close
  • Hu chevron_right

    Willy Schraen veut faire des chasseurs des "policiers de proximité"

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Sunday, 14 November - 08:44 · 7 minutes

Le patron des chasseurs français veut faire de ses troupes des

CHASSEURS - Un grand écart aux airs de “et en même temps”. Ce dimanche 14 novembre, Le Journal du Dimanche publie une longue interview d’une personnalité très médiatisée à l’approche de la présidentielle: le patron de la Fédération nationale des chasseurs Willy Schraen . Un homme qui déplore que les chasseurs et plus largement la ruralité soient trop souvent oubliés, mais qui juge aussi que les accidents de chasse font trop parler dans les médias.

À ce propos, le conseiller municipal de Bayenghem-lès-Éperlecques, près de Saint-Omer, compte d’ailleurs suggérer que dans le cas où un chasseur tuerait ou blesserait grièvement quelqu’un, il ne “soit plus possible pour lui de récupérer son permis de chasse”. Un geste visant à éteindre la polémique qui gronde alors que les “accidents” se multiplient ces dernières semaines, avec notamment la mort d’un automobiliste en Ille-et-Vilaine .

Mais au-delà de cette question de la dangerosité de la chasse, l’interview de Willy Schraen au JDD lui permet aussi d’évoquer une proposition qu’il compte faire aux maires de France, réunis du 16 au 18 novembre pour leur congrès annuel . Son idée est de rajouter un “maillon” régalien “au niveau des territoires” en faisant des chasseurs des “policiers de proximité” à même de “dresser des procès-verbaux et de constater des flagrants délits”. Cela pour lutter contre “une délinquance rurale et environnementale” en pleine augmentation, selon lui.

Une proposition qui part de ce constat: “On assiste dans les communes rurales à une disparition de la police de proximité concernant la surveillance des espaces agricoles et forestiers.” Au côté de la gendarmerie, et alors que le métier de garde champêtre est en voie de disparition, Willy Schraen aimerait ainsi fournir des agents pour lutter contre les “dépôts d’ordure illégaux, la divagation des animaux domestiques, les problèmes liés à la présence de véhicules motorisés dans la forêt à des endroits sensibles”.

D’autant, affirme-t-il, que les chasseurs disposent de “professionnels formés et assermentés” qui interviennent d’ores et déjà à la demande de certaines communes pour “réguler des espèces nuisibles”. “Ils pourraient, demain, sous le contrôle de l’Etat et des maires, avoir des missions plus larges”, poursuit le président de la FNC, qui souhait “donner un cadre légal” à l’intervention de ses troupes.

“Provocation ou poisson d’avril?”

Une suggestion qui a rapidement suscité l’indignation chez des personnalités écologistes. Les portes-parole de Yannick Jadot, Marine Tondelier et Matthieu Orphelin ont notamment déploré une prise d’initiative déplacée au vu du contexte actuel. ”À ce stade, c’est de la provocation. Ou un poisson d’avril?”, s’interroge notamment l’élue municipale d’Hénin-Beaumont et conseillère régionale des Hauts-de-France. “Peut-être faudrait-il commencer par arrêter de tuer des gens”, demande de son côté le journaliste Hugo Clément, particulièrement engagé dans la défense des animaux.

Des réactions anticipées par Willy Schraen dans les colonnes du JDD où il assure que de toute façon, “l’opinion publique est parfaitement dirigée par des gens antichasse et, dans le contexte actuel, la chasse incarne le camp du mal”.

Il n’en reste pas moins que sa proposition de faire des chasseurs des “policiers de proximité” a fait rire jaune de nombreux observateurs, en particulier chez les journalistes, qui ont multiplié les rapprochements entre les accidents liés à la chasse récemment déplorés et son idée d’en faire des dépositaires de l’ordre public.

Retour sur la régulation

Car le contexte médiatique, s’il lui donne une large place, n’est pas forcément favorable à Willy Schraen. Le 10 novembre, il s’est effectivement retrouvé au cœur d’une polémique après avoir déclaré dans une émission de RMC n’en avoir “rien à foutre de réguler” les espèces par la chasse, y trouvant bien davantage un loisir et une passion qu’un devoir citoyen.

Une sortie très commentée qu’il a en partie contredite dans son interview du jour. “Si demain la chasse était interdite, les animaux se multiplieraient, les risques de collision sur la route augmenteraient, et ça provoquerait la mort de centaines de personnes”, assure-t-il ainsi pour justifier la légitimité de son loisir et des chasseurs. Et d’assurer dans le même temps qu’ils ne sont “ni des fonctionnaires de la mort ni des machines à tuer”, et que s’ils servent “l’intérêt général en faisant de la régulation”, pour eux, la chasse est aussi “un moment de partage et de bonheur entre amis”.

Ainsi, Willy Schraen assure qu’il a “volontairement jeté ce pavé dans la mare” avec sa déclaration dans “Les grandes gueules”. Car pour lui, les chasseurs font “une erreur de fond” depuis des années en se présentant d’abord comme des régulateurs. “Nous sommes en même temps des chasseurs passionnés et des régulateurs vigilants. Il faut donc mettre en avant notre passion et l’assumer, même si ça crée une polémique.”

Surtout à une époque où, affirme-t-il, la chasse est uniquement montrée comme “quelque chose d’accidentogène” par conviction politique de ses détracteurs. “La chasse, c’est dangereux, on n’a jamais dit le contraire. Mais chaque accident est monté en épingle.”

Se disant aujourd’hui incapable de “s’asseoir à la même table” que ceux qui multiplient les insultes et les “menaces de mort” à son égard, et saluant le dialogue mené avec Emmanuel Macron depuis son arrivée à l’Élysée, Willy Schrae assure pourtant n’avoir aucune envie de se lancer lui-même en politique à la tête de son propre mouvement.

Ce qui ne l’empêche pas de prévenir: “Si les attaques continuent à être aussi violentes, c’est tout l’électorat rural qui va se sentir pousser des ailes et va se mobiliser contre les extrémistes de l’écologie radicale.” Et de conclure: “Un jour, il faudra créer un mouvement politique pour défendre les intérêts des 25% de Français qui vivent dans les communes rurales.” De quoi augurer d’une nouvelle passe d’armes politique en pro et anti-chasse, et de s’assurer encore un peu plus de la place de son loisir dans le paysage médiatique.

À voir également sur le HuffPost : Les chasseurs manifestent chez Jean Castex contre la politique du gouvernement

  • Hu chevron_right

    Vaccination obligatoire pour tous: les maires ruraux de France la réclament à Castex

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Thursday, 8 July, 2021 - 15:00 · 3 minutes

Michel Fournier, président de l

POLITIQUE - Il est maire de Les Voivres, dans les Vosges, une commune de 330 habitants. Michel Fournier, 71 ans est aussi à la tête de l’association des maires ruraux de France. Ce jeudi 8 juillet après-midi, il a rendez-vous en visioconférence avec Jean Castex qui consulte les représentants d’élus et présidents des groupes politiques , avant de prendre de nouvelles décisions sanitaires pour contrer le variant Delta .

