close
  • chevron_right

    Allocution Macron: Le président est en campagne sans le dire

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Tuesday, 9 November - 21:06 · 5 minutes

L

POLITIQUE - Il ne manquait plus que: ”C’est pourquoi j’ai décidé d’être candidat à ma réélection”. Mais ce n’est évidemment pas venu, car le président de la République n’est pas près d’annoncer sa candidature.

Conserver son avance dans les sondages, mobiliser son électorat et convaincre ceux qui ne le sont pas, en revanche, il ne s’en est pas privé, ce mardi 9 novembre, lors de son allocution d’une demi-heure enregistrée à l’Élysée et diffusée à 20 heures. La neuvième depuis le début de la crise, la première depuis celle du 12 juillet qui actait l’extension du pass sanitaire.

À cinq mois de l’échéance suprême , Emmanuel Macron a fait le bilan de sa gestion de la crise et de son action à la présidence de la République, avant de se projeter vers l’avenir. Le ton n’y était pas, mais le fond aurait pu se trouver dans un meeting de campagne.

Un bilan brandi comme un trophée

Sur le modèle des dernières affiches des Jeunes avec Macron , le président a loué sa stratégie du “quoi qu’il en coûte”, en soutenant que cette dernière a ”é vité à un demi-million de compatriotes de basculer dans la pauvreté”, que les soignants ont été “augmentés de 200 à 400 euros” et que malgré les investissements, “le déficit public sera inférieur à 5% cette année”.

Forcé d’enterrer la réforme des retraites pour les prochains mois, qu’il avait opportunément conditionnée à la situation sanitaire qui “se dégrade partout en Europe”, le chef de l’État a acté qu’elle ne serait pas mise en œuvre avant la présidentielle. “Les c onditions ne sont pas réunies pour relancer ce chantier”, a-t-il assumé, pour préserver “la concorde” nationale et ne pas empêcher la reprise sur laquelle comptent “les organisations syndicales et professionnelles”.

Mais comme pour contrebalancer ce renoncement qui lui sera reproché à droite et alors que les Républicains en campagne pour leur congrès reprennent du poil de la bête dans un pays qui n’a jamais été aussi à droite, Emmanuel Macron a mis la barre de ce côté-là de l’échiquier, sans se cacher.

Ainsi la “valeur travail”, thème cher à Nicolas Sarkozy est omniprésent de la seconde partie de son discours, après l’évacuation de la situation sanitaire, de l’appel à la vigilance et à la vaccination et de nouvelles mesures comme le conditionnement du pass sanitaire à une dose de rappel pour les plus de 65 ans avant le 15 décembre.

Il faudra “travailler plus longtemps”

Il nous faudra “travailler plus longtemps”, a-t-il prévenu, reportant sans le dire aussi clairement la réforme des retraites à un éventuel quinquennat supplémentaire. Conscient des tensions qu’elle a suscitées, il réitère sa volonté qu’“aucune pension ne soit inférieure à mille euros” et tente de la revendre différemment. “La retraite ne doit être ni une contrainte, ni une angoisse, mais un choix plus libre”, a-t-il précisé en estimant par exemple que ceux qui souhaitent travailler au-delà de l’âge légal le pourront.

Pour les mois immédiats, il s’est concentré sur l’ “indispensable” réforme de l’assurance-chômage dont une partie vient d’entrer en vigueur et dont l’autre sera appliquée le 1er décembre. Il faudra désormais avoir travaillé six mois sur les deux dernières années, au lieu de quatre précédemment, “pour être indemnisé”, a-t-il rappelé, avant de marteler, sans plus de précision, que “ Pôle emploi passera en revue les offres sans réponse” et que “sans recherche active, les allocations seront suspendues”. Des dispositifs déjà existants, mais qui servent surtout au président pour se positionner sur la droite de l’échiquier sensible aux thèmes de l’“assistanat.

Manière aussi de mettre la pression sur les “trois millions de personnes au chômage”, alors que de nombreux secteurs “me disent peiner à recruter”, a-t-il déclaré, pour se montrer proche du terrain.

Il a des fourmis dans les jambes." Un cadre de la majorité, au "HuffPost".

Égrenant son bilan comme sur un tract, “les 15 milliards d’euros sur la formation déployés depuis 2017”, “les chiffres records de l’apprentissage” ou “le taux de chômage des jeunes au plus bas depuis quinze ans”, le président s’est placé en position d’écoute à la fin de son discours. “J’entends bien les doutes, l’incertitude, la colère quelquefois ou la fatigue quand je viens à votre rencontre. C’est une période difficile, angoissante pour beaucoup d’entre vous”, a-t-il dit en agitant la carte “empathie”, après avoir évoqué les prix à la pompe, sa volonté d’atteindre la neutralité carbone en 2050 et en annonçant la construction de six nouveaux réacteurs nucléaires .

“Mais regardez ce que nous avons réussi! En agissant ensemble, unis. L’impensable”, a-t-il lancé en conclusion, comme sur une estrade. “Je vous le dis avec beaucoup de convictions, n’ayons pas peur”, a-t-il poursuivi, paraphrasant le Pape Jean-Paul II face au communisme en 1978, cette fois à l’encontre des nationalismes. “Croyons en nous! Croyons-en la France!”, a-t-il imploré comme une réponse, sans le nommer à un Zemmour décliniste. “En une France forte de son esprit de résistance à la dilution dans un monde qui va, à la soumission, aux dogmes, aux obscurantismes, au retour du nationalisme”.

Il ne manquait plus que des drapeaux, une introduction de Marlène Schiappa et une Marseillaise la main sur le cœur, et on y était. “Il a des fourmis dans les jambes”, soufflait récemment un cadre de la majorité au HuffPost . On s’en est rendu compte ce soir.

À voir également sur Le HuffPost : Retrouvez l’intégralité du discours d’Emmanuel Macron

  • Co chevron_right

    La « réforme » des retraites ou le bilan d’un immense gâchis

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Saturday, 19 June - 03:30 · 10 minutes

retraites

P ar Thierry Benne.
Un article de l’ Iref-Europe

Une annonce aguichante : un euro de cotisation ouvre strictement le même droit à pension pour tous. Une réforme systémique qui impose la généralisation du calcul par points, un régime unifié à terme avec la fin des injustices comme celle des régimes spéciaux.

Bref, un beau coup de com’ même si, pour que la justice soit vraiment « juste », il aurait fallu aligner le calcul des droits à pension sur les seules cotisations salariales relativement homogènes tous secteurs confondus, alors que les cotisations patronales de natures intrinsèquement différentes sont rigoureusement incomparables entre le secteur public et le secteur privé.

