close
  • Co chevron_right

    Quel est le territoire de vie idéal des Français ? Quelques réponses aux questions que tout le monde se pose

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Tuesday, 4 January - 04:00 · 7 minutes

Par Christophe Alaux, Laura Carmouze, et Sarah Serval.
Un article de The Conversation.

Qu’ils s’agissent d’ entrepreneurs nomades, d’indépendants ou de salariés, la crise sanitaire et les confinements successifs redessinent la carte de l’attractivité résidentielle des territoires. Il est question ici d’un enjeu majeur pour les stratégies de marketing territorial. En effet, l’attractivité résidentielle correspond à la capacité d’un territoire d’attirer et de retenir des populations.

Les villes petites et moyennes, les territoires plus ruraux et moins urbanisés ont une carte à jouer pour se positionner sur le nouvel échiquier de l’attractivité résidentielle, face à des individus qui plébiscitent le changement de vie et souhaitent se mettre au vert . De plus, le développement du télétravail a permis de renouveler les ressorts de l’attractivité d’un territoire en opérant une disjonction entre qualité de vie et opportunité d’emploi. Désormais, un individu peut travailler sur un territoire économiquement attractif et résider sur un autre territoire, perçu comme attrayant pour sa qualité de vie.

Une enquête exploratoire

La quête d’une meilleure qualité de vie semble guider les comportements de cette nouvelle mobilité résidentielle. Ces observations, récemment relayées dans la presse nationale , interrogent : quels sont les territoires idéaux selon ces individus ? Sur quels attributs se fondent l’image des territoires qu’ils ont ? Des éléments de réponse peuvent être apportés par les travaux de recherche conduits par la Chaire attractivité et nouveau marketing territorial (A&NMT) de l’ Institut de management public et gouvernance territoriale d’Aix-Marseille Université.

Cette enquête exploratoire cherche à connaître d’une part les images mentales des Français relatives aux territoires idéaux de l’attractivité résidentielle. D’autre part, elle cherche à connaître les images spontanées, dirigées et les intentions comportementales associées à certains territoires français et européens (villes, métropoles, départements et régions), ainsi que les fondements de cette réputation.

Un questionnaire auto-administré en ligne a été diffusé auprès d’un échantillon national représentatif (sur des critères d’âge, de sexe, de catégorie socioprofessionnelle, de région d’habitation, de taille d’agglomération) de 1505 personnes, âgées de 18 ans et plus. L’administration du questionnaire de l’étude a été confiée à l’institut Consumer Science Analytics (CSA) pour le recueil des données auprès d’un échantillon représentatif de la population française.

Où souhaitent vivre les Français ?

À la question, « idéalement, dans quel territoire souhaiteriez-vous vivre ? », il est intéressant de noter que les Français sont en grande partie attirés par des lieux de vie de taille modeste : 78 % sont attirés par des territoires de taille inférieure aux grandes villes. Plus précisément, 26 % aspirent à vivre dans un village, 23 % dans une petite ville et 29 % dans une ville moyenne.

On remarque donc que la répartition est plutôt équilibrée et qu’une taille de territoire ne se détache pas clairement même si le duo petite ville/ville moyenne représente plus de la moitié des réponses.

Un village du Lubéron. 78 % des Français sont attirés par des territoires de taille inférieure aux grandes villes.
Pxhere , CC BY-NC-SA

On observe une inertie pour les habitants des territoires de moins de 20 000 habitants qui souhaitent majoritairement rester sur un territoire de même taille.

On voit ensuite que 44 % des habitants des villes moyennes et 64 % des habitants des villes de plus de 100 000 habitants perçoivent les villes de taille inférieure comme leurs lieux de vie idéaux.

Source : extrait de l’étude IMAGETERR20 menée par la Chaire A&NMT.

Qui souhaite « encore » vivre dans les grandes villes ?

Les 22 % des Français qui souhaitent vivre dans une grande ville sont plutôt des CSP+ (42 % vs 24 % dans une petite ville) ou des étudiants (8 % vs 5 % dans une petite ville) et largement jeunes (40 % des répondants ont moins de 35 ans vs 21 % pour une petite ville).

À l’opposé, plus on avance en âge et plus on aspire à vivre dans une petite ville ou un village (58 % et 56 % des plus de 50 ans souhaitent respectivement vivre dans un village ou une petite ville. Les villes moyennes séduisent davantage les actifs et les 35-49 ans.

Ces résultats confirment l’enjeu générationnel de l’attractivité résidentielle des territoires et notamment pour l’attraction de jeunes générations qui plébiscitent davantage les grandes villes.

La question « pourquoi souhaiteriez-vous vivre dans ce type de territoire ? » a permis par ailleurs de recueillir des données qualitatives sur les motivations des Français pour habiter un type de territoire plutôt qu’un autre. Les résultats obtenus permettent de dresser des catégories distinctes de motivation selon la taille du territoire.

Alors que les villages et les petites villes sont appréciés pour leur tranquillité, leur calme et leur convivialité, les villes moyennes sont également appréciées pour les aménités offertes et leur dynamisme, proposant ainsi « les avantages d’une grande ville, sans les inconvénients ». Enfin le choix des grandes villes est motivé par leur dynamisme, leur aménité et leur potentiel (facilité pour trouver un emploi, avoir accès aux soins de santé ou poursuivre des études supérieures). Si les jeunes sont davantage attirés par les grandes villes, un des éléments de motivation de leur attrait peut alors s’expliquer en partie par des enjeux d’insertion professionnelle. À l’inverse, on observe que les actifs de plus de 35 ans se tournent vers des territoires de taille inférieure, préférant le cadre de vie et la tranquillité.

extrait de l’étude IIMAGETERR20 menée par la Chaire A&NMT.

Quels sont les territoires les plus cités par les Français ?

Il a également été demandé aux Français de citer les noms de territoires (ville, département ou région) où ils souhaiteraient vivre, en offrant la possibilité de donner jusqu’à cinq réponses. Les territoires les plus cités sont Paris et la Bretagne, suivis par Bordeaux, Lyon, Toulouse, Nantes, Nice, la Normandie et Montpellier.

À noter que celles et ceux qui vivent déjà en agglomération parisienne citent très largement Paris, suivi par de grandes métropoles comme Bordeaux, Lyon, Nice et Marseille qui apparaît.

Source : extrait de l’étude IMAGETERR20 menée par la Chaire A&NMT.

L’enquête menée en décembre 2020 a permis d’objectiver certains éléments sur le territoire de vie idéal des Français.

Tout d’abord, il existe de fortes composantes générationnelle et/ou sociale (âge, CSP) pour expliquer les préférences des Français. De même, l’aspiration à la mobilité n’est pas la même selon la taille du territoire dans lequel on habite.

Ensuite, les grandes villes ne semblent pas non plus en déclin d’attractivité. En effet, Paris reste attractive, surtout pour les Franciliens et les villes les plus citées restent de grandes métropoles (Bordeaux, Lyon, Toulouse, Nantes, Nice).

Les petites villes et les villes moyennes ont clairement une opportunité à saisir car elles apparaissent idéales, notamment pour les habitants des grandes villes. Dans ce contexte, des villes comme La Rochelle émergent spontanément de l’étude, ou encore des régions comme la Bretagne et la Normandie qui sont bien dotées sur ces tailles de territoires.

Il faudra néanmoins attendre les chiffres réels de cette mobilité résidentielle afin de les confronter aux tendances issues de cette étude relative au lieu de vie idéal.

De plus, rappelons que l’attractivité des territoires résulte de stratégies de marketing territorial au long cours. Certaines stratégies visent ainsi à construire une réputation positive reconnue comme un levier d’attractivité territoriale . D’autres se concentrent plus spécifiquement sur l’offre de services et l’accompagnement des futurs habitants. Charge aux managers territoriaux et aux élus de se saisir de ces leviers en travaillant l’attractivité résidentielle du territoire selon les grands principes du Manifeste de l’attractivité et du marketing territorial .


La Chaire universitaire de territoires financée par 35 territoires français, mène tous les 3 ans l’enquête IMAGETERR de perception des territoires auprès du grand public. Les résultats de la dernière étude, réalisée en décembre 2020, permettent de dresser le profil de ces individus en quête d’une meilleure qualité de vie et de mieux comprendre les contours du territoire de vie idéal pour les Français . The Conversation

Christophe Alaux , Professeur des Universités, Institut de management Public et Gouvernance Territoriale, Chaire Attractivité et Nouveau Marketing Territorial, Aix Marseille Université, Aix-Marseille Université (AMU) ; Laura Carmouze , Maître de Conférences en Sciences de Gestion et du Management, Institut de management Public et Gouvernance Territoriale, Chaire Attractivité et Nouveau Marketing Territorial, Aix-Marseille Université (AMU) et Sarah Serval , Directrice adjointe de la Chaire A&NMT (Attractivité et Nouveau Marketing Territorial), Maître de Conférences en Sciences de Gestion, Aix-Marseille Université (AMU)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’ article original .

  • Co chevron_right

    Marseille : grande bouillabaisse étatique en vue

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Sunday, 29 August, 2021 - 02:30 · 3 minutes

Par Franky Bee.

Il aura fallu attendre la sortie d’un film pour que le cas de Marseille se rappelle soudainement au bon souvenir des politiques.

À moins d’un an de la prochaine grand-messe électorale, n’y voyez aucun lien. Sans doute, l’occasion était trop belle pour rappeler à celles et ceux qui l’ont très certainement déjà oublié, qu’ Emmanuel Macron s’était présenté en 2017 en promettant une véritable « révolution copernicienne » à l’échelle du pays. Rien que ça.

Pourtant, depuis quatre ans ce gouvernement de hauts fonctionnaires n’a semble-t-il pas fait autre chose que de se placer en bon héritier de l’ étatisme à la française : beaucoup de dépenses (quoi qu’il en coûte), aucune réforme de fond et surtout une gesticulation permanente. La routine du village gaulois en quelque sorte.