Alors que l’ obligation vaccinale pour les soignants , déjà en place pour d’autres vaccins comme celui contre la tuberculose, semble faire consensus, le maire rural veut aller plus loin. “Le vaccin doit être obligatoire pour tous et toutes sans restriction”, estime Michel Fournier qui défendra cette position auprès du Premier ministre, après la lui avoir envoyée par courrier.

Il ne craint pas de “révoltes” dans le pays, mais pense au contraire que ceux qui auraient à subir de nouvelles restrictions en cas de nouvelle vague sont ceux qui auront le plus de revendications. Il déplore le fait que les élus “ne pensent souvent qu’aux prochaines élections” et demande au Premier ministre de “prendre une décision”.

Le HuffPost : Qu’allez-vous dire à Jean Castex qui vous consulte cet après-midi en visioconférence?

Michel Fournier : On va réitérer ce que nous avions dit par courrier. Lors d’une réunion de bureau des maires ruraux de France, nous avons acté, sans aucune difficulté, que pour nous le vaccin doit être obligatoire pour tous et toutes sans restriction, sans désignation d’une catégorie spécifique ou de personnel.

Pour quelles raisons?

On parle en ce moment de rendre la vaccination obligatoire aux services médicaux. Mais les Ehpad en font-ils partie? Et les pompiers? Et les enseignants plus tard? Pourquoi pas aussi le personnel des collectivités ou tous les services publics qui sont par définition au contact du public. Où est-ce qu’on s’arrête? On ne va pas bricoler pendant des années. Les masques et compagnie, on n’en peut plus!

On ne va pas bricoler pendant des années. Les masques et compagnie, on n’en peut plus!

Ne craignez-vous pas du désordre dans le pays, des révoltes de la part de celles et ceux qui y sont opposés?

Non, parce qu’il y a un moment dans la vie il faut savoir prendre des décisions. Ceux qui sont défavorables au vaccin et qui croient des choses invraisemblables dénoncent aussi le fait qu’il y ait un pass sanitaire. Et ce sont peut-être les mêmes qui vont dans des pays tropicaux en faisant les vaccins obligatoires...

On ne mesure pas encore toutes les conséquences sur l’économie des blocages que nous vivons depuis plus d’un an. Si on referme le pays, les hôteliers, les restaurateurs, les établissements de nuit aussi pourraient avoir des revendications!

Pensez-vous que Jean Castex va vous entendre?

Il nous entendra, mais il ne nous écoutera pas. Je connais bien Jean Castex, il est comme beaucoup de décideurs: sensible aux pressions des partis politiques ou des équilibres en cours. Faire de la politique c’est décider, ce n’est pas faire “mumuse” avec des petites phrases. Les élus ne pensent souvent qu’aux prochaines élections, malheureusement. Une décision, elle plaît ou elle ne plaît pas, mais au moins elle est claire.

À voir également sur Le HuffPost : Vaccin obligatoire pour tous? Élus de gauche comme de droite ont des arguments contre

  • Hu chevron_right

    Vanik Berberian, maire de Gargilesse-Dampierre et "défenseur de la ruralité", est mort

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Tuesday, 9 March, 2021 - 20:07 · 3 minutes

En novembre 2018, Vanik Berberian a été décoré de la Légion d

POLITIQUE - Vanik Berbérian, maire de la localité de Gargilesse-Dampierre (Indre) depuis 1989 et “inspirateur” de l’agenda rural et du grand débat pour sortir de la crise des “gilets jaunes”, est mort lundi 8 mars d’un cancer à 65 ans, a indiqué l’AMRF qu’il a présidée de 2008 à 2020 .

Le chef du gouvernement, Jean Castex, a loué un homme politique qui “aimait passionnément la France et ses territoires”, a-t-il rappelé. “Son combat pour la ruralité et pour ses habitants restera un exemple et un modèle d’engagement”, a-t-il ajouté.

“Les maires perdent un ami et une personnalité nationale et attachante. Ils se sentent ce soir orphelins”, a affirmé Michel Fournier, qui lui a succédé l’an dernier à la tête de l’Association des maires ruraux (AMRF). “Amoureux de nos campagnes qu’il a sillonnées avec un regard bienveillant et complice, il laisse une empreinte sur l’évolution positive de la ruralité grâce à sa force de conviction et le rôle déterminant qu’il a eu dans l’émergence d’un Agenda rural”, a-t-il ajouté.

Le président Emmanuel Macron, qui avait rencontré Vanik Berbérian à de nombreuses reprises et avait participé à un grand débat organisé dans sa commune, d’environ 300 habitants, lui avait remis en novembre 2019 les insignes de chevalier de la Légion d’honneur.

Un des instigateurs de “l’agenda rural”

Le maire a joué un rôle prépondérant dans la création de l’“agenda rural” présenté par l’ancien Premier ministre Édouard Philippe en septembre 2019, comprenant 173 mesures visant à “redonner des choix, de la liberté, des services aux habitants”.

François Baroin, le président (LR) de l’Association des maires de France (AMF), a également salué la mémoire d’un “acteur engagé et passionné au service des communes rurales”.

Pour le secrétaire d’État à la Ruralité, Joël Giraud,“la République perd un maire d’exception. Notre meilleur hommage sera de donner vie et corps à son message pour les territoires ruraux”, a-t-il souligné. “Yanik Berbérian, président enthousiaste des maires ruraux, s’en est allé après un long combat”, a réagi le leader centriste François Bayrou sur Twitter. “Je pense à lui, si engagé, si fidèle et malicieux, je pense aux siens, à ses compagnons. Avec gratitude”, a-t-il ajouté.

Pour sa part, le ministre des Relations avec le parlement Marc Fesneau a salué “ses combats déterminés pour une ruralité fière d’elle-même ou pour son deuxième pays, l’Arménie”, également sur Twitter. À l’Assemblée nationale, la députée Élodie Jacquier Laforge a salué à la tribune “l’inspirateur du Grand débat national et de l’agenda rural”, “un passionné, un défenseur d’une ruralité positive”.

Le député de l’Indre Nicolas Forissier a lui déploré la perte d’un “ardent défenseur de la ruralité, un Président des Maires ruraux de France infatigable et combatif. De ta mairie de Gargilesse à l’Elysee, tu portais la voix de nos territoires pour qu’ils soient entendus, compris et pris en compte. Ta voix continuera d’être portée”, a-t-il promis.

À voir également sur Le HuffPost: Ils nous ont quittés en 2021

https://upload.movim.eu/files/7b4a27eed4cd52381dd25ae94920402e838b41d3/syPDMTgVXErC/image.jpg
#Comminges : Mazères-sur-Salat : tous unis pour que vive l’école du village

https://www.ladepeche.fr/2021/03/05/tous-unis-pour-que-vive-lecole-du-village-9408957.php

Deuxième fermeture de classe en 4 ans… Stop à la dislocation de nos services publiques ! Demain, samedi 6 mars, manifestation contre la fermeture d’une classe de primaire à l’école de la commune.

