close
  • Co chevron_right

    5 démentis sur l’utilité des éoliennes en mer ou sur terre

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Thursday, 3 March - 03:30 · 12 minutes

Par Michel Gay et Bernard Durand.

Le vent est plus régulier en mer qu’à terre

C’est faux !

La figure parlante ci-dessous compare les variations de la puissance électrique fournie en une année (en pourcentage de la puissance nominale totale avec un pas de temps de 30 minutes) par l’ensemble des parcs éoliens en mer du Nord et à l’ouest de la mer Baltique (zone DK1) du Danemark, en haut, avec celles, en bas, de l’ensemble des éoliennes terrestres françaises.

Les lignes rouges représentent la puissance effective moyenne (facteur de charge) sur l’année.

Pour le Danemark, données https://www.energidataservice.dk/ ). Courtoisie Hubert Flocard.

Pour la France, données RTE. Courtoisie JP Hulot.

Au Danemark les fluctuations rapides de 100 % à 0 % (interruption de production) sont probablement dues à des bourrasques de vents trop forts qui obligent à arrêter soudainement les éoliennes.

En France l’amplitude pour les éoliennes à terre fluctue de 1 % à 80 % seulement.

Les variations de puissance par unité de temps (appelés « gradients de puissance ») sont plus élevées en mer qu’à terre, et la fréquence de ces variations l’est aussi.

En revanche, le facteur de charge annuel de la production éolienne (la quantité d’électricité produite au regard de celle qui aurait pu l’être si elles avaient fonctionné toute l’année à leur puissance maximale) est plus élevé pour les éoliennes en mer danoises (43 %) que pour les éoliennes terrestres françaises (26,5 %).

Mais ce n’est pas la faiblesse du facteur de charge qui handicape le plus l’électricité éolienne : c’est la rapidité, l’importance et le caractère aléatoire des fluctuations de sa production. Ces caractéristiques rendent cette électricité inutilisable et donc inutile, sans l’assistance de centrales électriques pilotables (gaz, fuel, charbon, nucléaire, hydraulique…) dont elle est inséparable.

À cet égard, l’éolien en mer (où le vent est moins régulier qu’à terre) est donc plus problématique que l’éolien à terre, contrairement à ce qu’affirment les promoteurs de l’éolien et les médias.

Rappel : ce facteur de charge varie de 70 % à 80 % pour les réacteurs nucléaires en France.

Avec des parcs éoliens en mer à Oléron, nous produirons toute l’électricité consommée en Nouvelle-Aquitaine

C’est faux !

En 2019, dernière année sans covid, la consommation électrique de la Nouvelle-Aquitaine était d’environ 40 TWh pour 6 millions d’habitants. Le maître d’ouvrage affirme qu’un parc éolien de 1 GW à Oléron produirait 3,5 TWh d’électricité par an. Pour produire 40 TWh, il faudrait donc installer environ 11,4 GW d’éoliennes en mer.

En réalité, en cherchant bien, il s’agirait seulement de l’électricité… domestique consommée par les habitants de Nouvelle-Aquitaine…

Or ces derniers consomment environ trois fois plus d’électricité que leur consommation domestique, en incluant l‘électricité nécessaire à la production de leurs biens, et celle nécessaire au fonctionnement des services qu’ils utilisent (éducation, administration, police, magasins, bureaux, transports…).

Ces habitants n’ont de toutes façons pas besoin de cette électricité supplémentaire puisque la Nouvelle-Aquitaine en produit plus qu’elle n’en consomme. Elle exporte déjà ce surplus vers les autres régions françaises !

De plus, du fait de la variabilité aléatoire de leur production en France et même en Europe mais aussi de leur incapacité à participer au réglage à 50 hertz de la fréquence du courant, ces parcs seraient incapables de maintenir dans des limites de ±1 % l’équilibre entre production et consommation et la fréquence du courant, deux conditions nécessaires à la stabilité du réseau électrique.

En l’absence d’énormes stockages d’électricité , l’électricité éolienne ainsi produite serait donc parfaitement inutilisable sans une association avec des centrales pilotables (pour assurer la coïncidence entre production et consommation, et pour maintenir la fréquence du réseau).

Les parcs d’éoliennes en mer ou à terre n’alimentent strictement personne par eux-mêmes car ils ne répondent pas aux besoins d’électricité des consommateurs.

Les parcs éoliens ne se substituent donc pas aux centrales pilotables, mais s’y ajoutent inutilement et très coûteusement.

Ces parcs éoliens sont indispensables pour faire face à l’urgence climatique

C’est faux !

Faire face à l’urgence climatique, c’est entre autres diminuer les émissions de gaz à effet de serre (GES) de nos centrales électriques.

Ces émissions (en CO2eq/kWh) sont en France de l’ordre de 1000 grammes pour les centrales à charbon et de 500 g pour le gaz (pour l’ensemble de leur cycle de vie : extraction des matières premières, fabrication des matériaux, construction, fonctionnement, démantèlement, stockage des déchets).

Elles sont de 40 à 50 g pour le solaire photovoltaïque, de 10 à 15 g pour l’éolien, de 5 à 10 g pour les centrales hydroélectriques et de seulement… 6 g pour le nucléaire , moitié moins que l’éolien.

Parce que notre électricité est produite essentiellement avec des centrales nucléaires et hydroélectriques, et très peu avec du charbon et du gaz, ces émissions sont actuellement les plus faibles de tous les pays du G20.

Accroître le nombre des éoliennes en France, à terre comme en mer, n’aura donc aucun intérêt pour le climat. Bien au contraire. Supprimer en même temps des centrales nucléaires nécessitera de les remplacer par des centrales à charbon et à gaz pour compenser l’intermittence de l’éolien. Cette substitution augmentera fortement les émissions de GES de notre électricité pour les amener au niveau de celles de l’Allemagne.

C es parcs éoliens produiraient une électricité très bon marché

C’est faux !

Le tarif du récent appel d’offres conclu pour le futur parc éolien en mer de Dunkerque (44 €/MWh) ou celui ciblé pour les parcs projetés à Oléron (60€/MWh) ne sont pas des… coûts de production. Ce sont des leurres.

Si le prix de vente de l’électricité sur le marché est inférieur à ce tarif, l’État s’engage par contrat à verser la différence entre ce tarif et le prix de vente de l’électricité produite.

Ainsi le producteur reçoit une subvention pour ne jamais gagner moins que ce tarif. Étrangement, ce dernier n’inclut pas le coût du raccordement des parcs au réseau électrique national qui est financé par RTE , et payé… par les consommateurs !

L’éolien, en mer comme à terre, fait peser sur le système électrique national des coûts qui entraînent automatiquement une augmentation du prix de l’électricité pour les ménages par rapport à une production issue uniquement de centrales pilotables.

En effet, les éoliennes s’ajoutent aux centrales pilotables (voir démenti n°2). Il y a donc double investissement pour une même production d’électricité. Le coût de production des centrales pilotables augmente parce que les frais fixes demeurent (salaires, maintenance, emprunts…) alors qu’elles vendent moins d’électricité (elles doivent s’effacer pour faire place à l’électricité intermittente). Ces centrales doivent donc de plus en plus être subventionnées pour pouvoir vendre leur électricité.

Ainsi, la centrale à gaz de Landivisiau en Bretagne qui vient d’entrer en fonctionnement recevra une subvention de 40 millions d’euros par an pendant 20 ans.

Le développement de l’éolien (et celui du solaire photovoltaïque) exige la création de lignes électriques nouvelles pour évacuer l’électricité produite, ainsi qu’un renforcement des anciennes qui doivent supporter la puissance électrique maximale délivrable par grand vent. De ces modifications du réseau électrique résulte un coûteux surinvestissement évalué récemment pour la France par le Président de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) à environ 100 milliards d’euros dans les quinze ans à venir. Ces surcoûts sont financés par l’augmentation des taxes d’acheminement sur les factures d’électricité qui représentent déjà environ un tiers de nos factures d’électricité.

Par ailleurs, pour encourager le développement de l’éolien, ainsi que celui du solaire photovoltaïque, la Commission Européenne a accordé de généreuses subventions à leurs producteurs, via des tarifs de rachat de l’électricité produite garantis sur 15 à 20 ans. Cette décision est en totale contradiction avec son credo de concurrence libre et non faussée qu’elle continue cependant d’appliquer aux autres sources d’électricité.

La différence entre prix imposé et prix de marché est récupérée sous forme de taxes diverses sur la facture des ménages (en particulier la Contribution au Service Public de l’Electricité (CSPE)). Il n’est donc pas étonnant que les prix de l’électricité aient considérablement augmenté pour les Français.

