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    Violence et polémique sur les réseaux sociaux ont tué l’art de la nuance - BLOG

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Yesterday - 08:29 · 3 minutes

Mise à mort verbale en un temps record, seules les insultes ont droit de vie. Mise à mort verbale en un temps record, seules les insultes ont droit de vie.

RÉSEAUX SOCIAUX - Dans un monde où prévaut la dictature de l’émotion, il faut aller toujours plus vite pour marquer les esprits. Halte à la nuance qui nous permet de conserver un semblant de politesse, un principe de précaution naturel… il faut taper vite et fort sans aucune vérification préalable et sans imaginer une seconde que nous ne puissions être légitimes à prendre la parole sur tous les sujets .

Une guerre des mots

Sur les réseaux sociaux, caché derrière un pseudo, on peut tout s’autoriser, retirer le filtre de la bienséance qui prédomine en société pour laisser place au pire de nous-mêmes. Indignations et invectives, plus le contenu est chargé émotionnellement, plus il aura des chances d’être partagé. Or, que vaut un tweet, s’il n’est pas partagé? Pas grand-chose, puisque sa valeur marchande réside dans sa viralité. Les réseaux sont sans visage. Or sans altérité, pas de prise de conscience de l’émotion face à un tweet. La polémique est devenue une guerre, celle des mots dont on refuse de prendre conscience, celle du mépris constant.

Polémique vient du grec ancien polemikos qui signifie “relatif à la guerre”. Une polémique est une violence métaphorique, une bataille des mots. Ce terme fait partie de cette catégorie de mots que l’on retrouve dans le champ sémantique de la guerre que ce soit la joute oratoire, le débat ou bien encore la dispute. Nous sommes entrés en lutte armée. La plume blesse, elle écorche, elle implique un autre, car il faut qu’il y ait, en toile de fond, affrontement avec un système permettant que soit définis préalablement le terrain, les armes et les règles. Polémiquer, c’est essayer de falsifier la parole de l’autre en énonçant une formule a contrario de celle initialement posée. Il y a ainsi préalablement l’écoute d’une information admise qui sera par la suite réfutée dans un contexte de passion, voire de violence . Préférer le terme polémique à celui de débat, par exemple, donne d’ores et déjà la teneur de l’échange. Le contenu qui en découle discrédite automatiquement l’adversaire, renvoyant presque à l’attaque personnelle. Les superlatifs sont donc de mise, frisant l’injure, forme extrême de la radicalité alors même que le débat doit se poursuivre.

Refaire de la nuance une priorité

Au regard des réactions sur les réseaux et de la violence de leur contenu, peut-on encore parler de polémique? Mise à mort verbale en un temps record, seules les insultes ont droit de vie. Nous sommes loin de ce qu’Héraclite appelait polemos et que l’on peut définir comme le conflit des contraires qui s’appartiennent mutuellement. Nous sommes pris dans des rapports de force, des positions de combat. Or la politique amène, par sa nature même, à oublier la lucidité froide et objective, voire l’interrogation nécessaires à la polémique, au profit de slogans. Faut-il pour autant s’extraire totalement de la politique pour toucher l’art de la polémique? Si la nuance reste une priorité, il est tout à fait envisageable de penser la polémique comme le pendant de la nuance, une coexistence nécessaire de tension mutuelle dans la formulation des opinions.

Sur les réseaux sociaux, caché derrière un pseudo, on peut tout s’autoriser, retirer le filtre de la bienséance qui prédomine en société pour laisser place au pire de nous-mêmes.

Ainsi, si l’on peut regretter les punchlines perpétuelles et l’émotion injectées dans le débat d’idées, la polémique est nécessaire pour alimenter des discours de combat. Pour autant, les règles du jeu semblent aujourd’hui compromises pour les réseaux sociaux mettant à mal le consensus, pourtant nécessaire à la vie en société. Chateaubriand nous poussait déjà à être ″économe de notre mépris, car il y a beaucoup de nécessiteux” . Ainsi, nous pouvons décider que la nuance sera notre priorité.

Vous pouvez télécharger la version 2021 de l’ouvrage Un bien grand mot de Delphine Jouenne ici .

À voir également sur Le HuffPost: Lizzo en larmes devant la vague de propos grossophobes contre elle et son dernier clip

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    Pourquoi trouve-t-on toujours que "c'était mieux avant"? - BLOG

    news.movim.eu / HuffingtonPost · 3 days ago - 08:38 · 5 minutes

Nous bichonnons notre passé… alors que, dans le présent, nous prenons fréquemment un malin plaisir, voire une étrange jouissance, à nourrir notre plainte, à éprouver le manque, la colère, ce Nous bichonnons notre passé… alors que, dans le présent, nous prenons fréquemment un malin plaisir, voire une étrange jouissance, à nourrir notre plainte, à éprouver le manque, la colère, ce "moitié vide" qui n’en finit pas de nous hanter!

NOSTALGIE - La nostalgie est un penchant irrésistible. L’être humain en est souvent doté de manière excessive. En ces temps d’extrémisme politique débridé, l’idéalisation du passé est monnaie courante. Le “ C’était mieux avant ” est roi et fait l’affaire de bien des vendeurs de rêves. Mais pourquoi?

D’un point de vue psychanalytique, cette passion folle pour un âge d’or s’explique. Mieux, elle se justifie parfaitement.

En effet, nous avons toutes et tous traversé cette époque de la vie que l’on appelle l’ enfance , et pour la majorité d’entre nous, celle-ci, malgré ses tumultes et ses renoncements, s’est plutôt bien déroulée.

Combien ai-je de patients me le jurant? Je ne les compte plus.”Ô comme je regrette mon enfance!” est peut-être la phrase que j’entends le plus souvent dans mon cabinet.

Un présent trop lourd

Tandis que le présent est lourd, insoutenable, comme pris dans une sorte d’injonction à exister, le passé, et l’ enfance au premier chef, paraît souvent léger, délesté de cette pression anxiogène qui nous incite à aller sans cesse de l’avant.

Parfois, quand on la regarde de plus près, cette époque d’enfance, de totale dépendance, a été bien plus en demi-teinte. Mais quand on veut s’en souvenir, nous sommes comme frappés d’amnésie. Notre mémoire nous joue des tours, nous le savons, mais nous la laissons faire. Nous aimons presque tous idéaliser le temps derrière nous. Comme pour réparer les préjudices commis, pour effacer l’ardoise de la culpabilité, la spirale du mal de vivre… Les verts paradis des amours enfantines ont été entrevus par bien des écrivains, et de Proust à Colette en passant par Pagnol, ils ont dit cette propension à se “nostalgiser” avec délice et raffinement.