#éducation #social #société #ruralité #politique #lutte #actu #actualité #capitalisme
  • chevron_right

    Contact publication

    CNT 31 · Thursday, 18 February, 2021 - 10:43

https://upload.movim.eu/files/7b4a27eed4cd52381dd25ae94920402e838b41d3/pFTVBCv56nG6/image.jpg #Comminges : L’Isle-en-Dodon. Une #manif pour garder le centre de tri postal

https://www.ladepeche.fr/2021/02/18/une-manif-pour-garder-le-centre-de-tri-postal-9380062.php

Samedi à partir de 9 heures, à l’appel du syndicat #CGT, une manifestation est prévue devant la poste pour s’opposer à la fermeture du centre de distribution d’Aurignac qui doit se traduire par le transfert des facteurs à Saint-Martory

#PTT #Poste #lutte #syndicalisme #ruralité #servicePublique #actu #actualité #manifestation #LutteDesClasses #HauteGaronne #Occitanie #social #société #politique #capitalisme
  • Hu chevron_right

    Les chasseurs manifestent chez Jean Castex contre la politique du gouvernement

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Saturday, 12 September, 2020 - 13:05 · 2 minutes

CHASSE - Plusieurs centaines de chasseurs ont pris le départ samedi matin d’une manifestation à Prades, la ville du Premier ministre Jean Castex, pour dénoncer notamment l’interdiction de la chasse à la glu et défendre une idée de la réalité, comme vous pouvez le voir dans la vidéo ci-dessus .

Répondant à l’appel de plusieurs associations notamment l’Association de défense des chasses traditionnelles à la grive ou du Mouvement de la ruralité, les manifestants ont symboliquement choisi de se réunir dans la Ville dont Jean Castex était maire jusqu’à son accession au poste de Premier ministre.

“Jean Castex n’a pas tenu sa parole, tout comme le président de la République”, déplore Éric Camoin, le président de l’Association de Défense des Chasses Traditionnelles à la Grive. “Nous avions conclu un accord avec Castex début août pour maintenir le quota de 22.000 oiseaux à attraper par les glueurs”, explique-t-il précisant que cette chasse traditionnelle se déroule du 1er octobre au 15 décembre.

Sur son site, le Mouvement de la Ruralité d’Eddie Puyjalon, “fustige une décision politicienne d’Emmanuel Macron et du gouvernement de Jean Castex.”

“Attaques contre la ruralité”

Les manifestants d’une dizaine de départements sont arrivés en bus dans la petite ville située au pied du massif du Canigou, pour marcher depuis le stade en direction de la mairie dont Jean Castex est toujours le premier adjoint.

Le syndicat des vignerons de l’Aude s’est également joint aux chasseurs dénonçant dans un communiqué “un contexte quasi quotidien d’attaques contre la ruralité”.

Aux côtés des représentants des associations de chasse, on pouvait noter la présence remarquée de l’influenceuse Johanna Clermont forte de 126.000 abonnés sur Instagram et nouvelle égérie de la Fédération nationale des chasseurs (FNC) dans une campagne de publicité qui s’affiche actuellement dans le métro parisien. “Je suis là à titre personnel. Il y a beaucoup d’incompréhension  par rapport au monde de la chasse, il faut aller au-delà des préjugés”, lance la jeune femme de 23 ans.

Directives européennes

Sur des pancartes ont pouvait également lire, “Ne tirez pas sur la chasse”, “La chasse, ni un sport, ni un loisir, c’est un mode de vie, une liberté de conscience”.

Emmanuel Macron a décidé fin aout de suspendre pour cette saison la chasse à la glu que dénoncent écologistes et défenseurs des oiseaux .

Avec ce geste, il répond également aux injonctions de la Commission européenne qui, début juillet, a donné trois mois à la France pour mettre fin à cette méthode de chasse non sélective, interdite par une directive de 2009 sauf dérogation.

À voir également sur Le HuffPost: Éric Dupond-Moretti justifie son usage du mot “ayatollah” en citant Noël Mamère (et s’engage contre la chasse à la glu)

  • Le chevron_right

    Campagnes : comment stopper le déclin ?

    news.movim.eu / LeVentSeLeve · Friday, 10 July, 2020 - 12:01 · 27 minutes

À l’issue du confinement, le regain d’intérêt pour les territoires ruraux, et pour un mode de vie différent, semble se confirmer. Celui-ci, fragile, nécessitera l’action volontaire des nouveaux élus des communes rurales. Pour inverser une tendance lourde, la conjoncture ne suffira pas. Il faut accepter de rompre avec les modèles du passé, épuisés, pour créer les conditions d’un développement durable. En se concentrant sur leurs ressources propres et leurs avantages comparatifs, les territoires ruraux tiennent leur destin entre leurs mains.


La circulaire Castaner devait les faire disparaître des résultats aux élections municipales. Pourtant les communes de moins de 9 000 habitants résistent encore. Celles-ci regroupent 52 % du corps électoral, mais 96 % de communes qui ne figurent pas parmi les grosses agglomérations i . Derrière la polémique, les chiffres sont cruels. Sous l’effet d’un développement économique libéral et l’abandon d’une politique d’aménagement du territoire, la concentration de la population dans les grands centres urbains semble inéxorable.

Si la raréfaction des services publics est un phénomène national, celui-ci est plus violent à la campagne. En effet, il s’y traduit par une disparition complète qui alimente le sentiment d’abandon et ses conséquences politiques. Cette politique fait l’impasse sur les enjeux à moyens et longs termes que représente cette partie de notre territoire et sur les ressources qu’il porte en particulier dans le contexte de la transition environnementale. Quels sont les leviers à disposition des nouveaux élus et des citoyens pour conjurer le sort et préparer l’avenir ?

L’aboutissement d’un long déclin

En préambule, il convient de rappeler que le phénomène de « dévitalisation rural » est ancien et continu. En effet, l’exode rural, c’est à dire la baisse de la population dans des communes moins denses, n’est pas une tendance récente. La France a résisté longtemps à un phénomène qui fut plus brutal au Royaume-Uni par exemple et l’essentiel des villages que nous connaissons actuellement a atteint son apogée démographique à la fin du XIXe siècle. La base des populations de l’Insee nous renseigne : sur un total de 34 612 communes i fin 2017, plus de la moitié avait vu sa population diminuer par rapport à 1900. Dans le même temps, la population nationale n’a cessé de croître. La population cumulée de ces communes ne représentait plus que 16 % de la population nationale contre 43 % au début du siècle dernier. Ce déclin démographique n’est pas parfaitement linéaire et s’est sérieusement accéléré après la seconde guerre mondiale. Ce mouvement fut porté notamment par la mécanisation agricole et les besoins induits par la reconstruction.