La figure ci-dessous montre la progression des prix de vente de l’électricité aux ménages (en centimes d’euro par kWh) de 2000 à 2017 en Allemagne et en France.

L’augmentation en France de 2007 à 2017 a été de 50 %.

Remarquer la forte augmentation à partir de 2007, date du Grenelle de l’environnement misant fortement sur le développement de l’éolien et du solaire photovoltaïque.

Depuis 2017, la CSPE n’a pas été supprimée. Mais dorénavant, les subventions sont aussi prélevées sur un compte du budget de l’État alimenté par des taxes sur les carburants (et autres produits énergétiques) incluses dans la Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) à hauteur d’environ 7 milliards d’euros… par an.

Actuellement, le développement de l’éolien et du solaire coûte au total de l’ordre de 20 milliards d’euros par an aux Français. Cette somme doublera dans dix ans si les projets actuels du gouvernement se concrétisent.

En Allemagne, le prix de l’électricité pour les ménages a augmenté pour les mêmes raisons de 100 % entre 2000 et 2014. Après 2014, les coûts supplémentaires de l’éolien et du solaire n’ont plus été répercutés sur les factures d’électricité mais sur le budget de l’État, comme en France après 2017.

Non, la baisse des coûts de production de l’éolien en mer parfois invoquée ne fera pas baisser les charges qui pèsent sur les ménages !

C es parcs éoliens serviront à supprimer des centrales à charbon et des réacteurs nucléaires

C’est faux !

Produire de l’électricité éolienne et photovoltaïque permet certes de diminuer la production des centrales pilotables qui les assistent (charbon, gaz, et nucléaire en particulier), mais sans pour autant permettre de les fermer.

Et il y a des conséquences néfastes importantes.

Parmi celles-ci : augmentation du coût de production de ces centrales, diminution de leur rendement énergétique et usure accélérée.

Leur changement incessant de régime pour faire face aux variations brutales et à l’intermittence entraîne une augmentation du prix de l’électricité pour les ménages qui s’ajoute à celles déjà provoquées par le développement de l’éolien et du solaire photovoltaïque.

Lors des périodes froides pendant lesquelles le vent ne souffle pas suffisamment, la puissance totale des centrales pilotables disponibles doit être au moins égale à la pointe de consommation pour faire face aux défaillances de l’éolien, et du solaire la nuit.

Et il faut y ajouter une importante marge de sécurité pour compenser les indisponibilités imprévues d’une partie des centrales pilotables.

C’est ce que montre l’évolution des puissances installées des centrales électriques pilotables en France (à droite) et en Allemagne (à gauche) de 2005 à 2020 dans le graphique ci-dessous.

Les couleurs uniformes, dont la somme est quasiment stable, correspondent aux centrales pilotables. Les couleurs en dégradé à l’éolien et aux panneaux voltaïques (données BMWE, courtoisie JP Riou).

En Allemagne, malgré le fort développement de l’éolien et du solaire photovoltaïque allant jusqu’à égaler la puissance installée en centrales pilotables, la puissance de ces dernières (115 GW environ) est restée la même !

La diminution de la puissance du nucléaire à partir de 2011, puis celle du charbon et du lignite après 2015, a été compensée par une augmentation de celles des centrales à gaz et à biomasse.

En France, l’augmentation de la puissance en éolien et solaire photovoltaïque s’est accompagnée d’une diminution de la puissance pilotable en charbon, fuel, puis nucléaire avec la fermeture des 1,8 GW de Fessenheim, à partir de 2012.

Elle a été compensée partiellement par une augmentation de la puissance totale  en centrales à gaz. Au bilan, il y a eu diminution d’environ 10 GW (de 118 à 108 GW), mais au détriment de la sécurité de l’approvisionnement…

En Allemagne, qui se chauffe principalement au fuel et au gaz, la pointe de consommation d’électricité en hiver peut atteindre 90 GW. Ce pays dispose encore d’une marge de sécurité d’environ 25 GW pour faire face aux arrêts inopinés de centrales pilotables.

En France, qui se chauffe davantage à l’électricité, cette pointe de consommation peut atteindre 100 GW (102 GW en Février 2012). Notre pays n’a donc pratiquement plus de marge de sécurité et compte sur d’autres pays moins négligents qu’elle pour lui fournir de l’électricité en cas d’aléas (comme en ce moment avec l’indisponibilité passagère de réacteurs nucléaires).

Cette politique de diminution de sa marge de sécurité est périlleuse.

L’Allemagne prévoit de remplacer ses centrales à charbon par des centrales à gaz (provenant essentiellement de Russie) pour faire baisser les émissions de CO2 élevées liées à sa production d’électricité

Les parcs éoliens ne permettront donc pas de fermer des réacteurs nucléaires mais ils seront mal utilisés et de manière chaotique, augmentant ainsi les risques techniques.

En France, consommer moins d’électricité en hiver signifie se chauffer davantage au fuel et au gaz (comme en Allemagne !), et donc augmenter nos émissions de CO2 et de polluants atmosphériques.

Même en contraignant les Français à diminuer leur consommation d’électricité, cette dernière augmentera globalement car ses usages vont se développer (mobilité électrique, pompes à chaleur…).

Violente révolte en vue ?

Ces cinq démentis montrent l’inutilité des éoliennes et également du solaire photovoltaïque. L’argent englouti dans ces développements gigantesques est non seulement ruineux, il est aussi nuisible à l’écologie et à la planète. Ce gaspillage monstrueux d’argent public serait mieux utilisé dans la santé, la sécurité, la défense, la justice, l’éducation, le logement, les transports…

Quand les citoyens français mesureront l’importance de cette gabegie, et à quel point ils sont considérés comme des « sans dents » qui devront payer de gré ou de force ces décisions insensées, cela conduira inévitablement à une violente révolte contre cette « élite » aveugle et sourde qui décide n’importe quoi à l’ombre des cabinets ministériels.

  • Co chevron_right

    Le plan vert européen sera ruineux et destructeur

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Friday, 20 August, 2021 - 03:15 · 8 minutes

plan vert européen

Par Samuel Furfari et Ernest Mund 1 .

Dans une tribune de La Libre Belgique datée du 2 août et intitulée « La longue marche verte de l’Europe vers l’unité » , un ancien haut fonctionnaire de la Commission européenne chante les louanges du plan vert européen, disant notamment :

L’ampleur et la profondeur du Green Deal apparaissent aujourd’hui dans toute leur portée : la décarbonation de l’industrie, de la mobilité et du logement, l’absorption et la séquestration du carbone, la réhabilitation et la revitalisation des terres agricoles, des forêts et des océans, la protection des espèces végétales et animales en danger ne se ramènent pas seulement à un nouveau contrat social entre la nature et l’homme. Elles esquissent un nouvel ordre mondial et une transformation de notre système économique et social. Un projet de cette ampleur doit en effet s’articuler sur des idéaux démocratiques, sur la justice sociale et le progrès culturel.

Parler de « longue marche verte » constitue une métaphore fâcheuse dans la mesure où elle renvoie à l’épopée de Mao Zedong (1934), point de départ d’un régime transformé progressivement en une économie de subsistance, marquée par les famines du Grand Bond en avant (1961) et par la révolution culturelle (1966) avant un prodigieux rebond sur des bases différentes. Ce n’est certainement pas le destin escompté par les architectes du plan vert européen.

Mais à la lumière de ce qui est projeté en matière de production d’énergie aux alentours de 2050 on peut penser que ce plan apportera un lot de conséquences économiques et environnementales très défavorables qui pourrait engager l’avenir à moyen terme de l’UE dans une mauvaise direction. Disons d’emblée que ces difficultés pourraient être évitées à condition que l’idéologie n’y fasse pas obstacle.

Sans énergie abondante et bon marché, il n’y a ni progrès ni prospérité. C’est ce qu’avaient compris les fondateurs de la Communauté européenne en adoptant en 1957 le traité Euratom pour un développement harmonieux d’une énergie nouvelle, prometteuse et parfaitement maîtrisée dans l’UE aujourd’hui. Depuis, elle s’est progressivement écartée de cet objectif et les tergiversations à propos de l’inscription du nucléaire dans la taxonomie verte laissent penser que cet éloignement ne sera pas remis en question à brève échéance.

La consommation d’énergie selon le plan vert européen

Selon un des scénarios envisagés pour le plan vert, la consommation annuelle d’énergie de l’UE devrait passer de 1438 Mtep en 2020, à 1112 Mtep en 2050, la réduction étant justifiée a priori par des arguments d’économie et de gestion de la demande. Avec un statu quo nucléaire impliquant un déclassement des installations ayant atteint 40 ans de durée de vie, 64 % de la production d’énergie proviendraient de renouvelables intermittentes et variables (EnRI) éoliennes et solaires, le reste étant assuré par le nucléaire, l’hydroélectrique et la biomasse, l’utilisation des énergies fossiles ayant été réduite à zéro.