L’abandon du chantier des retraites

Quatre ans après qu’en reste-t-il ? Plus de trois ans de discussions et de palabres stériles, trois ans d’annonces contradictoires, de volte-face, d’opacité brouillonne. Un Commissaire aux Retraites largement désavoué peu de temps après qu’il soit devenu Haut-Commissaire (la Roche Tarpéienne…) pour des raisons qui n’étaient pas toutes techniques. La succession bricolée dans l’urgence et dévolue ensuite à un nouveau Secrétaire d’État , dont le moins qu’on puisse dire est qu’il n’a pas illuminé l’institution. Des débats parlementaires mal engagés devant l’Assemblée nationale, où le parti dominant a largement abusé de sa majorité en concourant ainsi à l’échec de la Commission spéciale chargée de l’examen du projet, avant que le Premier ministre Édouard Philippe lui-même ne recoure en dernier ressort à l’article 49-3 de la Constitution pour mettre un point final à une première lecture devenue passablement chaotique.

Survient alors durant plus d’un an la pause obligée due à la brutale aggravation de la Covid. Soucieux cependant de mener à bien ce qu’il avait présenté comme la réforme-phare de son quinquennat, le président Emmanuel Macron vient d’annoncer tout de go au début de son tour de France qu’il fallait absolument relancer la réforme des retraites, mais qu’elle ne pourrait être reprise en l’état.

Des propos qui signent l’arrêt d’un projet mal né et qui sonnent comme un désaveu pour tous ceux qui de près ou de loin ont eu à y participer, entre autres :

– le président de la République en tête dont la maîtrise d’œuvre a été pour le moins chancelante ;

– son Premier ministre Édouard Philippe qui, avec la géniale trouvaille de l’âge-pivot , a su ajouter non pas la goutte, mais le verre plein d’eau qui ferait inévitablement déborder le vase ;

– le commissaire Jean-Paul Delevoye, dont on s’est aperçu qu’il avait certes beaucoup réuni, beaucoup conféré, beaucoup communiqué, mais qu’en réalité il n’avait en plus de deux ans rien négocié du tout ;

– et enfin le Secrétaire d’État Laurent Pietraszewski, dont l’ennui est demeuré tel en son poste qu’il s’est cru obligé de prendre la tête de liste de la République En Marche en vue de la prochaine élection régionale des Hauts-de-France.

Des erreurs à la pelle

En réalité, cette réforme avortée coche pratiquement toutes les cases d’une anthologie de ce qu’il ne fallait pas faire.

En commençant par le début, il ne suffit pas que trois ou quatre économistes de renom, fussent-ils proches du Président, griffonnent sommairement sur un coin de table l’esquisse d’une réforme des retraites qui privilégierait désormais l’approche par points, pour que d’un coup le projet prenne corps.

Il eût fallu d’abord débattre avec toutes les parties intéressées, syndicats de salariés et organisations patronales, mais aussi la collectivité des retraités et non pas seulement quelques associations bien en vue. Il eût fallu aussi entendre attentivement leurs revendications, les étudier posément, les discuter sereinement, puis enfin négocier pied à pied en s’assurant que l’avancée du projet ne perdait jamais de vue ni sa faisabilité, ni son équilibre financier.

C’est ainsi que tout au long de cette démarche, on aurait dû veiller à l’établissement originel et à l’actualisation régulière d’un plan-masse financier qui détaille toutes les recettes et toutes les dépenses actées, afin de pouvoir lors du cadrage final du projet présenter des chiffres convaincants, connus et acceptés de tous et qui garantissent l’équilibre global de la réforme, avec des prévisions sérieuses tant pour l’indispensable période de transition, qu’une fois atteint le régime de croisière.

L’échec en marche

Or, c’est seulement lors du dépôt du projet de loi sur le bureau de l’Assemblée nationale qu’on s’aperçut que – selon les dires mêmes du Conseil d’État – le projet était à ce point lacunaire que sa lecture ne permettait pas à la Haute Assemblée de se prononcer valablement sur la réforme. Dès le début des débats, l’opposition protesta que le projet naviguait quasiment sans véritable étude d’impact, pourtant obligatoire pour une réforme de cette importance.

Certes, l’exécutif piqué au vif poussa les feux pour bâcler rapidement un document-fleuve, mais son volume, comme son retard de communication excluaient à eux seuls tout travail législatif sérieux. Par ailleurs, l’interrogation cruciale sur l’équilibre global de la réforme n’était toujours pas levée. L’arrogance du parti majoritaire et l’intransigeance de la présidente de la Commission spéciale chargée de l’examen du projet firent le reste, en favorisant le foisonnement déraisonnable des amendements, de concert avec le déchainement des corporatismes, pour aboutir finalement au constat d’échec de ladite commission.

Rappelons quand même que tout ce beau monde avait trouvé parfaitement normal que le Conseil d’Administration de la future Caisse Nationale de Retraite Universelle ne comporte pas la moindre représentation collective et élue des retraités. Ce qui est quand même un comble d’exclure avec 18 millions de retraités, rien moins que le quart de la population française et l’intégralité des pensionnés-vieillesse, lorsqu’on revendique un double caractère national et universel pour cette institution.

Dès lors, il était clair que le projet avait perdu son cap et que désemparé, il ne se bornait plus qu’à errer à la corne de brume, avant que la progression foudroyante de la Covid ne lui procure opportunément ce répit qu’on appelle une trêve.

Un immense gâchis

De ce projet bâclé et peu glorieux, on peut regretter notamment :

– au-delà des milliers de tonnes de papier vainement imprimé, les dizaines – et probablement plus encore – de millions d’heures perdues de toute part, autant dans le secteur public que dans le secteur privé, à analyser et à débattre y compris au Parlement d’un projet inabouti, mal calé sur ses fondamentaux, à la logique fuyante et dont apparemment personne du côté du pouvoir n’avait eu la lucidité de pointer et encore moins de corriger les cruelles insuffisances et les nombreuses ambiguïtés ;

– la supercherie du Grand Débat National réduit en une simple collecte de données à dépouillement strictement statistique, sans tenir aucun compte de la teneur réelle des propositions des contributions les plus soigneusement rédigées, dont certaines présentaient pourtant un caractère pertinent ;

– la volonté systématique et en quelque sorte pathologique d’exclure les retraités de tous les endroits où ils pourraient être utiles et notamment quand leur expérience est irremplaçable (les actifs : que connaissent-ils exactement de la retraite ?). On notera que l’attention personnelle du président de la République a été à plusieurs reprises attirée par écrit sur cette ségrégation, sans qu’il ait jamais daigné porter à cette question le moindre intérêt ;

– l’enchaînement des grèves et des manifestations qui ont sans doute coûté fort cher au pays en pénalisant sévèrement et durant de longs mois l’activité nationale, l’ensemble des usagers et des entreprises étant une nouvelle fois pris en otages ;

– les incertitudes de la réforme, qui n’ont sans doute pas pesé pour rien dans l’obstination des Gilets jaunes ;

– la perte de confiance à l’étranger en la capacité de la France à se réformer et à ne serait-ce qu’amorcer un meilleur contrôle de ses dépenses publiques ;

– la dévalorisation de la procédure constitutionnelle de l’article 49-3, lorsqu’elle ouvre sur le vote de force de projets de loi, dont le retrait ultérieur par leurs auteurs confirme la médiocrité ou la parfaite inanité.