Marseille, donc. De quoi recréer l’illusion d’une révolution qui ne restera de toute façon qu’un vague concept marketing mis en avant à grand renfort de formules choc mais profondément creuses.

Peut-être qu’au passage on trouvera le moyen de faire un peu d’écologie à la parisienne, en plantant quelques potagers dans les quartiers Nord ou en y développant la fameuse mobilité douce. Et pourquoi pas imposer aussi l’écriture inclusive aux trafiquants de drogue dans ces zones de non-droit.

Mais l’humour n’est pas vraiment de mise car la cité phocéenne résume à elle seule l’échec de tout un système.

Avec une situation exceptionnelle sur le bassin méditerranéen, un climat très agréable, des paysages à couper le souffle tout autour, et enfin l’un des ports de commerce les plus influents d’Europe, Marseille avait tout pour devenir une métropole puissante et un pôle d’activité économique majeur en France.

Elle aurait pu et aurait dû se hisser au niveau d’une Rotterdam, d’une Barcelone ou même d’une Valence. Mais au lieu de ça, la ville est devenue le symbole de l’abandon par les élites d’une partie de la population française, cette frange invisible qui s’effondre sous le poids de la pauvreté, de l’hyperinflation immobilière des centres urbains, d’une Éducation nationale en pleine démission, de la violence des gangs, et enfin de la montée de l’islamisme radical.

Si Marseille est si singulière, ce n’est pas tant parce que l’OM est le seul club français à avoir remporté un certain trophée, mais bien parce qu’elle nous fait toucher du doigt les conséquences de plusieurs décennies d’inaction politique, de corruption, d’une administration tout aussi inefficace que coûteuse, et de syndicats professionnels archaïques défendant les privilèges d’une infime minorité au détriment de l’intérêt commun.

La sensation d’un immense gâchis que rien ne semble vouloir arrêter.

Et ce n’est pas parce que certains quartiers bien situés ont été boboïsés au cours des dernières années (spéculation immobilière oblige), que la situation s’est structurellement améliorée. Bien au contraire, l’écart entre populations aisées et quartiers populaires n’a jamais été aussi criant.

Heureusement, nos illusionnistes préférés s’apprêtent à ressortir les bonnes vieilles recettes habituelles : davantage de magistrats, de dépenses, plus de ceci et de cela, plus de tout et de rien, et surtout plus d’État, n’en doutez point. Le fameux chapeau des mesurettes magiques qu’on nous ressort à toutes les sauces.

Car s’il y a une chose qui a parfaitement été intégrée par l’administration française, c’est la célèbre hypothèse de la Reine Rouge : il faut que tout bouge pour que rien ne change.

Alors, on fera des annonces phares, et l’on gesticulera certainement beaucoup. Mais ne rêvez point, rien n’évoluera véritablement à Marseille. Pas plus qu’en Île-de-France ou que partout ailleurs dans le pays.

Tant que la République restera immobile, la France tombera comme un pantin sans fil.

Peuchère !

  • Co chevron_right

    Il faut des entrepreneurs au Panthéon !

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Saturday, 28 August, 2021 - 03:00 · 9 minutes

Par Claude Sicard.

La presse nous apprend qu’Emmanuel Macron vient de donner son accord à la proposition qui lui était faite de faire entrer au Panthéon la fameuse meneuse de revue des Folies Bergères dans les années 1930, Joséphine Baker .

Cette artiste de music-hall franco-américaine a été une figure de la résistance aux envahisseurs nazis durant la Seconde Guerre mondiale. Elle a été active aux côtés  du pasteur Martin Luther King dans la lutte pour les droits civiques des Afro-américains.

Une pétition qui avait recueilli plus de 30 000 signatures réclamant l’entrée au Panthéon de cette artiste très populaire lui a été présentée par Pascal Bruckner et Laurent Kupferman. Notre Président à qui seul revient aujourd’hui une telle décision n’y a vu, sans doute, qu’un avantage pour sa réélection lors de la prochaine campagne électorale en  avril 2022.

Joséphine Baker est une figure encore très populaire, à la fois pour le rôle qu’elle a joué dans la diffusion de la musique jazz en France dans les années 1930 et pour sa participation aux combats menés par la Licra, une association qui lutte contre le racisme, les discriminations et l’antisémitisme. Et elle a été décorée de la légion d’honneur, de la croix de guerre et de la médaille de la résistance.

Cette entrée de Joséphine Baker au Panthéon, aux côtés de Voltaire, Victor Hugo, Pierre et Marie Curie, est à première vue renversante.

Il y a actuellement au Panthéon 80 personnalités connues (75 hommes et cinq femmes) qui sont honorées par la nation : ce temple laïc rassemble les principales personnalités ayant marqué l’histoire de la France depuis la Révolution.

Le bâtiment est une ancienne église dédiée à Sainte Geneviève, la patronne de la ville de Paris, et porte sur son fronton la maxime suivante : « Aux  grands hommes, la patrie reconnaissante ».

Joséphine Baker, de son vrai nom Freda Josephine Mc Donald, va donc y figurer à partir du 30 novembre prochain, date de son intronisation. Elle sera la sixième femme sur la liste des panthéonistes.

Durant les premières années les révolutionnaires avaient fait entrer au Temple de la Patrie de grands penseurs comme Voltaire et Jean-Jacques Rousseau ; puis Napoléon, sous l’Empire, y nomma beaucoup de militaires ; ensuite, il y a eu des scientifiques et des hommes politiques, et sous la Cinquième République, des résistants, avec notamment Jean Moulin promu par le général de Gaulle. François  Mitterrand y a célébré avec René Cassin la défense des droits de l’Homme, et avec Jean Monnet la construction de l’Europe.

Le grand homme

François Hollande y a fait entrer quatre grands résistants, dont Geneviève de Gaulle-Anthonioz. Dans le discours qu’il prononça à cette occasion, il présenta ces figures comme des symboles illustrant parfaitement la devise de notre République.

Se pose donc la question de savoir ce que nous entendons par « Grand homme » ?

Cette notion a évolué à travers le temps et les règles de panthéonisation ont changé au gré des soubresauts de l’histoire. Cette question divise beaucoup les historiens.

Roger-Paul Droit, dans un article dans un numéro du quotidien Les Échos de mai 2015 écrit :

Les grands hommes tels que les concevaient les Lumières ont disparu. À la place de ces accoucheurs de siècles nous rencontrons aujourd’hui des existences réelles, des destins valeureux… Nous restent des étincelles d’humanité scintillant dans le maelstrom de la destruction.

Un grand homme laisse une trace dans l’histoire.

Par exemple, Alexandre le Grand a été un grand homme non pas en raison de ses conquêtes qui ont été extraordinaires mais parce qu’il a contribué de manière déterminante à la propagation de la culture hellénique, ce qui a eu une influence profonde sur le cours de l’histoire de l’Antiquité.

Ce ne fut pas le cas d’ Attila, lui aussi un grand conquérant mais certainement pas  un grand homme.

De même le Pape Grégoire, qui a été le rédacteur de la règle bénédictine et auquel est attribuée la paternité du chant grégorien, le chant liturgique ordinaire de l’Église catholique.

Dans le rapport tout à fait remarquable qu’il fit en 2018 à la demande de la ministre de la Culture, Philippe Belaval a reproché à l’action publique de s’être mal adaptée à l’évolution de la société en mutation.

Il s’indigne, écrivant :

Il n’y a pas au Panthéon d’artistes à l’exception de l’insignifiant Vien honoré par Napoléon, pas d’architecte, à part Soufflot lui-même (l’architecte qui a construit Sainte Geneviève), pas de compositeur de musique, pas d’ingénieur ni d’entrepreneur économique, des domaines dans lesquels pourtant s’est illustrée l’excellence française.

Et il fait la proposition suivante :

Il faut pour faire mieux comprendre et davantage partager les valeurs de la République dans une société menacée par le délitement rendre plus vivant le Panthéon, faire en sorte qu’il soit davantage visité, mieux connu et compris, pour que de plus  en plus nombreux soient celles et ceux qui s’approprient les valeurs de la république, des valeurs incarnées par les grandes figures qui y sont honorées.

Cet ancien président du Centre des Monuments nationaux veut donc faire du Panthéon un instrument de diffusion des valeurs de la République :

Dans le contexte de délitement du pacte républicain, ce monument doit faire en sorte que la République ne perde aucun de ses enfants. il faut leur expliquer que les difficultés qu’ils rencontrent ne doivent pas les jeter dans le désespoir et le désarroi.

Les figures honorées au Panthéon sont des exemples.

Sur le site de l’Ircom (Institut Albert le Grand) on lit :

La grandeur d’un homme peut se décliner de façons très  variées, et désigne un degré d’accomplissement, de rayonnement, de compétence selon une mesure inhabituelle.

Le Panthéon a donc bien un rôle éducatif à jouer dans notre pays.

Pour le philosophe Hegel l’œuvre d’un grand homme exerce sur les hommes, et en eux, un pouvoir auquel ils ne peuvent pas résister.

Ils sont animés par une passion :

Passionnément, ils poursuivent leur but et lui consacrent tout leur caractère, leur génie, leur tempérament. Ce qui est, en soi et pour soi, nécessaire se manifeste ici sous la forme de la passion.

Par ailleurs, dans Cours de philosophie , la philosophe Laurence Hansen-Love nous dit :

Les peuples se reconnaissent dans leurs grands hommes.

Il faut donc ne pas faire du Panthéon seulement l’instrument d’apprentissage des valeurs de la République, comme c’est par trop la tendance aujourd’hui, tendance illustrée précisément pas cette entrée inattendue de Joséphine Baker dans ce temple laïc national, mais plutôt, comme c’était sa vocation initiale, le monument qui montre aux jeunes générations ce qu’ont été les combats et les accomplissements de nos grands hommes, et ce dans les domaines les plus variés, ceci afin que les jeunes générations y trouvent une aspiration vers des destins qui soient de grands destins, des vies menées avec passion et tendues constamment vers l’accomplissement d’une œuvre utile à la nation.