Ce chiffre est considérable si on le compare à la situation de 2019 où il n’est que de 2,5 % à l’échelle de l’UE-27. En 2020, du fait d’une année atypique pour cause de Covid, le chiffre est passé à 3,4 %. Nous attirons l’attention du lecteur sur la profonde différence qui existe entre « énergie » et « électricité », les chiffres paraissant toujours plus en faveur des énergies renouvelables lorsqu’on parle d’électricité, qui reste pourtant la forme d’énergie finale la moins utilisée en quantité ( voir notre article ).

Que la part de marché de ces énergies soit croissante est un fait qui peut avoir des justifications. Mais selon certaines études techniques cette part ne devrait pas dépasser 40 % pour éviter des difficultés au niveau du système électrique. Face aux intermittences et variabilités éolienne et solaire, la sûreté d’approvisionnement requiert des capacités pilotables pour pallier les absences de production ainsi que de gros moyens de stockage pour la gestion des excédents. S’ajoutent également des investissements considérables en matière de réseaux (échanges transfrontaliers inclus) pour lisser les creux.

Enfin, on ne peut oublier qu’une part de marché de 64 % fragilisera considérablement le système électrique vis-à-vis de risques de blackouts . Tous les investissements spécifiques à la décentralisation de production seront répercutés sur la facture des consommateurs.

Observons qu’en Belgique où la part des renouvelables intermittentes et variables dans la production d’électricité s’élève aujourd’hui aux alentours de 15 %, le prix spot de l’électricité peut grimper jusqu’à 1300 euros/MWh (la norme étant de 50 euros/MWh) lorsque vent et soleil manquent au rendez-vous. Il est illusoire de penser que le système de production envisagé assurera une production de puissance électrique économique. Il coûtera très cher et sur le plan environnemental il sera gros consommateur de ressources naturelles et de surfaces immobilisées.

Il n’y a aucune synergie entre le nucléaire actuel (Gén-II, Gén-III) et les EnRI.

L’énergie de fission est évacuée dans de l’eau surchauffée à une température qui ne se prête pas au stockage de chaleur comme cela se fait couramment dans des installations solaires thermiques. Comme les réacteurs fonctionnent à pleine puissance 90 % du temps ils doivent être mis à l’arrêt en cas de surproduction EnRI dont les taux de fonctionnement à pleine puissance sont beaucoup plus bas (en moyenne sur cinq ans pour l’UE-27 de 24 % pour l’éolien et 13 % pour le solaire).

Cette mise à l’arrêt est économiquement pénalisante, argument que les adversaires du nucléaire ne manquent pas d’invoquer (en plus des arguments classiques) pour persuader qu’un abandon total de cette forme d’énergie est la meilleure des solutions.

Cette situation va bientôt changer avec l’apparition sur le marché de réacteurs avancés de Gén-IV qui, sur base d’une technologie radicalement différente, réaliseront beaucoup plus aisément la synergie avec les EnRI. Une des 6 familles retenues dans ce cadre est celle des réacteurs à sels fondus utilisant un combustible liquide formé de fluorures (ou chlorures) d’uranium et de plutonium, porté à une température de l’ordre de 700°C, la chaleur transmise pouvant produire de l’électricité ou être stockée. Des installations à sels fondus ont été utilisées avec succès dans les années 1960. Leur abandon au profit des réacteurs à eau est le résultat des impératifs de la guerre froide.

La société anglo-canadienne Moltex va construire une installation de ce type à Point Lepreau (Nouveau-Brunswick) nommée SSR-W. L’alimentation du réseau en électricité se fera directement en cas de déficience EnRI ou indirectement, par l’intermédiaire d’un stockage haute température (GridReserve), lequel jouera le rôle de tampon. La souplesse du système permettra le maintien du facteur de charge de l’unité nucléaire à 90 % malgré la concomitance de production des EnRI.

Cerise sur le gâteau : SSR-W munie d’un spectre de neutrons rapides pourra utiliser sans difficulté (du fait de l’état liquide) le combustible usé des réacteurs canadiens CANDU, pour son alimentation propre. Il en irait de même avec le combustible usé des réacteurs à eau si une telle solution était adoptée dans l’UE. Notons au passage que ceci invalide l’affirmation fréquente de l’impossibilité du traitement des déchets nucléaires. En ce qui concerne les transuraniens l’affirmation est fausse, la technologie des sels fondus en offrant la possibilité.

Il n’est donc pas indispensable de grimper à 64 % d’EnRI pour décarboner la production d’énergie

Un résultat beaucoup plus favorable sur le plan des émissions de CO2 (pour ceux qui tiennent à abandonner le gaz naturel) pourra être obtenu bientôt, lorsque ces nouvelles installations nucléaires viendront s’ajouter aux existantes. Plusieurs concepts basés sur la technologie des sels fondus et des petits réacteurs modulaires (SMR) sont en cours de développement aux États-Unis, en Russie et en Chine. Ils seront commercialisés dans les 15 années à venir. L’idéologie dominante dans l’UE ferme aujourd’hui la porte à cette ressource, ce qui n’augure rien de bon.

Observons par ailleurs que la Commission européenne a promu la filière hydrogène depuis les années 1960 par des travaux sur sa production à partir d’énergie nucléaire dans son centre de recherche d’Ispra en Italie, car c’était (et reste) la seule façon plausible d’entrevoir la production de cette molécule à des fins énergétiques.

Il est paradoxal qu’aujourd’hui la Commission européenne s’évertue à pousser la production d’hydrogène avec de l’énergie éolienne et solaire alors que celles-ci sont marginales comme on l’a vu . Si l’UE veut réellement développer une « société hydrogène », elle doit revenir aux fondamentaux développés par ses propres chercheurs.

La Chine de la « longue marche » et de la misère maoïste est devenue sous la férule de Xi Jinping celle de l’énergie abondante et bon marché pour tous les Chinois. Le régime est resté non-démocratique, mais grâce à ces centaines de milliers d’ingénieurs aux postes clefs du pays, la Chine est devenue la préoccupation des chancelleries tant son progrès technologique est fulgurant, y compris dans le domaine du nucléaire civil.

Ainsi, l ’UE est prête à adopter les vieilles pratiques du monde communiste : une politique imposée par une élite toute-puissante avec suppression probable du droit de veto aux États membres, comme le déclare l’auteur de la tribune. Elle se targue également de donner l’exemple au reste du monde pour assurer la défense du climat.

Le reste du monde pourrait s’y employer, mais par pragmatisme et souci d’efficacité utilisera les outils technologiques et les énergies que l’UE refuse. C’est bien regrettable, car elle était très bien partie. Comme le monde communiste, elle finira par décrocher, la seule inconnue étant la date du naufrage.

  1. Samuel Furfari et Ernest Mund sont professeurs à l’ULB et membres du CA de la Société Européenne des Ingénieurs et Industriels.
  • Co chevron_right

    L’éco-impérialisme, nouvelle forme du colonialisme occidental

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Thursday, 5 August, 2021 - 03:00 · 6 minutes

éco-impérialisme

Par Lipton Matthews.
Un article de Mises Institute

Il existe un mouvement à l’échelle mondiale qui vise à éliminer de tous les secteurs de la société les résidus de l’impérialisme occidental. Partout dans le monde des monuments dédiés aux explorateurs et hommes d’État occidentaux sont renversés. Dans les pays en voie de développement, des militants ainsi que leurs alliés en Occident, affirment que les pays émergents doivent pouvoir tracer une nouvelle voie sans ingérence culturelle de ce dernier.

Pourtant, l’Occident poursuit une forme de colonialisme en Afrique : l’éco-impérialisme.

Du fait que les progressistes occidentaux apprécient cette sorte d’impérialisme, nous en entendons rarement parler. Les gens raisonnables croient vraiment que les pays en voie de développement ont droit à l’auto-détermination et pourtant le projet occidental éco-impérialiste ne s’attire pas vraiment leurs foudres. En d’autres termes, l’Occident a montré qu’il a parfaitement l’intention de se mêler des affaires intérieures des pays en voie de développement au nom de l’écologie.

De leur côté, les pays occidentaux se sont payés le luxe d’exploiter leurs ressources et leurs sources d’énergie sans qu’on leur face la leçon au sujet du changement climatique, et les pays africains devraient bénéficier du même privilège qui sont par exemple régulièrement sermonnés par l’Occident au sujet de la nécessité de réduire leurs émissions et d’utiliser des sources d’énergie plus chères et moins productives.  C’est coûteux pour ces pays et cela limite leur auto-détermination locale.