Visiblement, la stratégie gouvernementale a été plus qu’hésitante et tout au long de son parcours le projet a donné une impression de flottement, avec l’avènement final d’un immense gâchis dû tout autant à l’impréparation qu’à l’arrogance du pouvoir, comme à celles d’une majorité qui a fait semblant pendant trois ans de maîtriser parfaitement une réforme, qu’en réalité personne n’avait sérieusement ni préparée, examinée, ni planifiée.

Et la déception est d’autant plus grande que de nombreux électeurs avaient choisi le Président Macron précisément pour le côté rassurant de son expertise financière. On vient tout juste de s’apercevoir que l’excellence dans le domaine des fusions-acquisitions ne garantit nullement la réussite d’une réforme aussi ambitieuse et aussi complexe que celle des retraites.

Conclusion

Puisse ce grave échec instruire le pouvoir, qui se dit prêt à lancer la saison 2 de sa réforme dès avant la prochaine échéance présidentielle et notamment :

– l’engager à ne plus confondre les simples auditions des partenaires sociaux et des autres avec des discussions approfondies, ni ces discussions avec les négociations subséquentes qui doivent clore les échanges ;

– l’obliger à considérer la collectivité des retraités – et non pas seulement certains d’entre eux- comme ses interlocuteurs obligés en raison même de l’expérience qu’ils sont seuls à avoir et parce qu’un système de retraite sans retraités ne veut rien dire ;

– le conduire à admettre les amendements de bon sens, même lorsqu’ils ne viennent pas de sa majorité ;

– l’amener à se soucier dès le début et non pas simplement in fine des équilibres financiers en cause ;

– l’inciter enfin à construire patiemment une véritable étude d’impact pour éviter de fournir in extremis une somme indigeste destinée à saturer le lecteur et à décourager toute approche critique de sa part ;

– enfin, s’abstenir d’ajouter à la dernière minute une clause-surprise non négociée, telle que l’âge-pivot, qui questionne la cohérence du projet tout entier en déséquilibrant tout à la fois sa présentation et sa discussion.

Et enfin, alors que les équilibres financiers ont été mis à mal par la Covid, il faudra pour prévenir un second échec, qui serait cette fois dirimant, repenser entièrement toute la réforme et accorder aux débats toute la durée indispensable, en s’interdisant la trompeuse facilité d’un rafistolage bricolé d’urgence et sous la pression.

Il conviendra notamment de prendre le temps de projeter la réflexion nécessaire très au-delà de la prochaine échéance présidentielle, tout simplement parce qu’il s’agit cette fois, au-delà même des contraintes financières, de garantir aux retraités qu’ils seront désormais pleinement associés aux choix qui les concernent et que la dernière partie de leur vie se passera dans la dignité et en évitant la misère.

Sur le web

  • Co chevron_right

    Macron bat en retraites dans son tour de France

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Sunday, 13 June - 03:15 · 11 minutes

retraites

Par Jacques Garello.

Dans son tour de France Emmanuel Macron prend le pouls des Français. Il s’est aperçu que dans ses échanges avec le public, de nombreuses personnes s’inquiétaient pour leurs retraites. Pour calmer ces craintes le Président a une réponse qui lui semble suffisante : c’est une réforme qui est actuellement à l’étude par le gouvernement Castex, et en liaison avec les partenaires sociaux, mais il ne sera pas possible de la réaliser durant le premier mandat présidentiel, il faudra donc attendre 2022, lorsqu’il aura été reconduit à l’Élysée.

Je partage la prudence du Président actuel : la réforme des retraites n’a aucune chance d’aboutir de sitôt. Il faudrait en effet se libérer de toutes les fausses idées sur lesquelles ont été bâties les neuf lois dites de réforme votées à ce jour, et qui ont hypothéqué les vains essais de feue la Commission Delevoye .

Les fausses idées : le système de retraite par répartition doit absolument être conservé, grâce à des réformes paramétriques et il n’est pas question de recourir à la capitalisation, donc d’accepter une réforme systémique.

Retraites : rappel de l’essai Delevoye

Certes le projet Delevoye paraissait très audacieux : d’une part il devait aboutir à supprimer tous les régimes spéciaux , d’autre part il introduisait un calcul des pensions à partir de points accumulés par les assurés durant leur vie active.

La suppression des régimes spéciaux impliquait en particulier l’alignement des retraites du public sur celles du privé. Elle a immédiatement été rejetée par tous ceux qui avaient des privilèges – et elle le sera à nouveau. Elle supposait aussi la disparition des régimes privés autonomes, ceux des professions libérales en particulier , ce qui constituait et constituera une spoliation pure et simple pour ceux qui avaient fait preuve d’intelligence et de bonne gestion. Emmanuel Macron avait donc oublié que pour régner il faut diviser : son jacobinisme centralisateur voulait tout harmoniser.

Quant à la retraite par points elle avait l’avantage de laisser une certaine liberté des assurés dans la gestion de leur portefeuille de points, avec la possibilité d’abonder à son compte en achetant des points. Mais la valeur du point était suspendue à l’équilibre entre masse des cotisations et masse des pensions, de sorte qu’elle ne pourrait être connue qu’au moment du départ à la retraite. Les points peuvent alors devenir des haricots si l’on demeure dans un système de répartition.

Les retraites par répartition : actuellement explosives et injustes

Le fonds du problème est donc bien que tout système par répartition, en France comme ailleurs, est en soi explosif dans une population vieillissante. Comment l’équilibrer quand le nombre des actifs cotisants par rapport à celui des retraités pensionnés ne cesse de diminuer ? Le rapport qui était de 4,4 en 1960 n’a cessé de baisser pour être de 1,6 actuellement : dans quelques mois chaque jeune Français aura à son entière charge la pleine pension d’un autre Français retraité.

Sympathique, cette solidarité intergénérationnelle, mais bien involontaire et surtout bien ruineuse, car les jeunes sont actifs de plus en plus tard (un quart d’entre eux passe par le stade du chômage), et les vieux (comme moi) n’en finissent plus de vieillir…

Dans le système par répartition, celui qui cotise ne met pas de l’argent dans une caisse pour qu’il lui soit rendu avec intérêts lorsque l’âge de sa retraite sera atteint. Sa cotisation sert à payer les retraités du moment. L’argent des cotisations des actifs n’est pas plus tôt entré dans les caisses qu’il en ressort pour payer les pensions des retraités. Donc, les réformateurs ont mission de résoudre un problème de plomberie jadis posé aux écoliers en CM1 : comment maintenir le niveau de la baignoire en faisant en sorte que le débit du robinet (flux entrant des cotisations) soit au moins égal à celui de l’écoulement (flux sortant des pensions) ?

L’avantage de repousser l’âge de la retraite c’est d’agir sur les deux flux : davantage d’années de cotisations, et moins d’années de pensions. Mais, sauf révolution démographique ou croissance exceptionnelle des ressources des actifs, on en viendra tôt ou tard à la retraite à 80 ans, et à des pertes considérables pour les pensionnés : on leur donnera ce qui sera dans les caisses au moment requis. Dès maintenant le « taux de remplacement net » du régime général permet d’arriver péniblement en moyenne à 60 % (la pension représente à peu près deux tiers du dernier salaire perçu).