Alors, devront figurer dans la liste de ces héros nationaux des noms comme ceux du capitaine Charles Étienne Sainte-Claire Deville et du lieutenant-colonel Joseph-Albert Deport , les inventeurs du fameux canon de 75 qui joua un rôle déterminant dans les combats de la Première Guerre mondiale remportée finalement par l’armée française ; ou encore celui de ce grand industriel que fut Eugène Schneider , qui en 1914 réussit à doter rapidement la France d’un complexe industriel puissant et techniquement très pointu, au Creusot, capable de rivaliser avec Krupp, un outil industriel d’excellence qui produisit les aciers avec lesquels furent fabriqués tous ces canons de 75 si utiles pour gagner la guerre. Et l’on y ajouterait des industriels comme Louis Renault , malgré le sort qu’on lui réserva à la Libération du pays, en 1945.

De telles figures ont marqué incontestablement notre histoire. Dans cette optique, pourraient être glorifiées de la même manière des figures comme celle de Marcel Dassault ou Jean-Luc Lagardère .

Des œuvres comme celles de Louis Renault, d’ André Citroën ou de Marcel Dassault ont fortement contribué à rehausser le prestige de la France et ont fourni à la collectivité des éléments de progrès et de richesse. Puisse donc le Panthéon jouer dorénavant pleinement son rôle en cessant d’omettre l’œuvre de scientifiques remarquables comme Blaise Pascal et Louis Pasteur , d’inventeurs comme Denis Papin , Philippe Lebon , Nicolas Appert , Nicolas Niepce , etc. D’entrepreneurs audacieux comme le furent en leur temps Louis Renault, André Citroën, ou plus récemment Marcel Dassault.

Et l’on pourrait citer bien d’autres noms encore, comme celui par exemple de Roland Moreno , l’inventeur génial de la carte à puce en 1974, l’un des pionniers de l’économie numérique.

L’inscription qui figure au fronton du Panthéon « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante » s’applique parfaitement à eux, tout autant qu’a cette personnalité issue du monde du spectacle louée aujourd’hui et qui entre au Panthéon. Ce sont bien de grands hommes, c’est-à-dire des personnes qui ont marqué leur temps et dont l’action a eu un caractère bénéfique pour notre pays. Chacun, dans son domaine, a fait avec passion de grandes choses.

Tous ont été tendus toute leur vie dans un effort soutenu pour accomplir avec passion une œuvre. Ils ont abouti à des résultats concrets utiles à la collectivité nationale. Ce sont donc des sources d’inspiration précieuses et leur exemple est un appel au dépassement pour les jeunes générations.

Cette proposition n’entre évidemment pas en opposition avec le souci de promouvoir les valeurs morales de notre République. Elle a pour objet de redonner sa pleine signification à la noble mission dévolue par les républicains de 1789 à ce glorieux monument qu’est le Panthéon.

  • Co chevron_right

    Covid, climat : arrêtons de tout mélanger !

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Tuesday, 24 August, 2021 - 02:50 · 12 minutes

covid climat

Entretien avec Drieu Godefridi.

Vous avez soutenu dans plusieurs articles récents qu’il faudrait éviter de confondre les dossiers du climat et de l’écologisme, d’une part, et du Covid d’autre part. Quels sont, selon vous, ces points de confusion ?

J’observe une posture intellectuelle fort répandue, parmi nos amis, consistant à considérer Covid et climat comme deux aspects d’une même réalité, celle de l’abolition progressive de nos libertés.

La principale porte d’entrée du Covid au royaume du climat réside dans le fait que dans ces deux dossiers, nos gouvernements sont amenés à prendre ou favoriser des mesures qui nient, suspendent ou érodent les libertés élémentaires : réduction de la liberté de se déplacer, contraintes de plus en plus criantes sur la liberté de s’exprimer, collectivisation de pans entiers de nos économies.

Cette identité de résultats, insistons-y d’emblée, n’est pas contestable, elle est vraie. Suffit-elle, pour autant, à considérer climat et Covid comme les deux faces d’une même réalité, celle de la réduction de la liberté au nom de l’idéologie globaliste, celle du great reset préconisée par une certaine élite auto-instituée, à Davos et ailleurs ?

Je ne le crois pas, car nous devons distinguer, dans l’histoire et notre actualité, la réduction substantielle et la réduction circonstancielle de la liberté. La réduction des libertés au nom du climat est substantielle, structurelle et se veut définitive ; la réduction des libertés au nom du Covid est circonstancielle.

Pourriez-vous nous donner un exemple de votre distinction entre réduction substantielle et réduction circonstancielle de la liberté ?

Sans entrer dans des considérations abstraites sur le thème de la liberté, rappelons que la liberté pure et entière, absolue et sans frein, cela n’existe pas, n’a jamais existé dans l’histoire des Hommes, et ne peut exister. Dans son remarquable et crépusculaire ouvrage La présomption fatale , Friedrich Hayek rappelait que le droit de propriété pur et entier, immuable et sans réserve, est une vue de l’esprit, qui ne peut se concevoir parmi les Hommes : le droit de propriété a pris et prendra mille colorations juridiques divergentes, depuis les Grecs et les Romains jusqu’à nos jours. De même, la liberté, pure en concept, doit être saisie par un système de droit, pour régner parmi les Hommes.

Or, depuis l’époque romaine, nos systèmes ont toujours comporté la possibilité de cantonner temporairement les libertés, en raison de circonstances exceptionnelles, c’est-à-dire en situation de crise grave.

Nos libertés sont si bien susceptibles de souffrir des limitations temporaires que des mécanismes à cet effet sont expressément prévus dans les ordres constitutionnels de tous les pays occidentaux.

Permettez-moi d’emprunter un exemple à l’ordre constitutionnel belge, défini par la Constitution de 1831 — apogée des constitutions libérales — toujours en vigueur. En période de crise, la Constitution belge prévoit que l’exécutif est susceptible de bénéficier d’une extension de ses pouvoirs. Concrètement, le gouvernement est habilité, durant cette crise, à modifier les lois en vigueur, sans passer par le Parlement.

Cette habilitation est limitée en substance et dans le temps.

En substance, les matières dans lesquelles le gouvernement intervient par des arrêtés royaux dits de pouvoirs spéciaux, ayant force de loi, sont en nombre limité.

Dans le temps, généralement un an, les pouvoirs spéciaux investissent le gouvernement d’une manière de pleins pouvoirs, car se trouvent réunies entre ses mains, durant la période considérée, les deux principales fonctions du pouvoir au sens étatique : l’exécutif et le législatif.

Aucune discussion parlementaire contraignante ne précède les mesures décrétées par le gouvernement en pouvoirs spéciaux. Le Parlement est réduit au rôle de spectateur. Cette concentration du pouvoir, temporaire et révocable, est la négation d’un aspect important de la liberté, soit la liberté au sens politique, et est totale : durant une période limitée mais pour le tout, le citoyen est privé de l’effectivité de sa représentation parlementaire. Le gouvernent décide seul et ne rend des comptes qu’à la sortie de la période des pouvoirs spéciaux.

Cet exemple nous rappelle que des réductions circonstancielles de la liberté ont toujours existé et qu’elles sont problématiques, mais inévitables, aussi vrai que certaines formes aiguës de crise requièrent la rapidité dans l’action, et non la délibération. Les Grecs le savaient, les Romains l’avaient intégré, de même l’intégralité de la tradition du Rechtsstaat , état de droit, rule of law , constitutionnalisme américain. Nier la pertinence de ces réductions circonstancielles de la liberté revient à adhérer à une idée de la liberté aussi pure en concept qu’inopérante dans le monde réel.

Qu’est-ce qui a fait naître cette confusion entre réduction substantielle et réduction circonstancielle de la liberté, à votre avis ?

En Occident, la liberté est actuellement en état de siège, et l’est doublement.

D’abord par l’effet de l’idéologie écologiste. Si le CO2 humain est le problème — mantra de l’écologisme contemporain — alors l’Homme est le problème, dans chacune de ses activités sans la moindre exception. On a longtemps abusé les gens en leur faisant accroire que le seul CO2 criminel est celui que produit l’industrie, ce qui était d’une certaine façon rassurant pour le commun des mortels. Rien n’est plus faux et il n’est que de parcourir un rapport du GIEC pour s’en convaincre : parvenir à la neutralité carbone suppose de réduire drastiquement la liberté de l’Homme dans toutes les sphères de l’activité : manger, se déplacer, entreprendre, voyager, mode de déplacement, industrie, bâtiments, systèmes de chauffage, fonder une famille, soigner les personnes âgées. C’est ce que j’ai nommé l’algorithme totalitaire de l’idéologie écologiste : par définition, rien ne lui échappe. Aucun totalitarisme n’avait ambitionné une mainmise aussi complète et intégrale sur l’Homme.

Deuxième phénomène : nos sociétés sont collectivisées (au sens de ce qu’on nomme en allemand Sozialisierung , qui est un processus) par l’effet de la dépense publique, plus précisément l’endettement. Nos États se financent de deux manières, quel que soit l’habillage verbal qu’on leur donne : par l’impôt sur les actifs, et par l’impôt sur les futurs actifs. La dette publique est, en toute rigueur — ce n’est pas une image — un impôt sur les futurs actifs : nos enfants, les enfants de nos enfants. Or, nos enfants ne votent pas et ne sont en aucune façon représentés : des cibles faciles et même idéales pour des gouvernements en manque structurel et permanent de fonds.

Évitons l’opposition facile et déresponsabilisante entre des États qui seraient devenus fous — tels Cronos dévorant ses enfants — et des populations-victimes : cette fuite en avant de nos gouvernements ne serait pas possible sans l’aval de nos populations. Il est plaidable que cette fuite répond aux attentes, expresses (vote) ou implicites, de nos concitoyens. Pour dire les choses crûment, rares sont les secteurs non seulement économiques, mais de l’activité en général, qui ne vont pas à la soupe du financement public. Le résultat de cet intéressant phénomène est que, finançant tout, l’État se trouve légitime à tout réglementer, ce qu’il fait en effet, sur le modèle françaissouvent s’inspirant de l’idéologie politique écologiste.