De plus, contrairement à ce qu’on entend, le changement climatique est un problème ancien et l’Histoire montre notre capacité à nous adapter à un climat imprévisible. Il n’existe pas non plus de consensus sur le fait que le CO2 soit un polluant . Ces points ne seront pas repris ici car ils sont couverts en détail dans un précédent article . Nous devons donc renoncer à la sensiblerie de ceux qui préfèreraient que les pays africains mettent leur santé financière en danger sur la base de données incertaines.

Le sujet dépasse bien entendu la question du changement climatique.

Les pesticides

Au Kenya, par exemple, le DDT a été mis en œuvre pour limiter l’extension de la malaria, jusqu’à ce que cette politique soit abandonnée en 1990 sur ordre d’une administration inspirée par la propagande occidentale. Heureusement pour le Kenya, certains bureaucrates ont compris le problème et ont fait reprendre l’usage du DDT en 2010.

Comme le signalait Willis Akhwale en 2009, lorsqu’il était à la tête de l’unité de lutte contre la malaria du Kenya :

De nouvelles études ont montré que les incriminations précédentes du DDT étaient largement fausses.  Ce pesticide est sûr pour la lutte contre la malaria s’il est utilisé raisonnablement comme les autres produits chimiques.

En réalité le DDT n’a jamais bénéficié d’un procès impartial avant la décision de mettre fin à son utilisation.

L’économiste Roger Bates résume le problème brutalement :

Malgré le fait que beaucoup de peurs autour du DDT soient fondées sur des études inadaptées et non scientifiques, l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) a interdit le DDT en 1972… L’administrateur de l’EPA William Ruckelshaus a rejeté les rapports scientifiques et les faits rapportés par de nombreux experts qui s’opposaient fermement à l’interdiction du DDT.

En effet, une étude de 2011 a montré non seulement que l’impact du DDT sur les lacs en Afrique était modéré, mais encore que les faibles niveaux de contamination expliquaient l’abondance des populations de flamants nains dans ces environnements aquatiques.

Pour des raisons politiques, des pays pauvres sont doucement entraînés vers la mise en œuvre de programmes coûteux pour flatter les egos d’écologistes aisés dont les niveaux de vie ne sont pas affectés par leurs mauvaises idées.

De même , Paul Driessen dresse un tableau déprimant des conséquences du militantisme écologiste en Afrique :

En ce moment même, alors que des sauterelles ravagent les récoltes de cultures de subsistance, des ONG enragées font pression sur le parlement du Kenya pour interdire 200 pesticides qui ont été approuvés comme sûrs pour les récoltes, la faune et les habitants par les autorités du Kenya ainsi que par les agences de réglementation des USA, du Canada et d’autres pays.

Comme l’explique justement Driessen, plutôt que de promouvoir des techniques modernes de culture en Afrique, ils vantent le programme insidieux de l’agro-écologie avec une obsession pour des pratiques qu’ils perçoivent comme indigènes à l’exclusion des connaissances, des technologies et de l’équipement qui pourraient réduire la pauvreté et d’autres maladies de la société africaine.

Il est encore plus troublant que les dirigeants africains ne résistent pas davantage à l’éco-impérialisme de l’Occident.

Les combustibles fossiles

Ils alimentent les renouvelables et sont responsables des niveaux de vie plus élevés dans le monde développé car ils facilitent une production efficiente.

Pourtant, comme le remarque Samuel Ayokunle Oyo, les dirigeants envisagent imprudemment d’interdire les combustibles fossiles :

Au Nigéria , par exemple, les politiques envisagées d’interdiction complète des générateurs autonomes à combustibles fossiles pourraient miner les progrès d’électrification du pays… Ces moyens à combustibles fossiles font partie de réseaux hybrides à énergies renouvelables qui jouent un grand rôle dans l’électrification durable de collectivités locales mal desservies en Afrique sub-saharienne.

Les dirigeants africains sont tellement captivés par la rhétorique vaine des écologistes qu’ils risquent d’appauvrir leurs peuples pour afficher leurs points communs avec des élites occidentales mal inspirées. De plus, malgré la tendance des politiciens africains à dénoncer le néocolonialisme, il semble que dans le domaine de la gestion de l’environnement ils sont prêts à faire des concessions à l’Occident.   Pourtant le fait est que, bien que la civilisation occidentale soit fréquemment moquée, la plupart des régions s’alignent derrière l’Occident. C’est pourquoi, bien que les politiques climatiques du monde occidental soient douteuses, en raison du poids culturel de l’Occident, elles vont s’exporter ailleurs.

Conclusion

Mais pour véritablement exercer leur souveraineté, les Africains doivent se débarrasser de la séduction du gauchisme occidental. Il est absurde de s’opposer à l’impérialisme occidental tout en acceptant les politiques écologistes élaborées par l’Occident qui sont l’antithèse du progrès de l’Afrique. Pour l’essentiel, le fait d’adopter la rhétorique des écologistes peut améliorer l’estime des dirigeants africains aux yeux de leurs homologues occidentaux, mais hélas leurs électeurs en seront récompensés par de la pauvreté.

Sur le web

Une traduction Contrepoints

  • Co chevron_right

    Énergie : le Sénat ne sait pas faire la différence entre KW et KWh

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Tuesday, 22 June, 2021 - 02:30 · 4 minutes

Par Michel Negynas.

Un vif débat vient d’avoir lieu au Sénat lors des discussions sur la Loi Climat et résilience.

L’amendement du Sénat

Un article additionnel a été déposé, dont voici le texte :

Article 22 bis BA (nouveau)

Le I de l’article L. 100-4 du Code de l’énergie est complété par un alinéa ainsi rédigé :

« Les fermetures de réacteurs nucléaires, prévues par la programmation pluriannuelle de l’énergie mentionnée à l’article L. 141-1 ou en application du 4° du I de l’article L. 100-1 A, ne peuvent intervenir qu’à l’issue de la mise en service de capacités de production d’énergies renouvelables, définies à l’article L. 211-2, permettant de produire un volume d’énergie équivalent à la production des réacteurs nucléaires dont la fermeture est programmée. »

Les journaux en font des gorges chaudes, criant à la rébellion du Sénat envers le programme français de l’énergie (PPE).

La plupart ont titré :

Lors de l’examen en première lecture du projet de loi climat ce vendredi, le Sénat a ajouté un article qui conditionne l’arrêt de réacteurs nucléaires et la fermeture de centrales à la mise en place de production d’énergies renouvelables et bas carbone équivalente.

Le texte est présenté comme une garantie de sécurité d’approvisionnement. Or, que dit le texte ?

Le texte parle d’énergie, pas de puissance, alors que c’est bien la puissance (c’est-à-dire la capacité instantanée à produire) qui compte, en matière de sécurité d’approvisionnement.

En fait, ni un MW, ni un MWh d’énergie intermittente et aléatoire ne sont équivalents à un MW pilotable de nucléaire.

Bien sûr, l’amendement interdirait de tout passer en énergie renouvelable, puisqu’il faudrait 240 GW d’éoliennes, ou 600 GW de solaire pour avoir une énergie équivalente à nos 60 GW de nucléaire. C’est quasiment physiquement impossible.

Mais il ne sécurise rien dans un avenir proche . L’État prévoit d’arrêter 10 GW de nucléaire à assez court terme. En énergie, cela représente 40 GW d’éoliennes. Le mix prévu à 2035 est de 45 GW d’éoliennes et 35 GW de solaire. En énergie, cela remplace plus que 10 GW de nucléaire mais cela ne change rien pour les nuits d’hiver sans vent, comme nous l’avons montré à maintes reprises.

Le féroce débat

Le débat qui vient d’avoir lieu au Sénat vaut son pesant de cacahuètes. On ne sait pas s’il faut en rire ou en pleurer.

Parmi les journaux qui ont rapporté l’affaire, voici ce qu’en dit 20 Minutes :

La disposition fait débat et il n’est pas impossible qu’elle ne passe pas à l’Assemblée. Parmi ses détracteurs, la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili qui s’est vivement opposée à « un article ni fait ni à faire » . « J’aimerais tellement que ce soit si simple ! » , s’est-elle exclamée, soulignant que « la politique énergétique est beaucoup plus complexe que ça. »

On a envie de lui dire : tellement complexe que personne n’y comprend rien dans les hémicycles !

En réalité, c’est pourtant très simple, contrairement à ce que dit la ministre : on a besoin d’environ 100 GW à la pointe d’hiver. Pour approvisionner à coup sûr, il faut 100 GW de capacité pilotable à la demande. Si ce n’est pas du nucléaire, ce sera du gaz.