La perte en capital subie par un smicard dans le système actuel représente 250 000 euros (pour une durée de vie moyenne). Mais les Français le savent-ils ? Le smicard en question sait-il que son « assurance vieillesse » (qui n’a d’assurance que le nom) lui coûte annuellement deux mois de salaire net (2500 euros) ? A-t-il le sentiment qu’il en aura pour son argent ?

Ceux qui en ont les moyens ont investi dans la pierre ou ont souscrit des contrats d’assurance-vie qui les protègent contre la faillite de la Sécurité sociale, mais qui les amènent à payer deux fois leur retraite (au demeurant le législateur a eu depuis quelques années tendance à pénaliser ces opérations).

Mais le smicard et les ménages les plus modestes sont pris au piège et prendront ce qu’on voudra bien leur donner quand ils s’en iront à 65 ans ou plus. Voilà comment le système par répartition fait sa place à la justice sociale.

Cependant les défenseurs de la répartition font feu de tout bois. Je relève en particulier l’idée que la répartition serait une « conquête sociale » des forces syndicales (dixit Xavier Bertrand, jadis ministre du Travail) alors qu’elle a été créée non pas en 1945 (comme on l’apprend aux écoliers) mais par le régime de Vichy le 14 mars 1941 à l’initiative du ministre du Travail René Belin, ancien cégétiste.

Les mêmes défenseurs évoquent la survie du système par répartition dans la plupart des pays de l’OCDE et comparent notre âge légal actuel (62 ans) à celui de nos voisins européens. Mais ils oublient que ces voisins-là ont réduit le champ de la répartition pour ouvrir la porte à la capitalisation , système banni et honni en France.

Les vrais effets de la capitalisation

Dans un système de capitalisation, au lieu de confier les cotisations à un tiroir-caisse d’où l’argent s’évapore aussi vite qu’il y est entré, on les place dans un fonds de pension ou une compagnie d’assurance qui va les faire grossir. L’argent demeure dans le patrimoine de l’épargnant, il a un compte épargne retraite qui va bénéficier du « miracle de la capitalisation », qui n’est autre que la loi des intérêts composés. Un placement de 100 euros à un taux de 4 % a une valeur de 128 euros en cinq ans, la mise est doublée en 16 ans et triplée en 22 ans. Si l’on capitalisait la totalité des cotisations actuelles, le retraité percevrait en pension une fois et demi son dernier salaire.

Il est d’ailleurs prouvé qu’une large majorité de Français serait en faveur de comptes d’épargne retraite, instruments habituels de la capitalisation. Déjà à l’heure présente 16 millions de ménages français ont souscrit un contrat d’assurance vie, les fonctionnaires peuvent bénéficier de la Préfon , système par capitalisation, et de nombreux salariés ont des comptes dits d’épargne retraite PEE, PERP, PERC, PERE, PERCO.

On objecte qu’il y a eu des faillites célèbres et souvent frauduleuses dans le monde de la finance : Enron, Maxwell, Madoff ont fait perdre des milliards aux retraités. Cela n’a rien à voir avec la capitalisation, il s’agit d’un vol, d’un détournement de fonds, qui relève du droit pénal, et qui a été en général puni.

En réalité il n’y a pas de « miracle » de la capitalisation : c’est simplement que les sommes versées par les futurs retraités sont placées et investies dans des titres financiers et des entreprises sélectionnées pour leurs performances actuelles, mais plus encore pour les perspectives que leur ouvrent des innovations durables et une compétitivité avérée.

Les investissements réalisés par les gestionnaires des pensions capitalisées sont sources de produit marchand, de revenus et d’emplois. Il n’y a ni « distribution de faux droits » (Rueff) ni « mal-investissement » (Hayek), l’argent va où il doit être pour satisfaire au mieux les besoins repérés sur le marché à travers les signaux des prix et profits relatifs. Les faits sont là pour témoigner de la croissance induite par les investissements des fonds de pension.

Au Chili , pays pionnier dans l’abandon de la répartition et le choix de la capitalisation, la croissance économique (PIB marchand) a été supérieure à 10 % l’an. Une telle performance s’est retrouvée dans de nombreux pays ayant introduit la capitalisation, sous forme d’un système unique ou d’un pilier important (facultatif ou obligatoire) d’un système composite. C’est notamment le cas des Pays-Bas, de l’Australie, de la Nouvelle Zélande, d’Israël, de la Suède et de la Norvège, tous pays en tête du classement mondial des systèmes de retraite ; sur 20 pays la France est 20ème.

En réalité, à côté de ses performances financières chiffrées il faut comprendre que le passage à la capitalisation est un vrai choix de société. C’est ce qu’avait souligné Gary Becker, prix Nobel d’Économie, venu à Paris en 1996 tenir conférence à mon invitation et à celle de Gérard Maudrux, gestionnaire de la Caisse des Retraites des Médecins. Voici le choix de société lié à la capitalisation :

C’est un retour au travail, plus de gens seront actifs et le seront plus longtemps. C’est un retour à l’épargne alors que la répartition dilapide l’argent gagné et la richesse nationale. C’est un retour à la responsabilité personnelle ; la répartition contient tous les germes de la collectivisation et aboutit à faire disparaître toute idée de progrès personnel.

Alors, pourquoi retarder depuis des décennies la transition à la capitalisation, partielle ou totale ?

La transition technique et politique

Comment gérer la transition de la répartition à la capitalisation ? Je ne veux pas cacher les deux problèmes majeurs qui se posent. L’un est technique, l’autre politique.

Le problème technique est celui de l’importance et de la durée de la transition.

On ne peut pas opérer la transition par décret. Il n’est pas question de spolier les personnes aujourd’hui prisonnières de la répartition. Éponger tous les droits acquis en répartition par tous les Français (ce qui représente 4 fois le PIB) requiert une progressivité sur une longue période (que l’on peut concevoir, suivant les modalités, de 20 à 70 ans, c’est-à-dire une à trois générations).

Mais l’introduction d’une dose croissante de capitalisation, notamment par les choix offerts aux plus jeunes, permet d’honorer les dettes et de garantir des retraites sûres et avantageuses pour l’avenir. Les difficultés techniques ont été aplanies dans un grand nombre de pays, les réformateurs ne devraient pas faire l’impasse sur les expériences anglaises, suédoises, voire allemandes, ni les recherches qui se sont multipliées aux États-Unis à l’occasion de la réforme Obama.

Le vrai problème est politique : c’est la répulsion que provoque le mot de capitalisation dans l’esprit de la classe politique, tous partis confondus. La capitalisation, c’est la finance, c’est le capitalisme : pouah ! Allons-nous enfin être libérés de ces préjugés ? Un sondage réalisé par l’IFOP en 2010 montrait que 82 % des assurés étaient prêts à passer à « un compte d’épargne retraite par capitalisation ». Mais la classe politique et syndicale ne veut pas de la transition sous quelque forme que ce soit.