Pourquoi pourrait-on être tentés de ramener climat et Covid dans un même ensemble ?

Parce que les forces liberticides à l’œuvre dans nos États sont tentées de mettre la crise du Covid à profit pour forcer les tendances déjà présentes dans nos sociétés : reconstruire mieux dans un sens écologiste, pérenniser la réduction des libertés, poursuivre et accroître la fuite en avant de la finance publique.

Toutefois, cette confusion se fait au prix de la négation de la monstrueuse spécificité de la crise du Covid, qui répond à des motifs tout aussi préoccupants mais radicalement distincts de la dérive des gouvernements en Occident. Que l’on s’en tienne aux faits avérés, on verra que le Covid est une peste jetée sur le monde par le régime totalitaire chinois, par la suite d’expériences aberrantes consistant à accroître la transmissibilité humaine d’un virus naturel — à le rendre aussi contagieux que possible : mission accomplie — virus dont le gouvernement chinois a contesté la réalité, ensuite la transmissibilité humaine, pendant de précieuses semaines qui auraient permis d’en cantonner l’empire mondial. Ce faisant, le régime génocidaire de Beijing a perpétré un crime contre l’humanité au sens le plus descriptif de l’expression, qui a fait 4,5 millions de morts — souvent dans des conditions atroces — et des dizaines de millions de malades qui en conserveront des séquelles souvent handicapantes.

Ramener le Covid, par ethnocentrisme naïf, à sa seule gestion par les gouvernements occidentaux, conduit à manquer ce qui fait l’essence de la crise Covid : le crime du régime communiste chinois. Ce crime est une réalité, le virus qui en est né est une réalité. Que des mesures devaient être prises — et l’ont été par l’intégralité des pays de la planète, sans la moindre exception — pour enrayer la contagion exponentielle jusqu’à la venue des vaccins, en est une autre.

Comment mettre un terme à cette confusion ?

« Nos démocraties sont fatiguées, corrompues, liberticides ; à maints égards, elles ont fait leur temps ; tandis que se lève à l’Est le régime du futur, qui excelle dans la technologie et qui a la capacité de privilégier le long terme, car il n’a aucun compte à rendre à des citoyens obsédés par le court terme. »

Ce discours est celui que tenait une certaine intelligentsia en Europe occidentale durant les années trente. Le modèle, à l’Est, était l’Allemagne hitlérienne. La mémoire s’étant raccourcie en raison et proportion de l’effondrement de l’enseignement de l’histoire dans nos écoles, on oublie que dans les années trente, l’Allemagne hitlérienne était largement admirée , notamment en raison de ses prouesses technologiques (le pays de la technologie triomphante, à l’époque, était l’Allemagne, au moins autant que les États-Unis)

Substituez à l’Allemagne nazie la Chine communiste et vous entendrez le discours d’une partie de nos élites. Des intellectuels autour de moi, pas nécessairement hostiles à nos idées, me tiennent régulièrement des discours du type « Certes, la Chine n’est pas une démocratie. Mais c’est un pays gérés par des ingénieurs, les ingénieurs sont au pouvoir en Chine. Par conséquent, ils réussiront là où nous échouons. »

Ce discours n’est pas seulement d’une naïveté confondante, il est authentiquement sot, car la science dure par essence n’a rien à dire sur le gouvernement des Hommes. Quand des ingénieurs sont au pouvoir, ils ne le sont jamais comme ingénieurs, mais comme gouvernants donnant le primat à des valeurs et politiques qui sont du royaume du devoir-être, soit l’antithèse parfaite de la science (domaine de l’être).

L’idéologie gouverne, la science, jamais. La science n’est pas au pouvoir en Chine et ne peut l’être. Est au pouvoir en Chine une idéologie totalitaire qui considère l’individu comme simple variable d’ajustement, néant de droit, sorte de mal nécessaire. Déplorer les mesures prises par nos gouvernements face au Covid sans rien dire du crime de la Chine communiste, revient à taxer le Premier ministre Churchill d’autoritarisme sans rien dire de la menace que représentait l’Allemagne nazie.

Les dossiers du crime contre l’humanité perpétré par le régime totalitaire chinois — le Covid — et de l’écologisme sont radicalement distincts, même si le premier est mis à profit pour accentuer les tendances et revendications du second. Nous devons retrouver le sens de l’impératif cartésien : pour passer d’une idée confuse et obscure à une idée claire et distincte, s’imposer de séparer le jugement de la perception.

À propos de l’écologisme, le rapport du GIEC cette année est une fois de plus alarmiste. Qu’en penser réellement ? Les objectifs sont-ils réalistes ?

Le rapport qui vient d’être publié est la première partie de l’AR6, sixième rapport général du GIEC, soit l’état de la science du climat. Il ne fixe aucun objectif en tant que tel. Pour cela, il faudra attendre la parution de la deuxième partie (impacts pour l’Homme) et surtout la troisième partie, la plus intégralement politique, celle qui détaille les mesures à prendre pour limiter l’impact négatif des changements climatiques observés.

Je ne suis pas physicien et me suis toujours gardé de tenir le moindre propos ni parole publique sur la science du climat en tant que telle.

Ce que je sais en revanche est que :

  • le GIEC est une organisation purement politique et non scientifique comme il le prétend.
  • le réchauffement actuel est une réalité, chiffrée, soit un degré depuis le début de l’ère industrielle, données non contestées par le GIEC.
  • le rôle de l’Homme dans ce réchauffement pour l’heure extrêmement limité et modeste à l’échelle de l’histoire de la Terre est plausible mais ne relève en rien d’une certitude au sens scientifique et poppérien de l’expression (réalité qui n’est pas davantage contestée par le GIEC, lequel s’exprime en termes purement probabilistes).

Le climat est une réalité complexe et intéressante qui mérite une approche nuancée et modérée. Je déplore l’extrême politisation de ce dossier, qui favorise le fanatisme écologiste.

Un mot de conclusion ?

La liberté est un combat recommencé par chaque génération. Soyons braves et montrons-nous à la hauteur de nos glorieux devanciers. La liberté est le sel et la spécificité de l’incroyablement féconde civilisation occidentale. Elle est la condition de la morale (Kant). La liberté est ce qui fait de nous des Hommes. Nous la servons en usant de notre faculté de raisonner, distinguant des réalités — Covid et climat — par essence hétérogènes.

  • Co chevron_right

    Critical race theory : le marxisme empoisonne encore plus les relations raciales

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Monday, 23 August, 2021 - 07:20 · 3 minutes

critical race theory

Par Pierre-Guy Veer.

De l’esclavage aux lois Jim Crow, en passant par la guerre à la drogue et de multiples autres lois, il ne fait pas de doute que le racisme a eu une influence durable sur les États-Unis. Il est certes important de l’enseigner pour rappeler les nombreuses injustices – pensons au massacre de Tulsa , qui n’a que récemment été « redécouvert » – afin d’en éviter d’autres.

Mais ce n’est pas en utilisant le spectre déformant de la novlangue woke que la situation va s’améliorer. C’est exactement ce que propose la « critical race theory », dont le débat sur son enseignement fait présentement rage.

Les plus futés auront immédiatement repéré en quoi consiste cette théorie bidon : le marxisme. En fait, on ne s’en cache même pas; le premier résultat de recherche sur Duck Duck Go (au 22 août) affirme qu’il s’agit d’un « embranchement du marxisme européen… qui cherche à faire le lien entre race, racisme et pouvoir. »

Et n’en déplaise aux vérificateurs de « faits » comme Snopes , il s’agit effectivement d’un moyen détourné pour blâmer les blancs sur tout. En entrevue dans l’article mis en lien, une « experte » sur le sujet affirme que « le vol du travail et le vol des terres » fut la base de la fondation des États-Unis. Et comme les gens au pouvoir étaient exclusivement blancs, ça ne prend pas la tête à Papineau pour faire le lien.

Critical race theory : une réalité subjective

CRT fait partie d’un mouvement récent de révisionnisme historique visant à banaliser le racisme anti-blanc à grande échelle. Il y a quelques années, le 1619 Project visait à devancer la fondation des États-Unis aux débuts de la colonisation – et donc avec l’arrivée d’esclaves.

Plusieurs historiens se sont objectés à cette déformation patente de la réalité et ont questionné l’attribution d’un prix Pulitzer. Mais l’auteure, Nicole Hannah-Jones, n’avait que faire de la réalité; elle a explicitement dit que son projet jetait l’objectivité par la fenêtre. Il ne faudrait pas s’en surprendre, elle qui affirme qu’il n’y a pas de racisme à Cuba grâce au socialisme.

Attendez, vous n’avez encore rien vu! CRT est tellement englobant que l’on veut maintenant dépeindre les mathématiques et les sciences appliquées comme racistes . Après tout, elles se fient à des faits objectifs, reproductibles et observables. Si les non-blancs ne performent pas aussi bien dans ces sujets, c’est « évidemment » à cause d’un racisme systémique.

Mais le plus enrageant au sujet de la CRT est que les syndicats de l’enseignement veulent le rentrer dans la gorge des étudiants en secret . Un puissant syndicat de l’enseignement a poursuivi une mère, qui voulait simplement savoir si on enseignait la CRT à sa fille, affirmant que le personnel serait harcelé si l’information sortait au grand jour. Ce même syndicat avait pourtant juré ne pas enseigner cette théorie bâtarde.

Le syndicat peut évidemment compter sur ses alliés des médias, qui dépeignent les opposants à la CRT comme une crise imaginaire fabriquée de toute pièce , feignant même qu’il n’existe pas de standards sur ce que c’est. C’est évidemment financé via des fonds obscurs…

Mais alors, pourquoi des Noirs s’opposent à cette pseudo théorie? Et pourquoi les partisans de la CRT sont incapables de définir le racisme sans tourner en rond ?

Bref, la CRT n’est qu’une énième tentative de blâmer « les blancs » pour tous les maux affligeants presque toutes les autres races. Oui, plusieurs minorités ethniques ont été explicitement et légalement discriminées. Mais ce n’est pas via une séance d’autoflagellation ou des réparations que la situation va s’améliorer.

