assurer que certains ne manipulent pas les portefeuilles, d’innombrables copies du registre des comptes sont stockées sur les ordinateurs, et sont en permanence comparées les unes aux autres par des algorithmes. Ceux qui mettent à disposition leur puissance de calcul pour ces opérations sont alors récompensés par la création de nouveaux bitcoins ; c’est ce que l’on appelle le « minage ».

La monnaie dont Hayek rêvait

Pour les libertariens de la Silicon Valley, cette invention est une révolution : en outrepassant la banque centrale et les intermédiaires, ce système permet d’en finir avec le pouvoir arbitraire des États qui peuvent, par exemple, geler un compte ou empêcher certaines transactions. En outre, contrairement au système monétaire actuel, l’anonymat de la blockchain et son caractère décentralisé ne permettent pas de surveiller tout le monde, c’est-à-dire de savoir d’où viennent vos revenus et comment vous dépensez votre argent. De belles promesses de liberté individuelle, qui ont tout de suite intéressé les techno-utopistes de tous bords, mais aussi le crime organisé.

En plus de ces arguments moraux, les libertariens ont une autre raison majeure de soutenir les crypto-monnaies : l’État, via sa banque centrale, est totalement incapable d’en contrôler la masse monétaire. En effet, les banques centrales du monde entier peuvent choisir, par simple jeu d’écriture, d’augmenter autant qu’elles le souhaitent la quantité de monnaie en circulation, notamment afin de relancer l’économie. Pour l’économiste autrichien Friedrich von Hayek, ce pouvoir est à l’origine de la forte inflation des années 1970 en Europe et aux États-Unis . Dans The Denationalization of money (1976), cet ultralibéral reproche aux États de ne plus fonder la masse monétaire sur des quantités limitées de métaux précieux – principalement l’or – et donc de faire tourner la planche à billets sans limites. Selon Hayek, il est nécessaire de revenir au système de l’étalon-or, abandonné en 1971 par Richard Nixon en raison du coût de la guerre du Vietnam, et d’empêcher les États d’interférer en matière monétaire – pourtant une prérogative régalienne depuis toujours.

En l’absence de banque centrale, l’économie est laissée à elle-même, conformément aux souhaits des libertariens qui estiment que personne ne doit interférer dans son fonctionnement.

Or, le système de la blockchain permet justement de fixer une quantité totale de monnaie pouvant être « minée ». Ainsi, seuls 21 millions de bitcoins peuvent être « minés », selon un mode d’extraction qui fonctionnera jusqu’en 2140. D’autres crypto-monnaies, comme l’Ethereum, ne fixent pas de plafond au volume total en circulation, mais limitent les quantités émises chaque année. Dans les deux cas, impossible pour une autorité comme l’État de décider d’augmenter la masse monétaire selon son envie. Mais cela est-il souhaitable ? Pour Hayek et ses disciples, qui considèrent que « l’inflation est partout et toujours un phénomène monétaire », fixer une limite aux volumes de monnaie en circulation permet d’éviter l’inflation. Un argument que rejette John Meynard Keynes, qui considère au contraire que la monnaie est endogène, c’est-à-dire que sa masse dépend avant tout de la demande de liquidités de l’économie . Si les prix augmentent, alors les agents économiques auront besoin de plus grandes quantités de monnaie, d’où une plus grande demande de crédit, et donc une masse monétaire élargie. On l’aura compris, cette question d’apparence technique cache en réalité de vrais enjeux économiques et politiques.

Plus largement, on peut se demander ce qu’apporterait la disparition des banques centrales. Pour contrôler la masse monétaire en circulation, les banques centrales ne passent pas par l’impression de plus de billets ou par leur destruction, mais par d’autres outils. Le plus important d’entre eux est le taux d’intérêt directeur, c’est-à-dire le taux auquel est rémunérée l’épargne – et donc le coût que représente un crédit. En baissant ce taux, comme c’est le cas aujourd’hui avec des niveaux proches de zéro, on favorise le crédit et donc la relance de l’activité économique. Une fois l’économie repartie, il est d’usage de remonter ce taux pour éviter la formation de bulles spéculatives, phénomène que l’on constate aussi aujourd’hui. En bref, il s’agit d’un levier fondamental pour maîtriser l’activité économique. En l’absence de banque centrale, l’économie est donc laissée à elle-même, conformément aux souhaits des libertariens qui estiment que personne ne doit interférer dans son fonctionnement. Au contraire, les autres courants économiques, bien que divergents sur de très nombreux points, considèrent que l’État a un rôle à jouer et ne peut se priver de cet outil. Occulter cet aspect du débat autour des crypto-monnaies est là encore un choix politique lourd de conséquences.