En conclusion, le mérite d’Emmanuel Macron est de reconnaître l’impossibilité de réformer à la veille d’élections présidentielles et législatives. Il a raison, dès maintenant, de faire des promesses d’après 2022, promesses qu’il ne pourrait tenir d’ailleurs. Il a raison de chercher ailleurs que chez les retraités la clientèle électorale dont il a besoin : il y a les jeunes, la culture, l’écologie, et tout récemment l’immigration. Pour la réforme systémique, il a eu l’intelligence de battre en retraite…

  • Jacques GARELLO et Georges LANE Futur des retraites et retraites du futur 3 tomes Le futur de la transition (2005)Les retraites de l’avenir (2006) La transition (2009= (Librairie de l’Université, éd. Aix en Provence)
  • Jacques GARELLO Comment sauver vos retraites (Libréchange, ed. Nice 2014)
  • Co chevron_right

    Retraites : Macron prendra-t-il vraiment le risque de réformer ?

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Friday, 12 February, 2021 - 04:30 · 15 minutes

retraites

Par Jacques Garello.

Nos gouvernants, et le président lui-même, ont laissé entendre que la réforme des retraites serait remise en chantier cette année. Je suis très sceptique car ce serait à mon sens prendre un risque électoral considérable. Emmanuel Macron serait-il décidé à jouer son deuxième mandat sur ce dossier politiquement explosif ?

Toute véritable réforme redistribue les acquis et les chances d’un grand nombre de personnes décidées à tout faire contre le changement. En janvier 2020 le gouvernement a prudemment mis fin aux travaux de la Commission Delevoye , qui n’avaient pourtant rien de révolutionnaires, puisque le système de la répartition régissant les retraites depuis 1941 1 n’était pas remis en cause.

Tout le monde politique et social était d’accord sur ce point : la réforme ne changera pas le système, elle l’adaptera ; elle ne sera pas « systémique », mais seulement « paramétrique ».

L’attachement à la répartition est historique et sentimental : elle est réputée plus juste et plus solidaire puisque les jeunes paient pour les vieux, les cotisations des actifs financent les pensions des retraités. Mais le système ne trouve pas son compte dans une population vieillissante ; il a fallu attendre le rapport Charpin (1999) pour découvrir une évidence : le système de répartition est mis en danger par le vieillissement de la population .

Le chiffre de la proportion d’actifs par rapport aux retraités était de 4 pour 1 il y a quarante ans, il est aujourd’hui autour de 1,5 pour 1 et sera à 1 pour 1 dans moins de dix ans. Une immigration massive avec regroupement familial et forte natalité est-elle la solution ? Le remède est parfois plus dangereux que le mal.

Delevoye : régime unique et retraite par points

Le mal c’est la stupidité de persévérer dans un système ruineux , qui ne présente aucun avantage pour les Français. Le projet Delevoye était mort-né puisqu’il ne se voulait que paramétrique comme les précédents 2 , et consistait à modifier le dispositif de la répartition : âge de la retraite, durée de cotisation, calcul de la base, indexation des pensions, pénibilité, etc.

Et très vite il s’est trouvé pris au piège de la retraite par répartition ; l’âge du départ en retraite . J’ai l’habitude de le présenter comme un problème de plomberie : si l’on veut stabiliser le niveau de l’eau dans la baignoire il y a deux possibilités : ouvrir davantage le robinet (augmenter les cotisations) ou freiner l’écoulement de la bonde (diminuer les pensions).

Le recul de l’âge de la retraite a le double mérite d’amener les assurés à cotiser plus longtemps, et à percevoir leurs droits plus tard. Voilà peut-être le miracle qui permet de compenser le raccourcissement de la vie active (commencée plus tard, et avec un quart des jeunes au chômage) et l’allongement de l’espérance de vie (une bonne chose tout de même).

Néanmoins le projet Delevoye se voulait innovant et poursuivait aussi deux objectifs majeurs originaux : régime unique et retraite par points.

Représentaient-ils un progrès ?

Le régime unique est une réforme jacobine , qui ignore totalement les choix personnels ou professionnels que chacun peut faire pour sa retraite. Certes la disparition de certains régimes spéciaux pouvait supprimer des privilèges tout à fait artificiels, qui bénéficiaient notamment aux salariés du secteur public , fonctionnaires ou personnel des entreprises publiques. Mais elle mettait fin aussi à des régimes mis en place par nombre de professions libérales qui avaient eu l’intelligence d’abandonner la répartition pour gérer leurs retraites à leur façon (les pharmaciens par exemple).

Par contraste la retraite par points pouvait rendre un certain degré de liberté aux assurés sociaux : les cotisations versées seraient désormais transformées en points, et il serait possible aux cotisants d’abonder un compte personnel en achetant des points. Cette disposition qui a séduit certains de nos amis 3 présente un vice fondamental : quelle sera la valeur du point le jour du départ en retraite ? Pour gérer sa pension il faut en avoir une idée même approximative 4 .

Pourquoi pas la capitalisation ?

Proposer une réforme à la fois impopulaire et incohérente, bloquée entre autres par le piège de l’âge de la retraite, ne pouvait aller bien loin – pas plus loin que les précédentes. Le déficit de la répartition continuera à s’aggraver et si la France est mal classée par les experts internationaux c’est que la viabilité du système est très faible : aucun avenir pour la répartition 5 .

Mais les Français en ont-ils conscience ? La plupart sont persuadés que l’argent versé à l’URSSAF est bloqué sur un compte qui leur rapporte et qu’ils retrouveront le jour heureux de leur retraite. Ils ne savent pas que cet argent a été immédiatement reversé aux retraités du moment.

Ils ne savent pas davantage que la part patronale payée à l’URSSAF est en réalité prélevée sur leur salaire, ils ignorent ce qu’est le salaire complet , qui est le vrai montant de la valeur qu’ils ont ajoutée par leur travail, valeur payée par l’acheteur du bien et service produit.

Le mythe du « meilleur système social du monde » est donc dans la plupart des esprits. Mais il faut aussi prendre en compte le poids de l’idéologie . Tout ce qui évoque le capital, le capitalisme, et a plus forte raison le capitalisme financier a mauvaise presse dans notre pays sans éducation économique et formaté à la lutte des classes. On a fait grand bruit autour de faillites célèbres et souvent frauduleuses : Enron, Maxwell, Madoff ont fait perdre des milliards aux retraités. Cela n’a rien à voir avec la capitalisation, c’est un vol, un détournement de fonds, qui relève du droit pénal, et qui a été en général puni.

La capitalisation est pourtant un calcul élémentaire, que j’ai appris jadis en classe de huitième (CM1 dirons-nous). Si je place 100 euros pendant 16 ans à un taux d’intérêt de 4 % je récupérerais environ le double de ce que j’ai placé. Cela s’appelle « la loi des intérêts composés 6 ». Mais où placer et qui fixe le taux d’intérêt ?