Par ailleurs, suis-je le seul à trouver qu’il ne faudrait que changer « blanc » pour *une certaine religion* pour revoir le pire de ce que l’humanité a fait?

  • Co chevron_right

    Les canicules d’avant la canicule au cours du XXe siècle

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Friday, 13 August, 2021 - 02:30 · 6 minutes

canicule

Par Jo Moreau.
Un article de Belgotopia

Nous sommes abreuvés d’avertissements affolés devant l’épouvantable canicule qui nous attend la semaine prochaine, alimentée par notre inaction devant le thermostat climatique, pourtant dénoncée par notre future doctoresse honoris causa et ses suiveuses.

Je me suis penché sur quelques précédents météorologiques survenus au XXe siècle, dont le début est caractérisé par une succession d’étés chauds et secs, et je vous en livre quelques exemples spectaculaires ici.

Anno 1900

Janvier est doux et printanier. Février connait un véritable ouragan sur toute la France, avec des vents atteignant 180 km/h.

Le mois de juillet est le plus chaud à Paris depuis 1859. Longue période de fortes chaleurs avec des températures atteignant 40 degrés à Châteaudun. Paris manque d’eau.

Londres : on relève des cas d’insolation.

Cette période sera suivie de violents orages.

Plusieurs tornades en Belgique.

En octobre, nouvel épisode de chaleur exceptionnelle à Paris. Le 26 octobre inondations en Angleterre. Violentes tempêtes en Angleterre les 20, 27, 29 décembre et grandes inondations le 31 décembre.

Anno 1911

L’été a été si sec en juillet et août qu’en Flandre, des centaines de personnes font la queue avec des seaux devant les fontaines publiques. En France, juillet août et septembre sont très chauds et les températures dépassent fréquemment 35°. On dénombra 40 000 morts dus à cette canicule, aussi bien des personnes âgées que des enfants en bas âge. Les premières vraies averses de pluie surviennent le 20 septembre.

La canicule a également sévi en Angleterre.

En septembre, violente tempête sur la côte belge.

Anno 1921

Après la sécheresse qui a commencé à l’automne 1920, le 1er janvier 1921 la vague de douceur se poursuit : 19,4° à Bordeaux, 16,5° à Châteauroux, et s’aggrave en février. Mars et avril sont toujours exceptionnellement secs et ensoleillés.

Du 14 au 17 avril, il neige fréquemment sur presque toute la France – un orage déverse 20 cm de grêle sur le Languedoc dans la soirée du 14 avril.

En juin, la sécheresse devient dramatique, aucune goutte de pluie n’est observée dans l’Oise, la Somme et le Languedoc-Roussillon ; à Paris, c’est le mois de juin le plus sec depuis 1810, une vague de chaleur exceptionnelle se produit entre le 24 et le 28 juin ; le 28 juin, un orage de grêle ravage les Deux-Sèvres avec des grêlons de 125 grammes.

Un été caniculaire s’abat sur la Lorraine. Le déficit de pluie atteint des records. Les récoltes s’annoncent faibles ; les prés, pâturages et parcs sont « grillés » comme les arbres qui « se laissent déplumer » par le vent brûlant.

Juillet reste extrêmement sec, absolument sans pluie dans la Beauce, le pays de Caux et la Picardie ; du 22 mai au 11 juillet, il ne tombe que 2 mm à Paris.

Cette sécheresse concerne également les Pays-Bas et l’Angleterre (le débit de la Tamise est réduit au 1/10eme de la moyenne) – La sécheresse perdure en Angleterre. On y dénombre de nombreux décès dus à la chaleur. Record de chaleur depuis 40 ans.

Aux USA, les températures élevées perdurent depuis août 1920, avec des températures mensuelles supérieures de 3,4° (F) supérieures à la moyenne. Le mois de mars vit une température supérieure à 10,8° (F)

Le 13 juillet, on observe également une chaleur torride et un maximum de 44,8° aurait été mesuré à Bourg  (il s’agit de la valeur non officielle la plus élevée mesurée à l’ombre, en France). Le vent déclenche des incendies en Champagne et le village de Loisy-sur-Marne est totalement détruit.

La vague de chaleur atteint son maximum les 28 et 29 juillet où l’on mesure des températures supérieures à 38° sur les trois quarts de la France (40 à 42° à Vesoul, Besançon, Albertville, Bourg en Bresse et Moulin)

Le 29 juillet, véritable « sirocco » en Lorraine. Les fils téléphoniques sont distendus par la chaleur.

En août, la grande sécheresse en Europe, combinée avec des températures élevées, est la cause d’une fonte rapide des glaciers alpins.

Le déficit de pluie atteint des records. Début août, les mirabelles se font rares et comme la terre des jardins des maraîchers est brûlée, les légumes « ont pour ainsi dire disparu. Un pied de salade très dure se paie à des prix inconnus. On n’arrive presque plus à obtenir le bouquet nécessaire au pot-au-feu » , peut-on lire dans les comptes-rendus de l’époque. Les prés, pâturages et parcs sont « grillés » comme les arbres qui « se laissent déplumer » par le vent brûlant.

Octobre est le plus chaud et le plus sec depuis 1757. Une vague de chaleur exceptionnelle se produit du 1er au 20 octobre. Au cours de la première semaine, les températures dépassent partout les 30° -le 5 octobre, on atteint même 36° dans les Basses Pyrénées.

Le 4 novembre 1921 voit enfin le retour de la pluie, mettant fin à la sécheresse mais le beau temps dominera pratiquement jusqu’à Noël.

Après qu’un véritable ouragan ait balayé les Flandres et toute la Belgique dans la journée du 7 novembre, de l’air glacial envahit tout le pays entre le 11 et le 14 novembre

Du 4 au 7 décembre, les gelées restent très fortes. Les 28 et 29 décembre, sont à l’inverse très doux, les températures dépassent 15° sur presque tout le pays.

L’année 1921 aura été la plus chaude et la plus sèche à Paris depuis le début des observations météo (1851) ; au total, il ne tombe que 270 mm d’eau contre 625 mm en moyenne. L’insolation fut également très élevée avec 2314 h de soleil contre 1650 h en moyenne.

Anno 1934

USA : pratiquement l’ensemble du pays subit une sécheresse sévère. En juin, on relève des températures supérieures à 100°F (38°C)dans 48 États. Le Texas, l’Oklahoma et le Kansas sont l’objet d’une véritable  catastrophe, qui provoque l’exode majoritairement définitif de 3 millions d’habitants vers des cieux plus cléments.

Chine : vague de chaleur inhabituelle. Dans certains endroits, on relève des températures de 40 à 45° entraînant de nombreux décès. Les récoltes sont ruinées.

Japon : 4000 morts dans un typhon apocalyptique.

France : vague de chaleur torride et sécheresse au printemps et en été. Mi-avril, la température atteint près de 30°. Mi-septembre, 36° à Clermont-Ferrand. En décembre, la température moyenne est supérieure de 5° à la normale.

Australie : sécheresse catastrophique, la majorité des forêts sont détruites.

Afrique du Sud : sécheresse sur tout le pays. Mort d’environ 10 millions de moutons.

Belgique : tornade dans la région du Centre. Plusieurs maisons détruites à Binche, où un train déraille, soufflé par les rafales.

Je vous épargne les années ultérieures, dont plusieurs ne furent pas tristes non plus !

Article initialement publié en juin 2019.

Sur le web

  • Co chevron_right

    Entretien avec Peggy Sastre : « C’est bien l’étiquette féministe qui dérange aujourd’hui »

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Thursday, 12 August, 2021 - 02:45 · 6 minutes

féminisme

Par la rédaction de Contrepoints.

La rédaction de Contrepoints s’est entretenue avec Peggy Sastre. Elle est docteur en philosophie des sciences, spécialiste de Nietzsche et de Darwin. Ses travaux s’orientent principalement autour d’une lecture biologique des questions sexuelles. Elle a notamment signé Ex utero – pour en finir avec le féminisme (2009, La Musardine) ainsi que La domination masculine n’existe pas (2015, Éditions Anne Carrière).

Un article du journal Le Parisien titrait il y a quelques jours « Mort de Gisèle Halimi : la voix des femmes s’est tue ». Alors, la voix des femmes s’est-elle réellement tue ? Nous avons posé trois questions à Peggy Sastre à propos de sa vision du féminisme d’aujourd’hui.

Peut-on dire que la voix des femmes s’est tue ? N’est-ce pas sous-estimer l’extrême richesse de la pensée féministe ?

Le titre de l’article « La voix des femmes » parle de Gisèle Halimi, pas de la voix des femmes en général. Cependant, il y a dans l’article une imprécision qui rejoint ce que vous mentionnez.

C’est lorsqu’il est écrit « à l’heure où disparaît Gisèle Halimi, le féminisme est sous le feu des critiques » .

Premièrement, c’est confondre LE féminisme avec effectivement la pluralité des voix féminines qui aujourd’hui se font entendre et s’engagent pour l’égalité des droits entre les sexes. C’était l’un des objets de mon premier livre, Ex Utero , sous-titré « pour en finir avec le féminisme » , comme dans « pour en finir avec le féminisme au singulier, l’idée que le féminisme serait univoque et avec les expressions du féminisme qui se prennent pour les seules et uniques garantes de la doctrine » . Le féminisme est aujourd’hui assez développé pour compter des tas de voix différentes et souvent très discordantes en son sein, et c’est très bien comme ça.

Deuxièmement, c’est assimiler les expressions féministes les plus médiatiques (et, ceci explique cela, les plus radicales et fanatiques) avec le degré de pénétration des idées féministes dans la société. Depuis des années, des chercheurs sondent régulièrement les populations occidentales en leur posant deux types de questions.

La première « Êtes-vous féministe ? ». Ici, on tombe sur environ 15 % de la population qui répond par l’affirmative, et la proportion diminue effectivement ces dernières années, en particulier dans les plus jeunes générations.

