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    Michel Vinaver, l’objecteur (1927-2022)

    news.movim.eu / Mediapart · Friday, 6 May - 07:43

Décédé le 1er mai 2022 à 95 ans, le dramaturge Michel Vinaver fut, par son théâtre, notre historien capital. Soutien de Mediapart depuis sa création en 2008, il tira de ce compagnonnage sa dernière pièce, «Bettencourt Boulevard», inspirée de nos révélations. Hommage.
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    chapitre 15 Mon choix extrait 120

    Angélique Andthehord · Monday, 11 April - 06:36

Le détail, l'imprévu qui fit tout basculer : j'étais si heureuse de paraître enfin en public que je ne pouvais m'empêcher de sourire. Sourire ? Ça n'avait aucun sens ! J'étais supposée faire des remontrances à la servante et voilà que je rouspétais avec un sourire jusqu'aux oreilles. Jamais, à aucune répétition, je n'avais joué aussi mal. À cause de ce sourire idiot que je n'arrivais pas à réprimer, tout était raté, fichu, et j'étais sur le point de fondre en larmes mais ma mère, face à moi, me donna la réplique comme si de rien n'était. Alors, je récitai une dernière phrase avant de sortir de la pièce dans la plus grande honte mais ma mère, devant moi, continua à jouer son rôle sans faillir ; alors je la suivis, par automatisme, et tout rentra dans l'ordre.

J'étais replacée dans mon personnage.


extrait de : Le lever de rideau


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    chapitre 15 Mon choix extrait 117

    Angélique Andthehord · Wednesday, 6 April - 17:27 · 1 minute

La grosse dame se rendit sur cette scène en appelant son comparse, genre :

« Allez, tu viens ! Quand faut y aller, faut y aller. »

Ils s'assirent tous deux sur les chaises, face à nous et la grosse dame commença :

« Dring… ben alors, tu décroches ! J'ai fait dring. »

Quelques instants plus tard, le monsieur lui lança :

« Ah ! tu vois : cette fois, c'est toi qu'as oublié ta réplique. »

Finalement, à quoi ce sketch aurait-il dû aboutir ? Nous ne le saurons jamais. Ça cafouillait sans arrêt. Les gens, dans le public, disaient des blagues. La grosse dame y répondait. Ça ne ressemblait en rien à ce que j'espérais réaliser avec ma famille mais c'était drôle. Tout le monde riait de bon cœur. On pourrait dire que c'est comme quand on va au cinéma et qu'il y a un petit dessin animé avant le long-métrage. Ou bien, on pourrait dire que c'est comme quand on va au réveillon chez tonton Frédéric et tata Lili et qu'il y a un spectacle de clowns avant la grande pièce de théâtre.

En tout cas, c'était chouette.


extrait de : Les trois coups


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    chapitre 15 Mon choix extrait 115

    Angélique Andthehord · Tuesday, 5 April - 05:41

Le 31 au matin, je fis comme si tout était terminé. Je retrouvai autour de moi mes jeux, mes jouets… ma vie d'avant. On aurait dit qu'un barrage venait de se lever et que les eaux de mon existence s'engouffraient dans ma tête d'où elles n'auraient jamais dû être délogées. Je découvris même mes cadeaux de Noël que je n'avais presque pas regardés jusque là. Ça m'occupa tant l'esprit que la journée passa très vite.

Le plus difficile fut le soir, dans la voiture, sur le chemin pour aller chez tonton Frédéric et tata Lili. Je me sentais toute drôle. Le trac ! Je devais être blanche, à l'intérieur comme à l'extérieur. Je ne pensais qu'au spectacle mais refusais à toute réplique l'accès à mes pensées. Alors, ma tête était vide. J'écoutais mon père jurer dans les embouteillages parisiens du 31 décembre au soir.


extrait de : Les trois coups


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    chapitre 15 Mon choix extrait 114

    Angélique Andthehord · Monday, 4 April - 05:34 · 1 minute

Le 30 décembre au soir, dans l'appartement de Courbevoie, nous fîmes la répétition générale. Tout était au point à l'exception, bien sûr, du « au revoir, Marie » mais bon, ma famille avait sans doute raison de dire que cet au revoir ne nécessitait aucun ton particulier. De toute façon, je ne lui en avais jamais trouvé et il n'était plus temps.