En revivant nos souvenirs sans leurs aspérités, nous nous persuadons parfois même que notre vie n’a pas été si douloureuse que cela. Nous voulons voir cette fameuse “bouteille à moitié pleine”… Un peu comme nous nous rappelons un voyage compliqué, exténuant, et que nous nous acharnons à ne voir que les paysages découverts, les parfums rencontrés, en nous gardant bien de faire revenir à notre conscience, la chaleur étouffante, les attentes interminables et les punaises de lit dans l’hôtel!

Nous bichonnons notre passé… alors que, dans le présent, nous prenons fréquemment un malin plaisir, voire une étrange jouissance, à nourrir notre plainte, à éprouver le manque, la colère, ce “moitié vide” qui n’en finit pas de nous hanter!

“Il n’y a rien de plus difficile que de vivre le temps présent sans nous répandre dans l’angoisse”, rappelle le moine bouddhiste Matthieu Ricard, vacciné contre les enjoliveurs de passé! Les préceptes bouddhistes louent précisément notre capacité à faire fi de cet imaginaire mélancolique.

La poule aux œufs d’or

Mais le capitalisme, lui, a bien compris la petite ritournelle. La passion pour la nostalgie fait le lit de bien des producteurs. Qu’ils soient publicitaires, cinéastes, créateurs d’objets vintage ou spécialistes musicaux, ils ont tous compris l’appétence immodérée pour le “jadis”. Prenons les années 70 et la folie addictive qu’elles suscitent depuis les années 2000: il fallut attendre près de deux décennies pour que les lampes à gélatine fluo et les vieux tourne-disques s’installent à nouveau dans les salons d’étudiants! Autrefois moquées, ringardisées, les seventies connaissent à nouveau un état de grâce qui dure et se pérennise. Auteur de Dalida sur le divan , à l’affiche durant tout le festival d’Avignon cet été, je rencontre tant d’admirateurs de la chanteuse, qui n’étaient même pas nés à son décès. Si moquée de son vivant, Dalida aurait sûrement éprouvé une émotion infinie à entendre tant d’éloges amoureux à son sujet. Comme Frida Kahlo et d’autres génies mélancoliques, elle avait le cœur prêt à exploser. Fallut-elle dont qu’elle mourut pour que certains aient l’extrême audace d’avouer l’adorer?

Mais si cela n’était qu’affaire de mode… Freud a bien décrit dans son fameux Deuil et mélancolie, le processus de deuil visant à idéaliser le défunt pour pouvoir admettre sa disparition définitive. Ainsi, la nostalgie idéalisante serait littéralement constitutive de notre humanité! À peine la personne est-elle morte que nous ne voyons presque plus que ses qualités, montées au pinacle, des qualités auxquelles nous nous cramponnons de toutes nos forces pour célébrer le passé… Et bien nous convaincre de l’amour que nous lui portons!

Les dangers de la nostalgie

En effet, “que serait un monde sans nostalgie?” me demandait l’excellente Leila Kaddour récemment sur France Inter. “Un monde triste. Car la nostalgie est un merveilleux sentiment. Ne jamais regretter le temps d’avant? Toujours vivre le présent? Ce serait atroce. Se souvenir, éprouver du chagrin, c’est le terreau de la mémoire humaine”, lui répondis-je, moi qui éprouve tant de plaisirs à m’adonner à mon tempérament mélancolique aux heures les plus chaudes.

À force de vivre dans le passé, de célébrer seulement ce qui est mort, nous pouvons finir par ne plus pouvoir soutenir le présent, par rester figé comme des images déjà consommées, consumées, anéanties.

Toutefois, ajoutais-je, « c’est une arme à feu à manier avec précaution ». Car à force de vivre dans le passé, de célébrer seulement ce qui est mort, nous pouvons finir par ne plus pouvoir soutenir le présent, par rester figé comme des images déjà consommées, consumées, anéanties.

Il ne s’agit ainsi pas d’être complètement dupe de ce mouvement d’idéalisation, à la fois salutaire et toxique. Après tout, célébrer le passé est moins aventureux que penser l’avenir et ses incertitudes. L’homme délivré de ses fantômes va vers son futur la tête haute, sans s’économiser , et ne rumine pas ses défaites, ses ressentiments, ses pertes d’antan. Il peut même esquisser un sourire en éprouvant à la de la joie mâtinée d’une vague tristesse. Il « a vécu ».

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    La guerre en Ukraine ou les dangers de la désinformation - BLOG

    news.movim.eu / HuffingtonPost · 6 days ago - 09:04 · 9 minutes

Lorsque la Russie bombarde la gare de Kramatorsk et tue des civils fuyant le conflit, elle accuse l’armée ukrainienne. Lorsque des soldats russes commettent des massacres à Boutcha, Poutine crie à la mise en scène et à la désinformation, tout en gratifiant des soldats ayant participé à ces massacres d’un titre honorifique, démontrant au passage l’ampleur de son cynisme. Lorsque la Russie bombarde la gare de Kramatorsk et tue des civils fuyant le conflit, elle accuse l’armée ukrainienne. Lorsque des soldats russes commettent des massacres à Boutcha, Poutine crie à la mise en scène et à la désinformation, tout en gratifiant des soldats ayant participé à ces massacres d’un titre honorifique, démontrant au passage l’ampleur de son cynisme.

DÉSINFORMATION - Le 24 février dernier, la guerre a frappé aux portes de l’Europe. Vladimir Poutine, le président russe , a décidé d’envahir l’Ukraine. Une des particularités de cette invasion est que ses vraies raisons restent floues.

Beaucoup cherchent encore à connaître les motivations exactes et le projet final de Poutine , dont la personnalité reste mystérieuse et le comportement imprévisible.

Ce qui est certain, c’est que le fait de ne pas savoir quelles sont ses intentions et ses projets réels complique toute forme de négociation et toute perspective de paix face à une personne passée maître dans l’art de la désinformation .

On l’avait peut-être oublié, mais la désinformation fait pourtant partie intégrante de la stratégie de Poutine depuis plus de deux décennies, à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières de la Russie.

Une guerre médiatique

A l’ère de l’information en continu, d’internet et des réseaux sociaux, la guerre en Ukraine nous rappelle que derrière tout conflit armé se joue une guerre médiatique où la communication détient un rôle crucial. En assimilant les dirigeants ukrainiens à des nazis, Poutine peut ainsi justifier son « opération spéciale » par une « dénazification » de l’Ukraine et un « maintien de la paix ». Ce qui lui permet au passage de se faire passer pour un libérateur.