La seconde « Est-ce que vous êtes favorable à l’égalité des hommes et des femmes dans la société ». Là, les pourcentages s’inversent complètement et on tombe sur environ 85 % de oui, 15 % de non.

Ce qui signifie que c’est bien l’étiquette féministe qui dérange aujourd’hui, bien plus que ce que le féminisme veut dire, dans son acception la plus commune. Il y a sans doute énormément de raisons à ce décalage, mais il me semble que le caractère épouvantail de certaines des féministes aujourd’hui les plus médiatiques y joue pour beaucoup.

Les gens « normaux » sont dégoûtés du féminisme tel que ces personnes le représentent, mais pas du féminisme en tant qu’une force d’avancées et de paix sociales parmi les plus puissantes de ces 200 dernières années.

Pourquoi, d’après vous, certains médias donnent l’impression que ces voix des femmes ne sont pas entendues ?

Parce que l’écosystème médiatique est ainsi fait qu’il n’y a généralement pas de place pour la véritable pensée, c’est-à-dire celle qui n’entre pas facilement dans une case, et encore moins sur la pancarte d’un slogan de manif.

Cela vaut malheureusement pour à peu près tout. Beaucoup de médias, notamment les audiovisuels et les chaînes d’info en continu, ont besoin de punchlines , de contenus simples, de trucs faciles à tronquer et à poster sur les réseaux sociaux pour en faire des contenus viraux.

Ce n’est pas ma guerre, comme disait Rambo. Je fais un pari sur l’intelligence des gens en général et de mes lecteurs en particulier : je ne vais pas vous prendre par la main, je ne vais pas vous brosser dans le sens du poil mais, je vous assure, vous ne serez pas déçus du voyage. Je travaille sur et pour le temps long, ce n’est pas ce que beaucoup de médias vendent.

En outre, ce problème de marginalisation de la dissidence est aussi dû à la pratique médiatique des représentants d’un féminisme qui se veut et se croit hégémonique.

J’ai (relativement) souvent été désinvitée de plateaux ou de conférences parce que les autres invités ne voulaient pas apparaître en ma compagnie, certains en faisant même de grosses colères. De mon côté, jamais je ne demande qui sera invité avec moi, à part au tout dernier moment pour me préparer un tantinet. Mais jamais je ne fais dans le « c’est eux ou moi » .

Sauf que c’est aussi ainsi qu’on occupe le terrain médiatique et qu’on fait croire à une position majoritaire : en ostracisant les multiples minorités qui ont l’outrecuidance de vous contredire.

Enfin, une question plus générale, qu’est-ce que le féminisme doit défendre aujourd’hui ?

Les idées qui changent le monde suivent souvent une évolution en trois temps.

Il y a d’abord l’apparition. À ce stade, l’idée est socialement « contre-nature » (comme pouvait l’être l’anti-racisme au temps de l’esclavage ou le féminisme à la fin du XIXe siècle) et rencontre une très forte et violente opposition dans la population.

Ensuite, vient le temps de la maturation et la diffusion, quand l’idée séduit de plus en plus de monde, jusqu’à gagner sa naturalité culturelle. À ce stade, la monstruosité est désormais chez ceux qui s’y opposent.

Puis vient le temps de la dégénérescence et de la rétractation. L’idée coule de source, elle n’a plus rien de séditieux et les activistes qui ont souvent un intérêt proprement économique à ce qu’elle garde son côté frondeur – c’est la célèbre formule du philosophe américain Eric Hoffer : « toutes les grandes causes commencent en mouvement, deviennent un business et finissent en racket » – sont obligés de lui trouver des expressions de plus en plus artificielles, dans le mauvais sens du terme, et risquer ainsi de s’aliéner de nouveau une proportion croissante de la population. Nous en sommes là avec LE féminisme.

À mon sens, tous les grands combats ont été gagnés et il n’en reste qu’un : l’obtention de droits égaux pour les personnes faisant commerce de services sexuels. Il est là, le lumpenproletariat de notre siècle.

Que les revendications des prostituées et, plus généralement, des travailleurs du sexe, soient aussi méprisées par les féministes dominantes en dit long de l’hypocrisie et finalement sur la superficialité de leurs engagements.

Il y a là une confusion patente entre féminisme et autoritarisme moral. Ce ne sera jamais mon féminisme.

Le dernier ouvrage de Peggy Sastre, La haine orpheline , est disponible ici .

Un entretien publié initialement le 6 août 2020.

  • Co chevron_right

    Covid : comment l’irrationalité s’est emparée de nos sociétés

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Wednesday, 11 August, 2021 - 03:15 · 23 minutes

covid

Par Samuel Fitoussi.

Face au covid, il existe un dilemme fondamental entre liberté et santé , entre la sévérité des restrictions et le nombre de vies sauvées. Le rôle des pouvoirs publics est de trouver le bon compromis, à la faveur d’analyses coûts-bénéfices.

Or, depuis dix-huit mois, un certain nombre de biais et d’erreurs systématiques de raisonnement faussent la rationalité des décisions et favorisent la mise en place de restrictions excessives.

Le texte qui suit est une application des travaux de psychologie cognitive au cas de la gestion de l’épidémie.

Le biais d’ancrage

29 janvier 2020. Donald Trump annonce la suspension de tous les vols en provenance de la Chine. La décision est condamnée unanimement : on trouve choquant qu’un homme bafoue avec tant de légèreté la liberté de voyager de millions de personnes.

En juillet 2021, Joe Biden annonce que tout voyageur – même vacciné – provenant de Chine, du Royaume-Uni, d’Irlande, du Brésil, d’Afrique du Sud, d’Inde, d’Iran et de n’importe quel pays membre de l’Union européenne, se verra refuser l’entrée sur le sol américain. Aucune condamnation.

Que s’est-il passé entretemps ?

Dans un magasin, si le premier t-shirt que vous voyez coûte 9 euros, le second à 25 euros vous paraîtra cher. Si le premier t-shirt coûte 50 euros, le second à 25 euros vous paraîtra bon marché.

C’est le biais d’ancrage, mis en lumière pour la première fois en 1974 par Daniel Kahneman et Amos Tversky, psychologues israéliens. Une première information vous fournit un référentiel arbitraire en fonction duquel vous raisonnez ensuite.

Au printemps 2020, face à une situation d’urgence absolue – hôpitaux débordés, pénuries d’équipements et de tests, méconnaissance du virus – la plupart des pays occidentaux se tournent vers une solution de dernier recours : le confinement . Survenu très tôt dans la crise, le confinement crée ce référentiel, ce cadre cognitif par lequel nous évaluons depuis toutes les autres restrictions.

À l’annonce de chaque nouvelle mesure, nous nous souvenons que nous avons accepté pire et en concluons que la nouvelle mesure (restrictions de voyages, couvre-feux à 21 heures, à 20 heures, à 19 heures, à 18 heures, masque à l’extérieur, QR codes pour s’assoir en terrasse) est acceptable.

Et donc, pour en revenir aux États-Unis : en comparaison avec l’interdiction de dépasser les frontières de nos appartements, l’interdiction de franchir certaines frontières nationales nous paraît être un non-évènement.

Le biais d’action

Évoqué pour la première fois par les économistes Richard Patt et Anthony Zeckhauser en 2000, le biais d’action désigne la croyance – plutôt logique en apparence – que face à un problème, il est toujours préférable d’agir que de ne pas agir. Le biais explique par exemple pourquoi l’homéopathie plait tant pour soigner des petits maux et pourquoi au football, les gardiens choisissent presque toujours, face à un penalty, de plonger plutôt que de rester au milieu, solution qui leur offrirait pourtant une meilleure chance d’arrêter le ballon.

En janvier 2021, lorsque le gouvernement décale le couvre-feu de 19 heures à 18 heures, l’impact sanitaire est probablement nul (voire négatif puisque l’on incite aux rassemblements intérieurs) mais au moins, on ne reste pas les bras croisés.

En juillet 2021, les maires ou préfets qui rétablissent l’obligation du port du masque en extérieur ne sauvent aucune vie mais peuvent mieux se regarder dans la glace : ils agissent.

Dans les deux cas, la perte de bien-être pour les Français est en revanche bien réelle. On peut se demander combien de restrictions, depuis 18 mois, répondent uniquement au besoin instinctif de « faire quelque chose ».

Le biais d’action explique aussi pourquoi le principe de précaution est toujours évoqué de manière asymétrique. On entend que par précaution, il faut confiner 66 millions de personnes six semaines (agir) car on connait mal la maladie, alors qu’on entend moins que par précaution il ne faut pas confiner 66 millions de personnes six semaines (ne pas agir) car on connait mal les effets du confinement.

Le biais d’illusion de contrôle

Théorisé par Ellen Langer, psychologue américaine, ce biais désigne notre tendance à sous-estimer l’importance des facteurs externes et à surestimer l’importance des facteurs internes, à n’expliquer une situation donnée que par des causes sur lesquelles on possède un levier d’action.

Pendant les périodes de sécheresse, certaines tribus sacrifiaient des enfants pour apaiser les dieux. Si la sécheresse prenait fin, c’était grâce au sacrifice, sinon il fallait sacrifier d’autres enfants. Au bout d’un moment, la situation finissait toujours par s’améliorer, validant la stratégie des chefs de tribu.

En France depuis 18 mois, quand les courbes descendent c’est grâce aux restrictions, quand elles montent c’est parce qu’on n’a pas assez restreint.

C’est le biais d’action qui encourage la tribu à sacrifier des enfants, c’est le biais d’illusion de contrôle qui conduit à s’en féliciter. C’est le biais d’action qui nous encourage à fermer les remontées mécaniques , c’est le biais d’illusion de contrôle qui nous conduit à nous en féliciter.

Le biais d’insensibilité aux ordres de grandeur

En 1992, William Desvousges, économiste américain, demande à trois groupes de participants combien chacun serait prêt à payer pour sauver un certain nombre d’oiseaux de la noyade.