Notre monde politique débat depuis 20 ans sur la question sans encore avoir compris cela. Même le rapporteur de l’amendement pédale dans la choucroute puisque dans sa réponse à la ministre, il parle de capacité équivalente ; soit il n’a pas lu son propre texte, soit il confond lui aussi puissance et énergie.

L’écologiste Ronan Dantec avertit :

On ne pourra pas – sauf à prendre décennie par décennie et année par année de plus en plus de risques – garder le stock actuel de centrales nucléaires, c’est une illusion française.

C’est aussi ce que dit Jean-François Carenco, Président de la Commission de régulation de l’énergie, lors d’une audition parlementaire :

Miser sur le 100 % nucléaire n’est pas sérieux, car nous ne sommes pas en capacité de construire 62 gigawatts de nucléaire, que ce soit pour des raisons industrielles, mais aussi d’acceptabilité.

Cela s’appelle des prévisions auto-réalisatrices : si on dit qu’on ne peut pas, évidemment qu’on ne pourra pas ! Ce manque de confiance d’un pur fonctionnaire envers le monde de l’entreprise de son propre pays pourrait être reçu comme une insulte.

Mais on pourrait commander des centrales aux Chinois, non ? On vient d’en construire deux chez eux qui marchent très bien, même si on fait tout pour les discréditer avec des incidents mineurs.

  • Co chevron_right

    Le nucléaire est le meilleur pour le climat : 6 g CO2/kWh !

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Tuesday, 23 March, 2021 - 03:50 · 6 minutes

le nucléaire

Par Dominique Grenèche et Michel Gay.

La production d’électricité d’origine nucléaire émet beaucoup moins de gaz à effet de serre (GES) que l’éolien et que le photovoltaïque (PV) !

Le tableau libertin L’origine du monde du peintre Gustave Courbet semble avoir autant scandalisé les pudibonds en 1866 que le chiffre de 6 g CO2/kWh (6 grammes d’émission d’équivalent CO2 par kilowattheure) émis par l’électricité d’origine nucléaire effraie aujourd’hui les antinucléaires : « Non, ce n’est pas possible ?! » crient-ils en chœur.

Pourtant, si ! C’est vrai !…

Les chiffres sont de 6 g CO2/kWh pour le nucléaire, de 15 g CO2/kWh pour l’éolien (trois fois plus) et même de 55 g CO2/kWh pour le PV (presque 10 fois plus !) selon l’ADEME .

Un précédent rapport faux de l’ADEME sur le nucléaire

Dans son rapport « base carbone » de 2014 , l’ADEME indiquait pourtant des émissions de 66 g CO2/kWh (page 93) pour le nucléaire en se référant à une étude de 2008 de Sovacool et affectait une valeur de seulement 10 g CO2/kWh à l’éolien et 32 g CO2/kWh au PV.

Dans ce rapport de 2014, les émissions de CO2 du soleil et du vent étaient donc bien inférieures à ceux du nucléaire… selon ces données (fausses) à l’appui !

Toutefois, les émissions de CO2 fournies par l’ADEME aujourd’hui ont considérablement varié sur son site : le nucléaire n’émet plus que 6 g CO2/kWh et l’éolien (sur terre ou en mer) émet environ 15 g CO2/kWh.

Pour le PV , « la valeur retenue sera arrondie à 55 g CO2/kWh avec une incertitude de 30 %. Les valeurs issues des ACV (analyse des cycles de vie) sur les différentes technologies de mises en œuvre des systèmes photovoltaïques varient entre 35 et 85 g équivalent CO2 par kWh du sud au nord et selon les technologies ».

Une moyenne sans aucun sens

La valeur proposée de 66 g CO2/kWh dans la précédente étude de l’ADEME en 2014 était simplement le résultat d’une moyenne arithmétique entre de multiples études dans le monde (une bonne quarantaine) disponibles sur ce sujet, et non une analyse du cycle de vie (ACV) en France.

Les résultats de ces études sont tellement disparates qu’une simple moyenne arithmétique n’a aucun sens !

En effet, les valeurs s’étalent entre 1,4 et 288 g CO2/kWh ! Soit un étalement multiplié par 200 !

Un étudiant présentant un tel résultat sur des bases aussi ridicules serait recalé à son examen…

L’un des postes qui pèse le plus dans ces écarts énormes est celui de l’amont du cycle, notamment les étapes d’enrichissement, avec des valeurs variant de 0,68 à 118 g CO2/kWh !

L’explication réside dans deux raisons principales :

  1. La technologie de diffusion gazeuse (qui n’est plus guère utilisée aujourd’hui) consomme 50 fois plus d’électricité que la centrifugation actuelle.
  2. L’électricité plus ou moins « carbonée » (issue du charbon, du gaz, ou du nucléaire) consommée par ces installations selon les pays .

Le nucléaire : six grammes ou 66 g CO2/kWh ?

La question des 6 g CO2/kWh ou des 66 g CO2/kWh émis par le nucléaire français a été posée officiellement au gouvernement le 21 février 2019 par le Sénateur Gérard Longuet.

L’ADEME a répondu qu’il y avait eu une « erreur typographique »…

Mais à la lecture de son rapport, cette explication est une tromperie. Cette agence de l’État français a sciemment essayé de faire admettre cette valeur « par effraction ». Elle fut d’ailleurs reprise avec délectation dans de nombreux articles visant à pourrir l’image du nucléaire.

Aujourd’hui, ce chiffre de 6 g CO2/kWh apparaît deux fois dans des écrits :

1) Dans un gigantesque tableau EXCEL (35 colonnes et 14387 lignes…) de l’ADEME. Ce chiffre apparaît à la case « AH-1873 », ainsi que dans son étude « bilan des gaz à effet de serre » (GES) qui précise simplement que « Pour le calcul du facteur d’émissions moyen de la France, on réalise un mix des ACV des diverses centrales de production d’électricité au prorata de leur contribution ». Muni de ce tableau EXCEL, il est certainement possible de retrouver analytiquement ce chiffre de 6 g CO2/kWh,

2) Dans un article du CEA de mai 2014 indiquant précisément l’origine des données utilisées et des hypothèses faites, et présentant le tableau ci-dessous où apparait le résultat de 5,29 g CO2/kWh (qui peut-être arrondi à 6 g CO2/kWh).

Selon cette étude du CEA, les émissions totales de GES pour l’ensemble du cycle du combustible nucléaire sont donc estimées à 5,29 g CO2/kWh.

Ce résultat est dans la plage inférieure des données de référence internationales habituelles (1) (2) (3) (4).

Les principales contributions proviennent de l’exploitation des réacteurs (40 %), des activités minières (32 %) et de l’enrichissement (12 %).

Les opérations d’élimination, de conversion, et de retraitement du combustible représentent respectivement 2 %, 5 %, et 7 %. La fabrication du combustible et le démantèlement, qui n’est jamais pris en compte pour aucune source d’énergie, y compris renouvelable, ont un impact négligeable.

Des résultats enfin cohérents

Ces résultats sont cohérents avec ceux de la littérature scientifique, à l’exception de l’étape d’enrichissement pour laquelle les chiffres sont beaucoup plus faibles en France (entre 1,8 et 16 g CO2 / kWh) qu’ ailleurs dans le monde .

Cet écart s’explique par le fait que les usines d’enrichissement française ont toujours été alimentées avec de l’électricité d’origine nucléaire émettant très peu de gaz à effet de serre. L’ancienne usine EURODIF (fermée en 2012) nécessitait trois réacteurs nucléaires alors que l’actuelle utilise une nouvelle technologie dite « par centrifugation » qui consomme 50 fois moins d’électricité, et toujours majoritairement d’origine nucléaire.

À titre d’exemple, si la fabrication de l’uranium enrichi utilisait de l’électricité produite uniquement par des centrales au charbon, les émissions de CO2 de l’étape d’enrichissement augmenteraient jusqu’à 55 g CO2/kWh (4).

Même l’ancien ministre de l’Écologie François de Rugy commence à déclarer le nucléaire bon pour la planète. En résumé :

Peur de l’effet de serre ?

Passons au nucléaire !

En plus de produire une coûteuse électricité intermittente et aléatoire , l’éolien et le PV sont également nuisibles pour le climat.

Hors hydroélectricité, à quoi servent donc les énergies « renouvelables » !?

Références :

(1) Dones R, Bauer C, Bollinger R, Faist Emmenegger M, Frischknecht R. Life cycle inventory of energy systems in Switzerland and other UCTE countries. Data V2.0. Ecoinvent Report n5. Villigen: PSI; 2007.

(2) Vattenfall. Nuclear power certified environmental product declaration EPD of electricity from Forsmark nuclear power plant; 2010. Sweden.