La propagande et la désinformation ont depuis tout temps été utilisées comme des armes politiques et militaires, quels que soient le pays ou la période de l’histoire. Contrôler l’information et les médias, c’est assurer un contrôle de la population car l’information influence directement nos pensées, nos émotions, nos comportements et nos opinions. Raison pour laquelle certains dirigeants en ont fait leur spécialité. Raison pour laquelle Poutine contrôle les médias dans son pays et s’attaque à tous ceux qui menacent ses intérêts et le discours officiel. La désinformation a ceci de particulièrement dangereux que dans les cas les plus extrêmes, elle peut servir à déclencher et alimenter un conflit, une guerre voire un génocide. Lors du génocide au Rwanda en 1994, les citoyens hutus ont été préparés, influencés et conditionnés pendant des mois, notamment via la radio « Mille collines » qui diffusait des messages de haine envers les Tutsis et qui incitait les Hutus à s’en prendre physiquement à eux, dans le but de les éliminer. Et pour faciliter le passage à l’acte, ils étaient assimilés à des cafards.

C’est ce même type de processus qui a été mis en place pendant des années par les nazis pour justifier l’extermination des Juifs. La première étape était de mettre en place une propagande les désignant comme responsables des malheurs de l’Allemagne et les assimilant à des rats dont il fallait se débarrasser. Des préjugés qui ont débouché sur des événements aussi terribles que les lois de Nuremberg, la nuit de cristal, le ghetto de Varsovie et Auschwitz. Les décennies qui ont suivi, de nombreux travaux en psychologie ont permis de démontrer expérimentalement cette réalité : les préjugés, la désinformation et la déshumanisation sont le terreau de la violence envers un groupe désigné comme bouc émissaire.

Même si l’objectif de Poutine n’est a priori pas de commettre un génocide envers les Ukrainiens, des massacres et de potentiels crimes de guerre ont déjà été commis et les boucs émissaires de la Russie sont désignés explicitement.

D’après lui, les Ukrainiens, soutenus par l’OTAN et les pays occidentaux, menaceraient les intérêts, la sécurité et l’avenir de son pays. Une stratégie particulière lui permet alors de justifier sa guerre : la prophétie autoréalisatrice.

La prophétie autoréalisatrice

Un concept décrit sous ce nom pour la première fois par le sociologue américain Robert K. Merton et dont le principe est qu’une situation se réalise dans les conséquences de nos actions. Une des conséquences de l’invasion de l’Ukraine est en effet le renforcement de l’OTAN et des liens entre l’Ukraine et les occidentaux, qui lui fournissent de plus en plus d’armes. Même si cela va probablement à l’inverse de ce que Poutine espérait au niveau stratégique, ce rapprochement lui est utile car cela vient confirmer sa théorie initiale. Il crée donc une illusion en inversant les causes et les conséquences. Il accuse les autres pour essayer de faire oublier que seul lui a décidé de commencer cette guerre et que personne n’a jamais menacé directement son pays.

La prophétie se réalise alors en suivant une logique d’inversion : l’agresseur se transforme en libérateur et le coupable se transforme en victime. Comme le dit bien Pierre Haski, chroniqueur international à France Inter, cette logique correspond à une tradition rhétorique en Russie qui consiste à accuser les autres de faire ce qu’ils font. Une logique fallacieuse qu’on retrouve par ailleurs dans la pensée de type complotiste. Comme on a pu le voir dans le cadre de la pandémie de covid-19, pour les anti-vaxx les plus extrêmes, les médecins n’étaient plus des soignants mais étaient devenus des agents du pouvoir et de big pharma qui cherchaient à nous contrôler voire nous tuer à petit feu en nous injectant un vaccin. Les démocraties étaient alors associées à des « dictatures sanitaires ». Il n’est donc pas étonnant que beaucoup de ces anti-vaxx soient également pro-Poutine.

La théorie du monde juste

La désinformation autour de la guerre en Ukraine permet également d’alimenter une autre croyance: la théorie du monde juste. Un phénomène bien connu des psychologues mis en lumière dans les années 1960 par le psychologue social américain Melvin Lerner. Son principe est le suivant. Spontanément, nous avons tendance à croire que ce qui arrive à une personne (ou un peuple) est justifié et mérité. Nous avons appris depuis notre enfance que « les bons » étaient récompensés et que « les mauvais » étaient punis. Un type de raisonnement qui se retrouve dans cette croyance populaire selon laquelle il n’y aurait pas de fumée sans feu. Si un homme se retrouve à la rue, c’est parce qu’il est trop fainéant que pour travailler. Si une fille se fait agresser sexuellement, c’est parce qu’elle portait des vêtements trop aguicheurs. Et si l’Ukraine est envahie par la Russie, c’est parce qu’elle la provoque depuis plusieurs années. Parce qu’elle souhaite rejoindre l’OTAN. Parce que les Ukrainiens commettent un « génocide » envers les populations russophones dans le Donbass. Le régime ukrainien est alors assimilé à un régime nazi à la solde des Américains. Ce type de propos sert évidemment de prétexte à la guerre et sert à convaincre l’opinion que cette opération militaire est justifiée et donc juste moralement.

Si je nie les faits dont on m’accuse, cela me permet d’agir en toute impunité. Et si j’accuse l’autre d’exactions alors que c’est moi qui les ai commises, cela me permet de me dédouaner et de continuer à poursuivre mes objectifs.

Un autre biais cognitif entre alors en jeu : le biais d’idéologie. Les biais cognitifs sont des erreurs de jugement, des pièges que nous tend notre cerveau. La plupart d’entre nous sommes convaincus que ce que nous pensons est juste et vrai et que ceux qui ne pensent pas comme nous ont tort. Pour le psychologue Stephane Lewandowsky, chercheur à l’université de Bristol, cela explique que nous soyons persuadés que la façon dont nous pensons qu’une société doit fonctionner ou dont un pays doit être dirigé est la bonne. Autrement dit, que notre idéologie est meilleure que celle des autres. Dans un pays démocratique, ce biais est atténué par la diversité des opinions et le débat d’idées. Être confronté à un autre point de vue que le nôtre nous aide généralement à développer une vision des choses plus nuancée. Mais dans un régime autocratique ou dictatorial, il complique toute forme de remise en question et laisse la porte ouverte à toutes sortes de dérives. Cela pourrait expliquer pourquoi Poutine ne supporte pas que l’Ukraine, pays de l’ex-URSS, souhaite s’orienter politiquement vers une démocratie à l’occidentale et tourner le dos à la Russie. Selon certains spécialistes de la question, comme le député européen Raphaël Glucksmann, ce serait même le motif réel du conflit.