Pour témoigner de l’ampleur de ce phénomène, il faut souligner que ces villages ont perdu en moyenne 333 habitants sur un siècle et 20 % des communes ont vu leur population baisser de moitié. Pourtant, ce qui fait la sensibilité de ce phénomène, c’est qu’il n’est pas exclusivement statistique. Jean-Pierre Le Goff ou Raymond Depardon l’ont montré chacun avec leurs outils, c’est aussi la fin d’un monde relativement clos. Traversé par les traditions, il y règne un fort esprit de communauté. Cette disparition suscite un fort sentiment de vulnérabilité et de perte. Alimentée par le développement de la consommation de masse et l’uniformisation des modes de vie, elle est accélérée par l’introduction des outils numériques qui favorisent le repli sur soi, y compris auprès des personnes âgées. Dès lors, une vision pessimiste de la disparition inéluctable d’un monde semble s’imposer, en particulier chez les anciens, ce qui rend aujourd’hui plus difficile l’invention d’un nouveau modèle propre.

Pourtant, il convient de replacer les difficultés rencontrées par les territoires ruraux dans une perspective plus large. Ce phénomène de déclin démographique et culturel du monde rural, engagé de longue date, arrive à son terme. En témoignent les 10 % de communes comptant moins de 150 habitants, qui vivent sous la menace permanente de la disparition. Géographiquement ensuite, car il convient de penser la problématique de la désertification rurale à l’aune des déséquilibres des territoires. L’analyse qui consiste à opposer les villes « gagnantes de la mondialisation » aux campagnes « perdantes » jouit d’un certain succès. Pourtant il s’agit d’une impasse intellectuelle. Elle néglige ce fait élémentaire : une grande partie des citadins présentent des attaches rurales, plus ou moins anciennes. En réalité, tout le territoire subit les conséquences d’une politique libérale, qui consiste à laisser faire le marché. Cette logique participe à concentrer les richesses, les emplois et les hommes et laisse croître les inégalités, y compris entre les territoires.

Les grandes agglomérations ont concentré la croissance démographique de la décennie passée. Elles ont capté 87,6 % des 5,4 millions d’habitants supplémentaires en France entre 1999 et 2013, tandis que les campagnes se dépeuplent. Pourtant, cette politique impacte ces deux types de territoires quoique sous des formes différentes. Aussi, la lutte pour le maintien des services publics prend des formes radicales dans les zones rurales car la fermeture d’un service signifie sa disparition complète pour tout un « bassin de vie » ii . Pour autant, les villes ne sont pas épargnées par les fermetures de maternité par exemple et les urbains doivent affronter des services hospitaliers sous-dotés et congestionnés . De la même façon, l’allongement des durées de trajet domicile-travail ou l’accroissement du nombre de déplacements contraints s’expliquent d’un côté par l’éloignement des services et des emplois et l’autre par l’étalement urbain, mais avec les mêmes effets sur le quotidien des habitants iii .

Déplacements contraints

Enfin, la pollution des villes était jadis opposée à l’air pur de la campagne. L’ampleur des atteintes à l’environnement nous oblige à réviser ce constat. Deux illustrations : lors de la canicule de 2018, la vague de pollution de l’air a touché indifféremment villes et campagnes et les populations des campagnes sont également plus exposées à l’usage de produits chimiques . L’accumulation de ces constats conduit donc à dépasser le clivage zones rurales/zones urbaines. Nos problématiques communes obligent à faire front pour trouver des remèdes structurels. Une seule politique de saupoudrage ou de péréquation se révélera insuffisante. Il devient dès lors nécessaire pour les territoires ruraux d’emprunter leur propre voie pour aborder ces nécessaires transformations.

Première impasse : le ruissellement territorial

Pour dépasser le clivage entre territoires urbains et territoires ruraux, la tentation de nombre d’élus est de s’arrimer aux dynamiques urbaines. C’est cette vision d’un « ruissellement » territorial qui préside aux destinées des politiques de l’aménagement. Elle s’est vue consacrée de manière caricaturale dans le cadre de la loi NOTRE, au travers du renforcement des métropoles. Cette vision a également un impact concret pour les départements ruraux. En cherchant à concentrer ressources et services dans la ville-centre, afin de créer des locomotives territoriales qui dynamisent le territoire environnant, le résultat immédiat et visible se limite à la dévitalisation des campagnes. Un exemple parmi d’autres, la création de maisons de services publics , censées remédier à leur éloignement, risque de se traduire à court terme par leur concentration dans des chefs lieux retenus au détriment des services existants encore dans les petites communes. En effet, l’ouverture de ces maisons va de pair avec la fermeture des plus petites unités comme l’illustre le tableau suivant. Sans compter que la gamme de services accessibles n’est pas totalement identique et que ces données globales ne disent rien de la répartition géographique des ouvertures et fermetures de sites :

Services

Evolution

Maison France Services

+ 300 en 2020, + 2 000 d’ici 2022

La Poste

– 404 bureaux en 2016, + 541 agences communales avec un service limité (pas d’opération bancaire)

– 5000 agences entre 2015 et 2017

Pôle Emploi

915 agences en 2017 → 905 agences

CAF

De 123 agences à 101 agences entre 2012 et 2019 iv

CPAM

Données non disponibles, mais des fermetures sont effectives iv v

Mutualité Sociale Agricole

Données non disponibles

Cette orientation a pourtant produit des effets. Mais ceux-ci sont limités aux communes périurbaines, qui rassemblent selon l’INSEE une majorité de la population vivant en milieu rural . Cette catégorie qui forme la notion de « France périphérique » dans l’imaginaire collectif est constituée de banlieues qui tirent parti des prix immobilier trop élevés en cœur de ville ou de la recherche d’espace par des familles. Attractives, elles voient s’installer des actifs qui travaillent en ville et sont soumis à de fortes contraintes de transports. À titre d’illustration, pour la seule région Auvergne-Rhône Alpes, ces nouvelles installations représentaient sur un an 4,5 % de la population totale de ces campagnes i . L’absence d’activité économique liée à une population croissante créent des contraintes fortes dans certaines communes, qui deviennent de plus en plus dépendantes des villes, qui s’expriment aussi politiquement pour répondre aux besoins de services et d’équipements. En raison d’allers-retours en ville, ce mode de vie favorise enfin la consommation dans les centres-commerciaux installés à cet effet en bordure des villes.