(3) Lenzen M. Life cycle energy and greenhouse gas emissions of nuclear energy: a review. Energy Convers Manag 2008;49(8):2178e99.

(4) Stamford L, Azapagic A. Sustainability indicators for the assessment of nuclear power. Energy 2011;36(10):6037e57.

  • Co chevron_right

    Énergies renouvelables et effet de serre sont indépendants

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Thursday, 18 February, 2021 - 03:30 · 4 minutes

énergies renouvelables

Par Michel Gay.

C’est officiel, la ministre de la Transition écologique et solidaire a déclaré (selon le tribunal administratif de Paris le 3 février 2021) que les énergies renouvelables ne contribuent pas à la réduction des gaz à effet de serre dans un « mémoire en défense » enregistré le 23 juin 2020… et que l’État n’a pas rendu public.

Réduire les émissions de CO2 ?

Dans ce « mémoire en défense » envoyé suite à la plainte de plusieurs associations écologistes, et qualifiées pompeusement de l’Affaire du siècle , la ministre Barbara Pompili soutient :

« En ce qui concerne l’objectif d’augmentation des énergies renouvelables, celui-ci est indépendant de celle des gaz à effet de serre… »

Elle y déclare aussi accessoirement que « la réponse est la même en ce qui concerne l’objectif d’amélioration de l’efficacité énergétique » qui ne sert donc pas un objectif climatique comme annoncé.

Les Français ont donc la confirmation officielle que la transition du nucléaire vers les énergies électriques intermittentes (éolien, photovoltaïque) n’a aucun impact sur la baisse des émissions de CO2 et ne permet donc pas de lutter contre le réchauffement climatique, et encore moins d’atteindre les objectifs définis par les accords de Paris sur le climat en 2015.

Il est même probable que les éoliennes augmentent les émissions de gaz à effet de serre en France !

Énergies renouvelables : le opulisme idéologique

La députée Marjolaine Meynier-Millefert, rapporteur du rapport (juin 2019) de la Commission d’enquête parlementaire sur les énergies renouvelables, avait aussi reconnu que les éoliennes ne servent à rien pour la transition écologique au Colloque National Éolien en 2019.

Elle y avait même déclaré :

« Le jour où les gens vont comprendre que cette transition énergétique ne sert pas la transition écologique, vous aurez un sentiment de rejet de ces politiques en disant : « mais vous nous avez menti » en fait ! »

Lors de son audition par cette Commission parlementaire, Jean-François Carenco, le président de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), avait reconnu au printemps 2019 que la transition énergétique et le développement des énergies renouvelables électriques ne sont pas réalisés dans le but de diminuer les émissions de gaz à effet de serre :

« Il ne faut pas s’y tromper : grâce à notre mix énergétique décarboné, composé principalement de nucléaire et d’hydroélectricité, nous bénéficions déjà de faibles émissions de CO2 et d’un prix de l’électricité maîtrisé. Nous émettons six fois moins de CO2 que nos voisins allemands et le prix de l’électricité pour un consommateur résidentiel est de l’ordre de 180 euros par mégawattheure contre 300 euros en Allemagne. Ce n’est donc pas pour ces raisons qu’il faut développer les ENR. Il faut le rappeler, parce qu’on entend malheureusement beaucoup de mensonges à ce sujet : le développement des ENR électriques en France ne sert pas à réduire les émissions de CO2 ».

Mais à quoi servent donc les ruineuses énergies renouvelables intermittentes comme l’éolien et le solaire photovoltaïque ?

Elles n’ont aucun sens. Elles procèdent d’une forme de populisme idéologique pour conforter une clientèle électorale antinucléaire et soutenir une idéologie de la décroissance si chère à certains écologistes .

Les énergies renouvelables : une politique écologique dogmatique

Depuis 15 ans, nombreux sont les ministres de la Transition énergétique (Corinne Lepage, Dominique Voynet, Yves Cochet, Delphine Bato, Nicolas Hulot, François de Rugy, Barbara Pompili), issus de l’écologie politique. Ils sont responsables de ce piètre résultat et d’avoir nommé aux postes clés les artisans toujours actifs de ce fiasco.

Plutôt que de poursuivre l’État français, la Fondation Hulot devrait demander de sanctionner les promoteurs du modèle énergétique inefficace fondé sur le vent et le soleil, en particulier monsieur Hulot, ministre de l’Environnement sur la période 2017-2018…

Car le véritable scandale de l’Affaire du siècle est de désindustrialiser la France au profit de pays augmentant leur consommation de charbon (Chine) ou de gaz (Allemagne ), et de détruire l’industrie nucléaire ( Fessenheim ) pour la remplacer par les énergies renouvelables fatales et intermittentes du vent et du soleil émettant davantage de carbone . Tout cela aux profits d’investisseurs le plus souvent étrangers et sur le dos des contribuables .

Voilà où mène une politique écologique dogmatique antinucléaire et où réside la véritable Affaire du siècle.

Chiche : pourquoi ne pas l’instruire ?

  • Co chevron_right

    Rapport RTE : l’illusion du 100 % renouvelables

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Tuesday, 2 February, 2021 - 04:00 · 7 minutes

RTE

Par Michel Gay.

Le gestionnaire du réseau d’électricité (RTE) a publié le 27 janvier 2021 une étude conjointe avec l’Agence internationale de l’énergie (AIE) sur les « conditions et prérequis en matière de faisabilité technique pour un système électrique avec une forte proportion d’énergies renouvelables à l’horizon 2050 ». Chaque mot a son importance.

Ce rapport a été commandé en octobre 2019 par le ministère de la Transition écologique qui, lorsqu’il lui a été remis, s’est arrêté sur le titre. Et il en a conclu un peu vite, par idéologie, qu’un système électrique avec 100 % d’énergies renouvelables était viable… alors que RTE annonce le contraire pour qui se donne la peine de lire les 180 pages du document !

Le rapport de RTE et de l’AIE alerte même sur la dangereuse aventure d’un fort développement des énergies renouvelables « variables », voire intermittentes , qui nécessitent des conditions extravagantes. Tout cela sans évoquer le coût qui n’est pas abordé dans cette étude.

Explorer n’est pas cautionner

Il est normal d’explorer toutes les voies avant d’arrêter une décision engageant le pays pour des décennies.

Cependant, l’avenir énergétique de la France ne doit pas être hypothéqué par des politiciens fous dansant la Carmagnole au bord du gouffre social en organisant méthodiquement le naufrage du système électrique français.

Le Directeur de l’AIE (Fatih Birol) a même indiqué en langage nuancé que fermer des centrales nucléaires « serait une erreur ».

Pour Bill Gates également, l’énergie nucléaire est nécessaire à l’avenir. Il déclare sur son blog :

Le nucléaire est idéal pour faire face au changement climatique, car il s’agit de la seule source d’énergie évolutive, sans carbone et disponible 24 heures sur 24.

Selon lui, ce moyen « idéal » fournira l’électricité qui permet aux voitures électriques de fonctionner sans combustible fossile et de faire fonctionner les pompes à chaleur qui remplaceront les chaudières au fioul et au gaz.

Il déclare par ailleurs :

La capacité de stocker l’énergie est si limitée que l’éolien et le solaire ne peuvent à eux seuls apporter une solution. Nous avons besoin d’un miracle de stockage ou d’une source d’énergie comme le nucléaire auquel nous pouvons faire appel à tout moment.

La France s’est engagée à atteindre l’objectif de neutralité carbone d’ici à 2050 afin de respecter ses engagements en matière d’atténuation du changement climatique dans le cadre de l’accord de Paris.

Pour y parvenir, le gouvernement français a récemment publié une nouvelle loi énergie-climat et s’est doté d’une Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) qui vise à atteindre la neutralité carbone.

Cette SNBC repose en grande partie sur l’efficacité énergétique et un recours accru à l’électricité qui, en France, est déjà décarbonée à 93 %, en grande partie grâce à son parc de production nucléaire.

Toutefois, selon RTE, sa durée de vie étant aujourd’hui estimée à 60 ans , la plupart des réacteurs auront été déclassés en 2050.

Pour maintenir au minimum les émissions générées par le secteur de l’électricité, deux options sont donc envisagées en France :

  1. Remplacer les réacteurs en fin de vie par de nouveaux réacteurs nucléaires.
  2. Substituer intégralement ces réacteurs par des énergies renouvelables (EnR).

Attention aux Si !

L’étude de RTE et de l’AIE conclut sur le papier qu’il serait techniquement possible d’insérer une forte proportion d’EnR dans le système électrique avec une sécurité d’approvisionnement assurée, mais uniquement si quatre ensembles de conditions strictes et cumulatives étaient remplies en même temps :

1) si l’évaluation des impacts sur la sûreté du système électrique des systèmes comportant une part importante de photovoltaïque distribué est poursuivie.