Démocratie et paix en danger

La liberté d’informer, la pluralité des idées et les divergences d’opinions sont un des piliers de la démocratie et un garant de la paix. Le danger survient lorsque ces divergences sont perçues comme une menace, comme c’est le cas en Russie lorsqu’on risque la prison pour avoir contesté la version officielle. Plus encore, il survient lorsqu’on ne peut plus s’accorder sur les faits et lorsque ceux-ci sont niés, déformés ou réduits à des opinions. C’est ce que certains appellent la post-vérité. Or, les leaders autoritaires et les partis extrêmes ont une tendance quasi systématique à déformer les faits et à nier la réalité pour servir leurs propres intérêts.

Lorsque la Russie bombarde la gare de Kramatorsk et tue des civils fuyant le conflit, elle accuse l’armée ukrainienne. Lorsque des soldats russes commettent des massacres à Boutcha, Poutine crie à la mise en scène et à la désinformation, tout en gratifiant des soldats ayant participé à ces massacres d’un titre honorifique, démontrant au passage l’ampleur de son cynisme. Et lorsqu’il existe un risque réel de famine dans certains pays à cause du blocage du blé ukrainien, Poutine dénonce les sanctions des occidentaux, alors que celles-ci ne concernent pas le blé, tout en bloquant lui-même les exportations, en volant une partie de ce blé et en bombardant des entrepôts et des cultures. Si je nie les faits dont on m’accuse, cela me permet d’agir en toute impunité. Et si j’accuse l’autre d’exactions alors que c’est moi qui les ai commises, cela me permet de me dédouaner et de continuer à poursuivre mes objectifs.

Et c’est bien à cause de toutes ces conséquences que la désinformation s’avère particulièrement dangereuse pour la démocratie et pour la paix.

À voir également sur Le HuffPost: En Russie, Marina Ovsiannikova interrompt le JT le plus regardé

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    Comment j'aide les enfants et ados en souffrance avec l'écriture - BLOG

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Tuesday, 28 June - 09:01 · 5 minutes

J’ai pu constater dans ma pratique que de nombreux enfants et adolescents gardaient leurs ressentis pour eux pour plusieurs raisons: par pudeur, mais aussi peur de décevoir ses parents, peur de déranger, peur du jugement d’autrui. J’ai alors décidé de créer des stages de confiance en soi pour enfants et adolescents. J’ai pu constater dans ma pratique que de nombreux enfants et adolescents gardaient leurs ressentis pour eux pour plusieurs raisons: par pudeur, mais aussi peur de décevoir ses parents, peur de déranger, peur du jugement d’autrui. J’ai alors décidé de créer des stages de confiance en soi pour enfants et adolescents.

PSYCHO - Je suis psychopraticienne et j’accompagne les enfants et les adolescents au quotidien.

Je suis également auteure et je sais l’importance de l’écriture dans la démarche thérapeutique.

Il m’est apparu comme une évidence: je dois aider les enfants et les ados qui n’ont pas confiance en eux ou qui sont en rupture familiale.

En théorie

J’ai pu constater dans ma pratique que de nombreux enfants et adolescents gardaient leurs ressentis pour eux pour plusieurs raisons: par pudeur, mais aussi peur de décevoir ses parents, peur de déranger, peur du jugement d’autrui. J’ai alors décidé de créer des stages de confiance en soi pour enfants et adolescents.

La thérapie narrative a été développée par deux psychologues australiens, Michael White et David Epston. Elle se déroule selon 3 principes:

  • décrire le problème (je manque de confiance en moi, je n’arrive plus à communiquer avec mes parents) (son scénario dominant);
  • je cherche des perspectives alternatives à travers la déconstruction des récits actuels;
  • le thérapeute aide le patient à créer des récits plus utiles et plus satisfaisants: par exemple écrire une lettre à ses parents, lister toutes ses qualités et ses points forts, écrire des petits défis...

Cette approche permet notamment de mettre le problème à l’extérieur de soi: sur le papier . Cela a une valeur symbolique forte, et cela permet de se réapproprier sa vie.

Il y a aussi l’idée très forte de respecter toutes les personnalités: les plus extraverties, comme les plus timides. On n’a pas tous en nous la capacité d’ exprimer ce que nous ressentons.

En les couchant sur le papier, l’enfant parvient à continuer à les exprimer, comme il le faisait si naturellement quand il était petit

En pratique

Je reçois A., 9 ans, qui a des problèmes avec sa sœur. Elle ne souhaite pas me confier par oral ce qui la tracasse. Je lui demande si elle peut me l’écrire sur un papier: elle s’exécute aussitôt et me donne son papier.

J, 5 ans, est une petite fille extrêmement réservée, et peu expansive. On pourrait la penser froide et distante. Or, lorsqu’elle donne son carton d’anniversaire à Marie, il est noté dessus: “Je t’aime”. Nous pouvons alors être tout de suite rassurés quant à la capacité de J. à éprouver des émotions fortes.

V. 16 ans, me dit qu’elle ne se projette dans une histoire, car elle ne mérite pas d’être aimée, elle ne se trouve pas belle, et pas digne d’intérêt. Je lui demande alors d’écrire sur papier toutes ses qualités. Elle en écrit 4. C’est beaucoup pour quelqu’un qui n’a pas confiance en elle. Je la félicite.

A, 14 ans est en conflit avec son père, elle a beaucoup de colère en elle qu’elle n’arrive pas à exprimer. Je lui suggère d’écrire une lettre à son père, qu’elle décidera de lui donner quand elle le sentira.

P., 10 ans, a perdu sa grand-mère récemment et elle en souffre énormément. Elle lui manque beaucoup. Elle est assommée par le poids de son absence. Je propose à P. d’écrire à sa grand-mère tous les jours, de lui raconter ses journées, ses plaisirs, ses déceptions, comme elle le faisait avant quand elle l’appelait au téléphone. Ainsi, P. peut retrouver le lien symbolique qu’elle avait avec sa grand-mère et qui lui manque tant. Si nous ne pouvons revivre le lien charnel, le lien symbolique lui est éternel, et l’écriture nous aide à le ressusciter.

E, 9 ans est l’aînée d’une fratrie, et c’est compliqué en ce moment avec ses parents. Il y a beaucoup de rébellion et de crises. Nous décidons d’un commun accord avec E d’écrire un petit mot à ses parents qu’elle leur déposera le soir sur leur oreiller, afin de leur expliquer l’objet de sa frustration, le fait qu’elle trouve qu’elle manque d’attention par rapport à ses frère et sœur, mais qu’elle ne sait pas comment l’exprimer autrement que par la colère. De plus, E est très fière et l’écrit l’aide à exprimer ses besoins plus facilement.