Seconde impasse : des territoires récréatifs

Cette stratégie est très dépendante de la géographie, et est pour l’essentiel d’avantage subie que choisie. Pour les territoires plus éloignés, une stratégie consciente consiste à développer le tourisme, qui s’appuierait sur les bénéfices de l’attractivité de la France . Malgré une activité dynamique dans toutes les régions vi , Paris et l’Île de France continuent de concentrer la croissance du nombre de touristes vii autour du triptyque Disneyland, musée du Louvre, Tour Eiffel. Or, le rayonnement de Paris peine à bénéficier à l’ensemble du territoire. Au contraire, il contribue à alimenter ces déséquilibres. Pourtant, cette stratégie a été très profitable jusqu’à présent à un département comme la Vienne. Sous l’impulsion de René Monoury et du Conseil général de la Vienne est engagée la construction du Futuroscope en 1984. Un parc d’attraction au milieu des champs qui sera inauguré en 1987. Le caractère novateur de cette démarche, accompagné d’une véritable stratégie, a permis de développer tout un écosystème d’attractions et d’hébergements. Jusqu’à l’obtention d’une liaison TGV avec Paris et récemment l’ouverture d’un Center Parcs au Nord du département. Toutefois cette histoire ne fut pas linéaire et le parc d’attraction a frôlé la faillite. Le Conseil général avait cédé sa gestion à un partenaire privé, et dut le reprendre. Au-delà, cette stratégie risque de finir par s’essouffler. Tout d’abord, le parc a atteint sa vitesse de croisière. Sa fréquentation annuelle peine à dépasser les 2 millions de visiteurs depuis 2009. Qui plus est, la concurrence entre les territoires s’est accrue sur ce secteur, comme en témoigne les régulières campagnes de publicité.

En outre, le tourisme reste un secteur peu générateur d’emplois, en particulier d’emplois qualifiés. Ainsi, si le département est moins touché que la moyenne par le chômage, il est significatif que Châtellerault soit la ville la plus frappée par le manque d’emplois. Il s’agit pourtant de la ville la plus proche du Futuroscope et de sa zone d’activité, signe des limites de ce type de développement . Enfin, cette stratégie encourage les décideurs à séduire les touristes. Ces politiques finissent par négliger les populations résidant sur place. Le littoral et la montagne sont particulièrement frappés par ces phénomènes d’afflux ponctuels et démesurés de visiteurs. Avec un impact psychologique fort, lié à la transformation d’un pays vivant en une vitrine pour touristes, dont Houellebecq a pu montrer les effets.

Carte touristique de la Vienne Plan de développement touristique 2018-2021 – Département de la Vienne

Enfin, de nouvelles logiques à l’œuvre ne permettent pas davantage d’assurer sérieusement les conditions d’un développement durable pour les campagnes. Les projets de contractualisation sont pourtant séduisants à première vue. La démarche louable de développement durable incite certaines villes à contractualiser avec les territoires ruraux. Qualité de l’environnement , approvisionnement agricole… cette logique présente l’avantage de rappeler les interdépendances entre centres urbains et campagne et de les organiser. Si cette démarche n’en est qu’à ses prémisses, elle présente déjà plusieurs risques. Tout d’abord, la dimension des villes et les règles d’attribution des marchés publics risquent de conduire à favoriser des grandes exploitations, seules capables de répondre aux besoins d’une agglomération ou à un cahier des charges restrictif et d’encourager ainsi le phénomène de disparition de la paysannerie. Par ailleurs, le rapport de force est tellement déséquilibré qu’il sera aisé pour une métropole de mettre en concurrence les collectivités rurales ou bien de leur imposer ses règles et ses vues de façon unilatérale.

Au travers de ces trois pistes – péri-urbanisation, stratégie touristique ou démarche de contractualisation –, une même logique de vassalisation des campagnes s’impose.

Au travers de ces trois pistes – péri-urbanisation, stratégie touristique ou démarche de contractualisation – une même logique de vassalisation des campagnes s’impose. Cette vision, bien que produisant des résultats à court terme et en accord avec la politique nationale, finit par rendre complètement dépendants les territoires ruraux, contribuant si ce n’est à leur effacement du moins à leur fragilisation. Enfin, ce mouvement arrive à son terme en raison des impératifs environnementaux : nombreux ou longs déplacements, artificialisation des sols … Mais il est également sources de tensions sociales en diffusant un mode de vie urbain au détriment de la spécificité des campagnes entraînant notamment l’anonymisation des relations et le repli sur le cadre privé de la maison et du jardin.

Troisième impasse : tout miser sur un gros investisseur

Pour déjouer ces impasses, les élus ont engagé depuis les années 2000 une nouvelle démarche. S’inscrivant dans une logique de compétitivité des territoires qui a envahi le discours public ces dernières décennies, l’idée consiste à élever les territoires ruraux aux standards modernes à grands coups de projets futuristes ou de grande envergure. Cette posture, si elle permet de se dégager de la tutelle des grandes villes, contribue à soumettre les campagnes au bon vouloir d’investisseurs ou de chefs d’entreprises. Or leurs ambitions ne sont pas toujours alignées avec celles de la collectivité. En outre, les élus confrontés à une forme de détresse économique sont facilement sensibles aux perspectives radieuses des investisseurs.Les résultats de ces démarches audacieuses n’ont pas toujours été à la hauteur des moyens engagés. Tout d’abord, l’attente de l’implantation d’une entreprise providentielle, venue de l’extérieur reste une perspective précaire. Elles sont attirées par un foncier bon marché et par l’opportunité d’un soutien public. Ces projets alléchants génèrent de rapides évolutions de la population. Censés servir de locomotives territoriales, ils finissent par concentrer en un centre unique un nombre important d’emplois. C’est pour ce motif que le maire de Chartres a refusé l’implantation d’un centre logistique sur sa ville, censé créer 2000 emplois, une décision ensuite suivie par d’autres élus locaux face à des projets similaires d’Amazon. En effet, la ville aurait dû attirer des travailleurs pour satisfaire à ce besoin, s’engager sur la construction de logements et d’infrastructures, sans garantie sur la durabilité de l’entreprise. Au-delà, les emplois crées sont souvent précaires. L’aspiration soudaine de salariés peut en outre nuire au tissu économique existant en le privant de main d’œuvre. Le temps où les projets démesurés d’investisseurs étrangers devaient sauver les villes moyennes et les campagnes semble donc révolu.

Le temps où les projets démesurés d’investisseurs étrangers devaient sauver les villes moyennes et les campagnes semble révolu.

Un autre exemple, à échelle plus modeste, est donné par la multiplication des projets éoliens. Les entreprises engagées dans cette industrie ne manquent pas de faire valoir l’intérêt financier de cette activité. Au-delà du débat passionné sur le bien fondé de ce mode de production d’énergie, la décision de poursuivre ce type de projet reste encore trop peu transparente. Elle représente trop souvent une opportunité financière plutôt que l’amorce d’un réel projet de développement territorial. Avec à la clef des retombées directes limitées pour les communes qui ne bénéficient pas de l’essentiel des recettes induites. Comme 75 % des communautés de communes sont à fiscalité unique, les bénéfices sont en fait partagés avec les communes voisines.