Où placer ? En général auprès d’un fonds de pension, d’un fonds de placement ou d’une compagnie d’assurance. Il est à noter que les Français qui le peuvent ont pris le chemin de la capitalisation en souscrivant des contrats d’assurance-vie. Ils seraient plus de 16 millions.

D’autres bénéficient de couvertures qui ne relèvent pas de la seule répartition : les fonctionnaires avec la Préfon , et ceux qui ont des comptes dits d’épargne retraite PEE, PERP, PERC, PERE, PERCO. Mais la grande majorité des ménages français n’a pas les moyens ou le droit de se prémunir contre la faillite de la répartition : ce sont les plus mal lotis, et bien sûr les plus dépourvus. Voilà comment le système par répartition répond au principe de « justice sociale ».

La vérité est qu’à la différence de presque tous les pays de l’OCDE, la France n’offre pas la possibilité de choisir une retraite par capitalisation. Je ne sais pas faire la part de l’ignorance ou de l’idéologie dans cette exception française.

La face cachée de la capitalisation

Je voudrais insister sur un aspect de la capitalisation qui est rarement évoqué, alors qu’il est à mon sens le plus important.

Qu’est-ce qui autorise fonds de pension, fonds de placement et assureurs à fixer des taux d’intérêt réels capables de valoriser les placements ? C’est simplement que les sommes versées par les futurs retraités sont placées, et investies dans des titres financiers et des entreprises. Les entreprises sont directement ou indirectement sélectionnées pour leurs performances actuelles, mais plus encore pour les perspectives que leur ouvrent des innovations durables et une compétitivité avérée.

Par comparaison la répartition est un pur gaspillage de l’argent. Les cotisations encaissées par l’URSSAF ou quelque autre collecteur sont immédiatement versées aux pensionnés. L’économie nationale n’aura pas vu la couleur de l’argent autrement que sous forme de dépenses de consommation. Évidemment les keynésiens pensent que seule la dépense crée la croissance, et pour eux peu importent son origine et son financement (y compris l’endettement) mais cette vue n’a jamais conduit qu’à la stagnation ou plus souvent à la récession.

Par contraste les investissements réalisés par les gestionnaires des pensions capitalisées sont sources de produit marchand, de revenus et d’emplois. Il n’y a ni « distribution de faux droits » (Rueff) ni « mal-investissement » (Hayek), l’argent va où il doit être pour satisfaire au mieux les besoins repérés sur le marché à travers les signaux des prix et profits relatifs.

C’est dire que le passage à la capitalisation est source de croissance rapide et des performances remarquables ont été réalisées dans nombre de pays ayant introduit la capitalisation, sous forme d’un système unique ou d’un pilier important (facultatif ou obligatoire) d’un système composite 7 . C’est notamment le cas des Pays-Bas , de l’ Australie , de la Nouvelle Zélande, d’Israël, de la Suède et de la Norvège, pays en tête du classement mondial des systèmes de retraite.

En réalité, à côté de ses performances financières chiffrées il faut comprendre que le passage à la capitalisation est un vrai choix de société. C’est ce qu’avait souligné Gary Becker , prix Nobel d’Économie, venu à Paris en 1996 tenir conférence à mon invitation et à celle de Gérard Maudrux , gestionnaire de la Caisse des Retraites des Médecins. Voici le choix de société lié à la capitalisation :

« C’est un retour au travail, plus de gens seront actifs et le seront plus longtemps. C’est un retour à l’épargne alors que la répartition dilapide l’argent gagné et la richesse nationale. C’est un retour à la responsabilité personnelle ; la répartition contient tous les germes de la collectivisation et aboutit à faire disparaître toute idée de progrès personnel 8 ».

Alors, pourquoi retarder depuis des décennies la transition à la capitalisation, partielle ou totale ?

La transition et ses embûches

C’est peut-être que la transition est délicate, car le défi majeur est de rassurer ceux qui sont actuellement assurés : ils ne perdront rien des droits qu’ils ont déjà acquis dans le système de répartition auquel ils ont été assujettis.

Comment relever le défi ?

José Pinera, économiste chilien formé à Harvard, n’eut pas de véritable difficulté pour gérer la transition de la répartition à la capitalisation dans son pays en 1980 9 : le niveau des pensions par répartition était ridicule, le nombre d’assurés était faible, et il pouvait honorer les droits acquis en utilisant le pactole de la privatisation des mines, des ports et autres bijoux de l’État chilien.

Malheureusement la France de 2021 n’est pas le Chili de 1980. Le niveau des retraites est élevé (proche de celui de tous nos voisins européens), les droits acquis dans le régime public par répartition représentent globalement la valeur de quatre années de PIB (environ 10 000 milliards d’euros), enfin la vente des bijoux de l’État n’excéderait guère 1000 milliards.

Je me suis risqué à aborder la gestion de la transition dans un de mes tomes 10 , et j’ai observé les deux méthodes pour honorer les droits acquis : celle de Pinera relevait de la chirurgie, celle de nombreux économistes de Chicago (principalement Sam Pelzman) relevait de la médecine douce. Chirurgie : impraticable dans le contexte français. Médecine douce : il est possible d’étaler sur une longue période le paiement des droits acquis en acceptant de grossir la dette sociale, mais pour quel montant et jusqu’à quand ?

Chez nous c’était la mission de la Caisse d’Amortissement de la Dette Sociale (CADES) mais elle n’a pu tenir le rythme imposé par les déficits sans cesse croissants. Avec 45 milliards d’euros de déficit en 2020 la dette sociale à rembourser se monte maintenant à 136 milliards et a été étalée jusqu’en 2033… ou plus tard. Il est d’ailleurs de bon ton actuellement de pronostiquer qu’aucune dette ni publique ni sociale ne sera remboursée.

Pour m’en tenir à une gestion plus rigoureuse mais réaliste j’ai retenu une idée de Pinera : la transition n’a pas la même urgence pour tous les âges de la population, et il faut scinder les assurés en trois classes : trop vieux, très jeunes, et entre les deux. Les retraités actuels et les personnes à moins de 15 ans de la retraite n’ont aucune chance de reconstituer leur capital retraite, ils doivent donc être pris en charge avec les cotisations des jeunes entrant en activité. À l’autre bout de la chaîne les jeunes ont pour obligation légale de cotiser pour les précédents, et à un taux supérieur pour compenser le déficit démographique.

Cet effort, à poursuivre sur 15 années, est légitimé pour deux raisons : d’une part ils ont le droit de posséder d’ores et déjà un compte en capitalisation, d’autre part ils paient une rançon pour être libérés de la répartition et bénéficier de la capitalisation une fois passées les années de « solidarité intergénérationnelle ».

Finalement leur retraite leur coûtera moins cher et sera à l’abri de toute faillite. Enfin la génération intermédiaire aura le choix : rester en répartition, avec les risques calculés et annoncés, ou passer en capitalisation puisqu’en quelque 25 ans ils ont le temps de reconstituer un capital retraite plus avantageux.