Libération par l’écriture

Avec les enfants, nous décidons également d’écrire sur plusieurs thèmes: nos rêves et nos objectifs (pour marquer leur enthousiasme et améliorer leur motivation), la liste de leurs points forts et de leurs qualités (pour renforcer leur confiance en eux), une lettre à une personne de leur choix (pour apprendre à exprimer ses émotions) et enfin un exercice de fiction pour développer leur imaginaire, et les aider à se projeter: un enfant qui se projette est un enfant qui va bien, qui s’épanouit, qui cherche à avancer et se construire dans le futur.

À partir de l’âge de 7- 8 ans, les enfants quittent l’insouciance et peuvent freiner l’expression de leurs émotions. En s’intégrant de plus en plus dans le social (avec l’imitation de ses pairs notamment), il se heurte à 2 dangers: se comparer aux autres et avoir une image de lui-même fragilisée et inhiber des émotions qu’il jugera trop personnelles.

En les couchant sur le papier, l’enfant parvient à continuer à les exprimer, comme il le faisait si naturellement quand il était petit, tout en préservant son intimité et sa pudeur dues à son développement.

Pour les périodes de préadolescence et d’adolescence, la comparaison avec les autres est très forte et le manque de confiance en soi rarement évitable. Apparaît également le sentiment de honte, dû à la pression sociale, et à la pression scolaire.

Écrire sur ses doutes et ses angoisses à cet âge-là est vital et libérateur. Il peut également dénouer des conflits probants avec ses parents.

Pour aller plus loin:

Vous pouvez contacter Solveig par mail , via son site web Peace And Family ou son compte Instagram .

À voir également sur Le HuffPost: Pour mieux gérer vos émotions, utilisez l’écriture

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    La santé mentale des Français est revenue à son niveau pré-Covid

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Wednesday, 22 June - 06:54 · 2 minutes

“Cette apparente stabilité masque cependant une certaine aggravation de la situation, avec une progression des syndromes majeurs masquée par un recul des syndromes mineurs”, précise la Drees “Cette apparente stabilité masque cependant une certaine aggravation de la situation, avec une progression des syndromes majeurs masquée par un recul des syndromes mineurs”, précise la Drees

SANTE - Pas de nouvelle vague du côté de la santé mentale ? Après une dégradation au gré des vagues et des confinements, une enquête de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) révèle que la santé mentale des Français avait retrouvé à l’été 2021 son niveau d’avant la crise sanitaire du Covid-19, exception faite des jeunes et des personnes souffrant de syndromes dépressifs les plus sévères.

En juillet 2021, les syndromes dépressifs mineurs et majeurs concernaient 11% de la population âgée de 16 ans ou plus (12% des femmes et 9% des hommes), un taux “revenu au niveau de 2019”, avant la crise sanitaire qui a démarré début 2020, indique l’enquête publiée le 22 juin 2022.

“Cette apparente stabilité masque cependant une certaine aggravation de la situation, avec une progression des syndromes majeurs masquée par un recul des syndromes mineurs”, précise la Drees, le service des statistiques des ministères sanitaires et sociaux.

Une stabilité, seulement apparente

Les personnes souffrant de syndromes dépressifs majeurs, les plus sévères, étaient en effet toujours plus nombreuses qu’en 2019, avec 6% des femmes et 4% des hommes concernés. Et 10% pour les femmes de 16 à 24 ans.

Toute cette classe d’âge (hommes et femmes confondus), qui reste la plus exposée, n’a pas retrouvé les niveaux de 2019, même si les taux de syndromes dépressifs mineurs et majeurs marquaient à l’été 2021 “un recul”.

Si l’on prend également en compte les syndromes anxieux (en plus des symptômes dépressifs), le taux de personnes concernées monte à 16 % de la population (12 % des hommes et 19 % des femmes). Et “plus d’un quart des femmes âgées de 16 à 24 ans sont concernées par l’un ou l’autre de ces syndromes”, ajoutent les auteurs de cette troisième étude, réalisée à partir de la cohorte Épidémiologie et conditions de vie (EpiCov).

Inégalités sociales

Selon l’enquête, qui porte sur 85.000 personnes interrogées du 24 juin au 6 août 2021, les critères sociaux sont déterminants. “La plupart des indicateurs explorés dans l’enquête, comme les pensées suicidaires, le recours aux soins ou encore la présence d’un diagnostic psychiatrique sont marqués par de fortes inégalités sociales”, est-il résumé.

“C’est en effet parmi les personnes dont le ménage appartient aux 20% les plus modestes que les taux d’indicateurs dégradés sont les plus élevés”.

À voir également sur Le HuffPost : Atteint de la maladie de Charcot, William se filme pour “laisser une trace”

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    Essayer d’être plus heureux ne fonctionne pas. Ce qui suit, si

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Monday, 20 June - 16:34 · 6 minutes

BONHEUR - Au début de cette nouvelle année, mon mari et moi avons réfléchi à ce que nous espérions pour nos deux enfants, actuellement et quand ils seront grands. Nous sommes rapidement tombés d’accord sur le fait que nous voulions simplement les voir heureux , quels que soient leurs choix de vie. Ça nous a fait du bien de le formuler, et c’est vrai. J’adorerais que mes enfants aient une vie longue et heureuse.

Le hic, c’est que le bonheur n’est pas un bon objectif.

Cet article, publié sur le HuffPost américain , a été traduit par Catherine Biros pour Fast ForWord et publié initialement sur le HuffPost en 2021. Nous le republions aujourd’hui.

Les humains, dans leur grande majorité, n’évoluent pas dans un état de béatitude perpétuelle (voire semi-régulière), parce que la vie est dure et parce que notre cerveau a tendance à ne retenir que le négatif. De même, la plupart des choses dont nous pensons qu’elles vont nous rendre heureux s’avèrent décevantes.

Voici d’autres raisons pour lesquelles tenter d’être heureux ne fonctionne pas si bien, mais aussi ce qui pourrait marcher, selon la science .

Le bonheur ne dure pas

Le bonheur ne peut être un objectif à long terme parce qu’il s’agit d’une “émotion fluctuante”, comme l’explique Itai Ivtzan dans un article pour Psychology Today . C’est particulièrement vrai du bonheur hédoniste, qui consiste à booster le plaisir et minimiser la souffrance.

Poursuivre résolument cette émotion fugace peut réellement s’avérer contre-productif, soutient Sonja Lyubomirsky, professeure et vice-présidente de la chaire de psychologie à l’université de Californie Riverside et autrice de The How of Happiness .