Une autre voie consiste à équiper le territoire d’infrastructures capables de rivaliser avec les centres urbains. Pour cela, le déploiement de la fibre a fait l’objet d’un engagement de la part du gouvernement Hollande pour encourager ces réseaux à hauteur de 3,3 Md€ dans les territoires moins denses iii . En parallèle, les conseils départementaux ont accompagné ce mouvement avec la constitution de Réseaux d’Initiative publique (RIP), financés pour plus de 10 Md€ , en particulier pour les territoires non-couverts par les opérateurs privés. Ces investissements massifs reposent sur la promesse de redistribution des richesses offertes par les réseaux, mais qui se révèlent historiquement décevantes car ces derniers tendent à favoriser les nœuds de réseaux . Ces investissements reposent sur une hypothèse de ré-allocation géographique du travail, qui justifie également la création de tiers lieux à la campagne. En revanche, le souhait des collectivités de rester dans la course peut conduire à des décisions plus risquées ou inadaptées. En témoignent les différents projets d’Hyperloop menés en parallèle sur le territoire. Ainsi, la région Nouvelle Aquitaine a décidé d’accompagner le développement d’un tel projet aux abords de Limoges à hauteur de 2 M€ . Non seulement ce type de projets promus comme innovants est peu pertinent mais ce type d’investissement peut vite devenir la proie de comportements opportunistes par les porteurs de projets sur un territoire rural. En outre, la légitimité d’une collectivité à s’engager dans un domaine où il existe déjà des expérimentations portées par des privés n’est pas probante. En réalité, ce ce type d’infrastructures et de projets à risque devrait être développé par l’État, ne serait ce que dans un soucis de rationalisation des investissements. L’implication des collectivités locales dans le capital-développement ne doit pas pour autant être exclu, mais la logique voudrait qu’elle soit limitée à des projets plus modestes, en nombre suffisant, qui permettent de diluer le risque.

Il arrive même que les investissements providentiels provenant de l’extérieur se révèlent être une véritable malédiction. Châteauroux, et le reste de son département, l’Indre, font office de cas d’école. Historiquement très agricole et doté d’une industrie très modeste, le département est bousculé par l’installation d’une base de l’OTAN en 1951. L’afflux de soldats américains et de leurs familles, on en comptera jusqu’à 7000 en 1958 , constitue un choc sur le plan moral comme économique. Châteauroux devient soudain la ville la plus américaine de France. En parallèle, ils faisaient du modeste aéroport existant l’un des plus grands d’Europe. Toutefois, une économie de rente entoure très vite cette installation. Ainsi on voit se multiplier des bars, des lieux de sorties pour les G.I. ou encore des garagistes pour voitures américaines. Si bien que le départ des américains, en 1966, se révèle tout aussi brutal, mettant en cause près de 2400 emplois directs. C’est également tout une part de l’activité périphérique à la base militaire qui décline, sans que le département ne s’en remette complètement. Signe d’un basculement du monde, un projet de développement chinois est présenté en 2007 autour de ce même aéroport. Il doit comporter une plateforme logistique d’ampleur et réunir des activités d’import-export. Des garanties sont prises par la collectivité sur l’embauche de salariés locaux et des milliers d’emplois doivent naître. Hélas, le temps d’investissement des partenaires chinois ne correspond pas aux impératifs d’un département rural en déclin. Depuis le projet a dû être fortement révisé , faute d’investissements effectifs. Cet exemple constitue néanmoins une illustration significative. Un afflux soudain et exogène d’activité peut présenter des effets pervers pour un territoire Et même constituer une véritable menace pour la collectivité en matière d’investissement ou de souveraineté.

Après le Covid-19, la revanche des campagnes ?

Dans ce sombre contexte, le temps des campagnes est pourtant venu. Non pas les campagnes dépendantes des villes, ni celles qui tentent de leur ressembler, mais celles qui se sont retrouvées. Certes, la logique de concentration urbaine est une tendance ancienne et lourde comme illustré précédemment. Mais il ne faut pas sous-estimer la vitesse à laquelle ces tendances peuvent s’inverser. Quelques hypothèses fortes plaident en faveur de cette argumentation.Tout d’abord, les possibilités offertes par le télétravail, qui concerne désormais 25 % des salariés . Ce phénomène provient d’un véritable désir des salariés et soulève de moins en moins de réticence de la part des employeurs, hormis en cas d’incompatibilité avec la fonction. Ce phénomène présente encore peu d’impact sur la répartition des populations actives. Le télétravail occasionnel, qui considère le bureau comme la norme et le domicile comme l’exception, reste à ce jour la règle, mais ce modèle peut rapidement s’inverser. En effet, les coûts immobiliers des entreprises ont été victimes d’une forte inflation ces dernières années. Au gré de la crise, ce poste apparaît comme une source d’économies forte, alternative à une baisse des salaires. Après avoir éloigné de Paris les principaux sièges sociaux, il reste peu de marges de manœuvre. Si cette pratique permettrait à nombre de franciliens de satisfaire leur envie de retour en province , celle-ci présente également un coût social. En effet, le télétravail peut rapidement devenir source d’isolement et d’effacement des séparations entre vie personnelle et professionnelle. L’engagement de ces néo-ruraux dans leur nouveau cadre de vie, alors qu’ils sont soumis aux ordres venus des grands centres, risque d’être limité. En outre, cette logique de réduction des coûts s’accommoderait allègrement de l’uberisation menaçante d’une partie du salariat. Le « salarié-auto-entrepreneur » travaillerait, en toute logique, depuis son domicile à partir de ses propres moyens et serait rémunéré à la tâche.

Le télétravail se révèle également conditionné à la qualité et à la régularité des moyens de transports avec les villes. L’accessibilité au bureau devient un facteur déterminant d’installation. Or beaucoup de territoires ruraux ont subi la politique de rationalisation des transports. Ainsi, à court terme, ce phénomène devrait bénéficier davantage aux banlieues périphériques qu’au rural éloigné. Ce dernier reste victime de carences en infrastructures de transport et en déficit de service public. La politique comptable de fermeture obéissant uniquement à des objectifs de court-terme. Au-delà des aspects liés à l’organisation du travail, ce renversement de tendance peut aussi rapidement intervenir sous l’effet des crises frappant la vie urbaine.

La crise liée au coronavirus en a apporté une illustration saisissante. Elle a fait naître la possibilité d’un regain d’intérêt des populations pour la campagne et a montré que le travail à distance était possible. Pour autant, il faut bien relever que, comme pour les villes, les campagnes sont très vulnérables vis-à-vis du virus. En effet, une contamination peut fortement impacter ces territoires du fait d’une population structurellement âgée y vit. Le recul des services publics s’y est par ailleurs révélé criant, avec des départements ruraux classés longtemps en orange en raison de la seule faiblesse des structures hospitalières. En outre, les conséquences du confinement affectent d’abord les petites entreprises, soit l’essentiel du tissu économique rural. Ce moment est également bon pour rappeler que les campagnes ne pourront tirer parti que de leurs différences avec les villes. La faible densité de population des campagnes, qui devait signifier leur disparition, présente un avantage certain lorsqu’il est question de contamination. Les mécanismes de solidarité fondée sur le voisinage se sont révélés indispensables.