Cette solution a l’air bien compliquée et incertaine, mais elle repose sur l’idée du « cycle vital » jadis exprimée par William Baumol : il y a un âge pour dépenser et un âge pour épargner et investir, en fonction de la taille de la famille, de la croissance des revenus, du capital déjà constitué.

Sans doute un chiffrage plus précis doit-il être fait par des spécialistes du calcul actuariel, je n’en suis pas capable. Mais finalement tout revient à une simple hypothèse : les cotisations pour honorer la dette sociale diminuent avec l’âge, de sorte que des sommes d’épargne retraite sont libérées avec l’âge, permettant de capitaliser. Il faut évidemment insister sur le fait que la liberté retrouvée pour les Français les plus jeunes et la génération immédiatement précédente permet d’accéder à des pensions plus élevées et mieux assurées.

Il y a urgence : prenons le temps !

Toute réforme mérite d’être réfléchie si elle veut être réussie. Cette évidence n’a pas été respectée à ce jour, puisque la classe politique et la population n’ont jamais évoqué la seule solution qui s’impose : opérer un changement systémique . Il ne manquait pourtant pas de littérature scientifique et politique sur la question. L’intérêt de la réflexion repose cependant sur quelques préalables.

Le premier préalable est l’information sincère des Français. Les rapports du COR (Centre d’Orientation des Retraites) ou de la Cour des comptes ont pourtant alerté la nation, mais l’alerte n’a pas intéressé grand monde.

Le deuxième est la comparaison internationale : elle fait apparaître le retard de la France et détruit le mythe du « meilleur système du monde ».

Le troisième est de comprendre que ce sont bien les salariés, et pas leurs employeurs, qui sont spoliés par le niveau élevé des cotisations ; payer le salaire complet est une information déterminante.

Le quatrième est de dépolitiser la réforme, et de l’affranchir du calendrier électoral. C’est sans doute le préalable le plus impérieux dans un pays où tout est politique.

  1. Le système de retraite français a été créé non pas à la Libération (comme on le dit), il n’est pas le résultat de « conquêtes sociales et syndicales » , mais une innovation du régime de Vichy . En 1941, le ministre René Belin, ancien cégétiste, crée l’Allocation aux Vieux Travailleurs Salariés. Il est conservé en 1945 par Parodi et Laroque, inventeurs de la Sécurité sociale.
  2. Parmi les « grandes réformes » celles de Balladur 1993, Fillon 2003, Woerth 2010 et Touraine 2014.
  3. Jacques Bichot et Alain Madelin.
  4. Il est vrai que l’on a toujours le choix entre un système à cotisation définie et un système à prestation définie : dans un cas on sait ce qu’on paye, dans l’autre ce que l’on perçoit. Il y a aussi un choix important : la sortie en capital ou en annuités.
  5. Parmi les classements il y a celui de Mercer, proposé par l’Université de Melbourne. Dans la liste de 20 pays étudiés l’an dernier la France est à la vingtième place essentiellement parce que sa note de  viabilité est la plus basse de l’échantillon. Le niveau des pensions est au contraire à son avantage, mais cela prouve qu’on sert pour l’instant des retraites au-dessus des moyens de les financer… et cela ne saurait durer longtemps.
  6. Cf. Le deuxième tome de la trilogie sur Futur des retraites et retraites du futur, Librairie de l’Université, éd. Aix en Provence, 2009.
  7. On note en général quatre piliers dans un système de retraite composite : filet social public (répartition), complémentaires obligatoires (publiques ou privées), complémentaires facultatives, fonds de pension privés.
  8. Cf. la citation complète dans mon ouvrage
Comment sauver vos retraites , libréchange, ed. Nice 2014, p.113. Cf son article dans Le Journal des Libertés , printemps 2019, accessible sur le site journaldeslibertes.fr Futur des retraites et retraites du futur, tome III la Transition, op.cit. 2010 Librairie de l’Université, éd. Aix.
  • Co chevron_right

    Les banques centrales défient Einstein

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Thursday, 11 February, 2021 - 03:40 · 9 minutes

banques centrales

Par Simone Wapler.

Les banques centrales manipulent les taux d’intérêt à la baisse et, pire encore, les forcent en territoire négatif. Ce faisant, elles vont à l’encontre d’un grand principe qui a prévalu durant cinq millénaires : la capitalisation par les intérêts composés, instrument de développement de l’épargne et donc du développement économique.

Albert Einstein aurait conclu que « les intérêts composés sont la plus grande force de l’univers » après avoir étudié la Summa de arithmetica, geometria, de proportioni et de proportionalita du mathématicien Luca Pacioli . Ce document de 1494, écrit par un moine franciscain, est un traité de 600 pages qui rassemblait la somme des connaissances mathématiques de l’époque, mais aussi des éléments de comptabilité en partie double et une table des monnaies, poids et mesures italiens.

Cet ouvrage de vulgarisation donnait aussi de magistrales recettes financières telles que la règle de 72, une façon rapide de mesurer l’effet des intérêts composés :

« Si vous voulez savoir, pour un taux d’intérêt annuel fixé en pourcentage, dans combien d’années vous reviendra le double du capital initial, alors gardez à l’esprit le chiffre 72 et divisez-le par le taux d’intérêt, ce qui vous donne en combien d’années il sera doublé. Exemple : quand l’intérêt est de 6 pour 100 par an, j’affirme qu’en divisant 72 par 6, il vient 12 donc le capital sera doublé en 12 années. »

  • Douze ans de rémunération à 6 % suffisent pour doubler un capital.
  • Dix-huit ans de rémunération à 4 % suffisent pour doubler un capital.
  • L’éternité ne suffira pas à 0 %.

La capitalisation, un cercle vertueux

La boutade d’Einstein résumait la puissance de ce que nous appelions encore récemment la capitalisation.

Il s’agit d’ un cycle vertueux qui récompense l’épargne : celui qui renonce à une dépense immédiate, s’il met son argent à disposition de quelqu’un d’autre, est gratifié d’un taux d’intérêt lui permettant de retrouver par la suite plus que son capital initial. Durant sa durée d’indisponibilité, son épargne est utilisée par des entrepreneurs afin de développer une offre de produits ou services qui, sans ce financement, ne pourrait pas voir le jour aussi vite.

Il existe évidemment un risque, celui de la faillite de l’entrepreneur et donc de ne pas revoir son épargne. Le taux d’intérêt récompense donc à la fois le sacrifice que représente la durée d’indisponibilité et le risque pris.

En forçant les taux d’intérêt à la baisse, les banques centrales punissent les épargnants . Elles faussent aussi les deux plus importants indicateurs économiques qui sont :

  • L’abondance ou au contraire la rareté de l’épargne. Plus il y a d’épargne disponible, plus il y a d’argent à prêter, plus les taux d’intérêt vont baisser. Inversement, moins il y a d’épargne, plus les taux d’intérêt vont monter.
  • Le coût du risque pour une entreprise donnée. Par exemple, dans un environnement économique où le taux moyen à 10 ans est de 5 %, une entreprise qui se lance dans une aventure risquée empruntera à 10 % tandis qu’une entreprise solide dégageant de solides bénéfices empruntera à 3 %.