Elle se réfère à des études selon lesquelles les gens qui surévaluent le bonheur, ceux qui proclament qu’à tout moment de leur vie, leur bonheur est un indicateur de la valeur de cette dernière, ont tendance à être ou devenir moins heureux au fil du temps. “Si vous êtes trop préoccupé par votre bonheur, vous allez passer plus de temps qu’il n’en faut à surveiller vos émotions, (…) à vous demander si vous êtes vraiment heureux”, explique-t-elle, ajoutant que le sentiment d’échec vous guette si vous n’obtenez pas le degré de joie escompté.

Autre point essentiel: être heureux tout le temps est une idée absurde. “Le but n’est pas d’être heureux 24h/24”, déclare Richard Davidson, fondateur et directeur du Center for Healthy Minds de l’université du Wisconsin-Madison. On ne songerait pas à être heureux face à la perte d’un être cher, ou à d’autres traumatismes et défis tels qu’une pandémie mondiale.

Le “bien-être” est une bien meilleure finalité

Compte tenu de tout cela, “notre équipe privilégie le bien-être au bonheur”. Et s’il n’est pas normal d’être heureux face à la peine ou au traumatisme, on peut néanmoins maintenir un niveau élevé de bien-être quand on est triste, estime-t-il. Le chagrin et la souffrance font partie de la vie. En outre, le bien-être est un objectif à long terme “raisonnable” et susceptible d’être atteint, souligne-t-il. Ses collègues du Center for Healthy Minds ont récemment publié une enquête qui, selon eux, explique comment accéder au bien-être à l’aide d’habitudes quotidiennes concrètes et d’une application d’accompagnement gratuite.

L’argent aide, mais jusqu’à un certain point seulement

La pauvreté , avec ses répercussions évidentes sur la santé mentale, s’inscrit dans un véritable cercle vicieux. En pesant sur le moral comme sur le physique, les angoisses financières augmentent le risque d’exposition à un traumatisme et d’aggravation de la situation économique.

De nombreuses études montrent toutefois qu’il existe un point au-delà duquel l’argent n’a plus beaucoup d’effet.

À titre d’exemple, une étude de 2018 a montré que des Nord-Américains gagnant 105.000$ par an étaient très contents de leur vie. Au-dessus de ce chiffre, le bonheur déclinait (ces sommes sont évidemment bien supérieures au revenu moyen aux États-Unis.) D’autres études laissent entendre que le bien-être émotionnel croît avec la hausse des revenus, jusqu’à 75.000$ par an environ.

Alors pourquoi plus d’argent n’équivaut-il pas à plus de bonheur? D’abord, les gens s’habituent à ce que l’argent peut leur procurer (encore une fois, le bonheur hédoniste est éphémère). Ensuite, plus ils gagnent d’argent, plus la somme dont ils disent avoir besoin augmente. Or nous avons tendance à fonder notre sentiment de bien-être sur ce que nous gagnons par rapport aux personnes de notre entourage (le revenu relatif) plutôt que par rapport à l’ensemble de la population.

Envie de booster votre bien-être? La pleine conscience est fondamentale

Dans une étude récente expliquant comment accéder au bien-être, Richard Davidson et ses collègues ont identifié quatre piliers, dont l’un est la pleine conscience. Il la décrit comme la capacité à “être dans le moment présent” et à “savoir ce que fait notre esprit”.

De nombreuses études ont d’ailleurs établi un lien entre pleine conscience et bien-être. Mais Richard Davidson et ses collègues insistent sur le fait qu’il n’est pas nécessaire de pratiquer la méditation assise. Ils encouragent plutôt les gens à s’habituer à fermer les yeux et prendre chaque jour dix inspirations profondes, ou se concentrer sur leurs sensations pendant qu’ils effectuent des tâches banales.

“Ces pratiques vont s’intégrer à vos activités quotidiennes”, nous dit-il. “Vous les effectuerez en faisant la lessive, le ménage, une promenade, ou vos allers-retours au travail. Vous n’avez pas à y consacrer une minute supplémentaire de votre temps.”

Fixez-vous un but dans la vie

Les scientifiques ont démontré que le fait de vivre et travailler en ayant un but apporte toutes sortes d’avantages sur le plan physique et émotionnel. Une étude de 2019 a même révélé que cela se traduisait par une espérance de vie plus longue. On ne sait pas encore pourquoi exactement, mais il semblerait que les gens vivant avec le sentiment d’avoir un but subissent moins de phénomènes inflammatoires.

Les spécialistes sont convaincus que la poursuite d’un but est vraiment ce qui nous distingue des autres espèces animales. “Les humains ressemblent à beaucoup d’autres créatures dans leur quête du bonheur”, souligne une étude de 2013. “Mais la quête de sens est un élément clé de ce qui fait de nous des humains.”

Ce qui compte, c’est de comprendre nos valeurs fondamentales, de se tenir au cap que l’on s’est fixé, soutient Richard Davidson.

Il est également essentiel de trouver des façons de lier les parties prosaïques de notre vie quotidienne à ces valeurs fondamentales.

Vous allez par exemple avoir le sentiment que ce qui vous nourrit, c’est la connexion avec votre famille, dit-il. Alors, prenez conscience du fait que les activités liées à votre foyer, comme la vaisselle, le ménage, le travail que vous effectuez pour gagner de quoi contribuer à la stabilité financière de la famille, sont vraiment au service de cela.

“Même les tâches les plus banales peuvent être profondément imprégnées de ce sentiment.”

Là encore, ce que vous pensez de cet effort, et de tous les efforts visant à améliorer votre bien-être, compte.

“Concentrez-vous sur les pratiques positives que sont, entre autres, la gratitude, la générosité et, l’exercice physique, sans trop chercher à vous en servir pour être plus heureux”, conclut Sonja Lyubomirsky.

Cet article, publié sur le HuffPost américain , a été traduit par Catherine Biros pour Fast ForWord et publié initialement sur le HuffPost en 2021. Nous le republions aujourd’hui.

À voir également dans Le HuffPost : Comment être heureux au travail?

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    Diagnostics HPI: Cette psy estime qu'il existe un "business des diagnostics"

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Thursday, 16 June - 16:30 · 8 minutes

"On va diagnostiquer des enfants qui n’ont pas à l’être en leur disant “comme tu es comme ci, tu ne vas jamais pouvoir faire ça ou ça va être compliqué pour toi.” Et donc on crée des prophéties auto-validantes", alerte Emmanuelle Piquet.

ENFANTS - Enfants surdoués, précoces, zèbres, ou ”à haut potentiel intellectuel” (HPI)... Les termes évoluent, mais tendent tous à poser un diagnostic sur des enfants ou adultes aux capacités intellectuelles particulièrement développées . Selon l’OMS, 2,3% des enfants de 6 à 16 ans qui sont scolarisés sont intellectuellement précoces. Cela représenterait 200.000 enfants en France.