Créer les conditions d’un développement vraiment durable

Dès lors, il est temps pour les campagnes de faire de leur faiblesse leur force. Cela implique d’abord qu’elles arrêtent de vouloir ressembler aux villes. Au contraire, il leur faut assumer leurs propres spécificités. De la même façon, le désintérêt des pouvoirs publics offre, notamment en période de crise, un formidable et nécessaire espace de liberté et d’expérimentation sociale. Sur ce modèle, les personnes qui quittent Paris ne souhaiteront pas s’installer dans une petite métropole dépourvue des principaux services. Ils sont en recherche d’un ailleurs. D’autant que la petite taille de nos villages constitue une échelle idéale pour recréer du lien. La population, structurellement âgée, offre l’occasion fragile de rattacher un territoire à son histoire. Ainsi, la tâche des futurs élus consiste en premier lieu à maintenir et encourager les conditions d’un lien social. Lien social et physique, à l’heure où les réseaux sociaux s’imposent entre voisins. Ce travail est nécessaire pour maintenir une condition humaine dans notre société, mais également prévoir les possibilités de résilience face aux défis qui nous attendent. En effet, le dérèglement climatique en particulier imposera de manière certaine des actions collectives et probablement de solidarité pour lesquelles nos société tournées vers l’urbain sont sans doute peu armées.

Une politique d’attractivité des touristes ou des entreprises tournée vers l’extérieur s’avère coûteuse et incertaine. Les responsables gagneraient à privilégier un recensement des compétences et des initiatives pour faire se rencontrer les personnes ayant des intérêts communs, créant ainsi les conditions d’un développement durable en soutenant la croissance d’entreprises ou d’activités déjà implantées, ou la création d’entreprise à échelle locale. En un mot faire du bistrot du village un lieu d’accueil, de « sérendipité ». À partir de cela, les élus ont le pouvoir de définir les projets qui peuvent être menés en autonomie, sans recours extérieur : entretien des lieux publics et des chemins, replantation de haies aux abords des chemins communaux, construction légères… À titre d’exemple, les personnes ayant quitté la commune pour poursuivre leurs études ou pour le travail sont encore peu souvent mobilisées. Or, elles peuvent apporter des ressources financières et des compétences, y compris à distance. Par ailleurs, il est plus que nécessaire qu’ils aient recours à l’intelligence collective pour créer une communauté de décision. En effet, toutes les possibilités offertes par la campagne reposent sur la connaissance interpersonnelle. Cette particularité permet d’envisager une gestion des dossiers qui prend en compte les individus. Elle offre également la possibilité de pouvoir les impliquer dans les processus de décision locaux. Ce positionnement peut également passer par des modes d’action simples et ponctuels, tel que le regroupement d’achats pour certaines fournitures. Enfin, face à l’abandon de l’État, les élus gardent la possibilité d’assurer eux-mêmes des services. Au travers de modèle économiques innovants, certaines mairies ont pu garantir la continuité de leur école sous statut privé . Un tel mouvement de la part des municipalités serait peut-être en mesure de marquer l’administration, jalouse de ses prérogatives, au moins davantage que les mouvements de protestation localisés qui émergent à chaque rentrée.

Ce mouvement d’autonomisation doit également inciter les populations à se réapproprier leur territoire. En participant à la mise en valeur du patrimoine culturel et environnemental par exemple sous forme associative. L’enjeu de reconstruction écologique s’est transformé sous certains aspects entre l’affrontement d’une « génération fossile » contre une « génération verte ». Or vu depuis un village, cette vision est une pure aporie. En effet, ces enjeux peuvent enfin permettre de réunir les aspirations des jeunes et l’expérience des plus anciens, et le souvenir d’une société pré-industrielle. Par exemple en rappelant les modes de cultures les mieux adaptés au sol. De la même façon, le mouvement des coquelicots, qui a rencontré un certain écho dans les campagnes, a l’opportunité de passer d’un mouvement de protestation sympathique à un mouvement de transformation pratique : marche de ramassage des déchets dans la nature, expériences concrètes de culture durable autour d’un potager partagé, accompagnement des agriculteurs dans la transition… De cette façon, l’écologie par la preuve aura sans doute plus de prise que la signature d’arrêts anti-pesticides qui se révèlent en outre peu solides juridiquement. L’attention aux autres et l’engagement pour le commun relève certes de la responsabilité de chacun. En revanche, cette démarche peut devenir le point de départ d’une dynamique collective.

Cette approche a également une dimension politique forte. Elle contrecarre un discours décliniste et individualiste, fond de commerce du RN depuis quelques années. Fondé le mythe d’une communauté fantasmée, le fait est qu’il a rencontré un large écho dans les campagnes. Pour le combattre, il devient nécessaire de créer une communauté réelle, autour de la res publica . La mise en valeur du territoire permet de redonner une âme à des bourgs qui finissent par tous se ressembler. Ainsi qu’une identité et une fierté pour leurs habitants, vrai fondement d’un retour gagnant des campagnes.

Et si les campagnes n’avaient pas un train de retard, mais un temps d’avance face aux évolutions de long terme ? La présence de zones blanches tant décriées est susceptible de constituer un refuge. Il est éloquent également que les scientifiques nous indiquent que le Limousin et la Corse formeraient les régions les moins impactées par le réchauffement climatique en matière agricole, en raison d’une agriculture demeurée peu intensive . Enfin, l’autonomisation des territoires et la réappropriation des communs, forment une base de résistance face à un système qui a atteint ses limites. Ces sombres perspectives ne doivent pas dissimuler l’enthousiasmante tâche qui attend les jeunes générations. La reconquête des campagnes s’assimile à une nouvelle conquête de l’Ouest, soit les contours d’un mouvement de réappropriation de notre territoire national.

1 Hors Corse en raison d’un manque de données

3 Malheureusement, la DARES n’a pas actualisé son étude de 2015 pour pouvoir effectuer une comparaison dans le temps. https://dares.travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/2015-081.pdf

4 Par exemple : http://www.ville-saintouenlaumone.fr/fermeture-de-la-cpam

5 Ici également https://www.francebleu.fr/infos/economie-social/epinay-sur-seine-la-fermeture-de-l-accueil-sans-rendez-vous-a-la-caisse-d-assurance-maladie-passe-1553023207

6 Le nombre de nuitées augmente dans toutes les régions en 2018, avec une croissance moyenne de 6,6 %.

7 Bien qu’en diminution, en 2018 les touristes supplémentaires que la France a accueilli en 2018 se sont rendus à 59 % en Île-de-France.

L’article Campagnes : comment stopper le déclin ? est apparu en premier sur Le Vent Se Lève .

  • Co chevron_right

    Écologie, agriculteurs : gare au mythe d’une campagne idéalisée !

    tests.marevalo.net / Contrepoints · Friday, 13 December, 2019 - 04:20 · 6 minutes

campagne

Par Jonathan Dubrulle.

Dépourvus de connaissances agronomiques de base et éloignés du quotidien des agriculteurs, certains urbains devenus néo-ruraux côtoient l’agriculture au quotidien sans la comprendre pour autant. Ainsi, les nuisances sonores , olfactives et visuelles de certaines pratiques agricoles troublent certaines images d’Epinal bien enracinées lors de la remise des clés du pavillon de campagne tant désiré.