Une monnaie pour spéculateurs et criminels, pas pour le grand public

Admettons malgré tout que la disparition des banques centrales soit une bonne chose. Cela fait-il pour autant des crypto-monnaies de bonnes monnaies, répondant aux besoins de la population ? Rien n’est moins sûr. Comme le rappellent tous les manuels d’économie, la monnaie remplit trois fonctions : il s’agit d’une unité de compte permettant de mesurer la valeur de tout bien et service, d’un moyen de paiement universel permettant d’acquérir à peu près tout, et d’une réserve de valeur liquide, c’est-à-dire qui peut être immédiatement convertie sous une autre forme – contrairement par exemple à une maison. Qu’en est-il du Bitcoin et de ses frères et sœurs ? D’abord, étant donnée leur valeur extrêmement volatile, il s’agit de très mauvaises unités de compte : un prix en bitcoin doit constamment être ajusté en fonction des fluctuations boursières, alors qu’un prix en euro ou en dollar est facilement compréhensible par tous. Ensuite, bien que de plus en plus acceptées, les crypto-monnaies ne permettent toujours pas d’acheter grand chose. La plupart du temps, ceux qui en possèdent les convertissent en monnaie classique pour pouvoir faire leurs achats, ce qui trahit l’échec des crypto-monnaies sur ce second point. Enfin, si les crypto-monnaies permettent bien de stocker de la valeur, on sait à quel point celle-ci est instable. En somme, les crypto-monnaies échouent à peu près sur tous les plans , ce qui explique pourquoi leur usage est toujours peu développé. Certains préfèrent d’ailleurs parler de crypto-actifs, considérant que ces devises virtuelles ne peuvent être comparées aux monnaies classiques.

On pourrait rétorquer qu’il s’agit là de la situation actuelle et que rien n’empêche théoriquement les crypto-actifs de remplir ces fonctions. S’ils étaient acceptés plus largement et qu’ils étaient détenus en majorité non par des spéculateurs, mais par des citoyens normaux pour leurs besoins courants, les crypto-actifs ne deviendraient-ils pas des monnaies comme les autres ? Le 9 juin dernier, le Salvador est ainsi devenu le premier pays au monde à reconnaître le Bitcoin comme monnaie légale , sous la houlette de son président néolibéral autoritaire Nayib Bukele. Mais cette reconnaissance officielle est loin d’être suffisante pour en faire une véritable monnaie utilisée et reconnue par tous. Un obstacle important est celui du coût de transaction : alors que l’échange de cash est gratuit et que les moyens de paiement électroniques sont très abordables, le coût d’une transaction bitcoin a tendance à être de plus en plus élevé . En effet, plus le nombre de transactions est important, plus il y a besoin d’une puissance de calcul exponentielle pour les inscrire dans toutes les versions du registre de comptes. Lorsque la puissance à disposition se réduit ou que tout le monde souhaite acheter du bitcoin pour spéculer, les coûts des transaction explosent.

Cette nouvelle bulle spéculative rappelle la véritable nature des crypto-monnaies : des actifs ultra-financiarisés sur lesquels misent les boursicoteurs à la recherche de profits rapides.

Plus largement, qui peut avoir envie d’utiliser une monnaie dont la valeur évolue de façon très imprévisible, sinon les spéculateurs ? À partir de fin 2020, le prix du bitcoin a explosé , suite aux annonces de grands fonds d’investissements ou d’entreprises comme Tesla de miser sur cette monnaie. Après un pic à près de 65.000 dollars à la mi-avril, le cours s’est effondré, notamment en raison de critiques d’Elon Musk sur cette monnaie et de nouvelles menaces de régulation par la Chine . Au passage, cela n’a pas empêché les spéculateurs stratèges, comme Musk ou le fonds britannique Ruffer, de réaliser d’énormes bénéfices. Rien de plus facile : en profitant de leur influence sur les marchés financiers, ceux-ci ont fait monter les cours en achetant du bitcoin, avant de s’en séparer et de déclencher une chute.

Finalement, cette nouvelle bulle spéculative rappelle la véritable nature des crypto-monnaies : des actifs ultra-financiarisés sur lesquels misent les boursicoteurs à la recherche de profits rapides. La multiplication des scandales autour des itinial coin offerings ( ICO ), c’est-à-dire des levées de fonds en échange d’une première émission de crypto-actifs, confirme ce fait : en 2018, une étude sur 1.500 ICO concluait au caractère frauduleux de 78% d’entre eux ! En-dehors de ces escroqueries, l’usage de crypto-actifs à des fins de blanchiment d’argent ou devise d’échange pour les trafics en tout genre n’est plus à prouver.