La plus grande force de l’univers au service des retraites

Si en France la retraite par répartition prévaut, dans la plupart des pays les systèmes de retraite s’appuient surtout sur la capitalisation . Lorsqu’elle existe, la répartition ne fait qu’assurer un minimum vieillesse, juste de quoi survivre.

C’est un choix rationnel car « À prestation égale, la capitalisation permet au futur retraité de cotiser moins qu’en répartition pure puisque les versements produiront des intérêts. » comme l’explique l’institut Molinari dans son étude publiée en partenariat avec Contrepoints .

Lorsqu’il arrête de travailler, le retraité consomme un capital qu’il a accumulé et qui s’est accru par l’effet des intérêts composés durant sa vie active. Le nombre important d’adhérents aux fonds de pension permet de diversifier les investissements et de lisser les risques.

Au contraire, dans un système de retraite par répartition comme en France, le retraité ponctionne les actifs. En pratique, la répartition dépend d’un « taux d’intérêt biologique » équivalent au taux de croissance de la population.

Un tel système de retraite par répartition est adapté aux pays dotés d’une population en croissance et/ou aux pays dont l’économie a été ruinée. Notons au passage que c’était le cas de la France après la Seconde Guerre mondiale. Cependant, dès que ceux dont l’épargne a été détruite ou ceux qui n’ont pas eu le temps de la constituer ont disparu, le système par capitalisation est évidemment préférable.

Car pour le cotisant, les performances d’un système de retraite par répartition sont toujours inférieures à celle d’un système de retraite par capitalisation, justement en raison de la magie des intérêts composés. Que les fonds de retraite par capitalisation soient privés ou publics ne changent rien à la donne. De surcroît, les pays pratiquant la retraite par capitalisation profitent d’une masse d’épargne qui vient irriguer les besoins d’investissement de l’économie, ce dont se privent les pays pratiquant le système par répartition.

La politique monétaire actuelle, conduite depuis plus de dix ans par la banque centrale européenne, tue les systèmes de retraite par capitalisation aussi sûrement qu’une démographie déclinante tue les systèmes de retraite par répartition.

La plus grande force de l’univers au service de la croissance économique

Du temps de la finance de grand-papa, les banques et les fonds d’investissement assuraient un service dit d’intermédiation de l’épargne. Ils agrégeaient de multiples petits dépôts d’épargnants qu’ils rémunéraient d’intérêts et prêtaient – à des taux d’intérêt supérieurs – à des investisseurs-entrepreneurs qui avaient besoin de beaucoup de capital.

La différence entre les taux servis par la banques aux épargnants et les taux demandés par la banque à ses emprunteurs s’appelait la marge de transformation. Elle permettait à la banque de mettre des bénéfices en réserves, ce qui venait augmenter ses fonds propres, nécessaires pour couvrir la casse si un emprunteur venait à défaillir.

L’épargnant profitait ainsi de la plus grande force de l’univers pour faire grossir son pécule. Il engrangeait sa récompense pour accepter l’immobilisation de son argent. Les banques mesuraient soigneusement leurs risques et engrangeait des bénéfices sur les risques pris. Les entrepreneurs trouvaient des financements.

Bien sûr, la finance de grand-papa n’était pas le pays des bisounours. Des entrepreneurs pouvaient entraîner des banques dans leur faillite. Des épargnants pouvaient voir une partie de leur pécule s’évaporer. Mais dans le pire des cas, c’était l’épargne déjà existante qui était détruite. C’est-à-dire une partie du passé.

Au temps de la finance de grand-papa, les gens parlaient de capacité d’épargne et non pas de capacité d’endettement.

Jusqu’à l’arrivée de la finance moderne, la plus grande force de l’univers était naturellement à l’œuvre. En dehors des périodes de guerre et de destruction, le développement économique s’appuyait sur cette force ainsi que sur la démographie.

La force destructrice des banques centrales

Le système monétaire et bancaire moderne n’est plus adossé à l’épargne mais à la dette et surtout à la dette publique garantie par un État au travers de sa capacité à lever l’impôt, autrement dit à prendre de force à ses administrés.

Dans la finance moderne, on ne parle plus de capacité d’épargne, on parle de capacité d’endettement. On ne dit plus que « les dépôts font les crédits » , on dit que « les crédits font les dépôts ».

Dans la finance moderne, les banques prêtent de l’argent qui n’existe pas encore. Les banques commerciales achètent ce privilège auprès d’une banque centrale en empruntant l’argent du futur au taux directeur arbitrairement fixé par cette dernière.

Que se passe-t-il si les banques ont trop prêté et que de nombreux emprunteurs ne peuvent rembourser parce que les bénéfices escomptés ne sont pas là ?

Selon les cas la banque centrale :

  • permet aux emprunteurs (banquiers ou grandes entreprises) d’emprunter encore moins cher et de rééchelonner leurs prêts,
  • rachète les créances pourries des banques,
  • paye les banques pour prêter l’argent qu’elle crée.

Quant aux États, ils empruntent toujours plus (l’argent du futur qui sera pris aux contribuables) et dépensent prétendument pour améliorer l’économie au gré des lubies des fonctionnaires et des politiques électoralistes. Les talents entrepreneuriaux de la bureaucratie et des politiciens étant toutefois modérés (pour ne pas dire nuls), l’argent du futur est abondamment gaspillé.

Que se passe-t-il de nos jours lorsque les États risquent de se trouver confrontés à une crise de leurs finances publiques ? La banque centrale achète leurs émissions de dettes pour masquer la déconfiture.

État, banque centrale et banques commerciales constituent la triade maléfique du capitalisme de connivence . Cet état de fait est parfois qualifié de néolibéralisme ou d’ultralibéralisme par ceux qui n’ont aucune culture économique et financière. Il n’y a rien de libéral au monopole étatique ou supra-étatique de la monnaie, de la création monétaire et au contrôle des taux d’intérêt.

La dernière innovation dans les cartons des banques centrales consiste désormais à éliminer les banques commerciales grâce à la « monnaie banque centrale digitale ». L’euro numérique devrait ainsi voir le jour dans cinq ans, selon les vœux de Christine Lagarde.

La création monétaire sera donc centralisée et bureaucratisée, distribuée en direct par la banque centrale, les banques commerciales devenant dès lors inutiles. Votre compte de dépôt sera entre les mains d’une banque centrale en état de monopole européen et au pouvoir discrétionnaire. Il s’agit d’une étape de plus dans la centralisation de ce qui n’est qu’une escroquerie.

Mais on ne défie pas impunément la plus grande force de l’univers. On ne défie pas non plus le principe de base de l’économie qui veut qu’on échange quelque chose contre autre chose et non pas contre du vent. Or, la monnaie ou le crédit créés à partir de rien ne sont que du vent.

Cette ultime escroquerie se terminera donc évidemment par une monstrueuse crise monétaire généralisée. Et si vous croyez que l’État vous en protégera , vous faites fausse route, il est au contraire complice.