Du patrimoine au bien commun : vers une appropriation des espaces ruraux

La notion de paysage renvoie à la patrimonialité des espaces ruraux. Cette conception de la nature, souvent teintée de souvenirs personnels ou de représentations historiques souhaite sa conservation immuable et intangible.

Si certains sites sont classés comme patrimoines, ce n’est pas le cas de la majorité des espaces ruraux français.

À travers la notion d’habitabilité, le grand public, et principalement les locaux se préoccupent de leur gestion et de leur devenir. À travers la spatialité et la structuration de l’espace, les habitants entretiennent un ensemble de relations à différentes échelles, de leur maison jusqu’au monde 1 .

Ainsi, nul doute que le champ, la pâture ou les bâtiments d’exploitation de l’agriculteur voisin n’échappent à cette prise de conscience du monde qui nous entoure.

Ainsi, certains tels le paysagiste Pierre Donadieu n’hésitent pas à parler de biens communs paysagers , séparant la propriété et l’usage de la gestion, soumise à gouvernance 2 .

Les paysages ruraux ne sont plus vus comme des patrimoines à conserver, mais comme des biens dont le devenir concerne le plus grand nombre 3 .

De fait, qu’il s’agisse d’associations environnementalistes, de collectifs de citoyens ou de simples riverains, de nombreux locaux s’intéressent et se mobilisent au devenir des espaces qui les entourent.

L’agriculture productrice d’externalités récréatives non rémunérées

Si certains riverains se plaignent des désagréments causés par certaines pratiques agricoles, ces derniers jouissent gratuitement de services récréatifs en compensation.

En effet, l’agriculture est à considérer dans toute sa multifonctionnalité. Si sa fonction première est sans doute de produire des biens alimentaires, elle rend aussi nombre de services environnementaux et sociaux.

Si les premiers sont en partie rémunérés par différentes mesures de la politique agricole commune, les seconds restent encore peu considérés. Sans dresser d’inventaire des services sociaux remplis par l’agriculture, nous nous intéresserons aux services récréatifs.

Il suffit d’observer le tracé que prennent de nombreux sentiers de randonnées : une grande partie d’entre eux traversent ou longent des agroécosystèmes.

Ainsi, ces paysages agricoles font partie du décor que viennent rechercher les promeneurs, vététistes, cavaliers ou chasseurs. Pourtant l’agriculteur n’est pas forcément rémunéré pour ces externalités.

Certaines subventions, telles que les MAEC permettent de contractualiser des services socio-environnementaux, mais tous les agriculteurs n’y ont pas accès.

En effet, pour prétendre à cette aide, le territoire (souvent la communauté de communes) doit avoir mis en œuvre un PAEC , projet de territoire ouvrant des contrats MAEC.

D’autres dispositifs, tels que le paiement vert où la conditionnalité des aides permet de subventionner des externalités que le marché ne peut rémunérer.

Néanmoins, ces aides rémunèrent avant tout les services écosystémiques rendus par l’agriculture et peu les externalités sociales.

Ainsi, avant de s’insurger contre les nuisances provoquées par l’exploitation du voisin, tout riverain devrait prendre conscience qu’il jouit gratuitement (sans financement par les produits achetés ou par les subventions issues de sa contribution fiscale) de services récréatifs.

Comble de l’histoire, le « passager clandestin » a parfois acheté sa maison à la campagne pour ces services, recherchant un cadre de vie champêtre, des chemins de randonnée, le spectacle d’animaux pâturant en plein air, ou le bruit de haies remplies d’oiseaux.

La valeur du bien acquis est d’ailleurs en partie liée à son environnement, et notamment aux paysages mis en valeur par les pratiques agricoles.

Réfléchir à l’échelle du système alimentaire pour une reconnexion citoyens/agriculteurs

En 1954, les ménages agricoles représentent 25 % des ménages français, pour une population à 40 % rurale.

À l’aube de l’an 2000, le nombre de ménages ruraux a été divisé par cinq et la population rurale ne s’établit plus qu’à 25 % de la population totale.

En 2017, les agriculteurs représentent moins de 2 % de la population active française .

Ces chiffres parlent d’eux-mêmes : la part des agriculteurs dans la population française s’effondre, y compris dans les espaces ruraux. Cela s’explique notamment par la formidable hausse de la productivité globale du travail, permise par la révolution agricole de la deuxième moitié du XXe siècle.

Les Français ne côtoient plus forcément les grands-parents ou le voisin agriculteur.

La baisse des travaux collectifs tels que les chantiers de moisson, de battage ou d’abattage du cochon ont contribué à isoler l’agriculteur dans son exploitation.

Le XXe siècle a provoqué une transformation de la place occupée par l’agriculture dans la société, avec le passage de l’état de paysan au statut de l’agriculteur 4 . Celui-ci n’est donc plus forcément le paysan qui se définissait par la place occupée dans la société, il met désormais en avant une profession.

Afin de recréer des liens la France et ses agriculteurs, il est nécessaire de se placer à l’échelle du système alimentaire, qui concerne tout individu.

Diverses actions associent ce dernier à des réflexions sur l’alimentation d’un territoire donné, à l’image des Projets alimentaires territoriaux qui

sont élaborés de manière concertée avec l’ensemble des acteurs d’un territoire et répondent à l’objectif de structuration de l’économie agricole et de mise en œuvre d’un système alimentaire territorial. Ils participent à la consolidation de filières territorialisées et au développement de la consommation de produits issus de circuits courts, en particulier relevant de la production biologique .

Cette conception multi-acteurs associe l’ensemble des parties concernées, du producteur au consommateur. Il est nécessaire de ne pas considérer ce dernier comme un « porte-monnaie », mais comme un demandeur de biens et de services agricoles pouvant influer sur l’offre.

En associant les citoyens aux questions alimentaires, ces derniers seraient reconnectés aux préoccupations des agriculteurs, évitant sans doute nombre de comportements hors-sol.

L’agriculture et le citoyen doivent se réconcilier.

Si le second souhaite davantage s’investir dans une gestion partagée des paysages ruraux, il est également nécessaire d’étendre cette prise de conscience à l’échelle du système alimentaire. Par une meilleure connaissance du quotidien des agriculteurs, l’habitant se rendrait également compte de la valeur des nombreux services récréatifs dont il jouit gratuitement.

Néanmoins, ce vœu pieux ne s’exaucera pas dans qu’un « contrat social agricole » ne verra pas le jour.

  1. Levy, J. 2012. Sur les conditions d’habitabilité de l’espace / The necessary conditions for the habitability of space . Annales de Géographie . 111. 626. 395-405.
  2. Donadieu, P. 2014. Paysages en commun : pour une éthique des mondes vécus . Presses universitaires de Valenciennes. Valenciennes. 238 p
  3. Sgard, A. 2010. Le paysage dans l’action publique : du patrimoine au bien commun. Développement durable & territoires . 1. 10. 1-18.
  4. Barthez, A. 1996. Les relations de l’agriculteur avec son travail. Une longue histoire, de forts changements actuels. Travaux et Innovations , 25, 15-17.