La blockchain, un désastre environnemental

On l’aura compris, les crypto-actifs ne serviront jamais à régler l’achat d’une baguette de pain. Faut-il pour autant s’en préoccuper ? Après tout, les spéculateurs n’ont-ils pas le droit de prendre des risques ? Au-delà des questions de régulation financière, un dernier aspect doit être souligné : l’énorme consommation énergétique des blockchains. En mai 2021, le Cambridge Bitcoin Electricity Consumption Index estimait les besoins énergétiques annuels liés au seul bitcoin à 145 Twh , soit environ 0,65% de la demande mondiale. Concrètement, cela représente approximativement la consommation annuelle d’un pays comme la Malaisie, la Pologne ou la Suède . Si les chiffres fluctuent en fonction des cours de bourse, et donc de la rentabilité du minage, la tendance est très nettement celle d’une consommation exponentielle. Sur la dernière année, cette dernière a doublé.

Capture d’écran du Cambridge Bitcoin Electricity Consumption Index, consulté le 10/06/2021. La courbe orange matérialise l’estimation, les deux autres courbes représentent les estimations basses et hautes.

Comment expliquer une telle envolée ? Encore une fois, c’est la technologie de la blockchain qui est en cause : pour « miner » du bitcoin ou d’autres crypto-actifs, il faut participer à la validation de blocs de transactions, ce qui implique de résoudre des problèmes informatiques d’une incroyable complexité . Le premier à résoudre ces problèmes reçoit alors des crypto-actifs. Pour faire face à la hausse de la demande suscitée par la spéculation, le minage s’est industrialisé : des entrepreneurs investissent des sommes considérables pour accumuler le plus de puissance de calcul et maximiser leurs chances de valider les premiers les blocs de transaction. Dès lors, on comprend que le minage soit de plus en plus énergivore. Le niveau de consommation devient de plus en plus délirant : aujourd’hui, une seule transaction en bitcoin consomme autant d’énergie que plus d’un million de transactions via le système VISA ! Certes, de nouveaux protocoles de blockchains existent, mais, comme le rappelle Le Monde , « jusqu’à aujourd’hui, aucun protocole alternatif n’a prouvé pouvoir assumer les mêmes promesses d’une cryptomonnaie décentralisée, publique et sécurisée avec une empreinte carbone négligeable ».

Une seule transaction en bitcoin consomme autant d’énergie que plus d’un million de transactions via le système VISA !

Longtemps ignoré, l’impact environnemental des crypto-actifs suscite désormais l’attention. La Chine, qui représente environ 70% des activités mondiales de minage, a ainsi constaté que certaines mines de charbon illégales avaient été rouvertes pour faire face à la demande d’énergie générée par le bitcoin. En Iran, de nombreuses fermes à bitcoin se sont installées dans des mosquées, où l’électricité est gratuite. Il est aussi de plus en plus courant d’aménager des conteneurs pour le minage, afin de pouvoir les déplacer en fonction du coût de l’électricité, comme le font les mineurs chinois pour profiter des excédents des barrages hydroélectriques du Yunnan lors de la mousson d’été. Outre la consommation énergétique, l’industrie du minage est aussi à l’origine d’un immense gâchis de composants électroniques, dont le recyclage est très difficile et dont la fabrication nécessite des terres rares.

Récemment, un groupe d’investisseurs et d’entrepreneurs du minage ont promis au milliardaire Elon Musk , qui avait critiqué la pollution entraînée par le bitcoin, de faire des efforts – notamment en utilisant davantage d’énergie renouvelable. L’hypocrisie de cette annonce mérite d’être soulignée : d’une part, seules les sources d’énergie sont amenées à changer, tandis que rien ne sera fait pour limiter la consommation exponentielle ; d’autre part, Elon Musk a beau jeu de se présenter en protecteur de la planète alors que son entreprise Tesla a réalisé un profit de plus de 100 millions de dollars grâce à ses investissements dans le bitcoin . Finalement, après une longue période d’attentisme, les États sont enfin en train de prendre des mesures contre cette gabegie : le mois dernier, la Chine a fini par interdire l’usage des crypto-actifs à toutes les institutions financières et entreprises de paiement électronique . Après d’importantes coupures d’électricité, l’Iran a, quant à lui, décidé d’interdire le minage pour au moins quatre mois, jusqu’en septembre. Si une interdiction totale du minage et de l’échange de crypto-actifs paraît impossible à mettre en œuvre au niveau mondial, espérons tout de même que d’autres pays adopteront ce type de mesures.