2) si les sources de flexibilité sont développées de manière importante, notamment le pilotage de la demande, le stockage à grande échelle, les centrales de pointe (au gaz ?), ainsi que des interconnexions transfrontalières.

L’étude souligne que la maturité et la disponibilité, aujourd’hui incertaines, ainsi que… le coût exorbitant (« qui peuvent être substantiels » selon le langage feutré de RTE) de ces flexibilités ne sont pas traités car dépassant « le cadre du présent rapport ». Elle précise aussi que « l’atteinte de ces exigences a des implications techniques et sociales profondes ».

3) si le dimensionnement des réserves opérationnelles, le cadre réglementaire définissant les responsabilités d’équilibrage, et la constitution des réserves opérationnelles sont sensiblement révisés.

4) si des efforts substantiels sont consacrés au développement des réseaux d’électricité à compter de 2030, tant au niveau du transport que de la distribution.

RTE publiera courant 2021 une évaluation complète des différents scénarios électriques permettant d’atteindre la neutralité carbone.

Le rapport de RTE : prévision ou science-fiction ?

Pour faire une prévision robuste à 30 ans, il est indispensable de s’appuyer sur les techniques qui fonctionnent aujourd’hui, quitte à infléchir les prévisions quand de nouvelles technologies apparaissent.

Lorsque les prévisions s’appuient sur des hypothèses farfelues comme des moyens de stockage de masse à un coût acceptable (inexistants aujourd’hui) ou le pilotage massif de la demande (coupures de courant…), ce n’est plus une prévision mais de la science-fiction.

Ce rapport fait bien entendu le bonheur des vendeurs de gaz (et des Russes !) qui savent que cette ambition gouvernementale échouera et que n’ayant pas anticipé le renouvellement de ses centrales nucléaires, la France aura alors besoin en urgence de centrales électriques au gaz !

Il semble que les béotiens des ministères français, et notamment madame Barbara Pompili, ignorent les sept points suivants :

  1. Le nucléaire n’émet aucun gaz à effet de serre , ni aucune fumée nocive.
  2. Le nucléaire prouve tous les jours, en France, depuis quarante ans, qu’il est sûr et peu coûteux .
  3. Il est pilotable (accélère et ralentit selon les besoins).
  4. Un gramme d’uranium fissionné par an et par Français suffit à produire 75 % de l’électricité en France.
  5. Tous les déchets sont gérés et non pas dispersés dans l’environnement.
  6. L’uranium peut se recycler au sein d’un surgénérateur ce qui permettrait d’avoir 1000 ans de réserve mondiale pour produire chaleur et électricité. La France, qui était la plus avancée dans ce domaine avec Phénix et Super Phénix, possède déjà 8000 ans de réserve pour ce type de réacteurs.
  7. Dans l’histoire de l’humanité, aucune énergie n’a fait moins de morts que l’énergie nucléaire, que ce soit par accidents ou par pollution de l’air.

Le « défaut » du nucléaire est qu’il ne rapporte rien aux grandes entreprises étrangères qui ont intérêt à casser les centrales nucléaires pour les remplacer par n’importe quoi d’autre, et surtout du gaz.

Ainsi, en Allemagne, les associations écologistes ont passé un pacte faustien avec les puissants cartels du charbon et du gaz. Cette kolossale industrie se porte bien dans ce pays et personne ne semble s’en scandaliser.

En France, sous la pression politique du parti écologiste, un programme de développement délirant d’éoliennes et de photovoltaïque est en cours. La Cour des comptes a écrit en 2018 que son coût était faramineux et son résultat dérisoire en termes de production d’électricité. Elle aurait pu ajouter que ce programme était nul du point de vue du réchauffement climatique puisque l’électricité française est déjà décarbonée à 93 %.

Les gouvernements successifs de la France devraient en finir avec leurs prétentions ruineuses sur les énergies renouvelables que des mythes abusifs et chimériques opposent au bon sens et à la réalité, et qui conduiront à la catastrophe .

Nos gouvernants sont-ils devenus fous et aveugles pour le plus grand malheur du pays ?

  • Co chevron_right

    Énergie : le gouvernement lit-il les rapports de France Stratégie ?

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Friday, 29 January, 2021 - 03:40 · 12 minutes

France Stratégie

Par Michel Negynas.

Le Premier ministre dispose d’un organisme de prospective, France stratégie .

La dernière étude de France Stratégie

France Stratégie définit ainsi ses missions :

« France Stratégie contribue à l’action publique par ses analyses et ses propositions. Elle anime le débat public et éclaire les choix collectifs sur les enjeux sociaux, économiques et environnementaux. Elle produit également des évaluations de politiques publiques à la demande du gouvernement. Les résultats de ses travaux s’adressent aux pouvoirs publics, à la société civile et aux citoyens. »

Elle succède au Commissariat général à la Stratégie et à la prospective, et elle est un lointain successeur au Commissariat général du Plan.

Beaucoup de ses analyses tombent dans un écologisme parfois quasi radical. Il est d’autant plus remarquable qu’en matière d’énergie, elle tranche avec le politiquement correct. Elle vient de publier une note d’analyse sur la sécurité de l’approvisionnement électrique en Europe à l’horizon 2030 .

Et ce n’est pas rassurant, surtout qu’en matière industrielle, 2030 c’est demain. Il y a donc peu de chances que la situation puisse être significativement améliorée d’ici là.

Quelques extraits

Dès les premières phrases :

« Dans la prochaine décennie, les nombreux arrêts de centrales pilotables, au charbon ou nucléaires, actuellement programmés et dont les conséquences concrètes semblent assez peu intégrées dans le débat public, pourraient renforcer l’importance de cette question. »

Et le diagramme introductif dit tout : au niveau européen, la demande en pointe est supposée rester constante à 400 GW ; de 50 GW de surcapacité en 2020 (à condition que tout fonctionne à 100 %,) on passe à 25GW de sous capacité en 2035. Ces chiffres sont en plus optimistes car les puissances par nature sont inégalement réparties géographiquement, comme par exemple l’hydraulique. Or, les distances et les capacités d’interconnexion ne permettent pas de faire n’importe quoi.

La première leçon est qu’il faut raisonner :

  • au niveau européen, alors que chaque État décide de diminuer ses capacités en espérant se faire dépanner au besoin par les autres.
  • en capacités pilotables, car les producteurs intermittents et aléatoires ne peuvent assurer une quelconque fourniture à la pointe d’hiver. Le soi-disant foisonnement du vent et du solaire sur toute l’Europe est une légende urbaine.

Mais France Stratégie enfonce le clou :

En France, on est déjà limite, même en raisonnant en capacité moyenne ; et la pénurie à 2035 est concentrée sur l’Allemagne, la Belgique et la France, c’est-à-dire le cœur du réseau européen.

RTE essaie de chiffrer les probabilités que l’on soit en situation tendue compte tenu des scenarii de la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE). Elles sont loin d’être nulles. On peut donc s’attendre à des périodes d’extrêmes fragilités du réseau. Elles donneront lieu à des coupures coordonnées si tout se passe bien. Mais tout incident, même mineur, peut provoquer le black out en cascade dans une telle situation. La gravité  de cette éventualité est extrême. L’approche devrait donc être sécuritaire, et pas probabiliste.

Mais ce n’est pas tout.

« Par ailleurs de fortes proportions d’ENRi complexifient le pilotage des réseaux, comme l’a montré la première période de confinement. L’apparition de congestions de plus en plus fréquentes sur les réseaux, en particulier de distribution, oblige les GRT (les centres de contrôle)  à faire du « redispatching » et à déconnecter sélectivement un certain nombre d’installations (« écrêtement»). Ces opérations sont d’autant plus complexes que les ENR ont priorité d’injection sur le réseau, sont très réparties sur le territoire et peuvent connaître des variations de production très rapides. L’Observatoire Capgemini a rappelé dans son édition datée du 3 novembre 202029 que l’Allemagne et le Royaume-Uni ont subi pour ces raisons des quasi black-out respectivement les 21 avril et 23 mars 2020, en pleine crise de la Covid, les gestionnaires de réseau s’étant trouvés à court de moyens permettant de conserver l’équilibre du système. »

Comme cela a été maintes fois signalé sur Contrepoints , l’éolien et le solaire , en plus de ne guère contribuer à la production, fragilisent le réseau.