Résultat : les participants qui peuvent sauver 20 000 oiseaux souhaitent payer moins (78 dollars) que ceux qui peuvent en sauver 2000 (80 dollars), tandis que ceux qui peuvent en sauver 200 000 ne donnent que 88 dollars. Conclusion : l’importance que nous accordons à un problème n’est quasiment pas affectée par le nombre de personnes que le problème affecte.

Daniel Kahneman – lauréat du prix Nobel d’économie en 2002 pour ses travaux sur les biais cognitifs – donne l’explication suivante : puisqu’il est impossible de se représenter un très grand nombre d’éléments, nous réduisons le problème à une seule image mentale, un prototype . Pour évaluer la souffrance de 2000 ou de 200 000 oiseaux, les participants imaginent un oiseau se débattant dans l’eau – image indépendante du nombre d’oiseaux concernés.

Lorsque l’on cherche à estimer ce qui est plus grave entre, par exemple, 5000 morts supplémentaires du covid ou l’instauration du port du masque obligatoire dans les écoles , on imagine, d’un côté, une personne âgée en détresse respiratoire et de l’autre, un écolier masqué. La première image étant infiniment plus dramatique que la seconde, on en conclut que la seconde option est préférable à la première. Le fait qu’ils soient 5000 à être concernés par la première et 12,9 millions par la seconde n’entre pas en considération.

Le biais d’insensibilité à la durée

En 1993, Kahneman diffuse à des sujets plusieurs vidéos désagréables, d’intensités et de longueurs variables. Il leur demande ensuite de classer les vidéos des plus déplaisantes aux plus plaisantes. L’unique facteur qui influence le classement : l’intensité des images. La longueur de la vidéo ne joue aucun rôle. C’est le biais d’insensibilité à la durée : nous jugeons la valeur d’une expérience en fonction du plaisir moyen qu’elle nous apporte sans égard pour le temps qu’elle dure et donc pour la somme de bien-être ou de mal-être qu’elle nous fournit.

En octobre 2020, lorsque le gouvernement choisit de mettre en place un couvre-feu , il est prévu qu’il durera six semaines. Au fil des mois, alors que le couvre-feu ne cesse d’être reconduit, presque tous ceux qui approuvaient sa mise en place le 17 octobre continuent d’approuver sa reconduction, comme si le prolongement de la mesure dans le temps n’exerçait aucune influence sur sa balance coût-bénéfice.

Nous succombons au biais d’insensibilité à la durée : nous jugeons « le couvre-feu », pas « un couvre-feu d’une durée de… ». Le processus mental à l’œuvre est semblable à celui du biais précédent : qu’il s’agisse d’un couvre-feu de six semaines ou de huit mois, l’image mentale que nous utilisons pour estimer son coût est la même : une soirée moyenne sous couvre-feu.

Le biais de victoire des positions les moins coûteuses socialement

Il a imposé l’idée que la saturation des réanimations avait un coût infini.

En mars 2020, il est décidé que nous n’accepterons pas la saturation des réanimations et les désastres qu’elle impliquerait (décès, tri des patients, déprogrammations, soignants exténués, chaos…). Sauf qu’à ce stade, nous croyons que l’alternative à la saturation des réanimations est un confinement de un mois, pas trois confinements et 8 mois de couvre-feux. Peu importe, nous ne remettrons plus jamais en cause l’idée que la non-saturation des réanimations doit être la ligne rouge guidant les politiques publiques et acceptons donc l’hypothèse implicite suivante : la saturation des réanimations possède un coût infini.

Pourquoi cette hypothèse s’est-elle imposée comme une évidence ?

Octobre 2020. Arguez qu’il faut re-confiner le pays, on risque de vous rétorquer que vous ne savez pas mener d’analyse coût-bénéfice. Arguez qu’on peut accepter la saturation des réanimations, on risque de vous traiter d’égoïste sans âme.

Une des deux positions plus coûteuse socialement est donc moins exprimée. Puisque notre cerveau associe les idées beaucoup répétées avec ce qui est vrai (biais de vérité illusoire) la seconde position perd des adhérents, elle est repoussée à la marge du débat. Il devient donc de plus en plus coûteux de la tenir (puisqu’en plus d’être un égoïste vous devenez un extrémiste), elle est donc encore moins exprimée, perd d’autres adhérents, est repoussée davantage à la marge. Elle finit par disparaître complètement des cerveaux. Cercle vicieux, généralisable à un tas de sujets, qui montre que ce n’est pas uniquement la validité d’une position qui la rend dominante mais aussi (et parfois surtout) son acceptabilité sociale.

Notez que je n’écris pas qu’il fallait accepter la saturation des réanimations, simplement que le choix de ne pas l’accepter a été effectué pour les mauvaises raisons, puisqu’il qu’il a été admis arbitrairement qu’on n’optimiserait pas la balance santé (y compris réanimations) – liberté, mais la balance santé – liberté sous contrainte de non-saturation des réanimations. De façon toute aussi arbitraire, il aurait pu être décidé qu’on optimiserait la balance santé – liberté sous contrainte de ne pas imposer à 66 millions de Français 8 mois d’affilée sous couvre-feu et confinement. Ce qui aurait impliqué une ligne rouge et donc un élément au coût infini : irrationnel aussi.

La croyance selon laquelle on ne peut pas laisser des gens mourir

Nous faisons chaque année des choix de société qui impliquent que la vie humaine a un prix. Par exemple, les 10 000 à 15 000 morts annuels de la grippe sont évitables, mais on choisit de ne pas les éviter car on considère que le différentiel de liberté entre une situation avec des restrictions anti-grippe et une situation sans restrictions possède un coût social plus élevé que celui des décès.

Ainsi, il existe un nombre de décès X que l’on préfère à la suppression d’un degré de liberté Y, un ratio décès évités/bien-être supprimé X/Y en dessous duquel une restriction n’est plus acceptable.

C’est à la lumière de cette réalité qu’il faut évaluer le bien-fondé de chaque nouvelle restriction, plutôt qu’au nom de principes abstraits.

La croyance selon laquelle la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres

Depuis 18 mois, cette formule est brandie pour justifier toute nouvelle mesure. Elle est fausse, dangereuse, et porteuse de projets de sociétés totalitaires. Dans le cadre du covid, la liberté de faire x ou y s’arrêterait là où commencerait la liberté d’un autre de ne pas se faire contaminer.

D’abord, la formule est disqualifiée par le fait qu’on peut, en toute situation, la renverser :

La liberté de l’un de ne pas se faire contaminer s’arrête là où commence la liberté de l’autre de faire x ou y.

Ensuite, pour la grippe, on constate chaque année que la liberté des uns de prendre le métro sans masque (par exemple) ne s’arrête pas là où commence celle des autres de ne pas être contaminés. Il y a un donc un niveau de risque que l’on est en droit de faire courir aux autres. Le covid étant plus létal et contagieux que la grippe, il est possible que ce soit, dans la plupart des situations, la liberté des uns à ne pas être contaminés qui mérite de primer par rapport à celle des autres de vivre librement. Mais l’exemple montre que la formule n’est pas absolue et qu’il faut raisonner au cas par cas, en balance liberté supprimée pour l’un, liberté obtenue (santé) pour l’autre.

En outre, il faut noter que l’accessibilité d’un vaccin modifie complètement la balance car il atténue les bénéfices liés à la réduction de la probabilité de contamination (une contamination entraîne 90 % moins de formes graves aujourd’hui), alors qu’il ne change pas le coût des restrictions.

Toutes choses égales par ailleurs, une restriction justifiée par la balance liberté supprimé-liberté obtenue il y a 6 mois n’est donc plus forcément justifiée aujourd’hui.

Le biais des coûts irrécupérables

En 1973, les gouvernements français et britannique découvrent que Le Concorde, leur projet d’avion supersonique, ne pourra pas être rentable. Pour ne pas « perdre » les 300 millions d’euros déjà investis, ils décident de mener le projet à son terme. Bilan : 1,5 milliard d’euros dépensés pour un retentissant échec commercial . Influencés par une décision prise antérieurement, les gouvernements français et britannique ont succombé au biais des coûts irrécupérables.

Octobre 2020. Alors que le nombre de cas de covid explose, le gouvernement est confronté à un dilemme : confiner la France à nouveau ou accepter des milliers de décès supplémentaires ? Un élément complique l’analyse : choisir la deuxième option, ce serait rendre, a posteriori , le premier confinement vain, puisque la plupart des décès évités au printemps surviendraient à l’automne. C’est donc en partie la volonté irrationnelle de ne pas « avoir fait tous ces efforts pour rien » qui guide le choix de re-confiner, plutôt qu’une analyse mettant en balance les coûts et bénéfices futurs des différentes options.

Lors de guerres déclenchées par des rois trop orgueilleux, il fallait ne jamais capituler pour que les soldats ne soient pas morts en vain.

Aujourd’hui, il faut restreindre éternellement la liberté pour que les confinements n’aient pas été vains.

Le biais de pensée désidérative

Il s’agit du biais qui nous pousse à former nos croyances non pas en fonction de la réalité mais en fonction de ce qu’il est agréable d’imaginer.

Depuis 18 mois, beaucoup sont tombés sous l’emprise d’une pensée désidérative : nous n’avons à compromettre ni notre santé ni notre liberté puisque nous pouvons éradiquer le virus.

Prenant leurs désirs pour des réalités, ces commentateurs passent à côté du fait que la situation des pays zéro-covid n’est en rien comparable avec la situation française : ces pays ont agi tôt, n’ont pas six frontières terrestres, ne font pas partie d’une union politique de 447 millions d’habitants, et surtout, il n’est pas donné qu’ils s’en sortent mieux que la France sur la durée. Tant pis, cette pensée désidérative a beaucoup d’influence dans le débat public, puisqu’elle motive consciemment ou inconsciemment la position de beaucoup de partisans d’un durcissement des mesures : pourquoi laisser traîner le problème alors qu’il suffirait de taper un grand coup pour en finir ?