Le dernier épisode de la saison 2 de la série “HPI” , série policière qui cartonne sur TF1, est diffusé ce jeudi 16 juin à 21h10. Audrey Fleurot y joue le rôle d’une maman à “haut potentiel intellectuel” et cette seconde série d’épisodes a déjà convaincu en moyenne 9,87 millions de téléspectateurs.

En attendant la saison 3, Emmanuelle Piquet , psychopraticienne, nous livre son regard sur les revers de ce qu’elle estime être parfois un “business des diagnostics”. Dans Nos enfants sous microscope: TDAH, haut potentiel, multi-dys & Cie: comment stopper l’épidémie de diagnostics ” ouvrage co-écrit avec Alessandro Elia et publié en 2021 aux éditions Payot, elle s’inquiète du catalogage de plus en plus systématique des enfants atypiques.

LH: constatez-vous une augmentation des consultations pour déceler la précocité?

EP: Si l’on s’en tient à la définition de départ de “HPI”, qui est un enfant au quotient intellectuel élevé (QI), il n’y en a pas beaucoup plus. Mais si l’on remplace la mesure du QI par des critères qui, selon les études sur ce sujet n’ont pas grand-chose à voir avec la précocité, comme le besoin de justice et l’hypersensibilité, alors il y a clairement beaucoup plus de diagnostics. C’est logique, les enfants concernés sont plus nombreux!

Comment l’expliquez-vous?

C’est une réponse très sécurisante de mettre des gens dans des cases et de dire: c’est parce que l’enfant est comme ça à l’intérieur de lui que ça dysfonctionne. Ça explique, ça donne du sens et c’est très soulageant parce que l’enfant se dit: “on va arrêter de dire que je suis arrogant, ou feignant, c’est parce que j’ai cette défaillance-là”. C’est très déculpabilisant pour le monde adulte, qui se dit qu’il n’y est pour rien, c’est parce qu’il est comme ça. Donc c’est une réponse extrêmement “pratique” de ce point de vue là.

La médecine psychiatrique et notamment pédopsychiatrique a voulu s’inspirer de la médecine générale, en disant: on a un symptôme, on a un marqueur biologique et donc on a un traitement. Par exemple, pour les HPI, le marqueur principal est le calcul du quotient intellectuel (QI).

Si le QI fait partie des moins générateurs de scepticisme, la plupart des marqueurs ne font pas l’unanimité en pédopsychiatrie. Donc c’est facile d’en trouver et de poser un diagnostic. Ces dix dernières années, lorsque le QI n’était pas forcément très élevé -qualifié d’“hétérogène”- on a par exemple déplacé la focale sur l’hypersensibilité de l’enfant .

On peut parler d’un “business des diagnostics”, quand on voit les prix pratiqués: 98 euros pour la première consultation, 410 pour le test de QI, 98 pour le compte-rendu, 88 pour une consultation de guidance familiale...

C’est une réponse très sécurisante de mettre des gens dans des cases et de dire: c’est parce que l’enfant est comme ça à l’intérieur de lui que ça dysfonctionne." Emmanuelle Piquet, psychopraticienne

Dans votre ouvrage, vous parlez même d’une ”épidémie de diagnostics”. En quoi est-ce problématique selon vous?

On va diagnostiquer des enfants qui n’ont pas à l’être en leur disant “comme tu es comme ci, tu ne vas jamais pouvoir faire ça” ou ”ça va être compliqué pour toi.” Et donc on crée des prophéties auto-validantes.

À partir du moment où l’on dit qu’un enfant est HPI, on va en déduire qu’il est hypersensible et on va commencer à regarder tout ce qui ne va pas chez lui, dans ses relations avec les autres. On va le scruter, ce qui va générer beaucoup d’angoisses et il va être moins à l’aise avec les autres. Tout cela va conforter l’idée qu’en effet, son comportement est problématique.

Quand on regarde un gamin comme étant problématique ou troublé, il le devient. C’est logique. Si certains refusent de se conformer à ce qu’on projette sur eux, très souvent c’est l’inverse qui se produit.

Quelles sont les “prophéties auto-validantes” dont vous parlez, en ce qui concerne les enfants diagnostiqués HPI?

Les enfants HPI, par exemple -et c’est très implicite-, vont intégrer le fait qu’ils sont tellement intelligents que ça ne peut pas bien se passer avec les autres, qui sont jaloux. Et le problème, c’est que comme c’est valorisé, cela peut développer une forme d’arrogance chez certains enfants.

C’est aussi peu productif que de dire à une petite fille qui se fait embêter dans la cour que c’est parce qu’elle est “trop belle”. Ça n’aide pas. Et en plus, on n’est pas du tout dans le contexte de l’interaction. Ces enfants-là utilisent cette arrogance comme une armure, ce qui est profondément inefficace. On va devoir travailler avec eux pour qu’ils fassent autrement et qu’ils sortent de cette essentialisation.

Dans votre livre vous écrivez: “coller des étiquettes, c’est couper le contexte”. Qu’est-ce que ça signifie?

L’idée est de soigner plutôt les relations que les enfants. Il est beaucoup plus judicieux à mon sens de faire un diagnostic de contexte, donc des interactions que l’enfant entretient avec son écosystème ou avec lui-même. Et de lui proposer des solutions relationnelles plutôt qu’individuelles, en prenant en compte le contexte scolaire et familial.

Il faut changer notre regard et cesser par exemple de voir les débordements d’un enfant comme des symptômes d’hyperactivité, mais plutôt comme les signes d’une créativité bouillonnante. On peut regarder ce qu’il fait avec ces symptômes qui le font souffrir et voir ce qu’on peut faire autrement dans ce contexte et ces interactions-là, plutôt que d’aller tout de suite diagnostiquer son cerveau pour essayer d’y trouver des défaillances.

Et si cela n’aboutit pas à un apaisement de la souffrance, alors il sera toujours temps de faire un diagnostic cérébral ou psychiatrique. On ne jette pas tout par-dessus bord, mais on essaye de voir déjà les interactions et le contexte avant de chercher des défaillances chez l’enfant.

Nous sommes passés dans une autre sphère, où même les émotions sont pathologisées. Emmanuelle Piquet, psychopraticienne.

Est-ce aussi pour les parents une manière de bénéficier d’un accompagnement privilégié pour leur enfant?

Oui, bien sûr: s’il n’y a pas le diagnostic, il n’y a pas l’accompagnement qui va avec. Et on est dans un cercle vicieux, car autant à certains moments l’accompagnement est nécessaire et aide beaucoup, autant parfois cela provoque l’effet opposé.