Sur le plan économique et ses conséquences sur l’investissement, France stratégie observe, comme tous les experts :

« L’arrivée de quantités massives d’ENRi, avec des coûts marginaux quasi nuls, sans tenir compte des conditions d’intégration au système électrique, a entraîné une chute des prix de marché de gros, de plus en plus souvent négatifs. Ce marché ne permet plus de déclencher les investissements nécessaires à la transition énergétique, ou simplement au maintien d’un accès fiable à l’électricité. »

Enfin, France stratégie met les pieds dans le plat :

« Le nouveau cadre européen de gouvernance (de l’énergie) tend à valoriser les investissements vertueux d’un point de vue environnemental, en particulier avec la taxonomie verte. Cependant, pour assurer l’atteinte de ses objectifs, il est essentiel d’assumer ses implications politiques. »

La taxinomie verte a fait l’objet d’un article ici .

Traduite en langage clair, si l’Europe veut vraiment poursuivre sa fuite en avant vers les énergies éoliennes et solaires, il faudra dire aux citoyens qu’ils devront baisser leur consommation et au besoin, admettre des coupures d’électricité.

En conclusion, parmi ses recommandations, France Stratégie ne peut que dire :

« Les énergies renouvelables matures posent des problèmes spécifiques d’intégration au réseau alors même qu’elles devraient voir à court terme leur part en puissance dépasser celle des centrales conventionnelles. Au risque de rendre non pilotable le système électrique, elles doivent donc le plus rapidement possible être en mesure de contribuer à son équilibre technique (participation à la réserve, au traitement des congestions réseaux […] Au niveau européen, on observe qu’en contradiction avec les objectifs climatiques et d’indépendance énergétique, plusieurs pays européens ont décidé de compenser les fermetures de centrales au charbon ou nucléaires par la mise en service de centrales à gaz, un moyen de production flexible et peu capitalistique. Cela se fait dans l’urgence pour certains (Belgique), de façon plus planifiée pour d’autres (Italie, Allemagne, Espagne) ou de manière prévisionnelle pour d’autres encore (pays de l’est de l’Europe). »

Il n’y a donc pas que sur Contrepoints qu’on peut lire ça.

Il est possible que les propos alarmistes distillés depuis quelques mois soient consécutifs à cette étude, et que nos gouvernants découvrent le problème. Mais ce n’est pourtant pas la première fois que France Stratégie tire la sonnette d’alarme.

Il y a des précédents

En août 2017, elle a publié une étude sur la transition énergétique allemande , qui est le modèle de notre transition puisque comme eux, nous voulons atteindre plus de 90 GW d’énergie intermittente (ils en sont en fait, maintenant, à 110 GW)

Une des conclusions est la suivante :

« La facture présentée au consommateur est très élevée pour la montée en puissance des ENR déjà accomplie, environ 25 milliards d’euros par an sur une durée de vingt ans. Les ENR qui se développent aujourd’hui sont encore soutenues financièrement et des coûts annexes imprévus, mal quantifiés mais très importants, apparaissent pour la construction de lignes et le maintien de la sécurité du réseau. Mais le plus inquiétant à court terme est peut-être la sécurité d’approvisionnement, car le réseau est aujourd’hui fragilisé par des flux massifs non contrôlables et intermittents d’électrons lorsque le solaire et l’éolien tournent à plein. »

C’était en 2017, peut-être faut-il du temps à un gouvernement pour réaliser… sauf que France Stratégie faisait déjà en 2014 les constatations suivantes dans une étude intitulée « La crise du système électrique européen ».

Cette étude s’attache plutôt aux conditions de marché, qui sont elles aussi surréalistes. Mais on y trouve :

« L’’intégration massive d’énergies renouvelables subventionnées et prioritaires sur le réseau conduit à une situation de surcapacité, déprime les prix de l’électricité sur le marché de gros (ils deviennent même parfois négatifs) et dégrade fortement la rentabilité des centrales thermiques à gaz : dans l’UE-27, près de 12 % des capacités thermiques fonctionnant au gaz pourraient fermer en l’espace de trois ans. Or ces centrales sont indispensables à l’équilibre du système qui doit faire face à l’afflux d’ENR intermittentes et aléatoires. Dans le même temps, d’importants investissements sont nécessaires au renouvellement des infrastructures vieillissantes. Plusieurs grands opérateurs, en graves difficultés financières – leur endettement net a doublé au cours des cinq dernières années –, auront du mal à y faire face .

C’est-à-dire qu’à cause des caractéristiques des ENR, ces programmes de transition  sont tellement irréalistes qu’ils génèrent des conditions de marché qui éjectent les investissements nécessaires à la sécurisation du réseau ; en 2020, on en voit le résultat. On voyait déjà le problème dans les services du gouvernement en 2014.

Et si on veut chercher les avis des vrais experts, il faut aller en 2012. En vue de préparer la Loi sur la transition écologique, une commission a été mise sur pied . Elle était dirigée par messieurs Grandil et Percebois, experts mondialement reconnus en collaboration avec France Stratégie.

Elle a fait huit propositions dont la troisième :

« Ne pas se fixer aujourd’hui d’objectif de part du nucléaire à quelque horizon que ce soit, mais s’abstenir de compromettre l’avenir et pour cela maintenir une perspective de long terme pour cette industrie en poursuivant le développement de Gen-4. La prolongation de la durée de vie du parc actuel paraît donc la meilleure solution (sous la condition absolue que cela soit autorisé par l’ASN) »

En fait, la loi de Transition énergétique a pris l’exact contrepied des huit propositions !

Est-ce que ça va changer ?

Visiblement, les décideurs ont pris peur. Mais c’est juste pour 2023 ! Après ça ira mieux, on pourra arrêter 14 centrales nucléaires ! Pour l’instant, envers et contre tout, on en reste à la stratégie initiale décidée à des fins purement électorales. Contre l’avis de la Cour des comptes, de l’Académie des technologies, de France Stratégie…Un KW d’éolien et de solaire est toujours censé être équivalent à un KW gaz ou nucléaire !

Évidemment, d’autres organismes gouvernementaux sèment le trouble : l’ADEME s’aligne plus ou moins sur Greenpeace, et RTE reste dans l’ambiguïté.

RTE vient de publier, en liaison avec l’agence internationale de l’Energie, un rapport  faussement intitulé dans la presse : 100 % d’électricité renouvelable c’est possible.

En réalité, les aspects économiques et sociaux ne sont pas abordés, et pour cause. Mais que dit le rapport ?

« Ce nouveau rapport, Conditions et prérequis en matière de faisabilité technique pour un système électrique avec une forte proportion d’énergies renouvelables à l’horizon 2050, met en avant quatre ensembles de conditions techniques strictes, qui devront être remplies pour permettre, avec une sécurité d’approvisionnement assurée, l’intégration d’une proportion très élevée d’énergies renouvelables variables dans un système électrique de grande échelle, comme celui de la France :

  • Même si elles doivent encore faire l’objet d’une démonstration à grande échelle, il existe un consensus scientifique sur l’existence de solutions technologiques permettant de maintenir la stabilité du système électrique sans production conventionnelle. Des difficultés spécifiques pourraient concerner les systèmes comportant une part importante de photovoltaïque distribué pour lesquels il est nécessaire de poursuivre l’évaluation des impacts sur le réseau de distribution et la sûreté du système électrique.
  • La sécurité d’alimentation en électricité (adéquation des ressources) — la capacité d’un système électrique à approvisionner la consommation en permanence — peut être garantie, même dans un système reposant en majorité sur des énergies à profil de production variable comme l’éolien et le photovoltaïque, si les sources de flexibilité sont développées de manière importante, notamment le pilotage de la demande, le stockage à grande échelle, les centrales de pointe, et avec des réseaux de transport d’interconnexion transfrontalière bien développés. La maturité, la disponibilité et le coût de ces flexibilités doivent être pris en compte dans les choix publics.
  • Le dimensionnement des réserves opérationnelles et le cadre réglementaire définissant les responsabilités d’équilibrage et la constitution des réserves opérationnelles devront être sensiblement révisés, et les méthodes de prévision de la production renouvelable variable continuellement améliorées.
  • Des efforts substantiels devront être consacrés au développement des réseaux d’électricité à compter de 2030, tant au niveau du transport que de la distribution. Cela nécessite une forte anticipation et un engagement public en matière de planification à long terme, d’évaluation des coûts et de concertation avec les citoyens pour favoriser l’acceptation des nouvelles infrastructures. Ces efforts peuvent néanmoins être partiellement intégrés au renouvellement des actifs de réseau vieillissants. »

Autrement dit, c’est presque possible, à condition de résoudre des impasses technologiques et économiques dont tous les experts disent qu’elles ne seront jamais opérationnelles, en tout cas pas à l’horizon 2050.

Avec des avis comme ça, on n’est pas prêts de changer de stratégie ! Sauf après un black out ?