En 2011, Christopher Booker, écrivain britannique, décrit ce qu’il nomme le cycle du fantasme (les parenthèses sont les miennes) :

Lorsque nous nous lançons dans une ligne de conduite inconsciemment motivée par une pensée désidérative (nous pouvons vaincre le virus) , tout peut sembler aller bien pendant un certain temps : c’est l’étape du rêve (le confinement). Mais ce faux-semblant ne peut jamais être réconcilié avec la réalité et cela conduit à une étape de frustration dès que les choses commencent à mal tourner (la remontée des courbes) , ce qui incite à un effort plus déterminé pour maintenir le fantasme en vie (re-confinement).

Le biais de pensée désidérative nous pousse aussi à sous-estimer la durabilité de ce qui nous affecte négativement.

En mars 2020, nous sommes persuadés que le confinement n’est qu’une courte parenthèse et que la vie normale (le monde d’après, encore mieux que le monde d’avant) ne tardera pas à reprendre. Aujourd’hui, une des raisons du large soutien au passe sanitaire est la certitude qu’ il disparaîtra dans quelques mois . Personne n’a envie de présenter pendant plusieurs années un QR code pour s’asseoir en terrasse et donc personne ne s’imagine qu’il faille pendant plusieurs années présenter un QR code pour s’asseoir en terrasse. Pourtant, les vaccins nécessiteront sûrement des rappels.

Le biais de conformisme

En 1951, Salomon Asch, pionnier de la psychologie sociale, pose à plusieurs participants une question simple.

Certains répondent seuls : ils se trompent dans moins de 1 % des cas.

D’autres, soumis à la même question, observent d’abord six autres participants (des complices de l’expérimentateur), choisir, unanimes, une mauvaise réponse. Ceux-ci se conforment, dans 37 % des cas, au choix des six complices.

C’est l’illustration du biais de conformisme : nous avons tendance à adopter sans fondements rationnels les comportements de ceux qui nous entourent.

Plusieurs raisons l’expliquent.

Premièrement, nous considérons que si les autres modifient leur comportement, ils possèdent peut-être des informations que nous n’avons pas et/ou comprennent mieux la situation que nous. C’est ce que Salomon Asch nomme l’influence informationnelle.

En février, lorsque l’Italie est frappée par le virus, la seule région qui a connu une tension hospitalière comparable est la région de Wuhan . Incertaine de la voie à suivre, l’Italie se conforme donc à la méthode chinoise : le 9 mars, elle confine ses 60 millions d’habitants . Les dirigeants italiens auraient-ils même eu l’idée d’employer une telle méthode sans le précédent chinois ?

Deuxièmement, dès lors que face à un problème, certains agissent, la charge de justification est modifiée : ce n’est plus à ceux qui adoptent le comportement d’expliquer pourquoi ils agissent, mais à ceux qui n’agissent pas de justifier leur inaction. Il s’agit d’une forme de pression sociale. Dans les jours qui suivent la décision italienne, dans les pays touchés par la maladie il devient plus difficile de justifier de ne pas confiner que de justifier de confiner. Preuve de la modification de cette charge de justification : depuis 18 mois, c’est le choix suédois de ne pas confiner qui est scruté et interrogé.

Enfin, (surtout ?) il est toujours beaucoup moins coûteux de se tromper avec les autres (diffusion de la responsabilité) que seul (s’exposer, cible unique, aux critiques).

Ainsi, il sera souvent rationnel de préférer la quasi-certitude d’avoir tort avec la majorité au petit risque d’avoir tort seul (voire au risque d’avoir raison seul). C’est ce que Salomon Asch nomme l’influence normative.

En mars 2020, Boris Johnson attend sept jours avant de se conformer à la décision des autres grandes nations européennes (la France confine le 17, le Royaume-Uni le 24) : il subit encore, dans l’opinion publique, les répercussions de ce choix.

Phénomène de mimétisme qui soulève une question intéressante : que ce serait-il passé si le virus n’était pas né en Chine, dictature qui par essence accorde moins de poids à la liberté, mais dans une démocratie libérale ?

Le biais d’induction

Le problème de l’induction désigne le fait d’utiliser le passé pour prédire le futur et donc de surestimer la probabilité que le futur ressemble au passé.

Une idée énoncée dès le XVIIIe siècle par le philosophe David Hume :

Ce n’est pas la raison mais l’habitude qui permet de supposer que le futur sera conforme au passé.

Et reprise de façon amusante par Bertrand Russell , qui ironise sur la mauvaise surprise qui attend le poulet raisonnant par induction :

L’homme qui l’a nourri tous les jours finit par lui tordre le cou.

Dans le cadre politique, le biais d’induction nous pousse à sous-estimer la probabilité de chamboulements majeurs dans les 10, 20 ou 50 prochaines années. Ainsi, lorsque nous évaluons les conséquences à long terme des restrictions, nous projetons ces conséquences dans une France semblable à celle d’aujourd’hui et accordons peu d’égard aux coûts liés à la constitution d’un précédent.

Par exemple, le fait que les confinements et les couvre-feux soient devenus des outils de politique publique conventionnels augmente la probabilité d’utilisation de ces outils dans le futur. Problème auquel nous accordons peu d’égard puisque le biais d’induction nous projette dans un monde où nous serons toujours d’accord (ou pas trop en désaccord) avec les justifications des confinements.

De même, si on n’est pas anti-vaccin, on aura tendance à sous-estimer la probabilité que l’on puisse un jour se retrouver dans la frange de la population qui refuse une pratique sociale ou médicale encouragée par le gouvernement.

Ainsi, lorsque l’on analysera les coûts du passe sanitaire, on accordera un poids insuffisant aux conséquences de la normalisation du procédé d’exclusion d’une partie de la population possédant certaines convictions (ici, convictions anti-vaccin).

Le biais de dictature des minorités intransigeantes

Nassim Nicholas Taleb , qui a théorisé le processus, prend l’exemple d’un dîner où deux invités sur vingt sont des juifs pratiquants. Asymétrie fondamentale : les non-juifs peuvent manger de la nourriture casher alors que les juifs pratiquants ne peuvent pas ne pas manger casher. L’hôte préparera donc un dîner casher. La préférence d’une minorité est imposée à tous.

Dans le cadre du covid, il existe de nombreuses asymétries de ce type.

Par exemple : une personne ne craignant pas le virus accepte de porter un masque, alors qu’une personne craignant le covid refusera certaines interactions avec des interlocuteurs non-masqués. Imaginez qu’un vendeur préfère interagir sans masque mais ne connaisse pas les préférences du client qui entre dans sa boutique. Le client préfère lui aussi interagir sans masque mais ne connaît pas les préférences du vendeur.

Dans le doute, les deux garderont leur masque : le coût potentiel de ne pas le porter (l’autre peut refuser l’interaction ou formuler une remontrance) est supérieur au coût de le porter (buée dans les lunettes). La préférence d’une minorité intransigeante est imposée alors même qu’aucun membre de cette minorité n’est présent.

Limitée au phénomène ci-dessus, la dictature de la minorité est plutôt bénéfique, le covid étant une maladie contagieuse. Le problème, c’est qu’il s’agit d’un processus sans fin. Lorsque le port du masque devient la norme , une nouvelle minorité intransigeante naît, exigeant qu’on s’écarte de la situation en place pour aller vers une nouvelle norme permettant encore davantage de limitation des risques. Et de cette nouvelle norme naissent encore d’autres intransigeants…

L’important est donc de garder en tête que les codes de conduite en vigueur ne reflètent pas toujours les préférences de la majorité. La loi, puisqu’elle permet de renforcer ou d’affaiblir ces normes, doit tenir compte de ce biais.

Le biais de méconnaissance de l’effet nocebo

Il conduit à une surestimation de l’ampleur du problème posé par le covid long.

Le 24 juin 2021, The Guardian publie un article abondamment repris affirmant que 37,7 % des malades du covid développent un covid long, c’est-à-dire des séquelles persistant plus de 12 semaines après leur rétablissement.

La méthodologie de l’étude : on présente à 508 707 anciens malades une liste de 29 symptômes (variant d’insuffisance respiratoire à simple fatigue) et on leur demande s’ils souffrent encore d’au moins l’un de ces symptômes. Il y a 37,7 % de réponses positives.

Le 31 décembre 2020, Pfizer publie les résultats d’efficacité de son vaccin. Chez les 2298 participants du groupe contrôle (ceux à qui on n’a rien injecté, mais qui ne le savent pas) 33,4 % déclarent ressentir, suite à l’injection, de la fatigue, 33,7 % des maux de tête, 11,7 % des coups de froid, et 10,8 % des douleurs musculaires. C’est l’effet nocebo : lorsque l’on s’attend à souffrir, le cerveau peut anticiper la douleur et déclencher par lui-même des symptômes psychologiques ou même réels. Dans l’estimation de l’ampleur du covid long, en plus de l’effet nocebo, s’ajoute un autre biais : la fausse attribution de maux réels (fatigue, dépression…) au fait d’avoir eu le covid.

Ainsi, il est évident que :

  1. La plupart des études qui visent à estimer la réalité du covid long, puisqu’elles ne comparent pas avec un groupe contrôle (idéalement, des patients qui croiraient avoir eu le covid mais ne l’auraient pas eu, ce qui est impossible à trouver en pratique), surestiment massivement l’ampleur du phénomène.
  2. Plus les médias reprendront ces études sans esprit critique en alarmant sur les prétendus dangers du covid long, plus les gens souffriront du covid long.

Ce biais peut sembler mineur mais il devient important de le pointer du doigt car à mesure que la couverture vaccinale progresse et que sont éliminées la plupart des formes graves de la maladie, le danger du covid long sera de plus en plus évoqué pour justifier la poursuite de certaines restrictions.

Le biais de confirmation

Le biais de confirmation est le fait de remarquer de manière disproportionnée ce qui permet de confirmer ses opinions pré-existantes.

Si, par exemple, l’auteur d’un texte sur les biais cognitifs pense que les restrictions sanitaires ont été excessives, il risque de s’intéresser uniquement aux biais ayant conduit à trop restreindre la liberté, oubliant que d’autres biais ont pu avoir l’effet inverse.