Le fait d’avoir plein de spécialistes qui s’occupent de regarder comment un gamin a des défaillances ou pas, nous pensons avec Alessandro Elia que cela fait partie du problème et de la souffrance. Mais les parents sont très rassurés par cela.

Vous travaillez beaucoup auprès des enseignants. Vous font-ils part de leurs difficultés face à la multiplication de ces diagnostics?

Pour les profs, c’est terrible. À partir du moment où il y a cette sorte d’injonction à la différentiation, c’est comme s’ils se transformaient en garçons de café, qui vont de table en table, avec une boisson différente pour chacun.

Chaque enfant est considéré comme différent et chaque parent aussi, dans son attente, parce qu’il est inquiet, évidemment. Et donc ça devient ingérable. Ce n’est pas un enseignement à trente individualités. Il y a quelque chose de l’ordre du collectif que l’on est en train de perdre.

Vous écrivez aussi que “Les enfants turbulents étaient considérés comme des enfants ‘normaux’ il y a 40 ans et qu’aujourd’hui ils ont un ’trouble neurologique’.

Dans le dernier manuel DSM-5 (manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, NDLR ), on parle de “tristesse pathologique”, quand une personne continue à pleurer plus de deux fois par semaine au bout d’un an, après la disparition de quelqu’un. On voit bien que nous sommes passés dans une autre sphère, où même les émotions sont pathologisées.

Le virage pris d’une éducation parentale, de “Je te mate jusqu’à ce que tu sois adulte et après tu vas te démerder” -parce que c’était un peu ça l’idée-, à “Je t’écoute et je réponds à tes besoins”, c’était une bonne idée. Mais ça a donné des enfants beaucoup moins dociles. Et les enfants moins dociles, on ne sait pas faire. Une façon de les “soumettre”, c’est de les diagnostiquer et de leur donner des médicaments. En fait, on veut le beurre et l’argent du beurre.

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    Canicule: La chaleur joue sur votre santé mentale, voici pourquoi

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Tuesday, 14 June - 05:00 · 4 minutes

Pourquoi la canicule nous rend-elle si irritables? Pourquoi la canicule nous rend-elle si irritables?

PSYCHOLOGIE - La chaleur accablante a tendance à vous rendre irascible? Ce n’est pas surprenant. Météo France annonce une vague de chaleur et des températures autour des 30° sur la quasi-totalité du pays cette semaine, le mercure pouvant même frôler les 40° localement en fin de semaine.

Si ces températures estivales sont parfois synonymes de vacances idylliques, elles peuvent aussi s’avérer particulièrement néfastes pour notre santé mentale.

En 2013, une étude menée par l’université de Berkeley révélait déjà qu’une simple hausse de 1°C par rapport à la normale saisonnière suffisait pour que le nombre de violences personnelles - telles que des crimes, violences domestiques, meurtres, viols - augmente de 4%.

Causes physiologiques

Alors comment expliquer cet état d’ agressivité et d’impulsivité en période de fortes chaleurs? “Physiologiquement, quand il fait chaud, notre rythme cardiaque s’accélère, le pouls est plus fort, notre pression artérielle augmente, et notre niveau de cortisol (l’hormone du stress ) augmente donc on aura tendance à se sentir plus irritable, mais les réactions varient d’un individu à l’autre et il manque encore des études poussées sur la question”, rappelle Élodie Gratreau, doctorante en histoire et philosophie des techniques de soin en psychiatrie au sein du laboratoire Costech, contactée pour Le HuffPost .

Le manque d’oxygène accentue également ce sentiment d’irritabilité. En effet, lorsque certaines régions du cerveau commencent à manquer d’oxygène, notre corps envoie plus de sang que d’ordinaire dans le reste de notre corps pour le refroidir. Dans ce cas-là, nous finissons par agir de manière plus impulsive, sous le coup de l’émotion. D’ailleurs, l’un des premiers signes du coup de chaleur, est “l’agressivité inhabituelle”, rappelle l’INPES .

La chaleur exacerbe la fragilité mentale

Après deux ans de crise, la hausse des températures vient aussi exacerber la fragilité mentale des Français. “Dans un temps de confinement, d’incertitude civilisationnelle où l’on ne sait pas à quelle sauce on va être mangé d’un point de vue politique et sanitaire, évidemment que la canicule se vit autrement. Surtout lorsqu’on reste chez soi en télétravail, au bord du burn out”, assure Joseph Agostini , psychologue clinicien contacté par Le HuffPost.

Par ailleurs, ces fortes chaleurs ont davantage tendance à toucher les personnes fragilisées. “L’impact de la canicule touche particulièrement les personnes isolées , vieillissantes, du troisième ou quatrième âge qui se retrouvent dans une solitude et dans un mal-être physique. Il y a chez eux un sentiment de dépression et la peur de mourir qui se manifeste”, poursuit Joseph Agostini.

Outre les personnes âgées, les personnes sous traitements psychologiques peuvent également présenter plus de difficultés à supporter les fortes chaleurs. “Il y a de l’anxiété parce que le corps sent qu’il est en danger vital”, témoigne Élodie Gratreau, atteinte de trouble de la personnalité borderline. “Personnellement, lorsqu’il fait chaud, je peux souffrir de tachycardie après avoir pris des antidépresseurs et des neuroleptiques.”

Mais comme le rappelle Joseph Agostini, la chaleur a pour autre conséquence de creuser encore plus les écarts de mode de vie. “Entre les personnes qui disposent de la climatisation et les familles qui vivent à plusieurs dans les logements sociaux , les conséquences ne seront pas les mêmes.”

L’éco-anxiété

Il existe également le phénomène récent et encore mal connu de l’éco-anxiété. Il s’agit de personnes - la plupart des jeunes entre 18 et 24 ans - qui développent “une peur chronique d’un environnement condamné”, selon la définition de l’Association américaine de psychologie.

En d’autres termes, il s’agit d’une impression d’assister aux conséquences du réchauffement climatique sans pouvoir ne rien y faire. Chez les personnes qui en souffrent, cela entraîne souvent “une souffrance individuelle avec des troubles associés comme des phobies et des angoisses extrêmes”, a expliqué à la RTBF Véronique Lapaige, la psychiatre qui a conceptualisé cette notion d’éco-anxiété.

“Cette année, la canicule vient clairement brandir le spectre des catastrophes climatiques” remarque Joseph Agostini. “Entre les inondations, les catastrophes naturelles à répétition et les pandémies mondiales, la vision de la canicule de 2003 a changé, il n’y a plus de rareté à l’événement, aujourd’hui c’est récurrent”, souligne le psychologue.

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