À l'issue de la répétition générale, j'allais me coucher et quand je me réveillerais, ce serait le jour de la représentation ; l'excitation allait atteindre son paroxysme, le trac allait sûrement s'emparer de moi à un moment ou à un autre. Ma mère m'avait prévenue : je ne devais surtout pas essayer de me répéter mon texte dans cet état parce que je risquais d'être en proie au doute, de perdre mes moyens, d'imaginer des trous de mémoire là où il n'y en avait pas. C'est pourquoi ma mère m'avait dit qu'à l'issue de la répétition générale, c'était terminé, bouclé, il ne fallait plus penser au texte du tout.

J'obéis.


extrait de : Les trois coups


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    chapitre 15 Mon choix extrait 110

    Angélique Andthehord · Tuesday, 29 March - 17:57

C'était ma dernière réplique. La mère de Berthe revenait de sa soirée ; la servante se dépêchait de remettre dans son lit Berthe qui était supposée n'en être jamais sortie ; Berthe disait : « au revoir, Marie » et Marie répondait : « dormez, Mademoiselle ! »

Rien à faire ! je n'arrivais pas à le dire bien. Alors que tout le reste de la pièce coulait impeccablement, cette phrase-là, je ne la sentais pas. En fait, j'avais plutôt envie de dire : « merci, Marie » pour tout ce qu'elle avait fait pour moi. Tout au long de la soirée, Berthe avait fait tourner en bourrique cette pauvre Marie qui s'était démenée sans relâche et là, à la fin, Marie était encore là pour border Berthe et cacher ses bêtises à sa mère.


extrait de : On reprend !


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    chapitre 15 Mon choix extrait 107

    Angélique Andthehord · Friday, 25 March - 16:28 · 1 minute

Lorsque ce fut au point, nos deux heures de répétition journalière étaient écoulées. Ça me laissa le temps de réfléchir, toute seule dans un coin du jardin, à la manière dont j'allais interpréter la réplique suivante. Comme Berthe menaçait de pleurer, Marie acceptait d'aller lui chercher une robe et Berthe précisait vouloir : « la rose avec des petits volants ».

« La rose avec des petits volants » ? Sur quel ton le dire ? Plusieurs options sont possibles, de l'exigence autoritaire à l'humble prière, feignant la tristesse ou la joie. Peut-on dire : « je vais pleurer » et manifester de la joie l'instant d'après ? Oui, c'est possible, j'avais déjà vu des enfants passer instantanément des larmes au rire mais moi, je n'étais pas comme ça. Moi, si je disais : « je vais pleurer » et qu'on m'accordait quelque consolation, mon cœur restait troublé car une consolation, ce n'est pas un cadeau joyeux mais un pansement sur une blessure ouverte. Restait à savoir si Berthe était plutôt comme moi ou plutôt comme les enfants qui passent subitement de la peine à la joie.

Je feuilletai le script dans tous les sens pour essayer d'en savoir plus sur le tempérament de Berthe, sans succès. Quand j'arrivai à la répétition du lendemain, je fis part à ma mère de mes réflexions qui n'avaient abouti à rien, concernant la manière dont je devais dire : « la rose avec des petits volants ».


extrait de : La rose avec des petits volants


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    chapitre 15 Mon choix extrait 106

    Angélique Andthehord · Thursday, 24 March - 15:51 · 1 minute

Pour ce faire, il fallut travailler un autre aspect de l'art du théâtre : le positionnement.

Je savais déjà qu'il ne faut jamais se placer dos au public. Sinon, la voix porterait dans le mauvais sens et ce ne serait pas audible. Pour le reste, on mise en partie sur le naturel. Berthe et Marie parlant ensemble, le premier réflexe est de se tenir face à face. Cependant, la réalité de la scène veut que nous ne nous adressions jamais qu'au public. Si ma mère et moi étions face à face, ce ne pouvait être que pour donner au public l'illusion que nous discutions toutes deux mais d'autres façons de se placer sont possibles. Parler à quelqu'un en regardant ailleurs n'a rien d'extravagant.

Voici donc comment ma mère me demanda de jouer la scène : pendant que je réclamais à mettre une robe, je me détournais de Marie et marchais d'un pas nonchalant vers le devant de la scène, mine de rien, de sorte à me rapprocher du public sans qu'il se pose de question ; pendant que la servante répondait que ce n'était pas une bonne idée et que je ferais mieux de retourner au lit, je restais debout, sur le devant de la scène, face au public, de sorte à attirer sur moi les regards et là, j'étais en position pour faire profiter les spectateurs de mon fameux « je vais pleurer ».


extrait de : La rose avec des petits volants


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